Archive for mars, 2010

La petite maison dans les cailloux.

29 mars

Après trois semaines je me suis dit que Ciloo devait commencer à avoir du mal à supporter mon absence et j’ai donc décidé d’aller lui rendre une petite visite. Le moins que l’on puisse dire c’est que d’arriver à la tombée de la nuit dans les plaines désertiques qui encerclent les volcans du Parc National du Tongariro ne donnent pas vraiment envie de s’y arrêter…

C'est vraiment parce que je dois lui manquer...

Je parque ma voiture pour la nuit à l’écart d’un chemin de graviers tandis que la plaine baignée par la lueur de la lune résonne d’étrange cris rauques. Je mets du temps à réaliser que j’entends le brame du cerf pour la première fois de ma vie.

Lorsque la lune disparaît à l’horizon j’entreprends mon ascension. Gravissant la pente Ouest des volcans, je progresse sur un interminable escalier dans une pénombre glaciale. Alors que j’atteins le cratère Sud, le soleil commence tout juste à en éclairer le sol gelé. Un pipit de Nouvelle-Zélande qui a autant peiné que moi pour atteindre cet endroit vient se poser à proximité pour partager les premiers rayons de l’astre du jour. Il braille comme un sourd tandis que la chaleur le réveille.

Oui Greg, après le kaka, le pipit!

Je traverse le cratère dominé par l’énorme cône du Ngauruhoe qui dort d’un sommeil léger. Le volcan fume tranquillement tandis que mes poumons m’incitent à m’arrêter au sommet du Red Crater.

Chut! Y a Bambi qui fait dodo!

Le point le plus haut du Tongariro Alpine Walk me dévoile l’immense vallée d’Oturere où se cache celle qui tente désespérément de m’échapper. Je quitte le surpeuplée sentier de randonnée d’une journée au niveau des lacs d’acide qui surplombent la vallée.

Je me serais bien baigné.

Je parcours un désert de sable et de gros rochers sans ne plus rencontrer aucun randonneur. Des criquets endémiques (aptères cela va de soi) tentent péniblement de sauter d’un buisson à un autre. Tout à coup derrière un rocher apparaît une petite hutte à flanc de falaise devant laquelle une jeune gardienne prend le soleil.

Comment vous avez pu tenir trois articles sans photos d'elle?

L’après-midi est interrompu par l’arrivée de l’hélicoptère qui vient renouveler les bouteilles de gaz, seules sources de chauffage de ce gîte d’altitude. Mon périple se termine par un bavardage au sommet d’un rocher surplombant une plaine éclairée par la pleine lune. Une chouette chevêche viendra constater brièvement la présence inhabituelle d’intrus sur son territoire à une heure aussi tardive avant de reprendre sa quête de nourriture.

1er avril

Le Tongariro s’est réveillé! On est coincés à Turangi entre les laves brûlantes et le lac Taupo en ébullition! J’ai attaché une clef USB contenant cet article à la patte d’un pukeko, si quelqu’un le trouve il sera gentil de le poster sur mon blog pour rassurer les copains. Si vous pouviez appeler les secours aussi…

Comments (5) »

Geeky birds.

21 mars

L’évolution de la faune néozélandaise a donnée naissance à des créatures uniques. N’ayant quasiment jamais connus de prédateurs terrestres avant l’arrivée de l’homme, la particularité commune à la plupart des endémiques est une inéfficacité chronique face à ce type de menace. Incapables de voler, se nourrissant et nichant au sol, particulièrement peu craintifs ou se reproduisant de manières totalement inefficace, les animaux du coin feraient presque passer le dodo pour un expert de la survie en territoire hostile. Je ne vais pas m’étendre à nouveau sur le sujet mais l’arrivée de l’Homme sur leur territoire a décimé la moitié de ces espèces.

Toutefois le gouvernement néozélandais n’a pas dit son dernier mot et des mesures relevant du désespoir ont vu le jour. Les préoccupations premières des acteurs de la protection de l’environnement néozélandais sont la lutte contre les espèces nuisibles et le rétablissement d’une végétation d’origine. Or la Nouvelle-Zélande, contrairement à ce que j’ai pu vous faire penser, c’est grand. Le gouvernement a donc décidé de commencer petit et certaines îles du pays sont devenus de pâles copies de ce qu’aurait été ce pays sans la déforestation et l’introduction de nuisibles.

L’île de Tiritiri Matangi est l’exemple le plus célèbre du pays. Cet îlot au cœur du Hauraki Gulf, à proximité d’Auckland, a été déclaré réserve naturel en 1970. Depuis cette date de nombreux animaux endémiques extrèmement menacés ont été introduits, les animaux nuisibles totalement éradiqués et 280 000 arbres natifs replantés. Le résultat est plus que satisfaisant, désormais les oiseaux sont si nombreux que certaines espèces sont réintroduites depuis l’île jusqu’à des territoires d’où elles avaient disparu.

Si je vous parle de ce joyaux c’est parcequ’il se trouve que j’y ai posé le pied ce matin pour y être volontaire pendant une semaine. Avec Daniel et Thomas, mes deux nouveaux collègues nous allons filer un coup de main au ranger Dave. Ca a commencé cet après midi par le ramassage d’une vingtaine de pièges à rats sur la côte est de l’île. Un bateau s’y est échoué il y a deux semaines et, dans l’hypothèse qu’un rongeur ait pu être à bord, les rangers ont décidé de piéger la côte. Au final rien n’a été trouvé.

Mes plus fidèles lecteurs se souviendront de ma déception devant le silence qui régnait dans la réserve d’Okura (voir l’article « Mangez bio, mangez des hippies ») et bien ici les choses sont tout à fait différentes, on en arrive à se demander si ce n’est pas l’île elle même qui chante. Méliphages tui, carillonneurs et hihi, glaucopes cendrés et créadions rounoir se livrent joyeusement à un concert d’une beauté indescriptible, mais les oiseaux, eux, le sont.

Les premiers oiseaux à avoir été relâchés sur Tiritiri Matangi ont été des perruches de Sparrman en janvier 1974. L’opération, une des première du genre, a été fatale à certaines d’entre elles mais les survivantes ont réussi à s’installer. Toutefois les perruches n’ont commencé à être commune sur l’île qu’à partir de 1993, date de l’éradication des derniers rats.

Ce bec cache quelque chose mais quoi?

Je vous ai déjà parlé des deux plus communs méliphages du pays, laissez moi maintenant vous parler du plus rare: Le méliphage hihi (bien que son appartenance à la famille des méliphages ait été récemment remise en question). Depuis la fin du XIXe siècle ces oiseaux n’existaient plus que sur l’île de Little Barrier et, le 3 septembre 1995, trente sept de ces oiseaux furent transportés sur sa voisine Tiritiri Matangi. Désormais ils sont près de 200 à habiter le sanctuaire. Ces oiseaux très menacés font l’objet d’attentions toutes particulières, et pour booster leur reproduction des mangeoires et des nichoirs leurs sont spécialement adaptés. Une particularité de ces oiseaux est le fait qu’il arrive occasionnellement qu’un mâle « force » une femelle et la féconde face-contre-face.

Le mâle est capable de redresser les petites plumes blanches sur sa tête.

La Nouvelle-Zélande est le seul pays à posséder des oiseaux appartenant à la famille des Callaeidae. Le plus célèbre est certainement le huia dimorphe qui a disparu au XIXe siècle, mais Tiritiri Matangi abritent les deux autres uniques membres de cette famille d’oiseaux.

Le plus petit est le créadion rounoir qui n’existent plus que sur de petits îlots exempts de prédateurs mammaliens. La raison de sa raréfaction ne m’étonne pas. Les créadions se nourrissent au sol en faisant plus de bordel qu’un merle alors qu’ils volent aussi bien qu’un kangourou.

Minouche aurait peut-être ses chances ici...

Le deuxième callaeidae est le non moins menacé glaucope cendré. Ils sont une attraction phare de l’île mais leur reproduction a rencontré de nombreux problèmes. Préférant également se déplacer en bondissant plutôt qu’en volant, certains sont venus ce soir se nourrir en famille dans les arbres qui bordent la terrasse où j’ai dîné. Les glaucopes sont internationalement renommés pour leurs performances acoustiques, se raprochant du son que produirait un baleineau branchés sûr un ampli défectueux.

Moby interprétant son dernier tube.

Un de mes préférés est le miro rubisole qui suit tous mes déplacements en me fixant d’un regard très perturbant. Et ce jusqu’à ce que je remue les feuilles mortes afin qu’il puisse se jeter avidement sur les invertébrés qu’elles abritent.

Arrête de me regarder comme ça!

Pour finir la star incontestée de l’île est sans aucun doute Greg.

Greg est un énorme mâle de talève takahé du Sud qui se laisse tripoter sans rien dire et passe son temps à emmerder les touristes jusqu’à ce qu’elles lui lâchent de la bouffe.

Greg et sa meuf.

Les talèves sont sans contestes et en dépit d’un aspect peu avenant les joyaux de la réserve. Cette espèce d’oiseau endémique et incapable de voler a longtemps été considéré comme éteinte depuis la fin du XIXe siècle jusqu’à ce qu’un chasseur découvre une population d’environ 200 oiseaux dans une région reculée de l’île du Sud. Cette petite poche de résistance a fait l’objet d’une monumentale attention de la part du gouvernement néozélandais d’autant plus qu’elle continuait à diminuer rapidement.

Greg nourrissant son monstrueux rejeton.

Des œufs ont été astucieusement subtilisés à des oiseaux sauvages qui n’ont pas été dérangé outre mesures et ont pondu un nouvel œuf juste après le rapt. Les poussins orphelins ont été élevé par des parents humains qui cachaient leur bras sous des poupées représentant des talèves avant d’être relâchés dans les montagnes à l’ouest du lac Te Anau ou sûr des îles nettoyés de leurs invasifs comme ce fût le cas pour Greg. Tiritiri Matangi en abrite quatre couples dont les jeunes sont régulièrement réintroduits dans cette petite région du Fiordland où l’objectif est de réobtenir une population de 200 oiseaux.

Blackwatch et Mahuika prenant leurs bains dans le jardin.

Avoir des glaucopes et des créanions qui sautillent partout pendant que je dîne ou observer Greg tenter de convaincre la gravité que ses moignons d’ailes sont capables de soulever ses trois kilos n’aide déjà pas vraiment à garder son sang froid mais le pire arrive lorsque la nuit tombe. Peu de temps après que le phare et  les premières étoiles de l’hémisphère Sud commencent à s’allumer, des cris hauts perchés ont commencé à remplacer la mélodie des méliphages. Ni une ni deux j’enfile ma lampe frontale et m’enfonce dans le bush à la recherche de l’animal emblématique du pays.

Il ne me faudra pas plus d’une heure pour dénicher un minuscule kiwi d’Owen en train de fouiller bruyamment le sol de la forêt. Et je vais devoir m’excuser par avance auprès de Ghislain qui a su défendre avec tellement de conviction cette créature, mais si parler des kiwis en conservant son sérieux est difficile, les observer sans au moins sourire relève de l’impossible. Quand on aperçoit cet animal dans son environnement naturel on est partagé entre la fascination devant le fait qu’une telle chose puisse encore exister et le fou rire en se demandant comment la nature a pu avoir assez peu d’amour propre pour pondre çà.

Pourquoi?

Le kiwi d’Owen est la plus petite des six (ou sept?) espèces de kiwis. L’absence d’autres espèces de kiwis ainsi que de tout prédateurs a incité le gouvernement à en introduire cinq couples sur Tiritiri Matangi en 1993. Il n’en existe dans le monde pas plus d’un millier répartis entre cinq îles et une dizaine vivent en captivité dans un centre visant à réintroduire les poussins. Rentrant par la plage, et croisant accessoirement cinq autres kiwis, je remarque des formes blanches que les vagues déposent doucement sur les rochers. M’approchant un peu plus je tombe sur une dizaines de manchots pygmées venus se reposer pour la nuit. Une fois encore la dextérité et l’agilité des oiseaux du coin mettent mes nerfs à dure épreuve.

C'est à cette heure ci que tu rentres?

Après en avoir observés quelques uns dans des boites aux couvercles amovibles prévues à cette effet je me dirige vers la lumière du phare. À mon retour les habitués m’annoncent en serrant les dents que quelqu’un qui à l’opportunité d’observer six kiwis en une semaine peut déjà s’estimer chanceux. Je crois que je viens d’être désigné officiellement guide à kiwi…

24 mars

Tous les matins ont doit remplir les abreuvoirs/baignoires à oiseaux disposés autour du phare et le long du wattle track. Je suis parfaitement d’accord, se baigner dans son verre est parfaitement antihygiénique mais ça n’a pas l’air de gêner Greg qui chie dans son abreuvoir pendant que je le vide de ses feuilles mortes… Il m’accompagne ensuite pendant que j’apporte du pain aux sarcelles de Nouvelle-Zélande, ce qui devrait plaire à Ciloo. Le problème c’est que si je leur apporte du pain c’est pour qu’elles sortent de l’eau pour le manger et que je puisse lire leurs bagues, du coup je suis obligé de papouiller la grosse talève pour qu’elle n’aille pas becqueter tout le pain. L’oiseau me suit également lorsque je prépare l’eau sucré destinée aux méliphages carillonneurs et hihi.

Bonjour les caries...

Bien entendu les oiseaux de l’île sont tous en totale liberté et capable de subvenir à leurs besoins mais l’objectif de la réserve est d’avoir plus d’oiseaux que l’île ne peut en contenir pour pouvoir renvoyer le surplus vers d’autres réserves. Ceci est surtout vrai pour des espèces particulièrement menacés comme le méliphage hihi ou la talève takahé du Sud.

Des boulots rigolos ont été de nettoyer l’intérieur des réservoirs d’eau de pluies et de construire un banc/rambarde de sécurité (je sais, ces deux fonctions sont un peu contradictoire) entre la Wharf road et une petite mare, des fois qu’un des rangers ait l’idée de conduire le quad bourré.

Ça ne vous rappelle rien?

Va chercher une baguette, des croissants et du pastis maman, on arrive!

La maison que nous occupons avec Daniel et Thomas sert également d’abris aux chercheurs venus profiter de la profusion d’espèces sur l’île. Leïla Walker, aidée par son assistant Matt, fait partie de ceux là. Elle est venue d’Angleterre voir si il existe un lien entre le plumage des mâles de méliphages hihis et leur état de santé. Pour ce faire, elle et son assistant ont placé des filets à coté des abreuvoirs et utilisent les mangeoires spécialement adaptée pour les capturer.

Matt cherche à extraire d'une mangeoire pleine de méliphages carillonneurs un méliphage hihi qu'il a piégé.

Alors qu’elle m’expliquait son mode opératoire en même temps qu’elle effectuait ses prises de données sur un méliphage fraichement capturé, une perruche de Sparrman se prend dans un filet.

« Can I? »

Que les bagueurs européens ne me parlent plus jamais en de mauvais termes de nos mésanges ou pies-grièches, se sont de doux petits agneaux. Vous ne savez pas ce qu’est la souffrance tant que vous n’avez pas sortit une perruche d’un filet. Leïla ne cherche à capturer que les hihis (haha) et je m’empresse de relâcher l’ignoble petite créature qui met de longues et douloureuses secondes à se décider à lâcher mon doigt.

En me voyant revenir la main en sang la jeune anglaise me fait remarquer en souriant que tant qu’il ne s’agit pas du sang de l’oiseau tout va bien. Très drôle.

Un énorme carpophage de Nouvelle-Zélande se prend quotidiennement dans les pièges et sa sortie du filet et là encore assez sportive d’autant que ces oiseaux sont redoutés pour leur facilité à casser les filets.

Leïla prenant des mesures colorimétrique du plumage d'un méliphage hihi.

Le soir j’assume mon rôle de guide en emmenant ceux qui veulent les observer à la rencontre des kiwis. Lors de ces ballades il arrive qu’un autre extraordinaire habitant de l’île fasse sont apparition: un sphénodon! Ces sortes de lézards, pouvant vivre jusqu’à cent ans et appartenant à une famille quasi inchangée depuis l’ère des dinosaures, n’existent qu’en Nouvelle-Zélande. Avant l’arrivée des hommes ils étaient commun dans tout le pays mais aujourd’hui les derniers représentants de cette famille ne vivent plus qu’en captivité ou sur des îles préservées des prédateurs comme Tiritiri Matangi où ils ont été réintroduits en 2003.

Un peu moins funky que Denver, qu'en pense Dinoti?

27 mars

Ma semaine de rêve s’achève aujourd’hui. J’ai eu droit à un stylo, le titre du « most entertaining gut to work with » (je sais pas encore comment le prendre) et un paquet de bons souvenirs.

Edouard aux mains d'argent.

Et depuis que des plots nous empêchent de sortir de la route pour aller nous noyer dans la mare asséchée, on a le droit de conduire la « mule », une sorte de petit buggy tout terrain qui sert essentiellement à écraser les takahés.

Enfin un volant du bon coté.

Greg a tenté de piller le frigo après s’être fait jeter du centre d’informations touristiques où il avait dévalisé la poubelle. Finalement éjecté de la maison, il a piqué son sandwich à une gamine. J’ai ajouté à la liste de mes oiseaux manipulés quelques rarissimes endémiques et appris à sortir les perruches des filets sans avoir à les toucher.

C'est bien parcequ'il faut aider.

On a aussi nettoyé les plages de la côte ouest et entre deux tampons usagés (ne venez plus jamais me dire que les mecs sont des porcs) on s’arrêtait observer les labbes parasites qui volaient aux sternes leurs poissons durement acquis.

Alerte! Les nazguls! Protégez l'anneau!

Le fait que j’ai vu plus de kiwis sur l’île que la plupart des gens n’en voient en une vie a incité les rangers à me coller sur le dos les touristes qui restent pour la nuit. D’ailleurs le titre de l’animal le plus ridicule de l’île revient finalement aux manchots depuis que l’un d’entre eux, suivant ses copains qui se dandinaient vers la mer, s’est mangé le seul rocher de la plage et est repartit complètement sonné dans l’autre sens…

La marche du troufion.

Les ballades nocturnes m’ont aussi permit d’observer un oiseau que je pensais avoir autant de chance de trouver que de dénicher une bouteille d’eau minérale dans le frigo de zouzout, le mégalure matata. Un petit passereau brun endémique dont personne ne sait grand chose puisqu’ils sont très dur à observer. Ils ont été introduit sur l’île alors que leur forêt allait être détruite par la construction d’une autoroute. Une ninoxe boubouk m’a également accompagné au cours de ma dernière nuit.

Optic 2000!

Pour conclure, cette semaine a été fantastique et m’a permis de découvrir ce que l’Homme est capable de faire lorsqu’il tient réellement à préserver la vie sauvage qui l’entoure. Mais comme le disait si bien Jim Holdaway (je ne sais pas qui s’est, j’espère juste que ce n’est pas un ancien nazi), les survivants d’un naufrage ne sont sauvés que lorsqu’il quitte le radeau de sauvetage. Les méliphages hihi et talèves takahés ne pourraient survivre sur l’île sans l’attention permanente qui leur est porté et un long chemin est encore à faire si les Hommes veulent voir à nouveau ces animaux fabuleux prospérer sur leurs territoires d’origines. Il est fort probable que les glaucopes cendrés ne se mettront jamais à chanter dans les parcs d’Auckland. Cependant tant que les néozélandais continueront à s’investir autant dans la protection de leurs écosystèmes endémiques, les pseudo hippies débiles qui sont persuadés que l’Homme et la Nature ne peuvent pas faire bon ménage et qu’Homo sapiens ferait bien de disparaître l’auront dans

Comments (8) »

Hôtel malaria

Kirli (prononcez Carlaï) et Elizabeth, deux kiwies rencontrées à Miranda, sont venues renforcer nos effectifs ce week-end. Au programme une vingtaine de piafs pour que les débutantes se fassent la main et échanges culturels autours d’un vin néozélandais. Avec David on a fait une entorse à notre régime bières chips habituel et deux joueuses de plus ont permis de passer à des jeux plus intellectuels.

Initiation à la torture des oiseaux.

Jeu à deux.

Jeu à quatre.

Avec David on a aussi eu des discussions intéressantes concernant les parasites responsables de la malaria: les plasmodiums. Et comme je n’ai pas grand chose d’autre à raconter je vais vous faire partager mon savoir tout neuf en essayant d’être le plus simple et concis possible.

Tout commence il y a plusieurs centaines de millions d’années alors que la vie sur Terre se résume à des organismes monocellulaire qui forment une soupe biologique dans les océans tout neuf. Des algues unicellulaires photo-synthétise l’énergie du soleil et le dioxyde de carbone à l’aide de leurs plastides (par exemple le chloroplaste) pour en faire de la nourriture. Certaines d’entre elles vont devenir les symbiotes des premiers animaux, essentiellement des éponges et des coraux.

Or il y a environ 480 millions d’années de nouveaux organismes unicellulaires vont évoluer à partir d’une de ces algues. Certains vont rester symbiotique, comme les dinoflagellés que Ciloo et Marie connaissent bien, et d’autres vont développer une inédite relation avec le monde animal. Chez ces derniers le plastide n’est plus capable de synthétiser de la nourriture à partir de la lumière du soleil ni du dioxyde de carbone. Ne pouvant plus subvenir à leurs propres besoin ni à celui de leur symbiote, ces organismes sont devenus des parasites, donnant naissance entre autres aux plasmodiums. Pour vous situer un peu, à part des éponges, des oursins et quelques invertébrés, il n’y avait à l’époque pas grand chose à parasiter.

Les plasmodiums que David étudie vivent dans les globules rouges des oiseaux et sont facilement observables au microscope.

Partant de là il est tout à fait normal de supposer que le système immunitaire si particulier au règne animal soit apparus après, voir en réponse aux premiers parasites qui existaient déjà depuis longtemps. Les plasmodiums ont donc évolués parallèlement à l’évolution animale, commençant par infecter les cellules d’animaux tout juste bons à chier et manger par le même trou pour ensuite s’attaquer à celles des poissons, reptiles, oiseaux et mammifères. Étudier les plasmodiums d’un oiseau est donc à peu de chose près l’équivalent à s’intéresser aux cousins d’un des plus grand meurtrier des pays chauds: le plasmodium responsable du paludisme.

Et c’est quand même plus classe que de se dire que si mes mains sont pleines de fientes c’est pour vérifier si les piafs du coin ont pas un rhume.

Toi et moi on va sauver le monde mec!

Une anecdote intéressante vécue sur le territoire néozélandais et mettant en scène cette adaptation et coexistence de plusieurs millions d’années entre les plasmodiums et leurs hôtes concerne justement les oiseaux. Dans les années 1870 des « Acclimatisation Societies » avaient pour objectif d’aider les nouveaux colons fraichement débarqués à l’exact opposé de leur continent d’origine à ne pas se sentir trop dépaysés. L’une des idées les plus néfastes fût d’importer des milliers d’oiseaux de plusieurs dizaines d’espèces européennes. Nombre de ces oiseaux étaient porteurs sains de différentes maladies aviaires, supportant très bien après des millénaires de coexistence la présence dans leurs organismes des parasites. Pendant des années les oiseaux locaux ont été protégé de l’infection par l’absence de moustiques capables de transmettre les plasmodiums, mais quand un cargo a importé involontairement une espèce vecteur, les maladies se sont propagés à grande vitesse, décimant les espèces locales non préparées à survivre aux infections.

J'ai le même dans mon jardin, super le dépaysement.

20 mars

Petite grippe irlandaise moi ce matin…

Après avoir participé à la capture d’une centaine d’oiseaux j’ai finalement pris congé de David et de ses amis à plumes.

Un dernier petit shot de méliphage carillonneur pour la route.

Pour fêter ça je suis retourné à Auckland renouer avec la civilisation. De retour dans l’auberge de mon premier soir en Nouvelle-Zélande j’ai rencontré un petit paquet de gens sympas. Bien entendu aucun kiwi dans le lot, mais la plupart des fêtards vivent à Auckland depuis au moins six mois et du coup ils ont une certaine connaissance appréciable du terrain. Après une première tournée des bars néozélandais digne de ce nom j’en suis arrivé à une conclusion irréfutable: les néozélandais n’habitent pas à Auckland.

Et je n’irais pas plus loin aujourd’hui, il faut que je soigne ma veisalgie si je veux être en forme pour le pot de départ d’une française rencontrée hier.

Leave a comment »

Lord of the rings

7 mars

Finalement j’ai eu pitié de David et ai décidé de l’aider à nouveau à attraper des oiseaux et des moustiques. Bon l’hébergement à l’œil y est aussi un peu pour quelque chose…

Aujourd’hui c’est le jour de la migration automnale si on en croit les dires du Miranda Shorebirds Center. Pour l’occasion le centre a invité Ken Gosbell, un australien spécialiste du couloir de migration australo-est-asiatique et des limicoles australasiens. Ken est notamment un membre actif d’un organisme réunissant le plus de pays possible concernés par ce couloir de migration en vue d’une meilleur protection des oiseaux qui l’emprunte. Je vais faire synthétique mais l’exposé était très dense et très intéressant.

En Europe la plupart des organismes de protection des oiseaux migrateurs s’inquiète de ce que deviennent leurs protégés au cours de leur hivernation (une bonne partie se fait tirer par des chasseurs français en vacances soit dit en passant). En Australie et en Nouvelle-Zélande le problème est tout autre et ces pays se demandent se qui arrivent à leurs oiseaux alors qu’ils partent se reproduire dans la toundra sibérienne ou en Alaska.

Depuis plusieurs années les limicoles australo-néozélandais tendent à disparaître dramatiquement comme notamment le bécasseau de l’Anadyr qui hiverne au Nord Ouest de l’Australie et se reproduit en Sibérie.

Maintenant un petit topo sur le mystérieux couloir de migration australo-est-asiatique. Près de la moitié de la population humaine mondiale habite cette région allant du Sud de la Nouvelle-Zélande au Nord de la Sibérie et du Bangladesh jusqu’au Japon et couvrant 23 pays. Près de 5 millions d’oiseaux appartenant à plus de 55 espèces emprunte cette voie de migration mais ce nombre diminue d’années en années.

Combien reviendront?

Pourquoi? Les dernières études de suivi de migration ainsi que la bonne vieille pratique du bagage ont aidé à trouver les raisons de ce déclin. Un récepteur GPS a par exemple été posé sur un tournepierre à collier tranquillement en train de s’engraisser sur une côte australienne. Sept jours plus tard l’oiseau de 120 g émettait tranquillement depuis une plage des Philippines sans s’être arrêté en chemin. Après avoir repris son quota de graisse nécessaire il a poursuivi son périple vers la Sibérie où il s’est reproduit avant de redescendre en Australie avec une seule escale sur une île du Pacifique. De leurs coté 30% des bécasseaux de l’Anadyr de la planète, l’immense majorité des très menacés bécasseaux spatules ainsi que la plupart des migrateurs du couloir australo-est-asiatique avait pris l’habitude de faire une halte à Saemangeum sur la côte Ouest de la Corée du Sud pour se nourrir.

De nombreuses barges rousses hivernant à Miranda s'arrête sur les côtes de la mer jaune pour reprendre des forces au cours de leur migration.

La mer jaune située entre la Chine et les Corées (je vous jure que ce n’est pas moi qui ai inventé le nom!) possèdent la plus grande surface de vasières aux monde. Comme leur nom l’indique, les limicoles, principaux migrateurs, se nourrissent essentiellement dans les vasières et la migration devient impossible si les pauses bouffe essentielles à la reprise de carburant pour la route disparaissent. Hors les 400 km2 de vasière de Saemangeum ont été coupé de la mer par un pont de 33 km en 2006 pour préparer la construction d’un mini Dubaï. Résultat plus de marées, plus de coquillages et plus d’oiseaux . Malheureusement contrairement à ce que les autorités ont rétorqué aux cons de hippies qui s’opposaient à la construction du pont, les oiseaux ne sont pas allé plus loin étant donné qu’il n’existe aucun autre endroit au monde semblable à la vasière de Saemangeum et ils ont tout simplement disparu.

Si la vasière de Miranda venait à disparaître les pluviers anarhynques perdrait un site important de nourrissage en prévision de la saison de reproduction.

Et ce n’était qu’un exemple parmi tant d’autres… Toutes les vasières de la mer jaune sont actuellement gravement menacés. Bien sûr en voyant le rassemblement de petits vieux en train de chouiner parce que leurs petits ziozios disparaissent alors que les paysans asiatiques crèvent la dalle on est en droit de se demander ce que ça peut bien nous foutre. Mais la disparition d’espèces implique obligatoirement des bouleversement biologiques souvent nuisible à la planète comme aux êtres humains et je suis pas sûr qu’un village de casinos augmente grandement le niveau de vie des paysans coréens.

J’espère que ça vous a autant passionné que moi sachant que j’ai fais court et que les photos sont protégés par des droits d’auteur. Mais Ken n’est pas venu à Miranda juste pour pleurer, le gourou de la conservation des « migrants » est venu félicité les membres du centre pour leur initiative rare, simple et plus efficaces que tous les colloques imaginables. Sachant que la plupart de leurs barges font halte dans la réserve chinoise de Yalu Jiang le « Miranda Naturalists’ Trust » a signé un partenariat avec leurs homologues chinois pour s’aider mutuellement à protéger les oiseaux qu’ils se partagent. Tout simplement.

Après ça tout le monde est allé se rincer l’oeil sur la plage et David a recruté de jeunes et jolies volontaires pour le prochain week end.

Je sais pas où il a trouvé des jeunes étudiantes dans ce troupeau de vieux retraités.

Pour finir on a déplacé les filets plus profondément dans la forêt. Maintenant que Cécile n’est plus là pour nous embêter on va pouvoir commencer les choses sérieuse et une femelle de miro mésange nous a observé en train d’installer les filets dans lesquels elle se piègera bientôt.

Notre nouveau terrain de jeux.

9 mars

Le baguage a commencé doucement. Hier, alors que deux de nos nouvelles recrues étaient venues nous prêter mains fortes, nous n’avons rien capturé du tout! Toutefois, contrairement au site précédent, les oiseaux étaient présent et les miros mésanges voletaient joyeusement autour de la table de baguage. L’un deux était d’ailleurs déjà bagué, il s’agissait d’une femelle que le DOC a tenté de réintroduire avec d’autres sur l’île de Tiri-tiri Matangi près d’Auckland et qui est revenu à son territoire tout seul comme un grand.

David désespère devant ses filets vides.

Aujourd’hui David a décidé de retenter d’utiliser ses minis hauts parleurs pour diffuser des chants d’oiseaux. Le premier site était saturé de cigales et nous avions déjà presque du mal à nous entendre, mais sur le nouveau site le seul bruit de fond est celui des milliers de guêpes qui parcourent la cime des manukas. Le résultat ne s’est pas fait attendre et une femelle de méliphage carillonneur n’a pas tardé à se prendre au piège. Cette capture est d’autant plus importante que cette espèce est censée avoir disparu du Waharau!

Ça va saigner!

Des dizaines d’autres oiseaux semblait attirés par la musique mais les riphidures se contentaient de slalomer entre les filets, les zostérops rebondissait dessus (véridique, on aurait limite dit que ça les faisait marrer) et les gérygones les traversaient sans même sans soucier…

Et puis David a suggéré de détendre un peu les filets pour gâcher le jeu des zostérops. Résultat seize zostérops d’un coup (et un gérygone)! Ça a peut être l’air de rien comme ça mais baguer et prélever du sang à seize piafs d’affilés à deux c’est du boulot. D’autant plus que le seizième zostérop s’est piégé alors qu’on était en train de cueillir ses potes et si on avait pas fermé les filets après lui on y serait encore…

On devrait leur filer un casse dalle après ça comme pour le don du sang.

Ayant bagué en une matinée plus d’oiseaux qu’au cours des deux dernières semaines nous sommes rentrés joyeux à la maison célébrer ça.

11 mars

Le vent s’est levé et a chassé les nuages, ces deux facteur rendent nos filets beaucoup plus visibles comme le prouve les riphidures qui se perchent dessus.

Hier nous n’avons strictement rien capturé mais ce matin un mâle de miro mésange a reçu une bague toute neuve.

Je n'suis pas un numéro!

Un peu plus tard c’est un mâle de méliphage carillonneur qui n’a pas aimé que les hauts parleurs de David se permettent de le concurrencer sur son propre territoire.

Un anneau pour les identifier tous.

Ce soir c’était le dernier remplissage des pièges à moustiques et sur le retour une ninoxe boubouk peut farouche nous a accompagné en frôlant nos têtes.

Comments (4) »

Enfin débarrassé.

5 mars.

David a déplacé ses pièges à moustiques plus profondément dans la forêt, du coup la promenade quotidienne pour aller les remplir commence à devenir assez longue. En plus Cécile commençait à réagir bizarrement aux cigales qui se prennent dans les filets.

Pas facile à baguer.

Du coup on est partit se promener direction la côte ouest. On décide de passer la nuit à Raglan, un petit bled plein de hippies et de surfeurs où l’on pourrait devenir bénévoles à l’avenir. Après une soirée plage de sable noir et tuis (pas l’oiseau ce coup ci, on continue notre chemin en passant par la « kiwi house » d’Otorohanga . Cet établissement, le premier du genre à avoir vu le jour, a mis en place un système permettant d’observer des kiwis en captivité bien que ceux-ci soient nocturnes. Ciloo observe ainsi avec un plaisir évident ses premiers kiwis persuadés qu’il est minuit dans des enclos obscurs. Le reste du parc présente également une belle panoplie d’espèces native.

Cécile, 24 ans, donne à manger à des canards pour la première fois de sa vie.

Ciloo fait mumuse avec un natif.

Le road trip se poursuit par la visite de la grotte de Waitomo. Cette grotte creusée par une rivière a la particularité d’abriter une immense population de vers luisants. Rien à voir avec les lucioles de chez nous, le ver luisant du coin est en réalité la larve luminescente du diptère répondant au joli nom de Arachnocampa luminosa. Le « ver » vit environ neuf mois en se nourrissant des insectes attirés par sa lumière qui se piègent dans les toiles qu’il a tissé autour de lui. Devenu bien gras il va se transformer en adulte dépourvu de bouche qui n’aura pour seule occupation que de se reproduire pendant les quelques jours qui lui restent à vivre.

La ballade en barque sous un ciel de vers luisants est inoubliable.

Finalement nous avons atteint aujourd’hui le village de Turangi, coincé entre le lac Taupo et le Parc National du Tongariro. Après avoir pic niqué sur une berge de l’immense lac et pataugé dans la rivière Tongariro, je laisse Cécile à la maison que lui prête le DOC.

La traversée laborieuse de la rivière Tongariro.

Après m’avoir supporté pendant deux mois, Cécile préfère faire le ménage dans les gîtes du Parc National pendant sept semaines plutôt que de continuer à m’avoir sur les bras. C’est donc seul que je poursuivrais ma route semée de lieux au noms imprononçables, d’animaux aux aspects invraisemblables et de nightclubs infréquentables.

Pour l’instant.

Qu'est ce que je vais bien pouvoir faire de super maintenant?

Soyons fous, amusons nous!


1. Qu’est ce qu’un kiwi?

2. À la ferme? Quelle ferme?

3. Faites moi un joli haïku sur la Nouvelle-Zélande.

4. À quelle famille d’insectes appartiennent les lucioles?

5. Combien j’ai de doigts?

6. Quel est le nom de l’oiseau que Cécile a sur la tête?

7. À quelle altitude culmine le mont Tongariro?

8. Combien consomme ma voiture?

9. Quelle heure est-il?

10. Donald se promène toujours les fesses à l’air, alors pourquoi met il une serviette autour de sa taille en sortant de la douche?

Comments (6) »