Archive for septembre, 2010

L’île de l’Ouest.

22 septembre

Comme ce n’est pas très loin je me suis décidé à faire un petit tour sur le caillou à l’ouest de la Nouvelle-Zélande connu sous le nom d’Australie. À mon arrivée à Melbourne une pensée me frappe l’esprit: c’est immense. La ville compte autant d’habitants que toute la Nouvelle-Zélande! J’avais oublié ce que ça pouvait être des transports en communs, des trottoirs bondés, des soirs de semaine animés et des nuits d’hôtels à vingt euros.

Malheureusement pour ceux qui s’attendait à un article plus culturel, l’Australie n’a pas une histoire beaucoup plus riche que l’île au long nuage blanc. Et même en cherchant bien je n’ai pas trouvé d’aborigènes. Par contre la ville a eu une bonne idée pour augmenter sa liste d’intérêts touristiques:

Ouais! Des peintures rupestres!

Attention, le « street art » ce n’est pas du graffiti! Je ne saurais pas exactement vous donner la différence mais ceux que j’ai interrogé sur le sujet insistaient la dessus. Le fait est que le « street art » semble être une facette célèbre de Melbourne. À tel point que des jeunes ont même réussi à organiser une visite touristique de la ville à travers les œuvres peintes çà et là! On trouve des rues dédiées aux gribouillages un peu partout dans la cité et leurs murs sont parfois recouverts par des artistes à la renommée internationale, j’ai même trouvé un Space invader!

Le retour des murs vivants!

Et puis vous ne pensiez quand même pas y couper? Le tour des bars sympas et des curiosités culturelles se faisant assez rapidement il est temps de passer au patrimoine naturel! Pour le coup on peut dire que je suis gâté! Certains se souviendront de ma morosité à l’arrivée en Nouvelle-Zélande lorsque je n’ai pu observer que des pinsons, des grives et des hérissons en guise de faune locale. Ici c’est le paradis. Une promenade dans les parcs de Melbourne suffit à observer plus d’espèces exotiques que dans la majorité de la Nouvelle-Zélande! Il m’a même été permis d’observer une version australienne du baguage:

Qu'ils roulent à gauche passe encore mais ça!

Le plus ultime est que la faune locale ne se limite pas aux emplumés, j’ai même redécouvert à quoi ressemblait une tortue. On vous rappelle un peu partout par des panneaux que plusieurs des espèces de serpents les plus venimeuses au monde habitent le pays, y compris dans les parcs de la ville. La nuit dans les parcs de Melbourne m’a fait me demander si je n’étais pas resté trop longtemps au pub. La moindre petite fontaine diffuse un assourdissant concert de coassements, les phalangers renard courent partout sans que personne ne leur jette de pierres et des rousettes à têtes grises volent sur fond de ciel jauni de mégalopole…

Mais? C'est le bonnet de Ciloo!

28 septembre

Vous devez vous douter que si je suis venu jusqu’ici ce n’est pas pour la bière chère et frauder le tram’. Pour ça j’aurai pu rester à Paris. Non, celui qui m’a amenée ici s’appelle Josh Griffiths et m’a demandé mon aide pour son étude concernant le plus fascinant mammifère de la planète. Une créature tellement étrange que lorsque les musées européens reçurent les premiers spécimens empaillés ils crurent tout d’abord qu’il s’agissait d’une mauvaise blague. Une bestiole qui ferait presque passer les manchots et les kiwis pour des oiseaux ordinaires. Un animal qui cumule les exceptions et a du coller des migraines de tailles au grand Charles. Je veux bien sûr parler de Darwin, pas de confusion hein? Vous aurez déjà tous reconnu la description de l’ornithorynque mais je vais me permettre quelques détails croustillants concernant cet animal hors du commun.

L’ornithorynque est un mammifère aquatique nocturne qui ne vit que dans les rivières et plans d’eau australien. Premier détail à son sujet: il possède une queue aplatie à la manière du castor mais velue et qui lui sert à stocker de la graisse. Jusque là on reste dans le domaine du crédible. Le problème c’est que l’autre extrémité présente un museau dépourvu de dents dont la forme est similaire à celle d’un bec de canard… Les pattes avant sont plus largement palmés que les antérieures à la manière d’un pinnipède. L’ornithorynque serait également le seul mammifère à être trop con pour pouvoir rêver…

Mais ceci reste du domaine du détail, entrons maintenant dans le vif du sujet. L’ornithorynque est surtout célèbre pour sa capacité à pondre des œufs! Ces sortes de noisettes blanchâtres sortent d’un trou unique qui sert à la fois à la défécation, reproduction et ponte de l’animal… De cette œuf à la coquille molle sort une sorte de fœtus rose de la taille d’un haricot uniquement muni d’une bouche et de deux pattes avant. Cette larve va dès sa sortie de l’œuf se réfugier dans le pelage de sa mère pour finir sa croissance. Bien qu’étant définitivement considéré comme un mammifère, l’ornithorynque ne possède pas de mamelles. Le lait de la mère est transpiré par les pores de la peau et le bébé le lèche sur la fourrure. Amusez vous à imaginer la même chose pour les êtres humains et vous ferez des cauchemars toute la nuit… Et juste quand vous pensez avoir fait le tour vous remarquez sur le talon des pattes arrières du mâle un gros éperon. Dans un pays où tout ce qui vit peut vous tuer un mammifère se devait d’avoir du venin. Comme l’ornithorynque n’était déjà pas gâté c’est lui qui a écopé de ce petit cadeau. Personne ne sait vraiment si le venin de cet animal peut tuer un homme car bien évidement il n’est pas très fréquent de se faire piquer par un ornithorynque. De mon coté je pense que si quelqu’un en est déjà mort on a du faire passer ça pour une morsure de serpent par respect pour la réputation du macchabée. Quoiqu’il en soit Josh a déjà rencontré des types qui se sont fait piquer et six ans après ils ont toujours mal au bras…

La capture de l’ornithorynque commence vers dix heures du matin par un repérage des meilleurs endroits où placer les pièges. Il s’agit grossièrement de filets au milieu desquelles se trouve une succession de nasses. Le piège bloque entièrement la rivière et l’animal préfère rentrer dans la nasse plutôt que de sortir de l’eau. Une fois arrivé au bout du piège qui est émergé, il ne peut plus revenir sur ses pas.

J'en ai quand même un peu ma claque des filets, pas vous?

Travailler sur le terrain en Australie me change un peu. Pas besoin d’être sur un îlot perdu pour être entouré de kangourous et entendre le chant des perruches et cacatoès. Où que l’on se trouve on entend le rire tonitruant du martin-chasseur géant, The Sound of Australia.

Mouais ça vaut pas le rire de mon Lolo...

Lors de l’opération on doit bien entendu faire attention à toutes les petites surprises que la nature a placé en abondance dans ce pays. Il n’y a pas de crocodiles dans l’état de Victoria mais les araignées et serpents aux morsures fatales abondent.

Le venin de ce jeune austrelaps superbus aurait facilement pu nous être fatal mais Josh a quand même trouvé le moyen de le tripatouiller à l'aide d'un bâton pour vérifier qu'il ne s'agissait pas d'un serpent à collier rouge. Accessoirement la morsure du serpent à collier rouge peut également être fatale à l'homme...

Une fois les pièges en place on passe la fin de la journée au bord d’un étang à regarder si des ornithorynques n’ont pas décidé de se lever tôt. Après ça Josh me paye un bon steak au pub du coin en attendant la prochaine tournée. Être volontaire pour un bureau d’étude a des cotés plus sympas que pour des étudiants ou des organismes publiques! On tourne trois fois dans la nuit et entre chaque tournée je pars me promener dans les bois à la recherche de la faune nocturne.

Malheureusement ma première nuit m’aura permis de constater la raréfaction des ornithorynques dans la région et nous n’attrapons que quelques canards particulièrement stupides et des poissons. La nuit suivante il aura suffit d’une petite heure de pluie pour que le petit ruisseau que nous prospections se change en torrent déchainé. À notre première tournée les filets n’avaient pas tenu le coup et gisaient ça et là sur les berges. L’état de Victoria a connu des pluies beaucoup plus importantes qu’habituellement, les nappes phréatiques et sols de la région sont gorgés d’eau. La moindre averse fait déborder tout les plans d’eaux et toutes les rivières. Les recherches sont donc annulées jusqu’à nouvelle ordre… Tant pis, se sont les aléas du travail de terrain et quoi qu’il en soit j’aurais passé des moments mémorables!

Et il y en a au moins deux que la pluie ne dérange pas!

Josh s’était également pris deux nuits de libres pour le week-end. La première pour assister à la finale d’un championnat national de football australien et la seconde pour soigner la veisalgie qui va avec. Si vous n’avez jamais vu de match de football australien c’est un peu comme si des footballeurs avaient abusé de stéroïdes et mangé ce qui leur restait de cerveau pour essayer de jouer au rugby sans avoir vraiment compris les règles. Il s’agit du sport préféré des habitants de l’état de Victoria et Melbourne accueille pour la finale une quantité importante de gens prêt à se saouler à mort. De mon coté j’ai profité du temps libre pour aller tendre mon pouce du coté de la Great Ocean Road.

Plus pratique que le panneau avec la destination dessus: le t-shirt avec la destination dessus!

Cette route est l’attraction touristique principale de Melbourne. Elle longe une côte magnifique qui sert de cimetière à un grand nombre de navires. J’ai commencé mon périple par la ville de Warrnambool situé à proximité de la baie de Logans. C’est dans cette baie que plusieurs baleines franches australes viennent mettre bas chaque hivers. Les dernières femelles et leurs petits sont parties deux jours avant que j’arrive mais un jeune mâle continuait à barboter gaiement dans la baie au petit matin. Ces baleines passent le plus clair de leur temps à la surface contrairement aux cachalots et je n’avais pas à attendre quarante minutes pour observer la mienne frapper la surface de l’eau avec sa queue où sortir son énorme tête au dessus de l’océan. Après plusieurs roulades sur elle-même elle a poursuivit sa migration vers l’Antarctique et j’ai repris ma route.

Pas assez près pour les photos mais assez pour les jumelles.

Mon prochain arrêt a été la rivière Kenett, au cœur du parc national de Great Otway, habitat d’un autre animal fabuleux endémique au pays. Avec une moyenne de sommeil de dix-sept heures par jour il est l’un des animaux les moins actifs de la planète. Vous aurez tous reconnu sa dégaine de champion, je veux bien sûr parler du koala cendré!

Comment le tigre à dents de sabre a pu disparaître et pas ça?

Pour la défense de cet animal sachez qu’il n’est pas inactif sans raisons. Son régime alimentaire se compose exclusivement de feuilles d’eucalyptus très toxiques et la plupart de l’énergie qu’il en tire est utilisé par l’organisme pour se protéger des toxines. Le koala n’est pas paresseux, il est juste complètement défoncé en permanence…

Pour vos problèmes d'insomnies mangez un koala!

Moquez vous autant que vous voudrez mais se promener dans une forêt remplie de koalas est assez effrayant. On s’attend à tout moment à voir surgir Candy et Casimir rigolant bêtement et dansant main dans la main. Quasiment tout les arbres portent une peluche dont certaines ont des petits sur leur dos. Le mot « mignon » n’a plus aucun sens, « bébé koala » suffit amplement à comprendre pourquoi ces animaux ne méritent pas de vivre. Je n’ai pas su me décider entre craquer une allumette ou secouer tous les arbres sur mon passage alors je les ai laissé tranquilles.

Je me demande quand même quel goût ça a...

30 septembre

Pour finir mon séjour petit budget sur l’île continent j’ai testé une nouvelle méthode d’hébergement. Certains se souviendront du WOOFing chez les Woolers, j’ai ici pu m’adonner au « couchsurfing ». Le concept du WOOFing est de filer un coup de main à des travaux de ferme pour recevoir en échange logement et nourriture gratuite, le couchsurfing c’est encore plus simple. Vous allez faire un tour sur le site http://www.couchsurfing.org et fouillez les profils des hôtes habitant la région où vous comptez passer la nuit. Si certains vous conviennent vous leurs envoyez un petit mail vous présentant et si vous leur convenez ils vous invitent à passer quelques nuits sur leur canapé à l’œil! De mon coté j’ai jeté mon dévolu sur Penny et Rhys, un couple de motards végétariens qui habitent un pavillon à Belgrave. En bon hippies amoureux des animaux ils n’ont pas hésité cinq secondes à l’idée d’héberger un petit français venu aider à sauver les ornithorynques!

Rhys apportant des graines aux oiseaux de la forêt d'à coté.

Belgrave est un petit village aux portes du Parc National des Dandenong Ranges. Une forêt peuplée de wombats et d’oiseaux lyres. Le wombat est une nouvelle créature fantastique comme l’Australie en a le secret. Comme beaucoup de mammifères du pays il s’agit d’un marsupial. Les marsupiaux sont ces animaux qui considèrent que d’accoucher d’un bébé de la taille d’une crevette et d’attendre qu’il grandisse dans une poche ventrale et bien plus avantageux qu’avoir à subir ce qu’endurent les femmes après neuf mois de grossesse et dont vous ne voulez surtout pas que je parle. Concernant la description physique du wombat c’est assez simple. Imaginez un cube de muscles et de poils un peu plus gros qu’une caisse de Jupiler avançant tout droit sur tous les terrains en broutant tout sur son passage et vous aurez un wombat. L’oiseau lyre est quand à lui mondialement célèbre pour son incroyable capacité à répéter à peu près tout ce qu’il entend. Bien que ceux de la région soit des experts en bruit de tronçonneuses, appareils photos ou pleurs de bébé, les rivières du coin ne sont pas assez profondes pour qu’ils ajoutent à leurs répertoires le son du sac poubelle mal lesté. Ça aurait quand même été bien rigolo.

Comme ils ne sont pas très faciles à prendre en photo je vous met des cacatoès qui se font des papouilles.

Mais le clou de ces derniers jours a certainement été le message que j’ai reçu hier. J’avais bien remarqué que pour une fois il n’avait pas trop plu ce jour là et que les ruisseaux semblaient se fatiguer mais rien ne me préparais à lire ce message de Josh vers huit heure du soir: « Toujours partant pour attraper des ornithorynques? Je suis chez tes hôtes dans cinq minutes! ». Josh avait également réalisé la baisse du niveau des cours d’eau et recruté en hâte trois volontaires de dernière minute pour installer une douzaine de filets. Se sentant coupable de nous avoir fait rater deux nuits de beau temps pour un match nul entre les clubs de Collingwood et Saint Kilda, il jeta sont dévolu sur la rivière qui coule juste en dessous de chez Rhys et Penny! Il est donc passé me chercher avec ses volontaires pour sa première tournée des pièges. Et quelle tournée les enfants!

Il y en a qui font pousser des carottes, Josh lui attrape des ornithorynques...

Dès le premier filet nous attrapons un vieux mâle! Maintenant que nous avons un ornithorynque je vais vous raconter ce qu’on en fait. À vrai dire la procédure est très semblable à celle employée pour les oiseaux. On commence tout d’abord par mettre l’animal dans un sac de toile cousu amoureusement par la maman de Josh. Ne rigolez pas, beaucoup de bagueurs commandent leurs pochons à leurs mamans! On pèse la bête et on la transfère dans un nouveau sac où la maman de Josh a laissé un trou spécialement conçu pour laisser dépasser le museau de l’animal.

Et lui donner l'air encore plus intelligent...

La suite en images:

C'est un garçon!

On compte les cicatrices et les tiques.

On mesure le museau.

Et on place un transpondeur!

Et voilà! Deux autres ornithorynques plus tard je rentrais chez Rhys et Penny avec un sourire jusqu’aux oreilles! Je me prépare maintenant à retourner vers la Nouvelle-Zélande mais après avoir observé en deux semaines plus d’animaux australiens que la plupart des habitants de ce pays n’en aperçoivent en une vie, je suis certain de repasser dans les parages!

« remember: even God has a sense of humor. » View Askew.

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Who is Titi?

15 septembre

Titi c’est le nom maori du puffin, une famille d’oiseaux marins qui constituait une part importante de l’alimentation des premiers habitants d’Aotearoa. Ah les oiseaux! Je suis sûr qu’ils vous avaient manqué! Rassurez vous, Kaikoura est considérée comme une destination de premier choix pour l’observation des oiseaux marins!

 

Rah la vilaine mouette qui me cache mon cachalot!

 

Les stars incontestées sont bien évidement les albatros. Les eaux environnant la péninsule permettent d’observer assez facilement près d’une dizaine d’espèces de ces majestés de la mer. Toutefois leur identification n’est pas toujours évidentes et avec Manuel on joue au sept différents:

 

Un albatros des Antipodes fatigué.

 

 

L'albatros royal.

 

 

Un albatros de Buller se prenant pour Jésus.

 

 

Des albatros à capes blanches qui se font des papouilles.

 

 

L'albatros de Salvin.

 

 

Un albatros hurleur avec des démangeaisons.

 

 

L'albatros de Sanford.

 

Pouvoir admirer ces oiseaux, dont l’envergure peut facilement atteindre quatre mètres, glisser à la surface de l’eau sans le moindre effort est un privilège dont je ne me lasse pas. Malheureusement les populations d’albatros du monde entier subissent un déclin qui semble irréversible. Entre ceux qui se piègent sur les énormes hameçons des bateaux de pêche et ceux qui s’empoisonnent en avalant toutes sortes de détritus qui abondent à la surface de l’Océan, ces merveilleuses créatures risquent fort de ne devenir qu’un souvenir.

 

Et ce serait vraiment dommage...

 

De son coté Manuel assume un petit faible pour les pétrels géants et de Hall. Ces oiseaux étaient appelés les « oiseaux qui puent » par les baleiniers à cause de la mauvaise habitude qu’ils avaient de vomir sur quiconque les dérangeait pendant qu’ils se nourrissaient des tripes de cétacés… Ajoutez à ça une carrure de bossu et une tête à faire peur à son reflet et vous comprendrez pourquoi je ne vois as ce que tout le monde lui trouve…

 

Il en faut pour tous les goûts...

 

De mon côté je dois admettre une petite préférence pour le damier du Cap. Les gens du coin l’appel le pigeon en raison des similitudes de comportements avec l’animal préféré des parisiens. Et certains y voient une raison de plus pour l’affection que je porte à ces oiseaux. Il ne nous faut pas plus de dix minutes après avoir quitté le port pour que Titi s’attire une escorte de ces volatiles. Les damiers suivent n’importe quel bateau comme des débiles en espérant qu’en tombe des bouts de poissons. Si le bateau s’arrêtent ils s’accumulent tous autour en nous regardant avec des yeux dont la taille ne doit pas être loin de celle de leurs cerveaux. Puis ils se mettent à glousser au dessus du micro de Manuel pendant qu’il écoute les cachalots. S’ensuivent des jurons portugais et des coups d’hydrophone.

 

Vos gueules les mouettes!

 

Mais celui qui a su toucher le cœur des habitants de Kaikoura est clairement le puffin de Hutton. Lorsque vous rentrez dans n’importe quel commerce du village vous trouvez sur un mur une petite photo encadré d’un poussin témoignant du don qu’à fait le commerçant à l’association protégeant l’oiseau. Pour comprendre cet engouement il faut savoir que cet oiseau ne niche plus que dans les montagnes dominant Kaikoura. Le chauvinisme chronique dont souffre une grande majorité des néozélandais a fait le reste. Mais cet oiseau est objectivement une véritable perle. Du même ordre que les précédents, il passe sa vie en mer et ne revient à terre que pour se reproduire. Mais contrairement à ses pairs ce puffin ne niche pas dans des forêts, sur des plages ou des falaises en bord de mer. Monsieur se fatigue à creuser des terriers entre 1200 et 1800 mètres d’altitudes dans les montagnes! Le plus rigolo c’est que même si la période de reproduction a commencé la neige qui recouvre les terriers n’a pas encore fondu. Du coup la baie est envahie de milliers de puffins qui attendent de pouvoir rentrer chez eux. Autre fait intéressant, un puffin de Hutton peut atteindre la mer depuis son nid en à peine sept minutes! Ça fait quand même sept minutes à 150 kilomètres heure, pas loin d’un record de vitesse. Par contre pour retourner au nid avec le ventre plein de poissons ça lui prend quarante minutes depuis la côte…

 

Le nid basique dans un arbre c'est tellement has been...

 

19 septembre

Pour rester dans les airs il faut que je vous reparle de l’étude du Department Of Conservation. Vous vous rappelez que si je peux m’amuser à aller sur les bateaux touristiques un peu comme je veux c’est parce que le DOC veut savoir si la population de cachalots peut supporter une nouvelle compagnie de « whale watching ». Actuellement quatre organismes possèdent cette licence. La première embarque les touristes sur des bateaux, la seconde avec un hélicoptère et les deux dernières organisent des tours en avions. En tant que volontaire j’ai également le droit de monter à l’œil dans un avion! Ce dont je ne me suis pas privé:

 

La partie immergée de l'iceberg.

 

Le spectacle est juste fabuleux mais vu des airs la caudale des cachalots ne permet pas une identification très précise. On ne prend donc pas trop de données, juste du plaisir.

 

C'était pas flocon...

 

Et puis est venu le très difficile moment des adieux et me voici repartit pouce en l’air vers Christchurch. J’y ai rejoins Tim et Kevin qui se sont installés là bas en colocation. Mais si vous vous souvenez d’eux. Le Sleeping Giant. Hastings. Les hectolitres de bières et les kilos de pommes.

Bref concernant Christchurch si j’y avais été il y a deux semaines je me serais contenté de vous dire qu’il s’agit probablement de la plus jolie ville de Nouvelle-Zélande mais depuis le séisme c’est un peu cassé. Christchurch c’est le plus grand village de l’île du Sud (ouh c’est pas bien de se moquer) et le seul bled du pays à avoir un style un peu européen et des vrais maisons en pierres. Ce qui a bien du aider l’autre jour. Maintenant la plupart des maisons sont recouvertes de bâches et les trottoirs parsemés de barrières de sécurité. De nombreux bâtiments sont fermés car toujours susceptibles de s’écrouler. Beaucoup de personnes ne peuvent pas travailler et certains ont même fuit la ville. Mais malgré ça et les nombreuses répliques qui secouent la ville chaque jours on trouve encore moyen de maltraiter son cerveau un samedi soir.

Réponse de la dernière énigme:

 

C'est ce à quoi tu pensais Florine?

 

Je ne sais pas trop pourquoi elle font ça mais sur Titi on pense que c’est pour chauffer au soleil leurs pattes gelées. Des fois elles ont les quatre hors de l’eau…

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Shake it! Shake it!

9 septembre

Après le séisme c’est au tour d’une tempête de s’abattre sur la région. Mais si le vent souffle énormément les nuages et la pluie sont agréablement absents. Avec Stéphanie nous avons donc profité d’une journée de libre pour tenter l’ascension du mont Fyffe voisin. Comme je vous le disais un peu plus tôt l’Île du Sud c’est surtout des paysages, notamment la montagne et la mer. Visiter l’Île du Sud sans se promener en altitude c’est un peu comme aller en Pologne sans Zouzout, on rate l’essentiel. À Kaikoura d’imposantes montagnes dominent la mer à seulement quelques petits kilomètre de la côte ce qui est plutôt pratique. Nous avons donc entamé notre grimpette, en t-shirt s’il vous plait, et rencontré très tôt un habitant très discret et rarement observé endémique à la région.

Naultinus rudis de son petit nom.

Une telle découverte laissait présager une randonnée sympathique mais à peine la forêt commençait à disparaître que le sens du mot « tempête » prenait tout son sens. Après avoir fait cent mètres hors de la protection des manukas un vent d’une violence que j’ai rarement expérimenté nous ballotait dans tout les sens. Dans tout les sens en montagne signifie non seulement des déplacements horizontaux mais également des déplacements verticaux. Ce qui est tout de suite moins rigolo…

Après cette photo Stéphanie a reculé, involontairement, de trois mètres.

Nous avons donc abandonné notre idée et je suis retourné me promener au niveau de la mer d’où il est plus difficile de tomber.

Une fois le vent partit ce fut le tour de la pluie. Plusieurs jours de pluie signifient plusieurs grasses matinées. Grasses matinées qui induisent à leurs tours soirées où l’on peut se coucher après neuf heures et demi et boire autre chose que de la tisane sans craindre les conséquences. Or comme l’une de ces soirées est tombé un mercredi nous sommes allés tous ensemble au « Whaler ». James ne nous a pas accompagné car il est rentré chez lui et est désormais remplacé par Lindsey (Montana, États-Unis). Pourquoi le « Whaler » qui comme chacun sait veut dire chasseur de baleines en anglais? Parce que le mercredi de huit heure à neuf heure au baleinier c’est soirée « Toss the boss »! Le concept de « Toss the boss » est assez répandu en Nouvelle-Zélande mais croyez le ou non je n’avais pas encore eu l’occasion de l’expérimenter. Il s’agit tout bêtement de jouer à pile ou face la gratuité de toutes les consommations que vous commandez pendant l’intervalle horaire donné. Une idée fantastique, ludique et qui m’a permis de ne payer qu’une seule de mes quatre pintes. Même Ophélie qui ne boit pas d’alcool a gagné son Coca gratuit! De plus vous aurez noté que l’opportunité d’avoir des bières gratuites pendant une heure vous incite à en boire un certain nombre en très peu de temps. On a donc pas vraiment eu besoin de commander quoi que ce soit de plus après ça…

Autre accessoire génial présent dans beaucoup de bars kiwi: la Wii!

12 septembre

Manu continue à faire le malin avec ses copains. Il préfère chasser des sérioles chinchards en surface plutôt que de se casser les bonbons à se castagner avec les calamars géants par plus de mille mètres de fond. Ses plongées ne durent plus que vingt minutes au lieu des quarante habituelles et il prend l’habitude de trainer avec ses petits camarades. On se retrouve donc assez régulièrement avec trois cachalots à la surface sans trop savoir lequel est celui qu’on est censé suivre…

Bon et puis même si vous n’avez pas trouvé l’origine du nom de Manu (c’est pourtant évident!) voici une nouvelle énigme:

À qui appartiennent ces ailerons bizarres que l'on voit un peu partout autour de la péninsule?

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Mais quand le cachalot se baleine s’est beaucoup plus rigolo!

31 août

Le bureau de Manuel.

Ça y est j’ai enfin embarqué à bord de Titi! Titi c’est le bateau que le DOC prête à Manuel. Il est piloté par Henry, un septuagénaire à qui il ne reste pas beaucoup de dents et qui parle comme Popeye… Il est super sympa mais personne ne comprend rien à ce qu’il raconte. Pour faire semblant tout le monde rigole doucement à la fin de ses phrases mais le jour où il nous annoncera la mort de son chien on aura l’air malin…

Capitaine Achab.

Titi est totalement dédié à la recherche et comme Manuel s’intéresse tout spécialement aux sons émis par les cachalots, le bateau ressemble beaucoup à une salle de répétition. Les cachalots macrocéphales émettent différents sons sous la forme de séries de « clics » selon ce qu’il sont en train de faire. Ces clics sont liés à l’écholocation que ces animaux utilisent pour ce repérer dans les profondeurs obscures de l’océan. Par exemple lorsque le cachalot chasse on entend une série de clics répétés à très courtes intervalles ressemblant au son d’une mitraillette malade. Ces clics peuvent également être émis à très forte puissance pour permettre à la baleine de papoter avec ces copines à plusieurs kilomètres à la ronde. Quand un cachalot se repose à la surface on peut entendre toutes les trois quatre secondes un puissant clic métallique. La journée à bord de Titi commence par un rapide trajet jusqu’au canyon sous-marin tout proche. Là on place un hydrophone dans l’eau et on cherche le cachalot qui nous semble le plus près.

Manu le cachalot au chant.

Une fois un petit bavard repéré on laisse trainer derrière nous un autre modèle d’hydrophone qui nous permet de connaître la position approximative de la baleine tout en se déplaçant. Des hauts parleurs un peu partout dans le bateau nous retransmettent en direct les babillages du cétacé.

Stéphanie en ingé son.

Quand la baleine remonte à la surface elle arrête son bavardage. Au moindre silence tout le monde se retrouve donc sur le pont à scruter la surface de l’eau. La plupart du temps c’est une fausse alerte et le petit farceur reprend son cliquetis tranquillement en mâchouillant un calamar géant au fond du canyon. Mais lorsqu’il remonte vraiment ça s’active à bord de Titi. L’un d’entre nous se positionne à l’arrière d’un clavier posé sur le toit de la cabine. Il tape sur différentes touches en fonction du comportement de la baleine. Les souffles, changements de cap et autres actions de l’animal sont instantanément enregistrés dans un ordinateur en cabine.

Manuel au clavier.

Le deuxième sur le pont enregistre différentes mesures aux jumelles et compas en attendant le moment crucial. Ce moment est celui où j’apprends les fleurons du vocabulaire portugais. Contrairement à Ophélie qui enregistre les mouvements de n’importe quelle baleine en surface, Manuel essaies quand à lui de suivre un seul animal par jour. Le but est d’avoir des enregistrements audio de chaque individu et de pouvoir les comparer. Or pour reconnaître avec certitude notre individu il nous faut impérativement la photo de sa caudale. Si Titi est mal placé ou que le cachalot s’amuse à plonger sans sortir sa nageoire on n’a pas de photo. Or si on a pas de photo on ne sait pas qui était ce cachalot qu’on a traqué pendant une heure et dont on a enregistré tout les faits et dires… Si la photo est ratée Manuel en perd son anglais pendant cinq minutes.

L'énigme du jour: Qui saura me dire pourquoi les locaux ont appelé ce cachalot Manu?

Toutefois lors de notre dernière sortie les choses ont pris une tournure assez extraordinaire… Le bateau résonnait depuis une bonne demi-heure des cliquetis de nombreux cachalots. Nous avions du mal à suivre le même tant il y en avait qui sortaient d’un peu n’importe où en pointant dans des directions complètement différentes. Après avoir copieusement insulté un cachalot qui sortait et replongeait dans l’eau depuis cinq minutes sans jamais montrer sa caudale Manuel s’est tu. D’ailleurs nous nous sommes tous tu. Qui peut dire quoi que ce soit devant trois cachalots qui sortent leurs têtes de l’eau en même temps à proximité les uns des autre. Les animaux se pourchassaient avant de se faire face à nouveau, sortaient le bout de leurs têtes de l’eau, glissaient sur le coté et exhibaient des bouts de caudales n’importe comment. Le tout se déroulait sous un ciel couvert de gros nuages aux travers desquels perçaient de gros rayons de soleil et la mer était survolée par de nombreux albatros. Après que les trois animaux ait sondé au même moment dans des directions opposées Manuel a regardé Henry et lui a dit:

« Je crois que ça suffit pour aujourd’hui, on peut rentrer… »

Rideau...

4 septembre

Le vent souffle tellement fort depuis quelques jours que Henry refuse de prendre la mer. Depuis le bureau d’Ophélie on arrive même plus à distinguer un mouton d’un cachalot. Par contre les bateaux touristiques tournent quand même, quitte à faire vomir quelques passagers… Comme les autres ont la flemme (je vous jure) j’enchaine les sorties quasi quotidiennement.

C'est bien parcequ'il faut aider...

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