Archive for octobre, 2010

Pas si miro que ça…

27 octobre

Je viens d’atteindre la destination la plus au Sud de mon voyage. Je suis hébergé sur l’île Ulva, un sanctuaire au large de l’île Stewart. Encore une fois je me retrouve dans un bled craignoss. Pas de télé, pas de kebab, pas de métro, même mon portable ne capte pas! Le village le plus proche est Oban et il faut encore que je traverse le Paterson inlet pour y arriver. De toutes façons je ne sais pas trop ce que j’irais y faire. Le seul village sur ce qui est censé être la troisième plus importante île du pays ferait passer le Petit Jailly pour une mégalopole…

Et comme si le cri des kiwis ne suffisait pas il faut en plus que le bruit des vagues m'empêche de dormir!

Ulva est une île sanctuaire au même titre que titre que Tiritiri Matangi, Kapiti ou Matiu/Somes pour n’en citer que quelques unes. Ce qui veut dire qu’il n’y a pas de mammifères invasifs sur l’île. Par conséquent la faune locale abonde mais je ne vais pas vous faire un dessin vous commencez à connaître le topo. Je suis ici en tant que volontaire pour Ian Jamieson, chercheur à l’université d’Otago. Sur le terrain je suis supervisé par Tracey et Bryce. Tracey était également volontaire à Zealandia et présente lors de la translocation de perruches de Sparrman sur Kapiti. Ian m’a demandé mon aide pour son étude sur les miros rubisoles.

Mais si ce nom vous dit quelque chose.

Les deux cents soixante kilomètres carrés d’Ulva sont devenu un sanctuaire en 1997 afin d’accueillir une petite partie de la population de créadions rounoirs rescapés du désastre de Big South Cape. Ils ont été réintroduits depuis l’île Big en 2000 avec un petit groupe de miros rubisoles en provenance de Stewart. La plupart des miros sont retournés se faire dévorer par les rats sur leur île natale mais vingt et uns sont restés et sont devenus ceux que l’on appelle les « fondateurs ». Ces oiseaux ne donnèrent naissance qu’à deux petits entre 2000 et 2001 et les choses semblaient plutôt mal parties pour les miros d’Ulva… Cependant de manière inattendue la population commença tranquillement à s’accroitre à grand coup d’inceste et de consanguinité jusqu’à atteindre environ cinq cents miros aujourd’hui. Cinq fondateurs sont encore en vie à l’heure actuelle et se reproduisent gaiement avec leur descendance. De leur côté les créadions se portent tellement bien que Ian a du arrêter leur étude qui devenait trop laborieuse en 2007.

Has been.

Le travail de terrain de cette année a commencé il y a deux semaines et vu le boulot je ne serais pas de trop pour venir en aide à Tracey et Bryce. Le but du jeu est d’avoir le plus tôt possible une carte détaillée des nids de l’île. On se promène donc tous les jours chacun de notre côté en suivant les sentiers quadrillant Ulva qui ont servi à éradiquer les prédateurs mammaliens. On trouve un de ces sentiers allant du Nord au Sud tous les cents mètres d’Est en Ouest et sur ces sentiers sont disposé de vieux distributeurs à poison. Ces distributeurs sont placés tous les cents mètres le long des sentiers ce qui nous donne un découpage de l’île au cent mètre carré. Bon tous ça c’est approximatif et un de ces jours Ian compte se mettre au GPS pour clarifier un peu les choses…

Vous êtes ici...

La procédure pour la chasse au nid est la suivante. À chaque distributeurs on s’arrête et on tape dans ses mains. Les miros rubisoles sont par nature des oiseaux très curieux et peu farouche. Il n’est absolument pas rare de les voir suivre les promeneurs espérant que le déplacement dérange des insectes. Seulement sur Ulva Ian est allé encore plus loin. La quasi intégralité des miros de l’île ont été dressé à se diriger vers les gens qui tapent dans leur mains. Je vous expliquerais plus tard comment. Une fois qu’on tape dans nos mains plusieurs situations peuvent se présenter.

Si t'es fier d'être un miro tape dans tes mains.

Il arrive rarement qu’aucun oiseau n’arrive. Si cela dure plus de cinq minutes on passe au distributeur suivant. On peut également se retrouver avec un oiseau seul et dans ce cas il nous faut déterminer son sexe.

Ce qui n'est pas forcément évident...

La quasi totalité des miros rubisoles d’Ulva sont bagués selon une combinaison de bagues de couleur unique qui permet leur identification à la vue. Une bague métallique gravée d’un numéro permet de retrouver l’identité exacte de l’oiseau à condition de l’attraper. Ceci est surtout utile si l’oiseau perd une de ses bagues de couleur. On lit les bagues de haut en bas, de la patte gauche à la patte droite.

Par exemple la femelle Vert-Jaune-Vert/Vert-Métal. En anglais GYG/GM.

Les plus malins me demanderont: « Mais comment il a fait le type qui l’a bagué pour connaître son sexe? ». Très bonne question!

Personnellement j'ai remarqué que les femelles étaient toujours celles qui mettaient des plombes à se nettoyer.

Les miros d’Ulva sont bagués dès leur plus jeune âge, parfois même alors qu’ils sont toujours au nid! À cet âge là aucun moyen de connaître leur sexe, il nous faut attendre la prochaine saison de reproduction. Pour déterminer le sexe d’un miro on se sert d’un outil original, la larve du ténébrion meunier, plus communément appelé « ver de farine ». Retournons donc à notre distributeur où vient d’arriver un miro rubisole de sexe inconnu. On lui offre un ver et on attend sa réaction. Si il le mange on ne peut rien en tirer. Par contre si il garde le ver et se met à brailler comme un veau c’est un mâle! À peine l’appel lancé qu’une femelle rapplique à toute allure et le mâle lui offre gentiment son ver.

À la bouffe!

Cette offrande peut avoir deux significations. Premièrement le couple n’a pas encore commencé à nicher et cet acte est qualifié de « Courtship feeding » par les anglais. Chez nous on dirait « Payer un diner pour espérer pouvoir … ».

Je te paye un ver?

Deuxièmement la femelle a pondu et est trop occupée pour pouvoir se chercher à manger toute seule. J’entends déjà les féministes me sortir « Il pourrait se bouger pour lui apporter son déjeuner au nid ce fainéant! ». Pour la défense du pauvre mâle miro je tiens à signaler que la femelle, malgré sa responsabilité d’incubatrice, à tendance à se prendre des pauses casse-croute pouvant durer jusqu’à une demi-heure. Si le mâle devait lui courir après tout le temps ce serait un sacré boxon. Bon mais alors comment savoir si notre mâle a été un généreux papa ou un malsain pervers? On reporte notre attention sur la femelle. Si le mâle ne lui donne pas tout les vers qui lui sont lancés, il y a de fortes chances qu’elles n’est pas tellement besoin de prendre du poids. Par contre si le mâle sacrifie tous ses gueuletons et que les plumes du ventre de la femelle sont en désordre on est bon pour une attente pouvant durer jusqu’à une demi-heure.

Ça commence à refroidir.

Et puis d’un coup sans prévenir la femelle fout le camp. On se dirige alors tant bien que mal vers le dernier endroit où on l’a aperçu suivi par le mâle. Lorsqu’on a perdu de vue sa chérie on offre un ver à son mec qui s’empresse de l’appeler à nouveau. Le petit manège dure jusqu’à ce qu’on trouve le nid. Celui ci fait la taille d’un bol classique et peut se trouver à un mètre du sol comme à vingt. Il peut être dans un tronc comme sous une feuille de fougère. Quel qu’il soit on note sa position du mieux possible afin de pouvoir y retourner plus rapidement et suivre l’évolution de la ponte.

Bonjour c'est pour le recensement.

Lorsqu’un nid est assez accessible on compte et mesure les œufs.

Notez la femelle qui n'a pas l'air d'apprécier que Bryce tripote ses œufs.

Si on se trouve trop près du nid les parents peuvent décider de nous infliger la terrible parade de défense du miro rubisole! En gros ça consiste à nous regarder méchamment sans faire de bruit en écartant ses ailes et en sautillant de branches en branches…

C'est avec ce genre de technique de défense qu'une espèce disparaît...

Un autre cas de figure peut se présenter lors de notre tête à tête au distributeur. L’oiseau peut se saisir du ver et se diriger aussitôt vers son nid. Dans ce cas on ne sait toujours pas son sexe mais on sait que les petits ont faim! Je vous parlerais de ça plus tard parce que ça commence déjà à faire pas mal d’informations…

En attendant voilà des bébés râles wékas pour Florinne!

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J’ai p’t’être qu’un bras, mais j’suis pas manchot!

 22 octobre

J’ai poursuivis ma route vers le Sud et le climat, tout comme le paysage, commence sérieusement à sentir le bout du monde. Les arbres poussent dans le sens du vent qui souffle en permanence et il ne fait pas vraiment chaud… Ma nouvelle maison est celle utilisée par les gardiens du phare de Nugget point avant qu’il soit automatisé.  

Encore un bled sans noctiliens...

 Vous vous doutez bien que pour m’offrir le luxe d’utiliser les toilettes de cet hébergement de rêve il faut que je bosse un peu. Mes nouveaux employeurs sont des employeuses. Cheryl, Melanie et sa stagiaire Amanda, toutes les trois employées par le Department Of Conservation. Leur mission du moment nécessite le soutien de six volontaires dont je fais partie. Une fois par an les filles et leurs larbins parcourent les forêts et baies de la région des Catlins à la recherche des nids de manchots antipodes. Annelise a les droits d’auteur sur la blague comme quoi je bosse dans la région des catins alors vous pouvez vous abstenir… Bref revenons à nos moutons qui une fois de plus sont des représentants de ce que les oiseaux nous ont offert de plus divertissant.

Yep!

 Le manchot antipode mérite quelques petites précisions vue sa singularité; en plus d’être un manchot… Il s’agit de l’espèce de manchot la plus ancienne encore existante à ce jour et ne vit que le long des côtes au Sud de la Nouvelle-Zélande et sur quelques îles à mi-chemin de l’Antarctique. Contrairement à l’ensemble de ses semblables « hoiho » (le nom maori du manchot antipode) n’est pas vraiment sociable. Au lieu de s’établir en plus ou moins grosses colonies les couples de cette espèce s’isolent chacun dans leurs coins pour donner naissance à deux petits. L’emplacement du nid est assez particulier lui aussi. Hoiho part nicher en forêt, sous des cailloux ou au milieu de buissons parfois jusqu’à un kilomètre des côtes.

Promenons nous dans les bois...

 Ce manchot passe également énormément de temps au nid en comparaison avec ses pairs. Il revient tous les soirs à terre même en dehors de sa particulièrement longue saison de reproduction. Des nombreux facteurs liés à l’Homme qui ont amené à sa raréfaction, la déforestation est le plus important. L’immense forêt pluvieuse a laissé place à d’innombrables enclos à bovins et moutons qui morcellent l’habitat du manchot antipode. Mais après que la population de cet animal ait chuté à cent cinquante individus sur l’île du Sud les néozélandais ont commencé à prendre soin de ces petits havres pour hoiho. Et c’est dans ces restes de Nouvelle-Zélande originelle que je m’adonne à l’assez amusante quête aux nids de manchots!

Briefing avant l'assaut.

La procédure n’est pas très compliquée. On débute sur une plage connue pour servir de débarcadère à manchots. De là on repère le sentier principal emprunté par la plupart des oiseaux. Ils ont l’habitude de suivre tous le même chemin avant de se disperser au fur et à mesure qu’ils s’éloignent de la mer. C’est là que ça se corse un peu car moins un chemin est emprunté moins il est visible. On se retrouve donc à quatre pattes à suivre des tunnels jonchés de fientes jusqu’à la cachette de l’animal. L’indice ultime indiquant la proximité du nid d’un oiseau qui se nourrit exclusivement de calamars et de poissons est l’odeur. Un parfum raffiné que seul le nez d’un employé des égouts de Paris ne saurait discerner. Une fois le nid trouvé on note rapidement le nombre d’œufs, la position GPS, si l’oiseau porte une bague on note son numéro puis on place un ruban bleu au dessus du nid qui facilitera de futures visites. Quelques rares manchots ont compris le truc et se lève à notre approche comme pour bien nous montrer leurs œufs. Ceux qui ne le font pas ont droit à un toucher ventral. On glisse doucement sa main sous l’animal, on se prend quelques bons coups de bec et on compte les œufs au touché. Le petit truc en plus c’est que le manchot antipode couve parfois tout ce qui lui tombe sous le ventre lorsque ses œufs ont été dévorés par un prédateur. Un volontaire s’est déjà retrouvé avec un lapereau apeuré dans les mains…

Entrainement pour Pâques.

 Melanie étudie également pour son master un animal très menacé présent dans la région, le lion de mer de Hooker. Ceux qui en parlent le mieux sont les touristes qui appellent le DOC paniqués: « Allo? Bonjour! Il y a un énorme phoque mort sur la plage. Il pue, il est recouvert de mouches et a la tête dans son vomi! » L’exacte description d’un lion de mer en parfaite santé… La différence qui saute aux yeux entre une otarie à fourrure et un lion de mer est la taille. Comme je déteste qu’on me sorte ce genre d’informations inutiles tant que l’on a pas vu l’animal je vous rajoute une échelle. Une otarie à fourrure de taille moyenne fait à peu près ma taille, les mâles étant un tantinet plus imposants. Et bien dans un lion de mer vous rentrez facilement deux mâles d’otaries un tantinet imposants… Le bestiau est énorme mais fort heureusement plutôt inoffensif. Il faut souvent aller jusqu’à marcher dessus pour qu’il daigne ouvrir un œil.

Encore une de ces créatures terrifiantes qui peuplent ce pays!

 Par contre les jeunes (pas plus gros qu’un mâle d’otarie à fourrure un tantinet imposant) sont assez joueurs et c’est là qu’ils peuvent poser quelques problèmes. La règle de sécurité est de les ignorer. Si l’un d’entre eux vous court après sur la plage ou machouille votre palme pendant que vous vous baignez ignorez le. La plupart du temps l’animal vous considérera comme trop ennuyeux pour servir de jouet et si ce n’est pas le cas vous n’aurez rien perdu à essayer. Le fait est que si vous vous imaginez que jouer avec un lion de mer est une bonne idée vous vous rendrez vite compte que le jeu passe très vite du machouillage de palmes à des pratiques pouvant être assez douloureuse pour tout ce qui ne fait pas le gabarit d’un mâle d’otarie un tantinet imposant… Que cet animal soit très menacé et de retour sur l’île du Sud depuis peu n’empêche pas les locaux d’avoir un peu du mal avec sa cohabitation. Un exemple assez amusant est ce gros mâle qui s’était installé sur la plage aux manchots d’Oamaru. Cette plage est l’attraction numéro un et la source initiale d’une grande série de bénéfices économiques pour le village. Des dizaines de touristes payent tous les jours pour s’installer dans les observatoires qui permettent d’espionner les nombreux manchots pygmées qui traversent cette baie interdite au public tous les soirs. Alors quand un grand couillon de lion de mer s’est installé entre l’océan et les touristes et a commencé à gober tous les oiseaux, les gens du village n’ont pas vraiment été ravis… Parmi les autres anecdotes concernant cet amusant pinnipède j’aime beaucoup celui qui s’était installé dans une piscine municipale, celui qui tentait de se reproduire avec des canoës ou encore celui qui essayait de subtiliser discrètement les poissons attrapés par les petits bateaux de pêche du dimanche.

Il y en a aussi deux qui jouaient à un jeu bizarre sur la plage...

 Les Catlins abritent également exceptionnellement un animal aux proportions encore plus impressionnantes. Une créature hors du commun qui fascine mon pôpa et sur lequel Cécile fait une fixation. À moins de cinq minutes de marche de la maison j’ai pu observer deux individus de cette espèce; une mère et son petit. Le mâle d’otarie à fourrure un tantinet imposant qui se trouvait à proximité n’atteignait même pas le gabarit du « petit ». En faut il vraiment plus pour que vous reconnaissiez la description d’un éléphant de mer?

Elephant yeah!

 On aurait pu en rester là mais le tour des pinnipèdes de Nouvelle-Zélande n’aurait pas été complet sans l’observation le dernier jour d’un visiteur extraordinairement rare. Le léopard de mer est un animal pouvant atteindre trois mètres et habitant aux contours du continent Antarctique. Il est la terreur de la banquise, se nourrissant de divers animaux allant du crabe au bébé phoque. Sa présence sur les côtes néozélandaises se limite à une dizaine d’individus chaque année, essentiellement des animaux trop faibles pour survivre à l’hiver en Antarctique. La plupart d’entre eux son blessés ou anémiques et ne survivent pas longtemps mais le jeune qui rampait comme un asticot sur le sable de Kai bay avait l’air plutôt en forme. Une bonne santé liée à la raréfaction des manchots antipodes de la péninsule cette année? 

Le méchant dans « La marche de l'empereur ».

Et puis ce n’est pas parce que je rencontre plus d’oiseaux que d’humains que je n’ai pas bien rigolé avec les membres de mon espèce. Une dizaine de fous fous prêts à patauger à quatre pattes dans le caca de manchot sous la grêle et à travers des orties capables de tuer des chiens de chasse ne peuvent pas être ennuyeux.

Le gang des bouchons de bouteilles de lait.

 Pour finir cette mission en beauté nous sommes allé filer un coup de main à deux ornithologues qui baguaient les barges à queues rousses à l’embouchure de la rivière Catlin. Et oui les voyageuses sont de retour de leur nidification en Alaska et viennent profiter de l’été austral pendant que vous commencez à vous les geler. Les barges de l’île du Sud ne sont toutefois pas celles que j’ai observé à Miranda mais appartiennent toutes à la même espèce. Le grand débat qui déchire les ornithologues du pays est de savoir si elles nichent toutes au même endroit. Pour les capturer on s’est servi d’un « canon net », un filet utilisant à peu près le même principe que le « Woosh net » de Peter mais en un peu plus sophistiqué. On place des petits bâtons pour repérer la « cible » que couvre le filet après être activé. On cache ensuite le filet dans le sable. On le relie à un propulseur et un détonateur. On attend que la marée monte et repousse les oiseaux jusqu’à la cible et… 

BANG!

 

 On se rue tous sur le filet pour empêcher les oiseaux de s’échapper. On relâche les énormes sternes caspienne dont on ne veut pas. On place les barges dans des boites puis dans des mini volières. La suite vous la connaissez, pas la peine que j’en rajoute. Et j’ai continué ma route vers le Sud. Trente seconde après avoir sortit mon pouce de ma poche deux animatrices de colonies de vacances catholiques m’emmenèrent sur la route de Bluff.

Et c'est reparti...

 

NOTE IMPORTANTE: Déranger des animaux en danger est totalement interdit et nuisible à l'espèce. Les photos ont été prises lors d'une étude scientifique sous l'encadrement de spécialistes. En l'absence de ce contexte le dérangement causé par la présence du photographe peut amener à l'abandon du nid! Si vous désirez vous aussi avoir la chance d'observer des animaux menacés dans leur environnement naturel contactez les associations ou organismes travaillant à leur protection.

IMPOTANT NOTICE: To disturb animals in danger is totally forbidden and harmful to the species. Photos were taken during a scientific study under specialists' supervision. In the absence of this context the disturbance caused by the presence of the photographer can bring neglected of the nest! If you wish too to observe animals threatened in their natural environment contact associations or trusts working on their protection.

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À grands coups de pouce!

5 octobre

De retour à Christchurch je me suis retrouvé bien embêté. Que faire après avoir pêché des ornithorynques? Première pensée, se réfugier au « Vespa », le bar où Tim est serveur et s’y prendre une bière. Une fois cet objectif atteint je fais la liste de mes possibilités. J’ai quelques jours de libres avant un emploi du temps sacrément chargé, tout ce qu’il me faut sur le dos pour survivre, un pouce gauche en parfait état de marche et un anticyclone sur la côte Ouest de l’île du Sud. La côte Ouest c’est un peu une destination obligé du pays mais il y tombe en moyenne cinq mètres de flotte par an… Ceux qui ne se rendent pas bien compte peuvent aller passer un week-end en Lorraine et se dire que les gens du coin trouverait le climat agréable. Du coup je n’ai pas passé autant de temps que je le pensais à réfléchir, j’allais faire du tourisme!

Arthur's Pass.

Mon chauffeur était un éleveur de wapitis assez pressé alors je n’ai pas osé lui demander de s’arrêter et me suis contenté d’admirer le paysage à couper le souffle par la fenêtre. L’élevage de wapitis est apparemment une activité très lucrative. Les animaux aux bois les plus impressionnants sont vendus aux réserves de chasses dans lesquelles de riches chasseurs du monde entier viennent tirer leur trophée. Concernant la passe il s’agit d’une succession de cols et de vallées qui creusent l’une des quatre seuls voies permettant de traverser l’île d’Est en Ouest.

Dolomite point.

Mon éleveur me déposa à Kumara junction d’où un israélien qu’une séduisante kiwie a incité à émigrer me conduisit jusqu’au parc national de Paparoa. La raison principale du choix de cette destination n’était pas les drôles de formations rocheuses qui ont rendu cet endroit célèbre. D’après plusuers informations il s’agirait de l’habitat principal de la plus grande espèce de kiwi: le kiwi roa. Un employé du Department Of Conservation qui travaille dans le parc depuis trente ans et n’a jamais vu un seul kiwi a fortement entamé mon optimisme. Et finalement une jolie tchèque a eu raison de mon reste de motivation. Le fait que je préfère passer la soirée avec une sympathique demoiselle plutôt qu’avec d’hypothétiques oiseaux devrait en rassurer plus d’un. D’ailleurs moi même ça m’a rassuré…

Okarito.

Anja, une jeune allemande parcourant le monde en solitaire, m’a offert l’honneur d’être le premier autostoppeur qu’elle fasse monter dans sa voiture. Et c’est vraiment quelque chose de valorisant! Après avoir refait une partie du monde tous les deux elle me déposa dans le petit village d’Okarito aux portes du parc national de Tai Poutini. Ce petit village est né d’une ruée sur l’or et aurait du disparaître aussi vite que le précieux minéral. Mais les habitants, dont il ne reste plus que trente exemplaires, se sont attachés à ce petit bout de paradis et continuent tant bien que mal à y résider. De mon côté c’est encore une fois un kiwi qui m’amène dans ce coin perdu: le kiwi d’Okarito (tout bêtement). Et Anja continuant sa route vers le Sud il n’y aura pas de jolies filles pour m’empêcher de partir à sa recherche! Le tour dans la forêt de nuit n’est pas loin d’être déprimant. Après les nuits australiennes assourdissantes le silence profond des nuits néozélandaises est troublant. Les seuls êtres vivants que j’ai croisé sont les abondants phalangers renards importés d’Australie et qui sont de terribles nuisibles en Nouvelle-Zélande.

Franz Joseph glacier.

Tendre le pouce à la sortie d’un village cul-de-sac de trente habitants ça fait passer le désert du Namib pour une autoroute mais je vais finir par penser que j’ai vraiment de la chance à ce petit jeu… Il ne faudra pas cinq minutes pour que le mécano du village me fasse monter dans sa camionnette. À la bourre pour ouvrir son garage situé au village de Franz Joseph il trouvera le temps de me raconter comment un kiwi a traversé la route juste devant son véhicule la veille au soir… Une fois à destination je me suis dirigé en maugréant vers le glacier. Le glacier de Franz Joseph qui descend la pente Ouest des Alpes du Sud, est le site touristique majeur de cette région. Le site a effectivement de quoi couper le souffle et en profiter un jour de beau temps est encore plus agréable!

Mount Aspiring national park.

À la sortie du glacier je suis monté dans la voiture d’un gentil cinglé. Cet étudiant passe ses journées libres dans les régions les plus reculées et inaccessibles de la forêt néozélandaise à la recherche d’un oiseau considéré disparu depuis les années cinquante: le glaucope cendré de l’île du Sud. Cette sous-espèce différait de celle de l’île du Nord surtout par la couleur jaune de ses caroncules. Les plus observateurs se souviendront des jolies caroncules bleues de Moby sur Tiritiri Matangi. Pour plus d’informations sur les glaucopes et leur conservation je vous invite à aller faire un tour sur le site de Cécile qui a participé à une mission les concernant il y a quelques semaines. La sous-espèce de l’île du Sud a beau être officiellement considérée éteinte un certain nombre de désespérés sont persuadés que certains survivent encore dans quelques recoins inexplorés du Sud de la côte Ouest. Cette partie du pays et plus particulièrement le parc national du Fiordland est certainement la plus sauvage de Nouvelle-Zélande et n’a en grande partie jamais été foulée par le pied de l’Homme. Il n’y a rien là bas si ce n’est une forêt pluvieuse ultra dense, quelques rares sentiers empruntés par des randonneurs de l’extrême et chasseurs entêtés. Ce territoire est également le dernier a avoir été envahi par les animaux invasifs principaux responsables de l’extinction des espèces néozélandaises. La talève takahé (Greg) et le strigops kakapo y ont été redécouverts après des dizaines d’années de disparition. Bien que le programme de protection des takahés soit sur la bonne voie les kakapos du Fiordland se sont révélés n’être plus que des mâles et l’espèce a été reconsidérée éteinte jusque à la redécouverte de femelles sur l’île Stewart. Bref tout ça pour dire que si il reste des glaucopes sur cette île ils sont là. Mon doux dingue est persuadé d’avoir vu un de ces oiseaux traverser la route qui longe le parc national du Mont Aspiring au Nord du Fiordland. Il s’est donc armé d’un enregistrement du chant de l’animal qu’il a lui même réalisé dans la région en espérant qu’un oiseau y réponde. Folie? Alors que penser de ce jeune autostoppeur français totalement sous équipé qui s’est proposé de l’accompagner? Arrêtés sur le bord d’une route perdue nous nous sommes lancés dans l’ascension de la montagne où mon chauffeur aurait vu un glaucope se réfugier une semaine plus tôt. La forêt à cet endroit était définitivement l’une des plus belles que j’ai visité dans ce pays. Une grande variété d’oiseaux natifs parcourait les branches d’arbres gigantesques. Mon guide me fit remarquer que les espèces de plantes favorites des phalangers renards se portaient particulièrement bien ici et que les nuisibles ne devaient pas encore être nombreux dans cette forêt. Après une petite heure d’escalade nous nous sommes arrêtés à flanc de montagne et le chasseur de chimères a diffusé son enregistrement. Le chant ressemblait de manière troublante à celui qui résonnait dans les matinées brumeuses de la réserve de Boudary streams mais les méliphages tui sont réputés pour être capable d’effectuer des chants semblables. C’est quand mon guide a prétendu avoir vu un piopio de Nouvelle-Zélande et peut être entendu une ninoxe rieuse (tous deux également considérés éteints depuis cinquante ans) en juin dernier que j’ai eu peur qu’il me montre ses photos d’empreintes de moas (éteints depuis cinq siècles, aucun européens n’en a jamais vu). Aucun oiseau ne répondra à nos appels mais mon étudiant reste persuadé que la région abrite son Graal et reviendra plus équipé passer plusieurs nuits dans cette forêt à émettre son chant d’outre tombe. Je semble peut-être dubitatif mais sachez que l’idée de glaucopes cendrés survivants sur l’île du Sud ne m’étonnerait pas le moins du monde. Il est même probable que mon rêveur en ait entendu, aperçu ou même enregistré. Au sein du Department Of Conservation on est également prêt à admettre cette éventualité. Cependant leur réponse est la suivante: Et alors? Que faire? Si vous avez lu l’article de Ciloo vous réalisez à quel point la survie des glaucopes sur l’île du Nord est loin d’être assurée. Des moyens énormes sont déjà mis en place pour protéger les nombreuses espèces menacées du pays. Le Sud de la côte Ouest est un endroit où il est très difficile pour le DOC de travailler. Le kiwi de la région (Apteryx fusca) endémique des forêts au Sud de Haast ne survit que grâces aux lâchés de poison anti-mammifères que le DOC effectue par hélicoptère. Le seul espoirs de ceux qui veulent encore entendre les glaucopes chanter sur l’île du Sud est que cette mesure de protection profite également à leur idole. La Nouvelle-Zélande à beau avoir été le terrain de nombreuses extinctions, c’est aussi le pays des miraculeuses redécouvertes. Les strigops kakapo, talèves takahés, miros des Chatams, pétrels de Magenta ou encore océanites de Nouvelle-Zélande sont autant de raisons de ne pas se moquer des chercheurs de fantômes. Après tout, qui d’entre nous ne jetterais pas un coup d’œil insistant à la surface du Loch Ness « juste au cas où »?

Haast.

Pour ceux qui ne maitrise pas très bien la langue de Shakespeare, ce panneau accroché au mur du pub de Haast explique que si vous tirez sur le cerf du village (celui en photo) c’est votre tête qui sera exposée en trophée. Celui qui m’a déposé dans ce bled venait pêcher le « whitebait ». « Whitebait » est le nom que les néozélandais donnent aux alevins d’une famille de poissons natifs au pays: les galaxidaes. Ces poissons passent leurs vies dans les rivières de l’hémisphère Sud mais à leur sortie de l’œuf les alevins de certaines espèces sont emportés vers l’océan. Une fois devenus de juvéniles; les alevins remontent les cours d’eau du pays par millions et cette migration donne lieu à une pêche traditionnelle. Ce n’est pas un met particulièrement délicat mais donne un bon prétexte aux familles néozélandaises pour passer du temps ensemble sur la plage. La technique de pêche est assez simple, on place un filet sur les bords de l’estuaire d’une rivière et on attend en picolant que les poissons s’amassent dedans. Pour mieux comprendre l’ambiance du pub de Haast je dois préciser quelque chose à propos de la région. La côte ouest est à l’île du Sud ce que le Berry est à la région Centre, la campagne de la campagne. Personne dans le pub n’a jamais quitté l’île du Sud et tout le monde passe une bonne partie de son temps à chasser… J’ai toutefois passé une soirée fantastique à débattre de ce thème qui peut occuper une nuit entière: la mise à mort d’un animal pour le plaisir du sport.

Monro beach.

Les deux touristes australiennes qui m’ont déposé à cet endroit ont profité de mes modestes connaissances sur l’environnement du pays pour s’offrir une promenade guidée de la forêt kiwie. J’ai ensuite passé la journée à observer les gorfous du Fiordland traverser la plage pour apporter à manger à leurs petits cachés dans les fourrés. Le gorfou du Fiordland est un manchot endémique très menacé et l’observer se déplacer gauchement au sol est à la fois un privilège et un plaisir hilarant.

Queenstown.

La pluie a commencé à tomber sur mes manchots et comme elle peut mettre des semaines à s’arrêter je me suis jeté dans la voiture de Simon, éleveur de moules sur l’île Stewart… Au fur et à mesure que nous traversions les magnifiques cols qui forment la passe de Haast, les nuages disparaissaient, stoppés par les Alpes Australes. Il m’a été très difficile de descendre du véhicule de mon conchyliculteur (mot compte quintuple) et par la même occasion de mettre fin à nos discussion sur l’avenir de l’Union Européenne et les motos cross. Mais Simon se dirigeait vers la ville d’Invercargill renommée pour son absence totale d’intérêt. Queenstown était la dernière ville décemment peuplée avant Invercargill et ce fût donc là que je le quittait. Queenstown est la première destination touristique de l’île voir même du pays. Logée au milieu d’une magnifique vallée montagneuse on y vend de l’adrénaline. Saut à l’élastique, en parachute ou a ski, on vous rappelle partout que vous êtes à l’endroit rêvé où vous ruiner à vous faire peur. Si les discussions avec Simon n’avaient été aussi passionnantes je serais certainement descendu avant mais j’ai quand même rencontré des gens sympas dans ce temple dédié à la dépense budgétaire.

12 octobre

Aoraki/Mount Cook National Park.

Avec Pete, un autostoppeur anglais, nous sommes montés dans la voiture d’une maman qui rentrait à Christchurch avec ses deux jeunes enfants. Je ne savais pas trop encore où j’allais mais le beau temps qui faisait ressortir l’impressionnante couleur turquoise des eaux du lac Pukaki m’incita à m’y arrêter. De là j’ai « poucé » jusqu’au parc national Aoraki/Mont Cook. Le paysage que j’y ai découvert est à ce jour l’un des plus extraordinaires que ce pays m’est offert! Le silence de la vallée n’était perturbé que par les cris des nestors kéa qui se chamaillaient dans les hauteurs et l’écho des avalanches dues au dégel printanier. Le panorama ensoleillé était largement dominé par les 3 754 mètres du mont Cook lui même.

Tasman river.

Un couple de touristes espagnols m’a déposé là où la rivière Tasman se jette dans le lac Pukaki. De là je suis remonté jusqu’à mon camping à pied. La rivière est l’exemple parfait de ce qu’on appelle les cours d’eau anastomosés. Ces types de cours d’eau sont très nombreux sur cette partie de l’île du Sud et s’étendent en longs méandres enchevêtrés au fond de larges vallées creusées par d’anciens glaciers. Ils sont le site de nidifications exclusifs de certains oiseaux endémiques comme la sterne des galets ou le pluvier anarhynque (rappelez vous Miranda!).

Oamaru.

Je n’avais absolument pas prévu de passer par ce bled sur la côte Est mais la pluie a fini par gagner mon petit coin de paradis. C’était la destination de Dane et son gros camion bleu métallisé et comme je n’étais pas encore monté dans un poids lourd néozélandais je l’ai accompagné. C’est en arrivant que je me suis rappelé pourquoi le nom du patelin me disait quelque chose. L’endroit est réputé dans toute la Nouvelle-Zélande pour être infesté de manchots pygmées. Dès la tombée de la nuit les oiseaux débarquent en masse sur la plage et envahissent la ville. Ils nichent dans les caves, les parkings et parfois juste sous des cagettes à l’abandon. Pour vous donner une idée de l’ambiance musicale il faut que je vous décrive le cri du manchot pygmée. Prenez votre chat, coincez lui un kazou dans la gorge, tapez lui dans les côtes pendant qu’il ronfle et ça vous donnera à peu près le même résultat!

Moeraki.

Bon ben voilà c’est une plage… Avec une quinzaine de cailloux ronds dessus… Voilà… Sinon vous n’avez rien de mieux à faire que de lire mes âneries parce que là je fatigue… C’est que Oamaru et ses manchots c’est rigolo mais on en fait vite le tour et c’est pas pratique pour le camping sauvage… Du coup j’ai tendu le pouce au hasard vers le Sud et je me suis retrouvé là…

Otago peninsula.

Isabelle, une belge qui a grandi en Nouvelle-Zélande, a accepté que je continue à l’accompagner jusqu’à sa destination parce que Moeraki ça craint. La péninsule Otago c’est tout de suite plus intéressant! D’abord c’est joli et on peut y voir des albatros, des manchots et des lions de mer! Il s’est un peu mis à neiger aussi et j’ai failli embarquer le chat du camping qui s’était planqué dans ma tente.

Balclutha.

Vous ne connaissez pas Balclutha? Ce haut lieu du tourisme néozélandais à la renommée internationale! En réalité si j’ai atterri ici c’est juste parce que j’ai contacté Doreen sur le site de couchsurfing et qu’elle a accepté que je passe quelque jours à me reposer dans sa chambre d’amis. J’en avais bien besoin parce que mes vacances commençaient un peu à virer au n’importe quoi. Un vrai lit et une douche chez cette charmante grand-mère et son chat Satan (qui porte très mal son nom) sont plus qu’agréables après avoir dormi dans les bois, piqué la bouffe laissé de coté par les touristes dans les hôtels et voyagé à l’œil. Katy et Rachel m’ont déposé dans ce patelin où elles venaient chercher des poussins pour en faire des animaux de compagnie. J’y peux rien moi c’est la campagne ici!

Je pense que je ne vous dirais jamais trop souvent à quel point vos commentaires me font plaisir et me donnent envie de continuer à écrire. Merci à tous et puisque vous avez bien tout lu et pour compenser l’absence de bébés koalas dans cet article:

Un bébé manchot pygmée!

ou à l’ouest de la Nouvelle-Zélande connu sous le nom d’Australie. À mon arrivée à Melbourn

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