Xéniques amères…

8 avril

Un petit miro mésange sautille avec agitation en exhibant fièrement la grosse araignée qu’il vient d’attraper. Il cherche sûrement à me supplier d’ouvrir la fenêtre pour lui permettre d’échapper à la pluie qui tombe quasiment sans discontinuer depuis trois jours sur la réserve de Boundary Streams. Je suis hébergé dans un petit chalet tout confort pour aider Sarah Withers à étudier un petit oiseau endémique, le xénique grimpeur. Allez vu que vous vous ennuyiez ferme derrière vos PC et qu’à vrais dire je n’ai pas grand chose d’autre à faire je vais combler votre soif de détails.

Tout d’abord Boundary Streams. Cette réserve est ce que le DOC appelle une « mainland island », un bout de forêt primaire que le gouvernement tente de préserver au milieu d’un environnement agricole dominé par les plantations diverses et les espèces invasives. Mon « îlot » est situé entre la Bay of Plenty et Hawke’s Bay, deux régions où l’activité agricole est très présente. Une fois encore je me retrouve perdu au milieu de nul part et l’accès à la réserve se fait par une longue piste de graviers tout sauf rassurante.

Mais l’isolation est peut être pour beaucoup dans la richesse écologique de la réserve. Bien entendu le premier animal que j’ai pu observer est le lapin de garenne, du stade de lapereau à celui de squelette. Leur abondance m’amène même à me demander si certain terrier ne débouche pas dans le parc de Bercy… Au milieu des lagomorphes (Et non ce ne sont pas des rongeurs! On en apprend tous les jours hein?) se prélassaient tranquillement un inquiétant nombre de chats harets. Devant une telle profusion d’immigrants je me suis demandé où j’allais bien pouvoir trouver du néozélandais pur souche. Un faucon de Nouvelle-Zélande est venu me rassurer et me rappeler que les félins n’étaient pas les seuls responsables de la mort des non-rongeurs fornicateurs.

Si le dernier super prédateur endémique de Nouvelle-Zélande prospère ici il est fort probable que la réserve mérite son statut de refuge à glaucopes, kiwis et perroquets (Kaka!). L’abondance de miros, mohouas, et xéniques a même réussi à me faire oublier la pluie torrentielle qui s’abattait sur une route ne méritant déjà pas cette appellation.

Maintenant les gens et pour commencer Sarah. Sarah est une étudiante kiwie de l’université d’Auckland qui s’est spécialisée dans les xéniques grimpeurs. C’est elle qui les a notament réintroduits sur Tiritiri Matangi. J’ai eu vent de son besoin d’aide à la réserve de Boundary Streams par David. Le xénique a un comportement de nidification très particulier et Sarah cherche à en connaître le plus de ficelles. Cinq autres personnes travaillent dans la réserve en permanence à des missions toutes plus intéressantes les unes que les autres et deux volontaires sont actuellement là pour les dépanner.

Pour finir le xénique grimpeur, acanthisitta chloris. Je sais ce blog manque affreusement de guépards, de léopards ou autres rhinos. Malgré ma pilosité ça manque de poils! (et de filles à poils Kyko, on est d’accord) Désolé mais je fais ce que je peux avec ce que j’ai et je vous assure que je me démène pour pouvoir écrire un jour un article sur les otaries à fourrure…

Revenons en à mes plumes. Le xénique grimpeur fait partie d’une famille endémique au pays au long nuage blanc dont deux des quatre espèces ont d’ores et déjà disparues du fait de la présence humaine. Un petit aparté intéressant concerne le xénique de Stephens qui vivait sur l’île du même nom. Cette oiseau présente la particularité d’avoir été découvert et exterminé au cours de la même année 1894. Le seul passereau au monde à n’avoir, à notre connaissance, jamais été capable de voler trottinait en grand nombre sur l’île quand vint s’y installer le gardien de phare David Lyall. Un spécimen rapporté par son chat fit le voyage jusqu’à Londre où il fut savamment nommé traversia lyalli. Nom qui désigna un oiseau qui ne le porta jamais de son vivant, l’espèce ayant été décimé en moins d’un an par un seul matou… Mon xénique est fort heureusement capable de voler et gère plutôt bien les prédateurs. Malheureusement sur l’Île du Nord son territoire se morcelle et le plus petit oiseau de Nouvelle-Zélande tend à avoir quelques difficultés à voyager à travers les immenses champs qui divisent son aire de répartition. Les environnementalistes sont également perplexes quand à sa façons de s’occuper de ses petits ce qui rend sa réintroduction assez hasardeuse… Le xénique grimpeur fait partie de ces oiseaux étranges qui abondent en Nouvelle-Zélande et dont les premiers petits de l’année aident leurs parents à s’occuper des seconds. Jusqu’ici rien de trop problématique mais de récentes études ont montré que certains mâles trouvaient amusant de s’occuper des petits de plusieurs couples qui ne leurs sont apparemment nullement liés. Vous me direz « un mâle ça sert à rien c’est même pas foutu de pondre un œuf, il fait ce qu’il veut ». Passe encore sauf que plus récemment encore un scientifique a observé une femelle qui préférait aider une de ses copine à s’occuper de ses marmots plutôt que d’avoir à en faire. Question: Que se passerait il si Sarah avait transféré sur Tiritiri Matangi uniquement de gentils babysitteurs incapables de sauter le pas?

11 avril

À vos marques...

La capture du xénique est un peu hors du commun, bien que pour la plupart d’entre vous capturer des oiseaux ne doit pas être forcément habituel. Le petit bestiau est très territorial et les oiseaux d’un même groupe s’éloignent rarement de chez eux. Du coup impossible de poser les filets dans un coin et de passer la journée à attendre que tous les xéniques de la réserve s’y piègent.

Prêts...

La journée commence donc par une promenade le filet sur l’épaule à l’écoute des miniscules oiseaux. Une fois un groupe repéré on place le filet à proximité, on en rajoute un par dessus histoire d’être sûr et on dépose un haut-parleur jouant un morceau de Xénico Pavarotti au milieu du tout. En quelques minutes la plupart du clan est piégée.

Partez!

On les affuble alors tous d’une bague métallique gravé d’un code unique et d’une combinaison de bagues de couleur qui permettront de les identifier sans avoir à les recapturer. Sarah prélève également quelques plumes et du sang pour une analyse ADN qui lui permettra d’étudier les variations génétiques entre les différentes populations qu’elle étudie. On remballe ensuite le matériel pour partir à la recherche du prochain territoire, généralement cent mètres plus loin…

Sarah et son minuscule objet d'étude.

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4 Réponses so far »

  1. 1

    Ghislain said,

    Ami Rémi,

    Merci pour ta carte postale du bout du monde et pour la plume de cul de kiwi que tu as collée dessus (à moins que ce soit celle d’un takahé femelle gravide ? je confonds souvent leurs tectrices).

    Ca m’a fait bien plaisir de trouver cette charmante attention dans ma boiboite à factures. Ca valait le coup de se creuser pour répondre aux questions. Pour une fois que les facteurs belges n’y glissent pas le courrier de quelqu’un d’autre !

    Hé ouais Flo, t’as ptêt pas reçu ta photo de globe trotteur à poils longs, mais moi j’ai reçu une photo de takahé à plumes vertes ! Nananèreuh !

    Aller, bonne route mon grand. Je t’embrasse virilement.

  2. 2

    flo said,

    réponse pour ghislain!

    j’ai reçu la même chose alors pas de nananèreuh qui tienne!!

  3. 3

    Cathy said,

    La ca va pas du tout… Je ne laisserai pas passer ca… Teindre des pov tits roitelets en vert fluo! Je vais vous dénoncer! (Et ne t’aviss pas a tinventer des nomps d’especes exotiques pour brouiller les pistes)

    J’anonce déjà la création du FILCECR (Front Interpiaf de Lutte Contre les Experiences de Colorisation des Roitelets).
    La pétiin est ouverte à vos signatures

    • 4

      Rémi said,

      Raté, je me doutais qu’un nom d’espèce aussi facile à placer dans un jeu de mots vulgaire ne passerait pas! C’est du colorant alimentaire au pire les chats feront caca vert c’est pas si grave!


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