Dix petits nègres.

30 juin

Avec ses deux cents mille hectares l’île de Kapiti fait facilement passer sa petite sœur Tiritiri Matangi pour un récif. Cette île est une légende à elle toute seule pour tous les naturalistes kiwis. Elle a été l’une des premières et reste l’une des plus grandes îles à avoir été débarrassée de ses rats, souris et autres phalangers renards. Son accès au public est très restreint. Pas plus de quatre vingt dix personnes par jours et une quinzaine par nuit, quiconque débarque sur l’île doit être muni d’une autorisation du Department Of Conservation. Pas d’embarcadère ce qui empêche de rejoindre ou de quitter l’île par mauvais temps. Un sentier permettant d’atteindre le sommet de l’île est le seul véritablement autorisé à la circulation du simple quidam. C’est sur ce temple de la conservation que j’accompagne neuf personnes dans le but d’y capturer une soixantaine de perruches de Sparrman qui seront relâchées à Zealandia. Matu et Raewyn, tous deux employés de Zealandia, supervisent l’opération. Six autres volontaires, dont Peter Reese, tous impliqués à différents niveaux dans la conservation de l’Île au long nuage blanc, sont également de la partie. Pour finir votre vadrouilleuse préférée et moi même personnifions la touche d’exotisme.

L'île.

Les premiers oiseaux à avoir été réintroduits sur Kapiti ont été deux râles wekas. Ces oiseaux abondent désormais sur l’île et représentent pour Cécile et moi la grande nouveauté. Incapables de voler comme beaucoup d’oiseaux endémiques à la Nouvelle-Zélande qui se respectent, les wékas sont réputés pour leur cleptomanie. Jusqu’ici leur tableau de chasse comprend un filet dans son sac plastique, une pomme, le paquet de tabac de Ciloo et les gants de Ciloo. Fort heureusement pour la survie des râles de l’île ces deux derniers larcins ont été restitués à leur propriétaire. Par contre un filet à oiseau c’est pas donné…

À moi?

Une petite anecdote intéressante concernant les râles wékas de Kapiti est leur origine. La Nouvelle-Zélande a du mal à faire le point entre ses espèces d’oiseaux et leurs sous espèces. Pour faire simple je vais vous les définir comme suit:

  • Deux espèces différentes présentent d’importantes différences génétiques et leurs hybrides sont stériles.
  • Deux sous-espèces d’une même espèces présentent de faibles différences génétiques et leurs hybrides sont capables de se reproduire.

Toutefois la différence entre certaines sous-espèces est parfois tellement remarquable que les néozélandais attachent une grande importance à la protection de toutes les sous-espèces d’une même espèce. Un exemple célèbre est le glaucope cendré de l’Île du Sud qui a aujourd’hui disparu et qui, bien que de la même espèce que celui de l’Île du Nord, possédaient de très jolies caroncules oranges. Bref revenons en à nos râles. Les premiers à être réintroduits sur Kapiti étaient un couple provenant de l’île Stewart tout au Sud du pays en 1896. Malheureusement la femelle ne survécut pas assez longtemps pour donner une descendance et on alla capturer une autre femelle sur la côte de l’Île du Nord toute proche. Cette femelle était d’une autre sous-espèce mais comme expliqué précédemment leur progéniture n’eut aucun mal à se reproduire et aujourd’hui tous les wékas de l’île sont issus de ce couple. La sous-espèces de râle wéka de l’Île du Nord est aujourd’hui menacé d’extinction mais sa protection pose un problème délicat au Department Of Conservation. Opportunistes et omnivores les râles wékas font partie des seuls rares prédateurs natifs de Nouvelle-Zélande mais souffre tout de même de la présence des mustélidés et des chats. Or peu de sanctuaires affectionnent l’idée de voir des wékas dévorer leurs précieux sphénodons ou autres œufs de kiwis… Ajoutez à ça le fait que les wékas se portent bien sur l’Île du Sud et que le DOC refuse de souiller le génome des wékas de l’Île du Nord avec les hybrides de Kapiti et vous n’aurez aucun mal à deviner ce qui va arriver aux derniers râles wékas de l’Île du Nord…

Bâtard!

Quoi qu’il en soit et pour des raisons inconnues, aucun oiseau introduit ne semble souffrir de la présence importante des râles sur Kapiti. C’est même avec beaucoup de plaisir que nous retrouvons nos chers kiwis d’Owen et leurs copains les manchots pygmés! La bonne humeur est également de mise la journée avec les carpophages qui bombardent comme des débiles dans les filets avant de tout démolir sous leur poids, les nestors superbes qui démontent a peu près tout ce qui peut passer sous leur bec et Cécile qui court après les wékas. Et n’oublions pas non plus la raison qui nous a amené ici: la capture de l’oiseau le plus douloureux que j’ai eu à manipuler, la perruche de Sparrman!

Je ne suis pas sur que lui tirer la langue la rende beaucoup plus sympa...

La capture du monstre commence à peu près comme pour celle des passereaux standards. On trouve un coin sympa, on y tend une série de filets et on range des pochons dans ses poches. Ensuite ça devient un peu plus folklorique. Contrairement à la plupart des oiseaux qui tombent bien gentiment dans les poches du filet ou s’y emmêlent comme il faut, les perruches y restent rarement plus de quelques secondes. Du coup les membre de l’équipe sont tous cachés à intervalles régulières prêt à bondir sur la prochaine perruche qui se prend dans le piège. Autre petit détail amusant, chaque membre de l’équipe s’est vu généreusement offrir des pansements… Pour pimenter le tout les méliphages tui sont plus en forme que jamais et jouent de la griffe avec vigueur…

Et des fusils à seringues hypodermiques?

Mais je ne vais pas non plus trop me plaindre, le plaisir au combien délicieux de les baguer est réservé à Matu.

Et ce n'est que la quinzième...

2 juillet

Les journées ont été plutôt calmes mais nous en sommes déjà à trente cinq perruches! Vingt deux d’entre elles vont d’ailleurs partir pour le sanctuaire dès aujourd’hui. La première étape du voyage consiste à les placer individuellement dans des boites en carton.

Happy Meal!

On embarque ensuite avec les oiseaux à bord du petit bateau qui nous ramène sur la côte.

Est ce que les oiseaux peuvent avoir le mal de mer?

Après un petit trajet en voiture les perruches sont de retour pour la première fois depuis des dizaines d’années dans la région de Wellington! Toutefois les oiseaux devront encore passer trois ou quatre jours dans des volières avant d’être relâchés dans le sanctuaire. Le but est de les habituer à se nourrir sur des grandes plaques rouges qui sont disposées dans les volières. Ces mêmes mangeoires sont réparties un peu partout dans Zealandia dans l’espoir que les perruches restent dans les parages…

Premier coup d'œil sur son nouveau territoire.

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3 Réponses so far »

  1. 1

    Ghislain said,

    Ben moi, je suis en vacances en Haute Provence avec Lili. Ici c’est l’été et il fait boëcho.

    J’ai là un mouflon et un couple de marmottes qui t’embrassent chaleureusement.

    Tain faut quand même monter à plus de 2000m pour capter la 3G dans ce bled !

  2. 2

    loic said,

    Moi j’aime bien la gueule du chat imprimée sur les boîtes à piafs….

    • 3

      Rémi said,

      Bien vu mon lolo! J’ai tenté une petite blague sur le bateau du retour, un truc du genre:
      « Heureusement qu’il y en a pour acheter des petits chats avant de les relâcher en pleine nature! Sans eux on pourrait pas faire de translocations! »
      Personne n’a rigolé… C’est dans ces moments là que tu me manques beaucoup mon lolo…


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