Remake.

4 mai

La pluie n’est toujours pas tombé sur Tiritiri Matangi depuis Décembre et seule une petite bruine humidifie temporairement les chemins. Les sources d’eau douces se font de plus en plus rares et des oiseaux habituellement discrets comme les glaucopes cendrés n’hésitent plus à s’aventurer dans les abreuvoirs jouxtant le centre d’informations touristiques. (Voir l’article « geeky birds »)

Et oui vous allez remanger du piaf! Cependant mon second séjour sur l’île magique du golfe d’Hauraki à subis quelques modifications fortement appréciables. Je ne travaille plus avec deux geeks qui se demandent quel dinosaure ils aimeraient le moins croiser sur l’île mais avec une jolie jeune fille aux yeux qui brillent à l’apparition de chacune des espèces merveilleuses de l’île. Ciloo la « poisseuse » va d’ailleurs avoir du mal à me faire croire plus longtemps à sa prétendue malchance avec les animaux. En deux jours nous avons pu observer avec facilité glaucopes, ninoxes, kiwis, sphénodons, manchots, mégalures et deux espèces qui m’avaient échappées lors de mon premier séjour. La première est la minuscule et très discrète marouette fuligineuse et la seconde est un oiseau qui vient de gagner de nombreux point dans la course à l’animal le plus ridicule de l’île, le pétrel noir. Cet oiseau marin ne se pose sur la terre ferme que de nuit pour nicher. La saison de reproduction commence tout juste et les nuits de Tiri résonnent des cris amusants des dizaines d’oiseaux pélagiques revenus nettoyer ou creuser les terriers dans lesquels ils vont nicher. Le fait qu’ils se prennent des arbres avec des bruits ridicules en s’imaginant être des oiseaux nocturnes m’aurait presque fait oublier à quel point les manchots sont rigolos.

Il a encore du chemin avant de ressembler à une chouette.

Mais l’animal le plus ridicule de l’île conserve son statut après qu’on en est observé deux s’envoyer en l’air au milieu d’un chemin. Façon de parler bien sûr, je rappelle à tout le monde que les manchots ne peuvent pas voler. Pris sur le vif ils ont vainement tenté de s’enfuir à travers un enchevêtrement inextricable de fougères. Il me semble important d’ajouter que les deux oiseaux marins se trouvaient au beau milieu de l’île, à plus d’une centaine de mètres du niveau de la mer et sept cent mètres de la côte la plus proche…

Si si la famille!

À part ça Cécile a également fait connaissance avec la star de l’île et les petites tâches quotidiennes.

Ciloo faisant couler son bain à Greg.

Je rêve où il est en train de la draguer?

Mais un événement extraordinaire perturbe notre quotidien. Une douzaine de chercheurs et volontaires ont investi l’île pour s’atteler à ce que les néozélandais savent faire mieux que tout le monde. Je vous arrête tout de suite il ne s’agit pas d’un match de rugby avec des takahés comme ballons! Deux des menaces principales pesant sur l’environnement néozélandais sont la présence de mammifères introduits et la déforestation. Pour protéger son patrimoine naturelle, le gouvernement kiwi a mis en œuvre des moyens extraordinaires pour débarrasser un maximum d’îles de leurs nuisibles à fourrures et restaurer leur forêt originelles. L’étape suivante consiste en la réintroduction d’espèces autrefois présentes sur ces îles à partir de régions dans lesquelles elles abondent. Cette opération est appelée translocation. Or cette semaine une centaine de méliphages carillonneurs vont quitter l’île de Tiritiri matangi pour être relâchés vers des milieux où leur espèce a disparue et leur habitat a été restauré. Si ils sont prélevés ici c’est parce qu’ils sont tellement nombreux que les jeunes à venir remplaceront rapidement ceux qui partent et que leur nombre représente une compétition très lourde à l’encontre du méliphage hihi extrêmement menacé.

Pour changer...

Une telle opération exige une organisation minutieuse. Les oiseaux sont capturés avec des filets ou à l’aide de mangeoires aménagées en pièges. Un nombre précis de mâle, de femelles et de juvéniles sont retenus, bagués, mesurés et un échantillon de leur sang est prélevé. Les individus ne pesant pas assez lourd pour survivre au voyage sont relâchés. En attendant que le nombre défini d’oiseaux soit atteint tous ceux qui sont capturés sont placés dans une volière. Kevin Parker et Tim, les deux responsables de l’opération connaissent bien Joanne, David, Leïla et Sarah. Autant dire qu’on est grillés et réquisitionné d’office. Pas de nettoyage de cuves cette semaine, on nous donne un filet et nous voici de corvée de ramassage de méliphages!

Cécile fait la connaissance des perruches et je sors enfin un énorme carpophage sans le laisser lourdement tomber par terre.

Ciloo découvrant la signification du mot « douleur ».

Je commençais à manquer de pigeons.

8 mai

Sans pluie plus de chasse d’eau alors Dave a fait commande de deux ou trois cabinets chimiques en attendant la pluie. Malheureusement nous n’avons pas pu l’aider à les installer ou les nettoyer, nos compétences extraordinaires en matière de capture d’oiseaux ont fait que nous avons été enrôlé pour la semaine par Kevin.

Cécile expérimente la pêche au méliphage.

Après avoir capturé les six derniers mâles manquant sur la commande nous avons été chargé d’aider au nourrissage des oiseaux qui attendaient dans les volières le grand départ qui devait avoir lieu aujourd’hui. Mais un coup de fil à la dernière minute a appris à Kevin que l’un des échantillons de sang contenait des salmonelles. La bactérie étant absente de l’île de Waiheke où certains oiseaux doivent être réintroduits, ils doivent rester en volières pendant cinq jours de plus le temps d’être soignés.

On a quand même continué à aider les rangers pour les taches les plus ingrates.

On devrait être payé pour un travail aussi pénible...

Ceux qu'elle a souvent engueulé lorsqu'ils donnaient du pain aux canards peuvent se venger!

Simon Fordham, un membre de l’équipe de Kevin, nous a également permis d’assister au baguage des pétrels noirs. Pas de mesures, pas de prise de sang ou de plumes, le but et juste de connaître leurs déplacement et leur espérance de vie. Un pétrel bagué alors qu’il était déjà adulte a par exemple été re-capturé quarante ans plus tard en pleine forme! La pratique est douloureuse mais assez simple, Simon parcours la côte de nuit et ramasse les pétrels posés un peu partout. Il pose ensuite une bague sur l’oiseau, une tache de correcteur sur le bec pour ne pas le ré-attraper tout de suite et l’oiseau repart en se dandinant après lui avoir lacéré la main. Les pétrels ont besoin d’une piste d’envol, d’un arbre ou d’une falaise pour décoller ce qui explique à quel point il est facile de les cueillir.

Joli bec...

Les pétrels ont aussi la particularité rigolote d’être attiré par quiconque imite le cri de guerre des amérindiens. Un comportement aussi débile leur a fait gagner de nombreux points dans la course au ridicule. Malheureusement pour eux je viens tout juste d’apprendre qu’il arrivait aux manchots de nicher dans les canalisations d’évacuation d’eau de pluie. Je vous laisse imaginer ce qui arrive à l’œuf ou au poussin à son premier orage…

Taillé pour survivre...

Avec des expériences aussi variées qu’exceptionnelles Tiritiri Matangi restera certainement l’un des plus extraordinaires endroits où j’ai eu la chance de m’arrêter. Peut de haltes ont pu retenir ma soif de vadrouille, Tiri en fait partie et je quitte l’île avec une pointe de nostalgie. Il va falloir assurer pour lui succéder…

Juste pour rigoler!

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3 Réponses so far »

  1. 1

    Ciloo said,

    Alors je tiens a dire que donner du pain oiseaux CE N’EST PAS BIEN!!
    Mais la, c’est a but scientifique messieurs dames!! Il fallait bien controller les bagues des sarcelles pour savoir si c’etait les meme que deux jours plus tot.
    Et il y a du rififi chez les brown teal parfois, un male est venu prendre « possesion » d’une famille en chassant le papa pendant quelques jours, mais bleu rouge metal (c’est le petit nom du Papa) a repris possession des siens quelques jours plus tard!! Comme quoi c’est utile de donner du pain aux cannards… quand il s’agit d’un oiseau rarrissime!!

  2. 2

    Ghislain said,

    Euh pourquoi c’est pas bien de donner du pain au connards ?

    Même les oiseaux qui ne vivent que pour la décoration d’un plan d’eau et à qui on a brisé les ailes pour pas qu’ils cherchent à s’évader, il faut pas les nourrir ?

    Mais alors les vieux n’auront plus rien d’autre à faire de leur temps libre que d’allonger les files d’attente à la poste et au supermarché !

  3. 3

    Rémi said,

    C’est des pains qu’il faut filer aux connards Ghislain, il faut tout t’apprendre!
    Le pain ne fait pas partie de l’alimentation naturelle du canard, c’est juste pour ca qu’on est pas cense lui en donner. Mais habituer n’importe quel animal sauvage a etre nourri par l’Homme est en regle generale une mauvaise chose.
    Par contre les canards moisis aux ailes brisees du bois de Vincennes tu peux leur filer tout le pain que tu veux au point ou ils en sont…


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