J’ai p’t’être qu’un bras, mais j’suis pas manchot!

 22 octobre

J’ai poursuivis ma route vers le Sud et le climat, tout comme le paysage, commence sérieusement à sentir le bout du monde. Les arbres poussent dans le sens du vent qui souffle en permanence et il ne fait pas vraiment chaud… Ma nouvelle maison est celle utilisée par les gardiens du phare de Nugget point avant qu’il soit automatisé.  

Encore un bled sans noctiliens...

 Vous vous doutez bien que pour m’offrir le luxe d’utiliser les toilettes de cet hébergement de rêve il faut que je bosse un peu. Mes nouveaux employeurs sont des employeuses. Cheryl, Melanie et sa stagiaire Amanda, toutes les trois employées par le Department Of Conservation. Leur mission du moment nécessite le soutien de six volontaires dont je fais partie. Une fois par an les filles et leurs larbins parcourent les forêts et baies de la région des Catlins à la recherche des nids de manchots antipodes. Annelise a les droits d’auteur sur la blague comme quoi je bosse dans la région des catins alors vous pouvez vous abstenir… Bref revenons à nos moutons qui une fois de plus sont des représentants de ce que les oiseaux nous ont offert de plus divertissant.

Yep!

 Le manchot antipode mérite quelques petites précisions vue sa singularité; en plus d’être un manchot… Il s’agit de l’espèce de manchot la plus ancienne encore existante à ce jour et ne vit que le long des côtes au Sud de la Nouvelle-Zélande et sur quelques îles à mi-chemin de l’Antarctique. Contrairement à l’ensemble de ses semblables « hoiho » (le nom maori du manchot antipode) n’est pas vraiment sociable. Au lieu de s’établir en plus ou moins grosses colonies les couples de cette espèce s’isolent chacun dans leurs coins pour donner naissance à deux petits. L’emplacement du nid est assez particulier lui aussi. Hoiho part nicher en forêt, sous des cailloux ou au milieu de buissons parfois jusqu’à un kilomètre des côtes.

Promenons nous dans les bois...

 Ce manchot passe également énormément de temps au nid en comparaison avec ses pairs. Il revient tous les soirs à terre même en dehors de sa particulièrement longue saison de reproduction. Des nombreux facteurs liés à l’Homme qui ont amené à sa raréfaction, la déforestation est le plus important. L’immense forêt pluvieuse a laissé place à d’innombrables enclos à bovins et moutons qui morcellent l’habitat du manchot antipode. Mais après que la population de cet animal ait chuté à cent cinquante individus sur l’île du Sud les néozélandais ont commencé à prendre soin de ces petits havres pour hoiho. Et c’est dans ces restes de Nouvelle-Zélande originelle que je m’adonne à l’assez amusante quête aux nids de manchots!

Briefing avant l'assaut.

La procédure n’est pas très compliquée. On débute sur une plage connue pour servir de débarcadère à manchots. De là on repère le sentier principal emprunté par la plupart des oiseaux. Ils ont l’habitude de suivre tous le même chemin avant de se disperser au fur et à mesure qu’ils s’éloignent de la mer. C’est là que ça se corse un peu car moins un chemin est emprunté moins il est visible. On se retrouve donc à quatre pattes à suivre des tunnels jonchés de fientes jusqu’à la cachette de l’animal. L’indice ultime indiquant la proximité du nid d’un oiseau qui se nourrit exclusivement de calamars et de poissons est l’odeur. Un parfum raffiné que seul le nez d’un employé des égouts de Paris ne saurait discerner. Une fois le nid trouvé on note rapidement le nombre d’œufs, la position GPS, si l’oiseau porte une bague on note son numéro puis on place un ruban bleu au dessus du nid qui facilitera de futures visites. Quelques rares manchots ont compris le truc et se lève à notre approche comme pour bien nous montrer leurs œufs. Ceux qui ne le font pas ont droit à un toucher ventral. On glisse doucement sa main sous l’animal, on se prend quelques bons coups de bec et on compte les œufs au touché. Le petit truc en plus c’est que le manchot antipode couve parfois tout ce qui lui tombe sous le ventre lorsque ses œufs ont été dévorés par un prédateur. Un volontaire s’est déjà retrouvé avec un lapereau apeuré dans les mains…

Entrainement pour Pâques.

 Melanie étudie également pour son master un animal très menacé présent dans la région, le lion de mer de Hooker. Ceux qui en parlent le mieux sont les touristes qui appellent le DOC paniqués: « Allo? Bonjour! Il y a un énorme phoque mort sur la plage. Il pue, il est recouvert de mouches et a la tête dans son vomi! » L’exacte description d’un lion de mer en parfaite santé… La différence qui saute aux yeux entre une otarie à fourrure et un lion de mer est la taille. Comme je déteste qu’on me sorte ce genre d’informations inutiles tant que l’on a pas vu l’animal je vous rajoute une échelle. Une otarie à fourrure de taille moyenne fait à peu près ma taille, les mâles étant un tantinet plus imposants. Et bien dans un lion de mer vous rentrez facilement deux mâles d’otaries un tantinet imposants… Le bestiau est énorme mais fort heureusement plutôt inoffensif. Il faut souvent aller jusqu’à marcher dessus pour qu’il daigne ouvrir un œil.

Encore une de ces créatures terrifiantes qui peuplent ce pays!

 Par contre les jeunes (pas plus gros qu’un mâle d’otarie à fourrure un tantinet imposant) sont assez joueurs et c’est là qu’ils peuvent poser quelques problèmes. La règle de sécurité est de les ignorer. Si l’un d’entre eux vous court après sur la plage ou machouille votre palme pendant que vous vous baignez ignorez le. La plupart du temps l’animal vous considérera comme trop ennuyeux pour servir de jouet et si ce n’est pas le cas vous n’aurez rien perdu à essayer. Le fait est que si vous vous imaginez que jouer avec un lion de mer est une bonne idée vous vous rendrez vite compte que le jeu passe très vite du machouillage de palmes à des pratiques pouvant être assez douloureuse pour tout ce qui ne fait pas le gabarit d’un mâle d’otarie un tantinet imposant… Que cet animal soit très menacé et de retour sur l’île du Sud depuis peu n’empêche pas les locaux d’avoir un peu du mal avec sa cohabitation. Un exemple assez amusant est ce gros mâle qui s’était installé sur la plage aux manchots d’Oamaru. Cette plage est l’attraction numéro un et la source initiale d’une grande série de bénéfices économiques pour le village. Des dizaines de touristes payent tous les jours pour s’installer dans les observatoires qui permettent d’espionner les nombreux manchots pygmées qui traversent cette baie interdite au public tous les soirs. Alors quand un grand couillon de lion de mer s’est installé entre l’océan et les touristes et a commencé à gober tous les oiseaux, les gens du village n’ont pas vraiment été ravis… Parmi les autres anecdotes concernant cet amusant pinnipède j’aime beaucoup celui qui s’était installé dans une piscine municipale, celui qui tentait de se reproduire avec des canoës ou encore celui qui essayait de subtiliser discrètement les poissons attrapés par les petits bateaux de pêche du dimanche.

Il y en a aussi deux qui jouaient à un jeu bizarre sur la plage...

 Les Catlins abritent également exceptionnellement un animal aux proportions encore plus impressionnantes. Une créature hors du commun qui fascine mon pôpa et sur lequel Cécile fait une fixation. À moins de cinq minutes de marche de la maison j’ai pu observer deux individus de cette espèce; une mère et son petit. Le mâle d’otarie à fourrure un tantinet imposant qui se trouvait à proximité n’atteignait même pas le gabarit du « petit ». En faut il vraiment plus pour que vous reconnaissiez la description d’un éléphant de mer?

Elephant yeah!

 On aurait pu en rester là mais le tour des pinnipèdes de Nouvelle-Zélande n’aurait pas été complet sans l’observation le dernier jour d’un visiteur extraordinairement rare. Le léopard de mer est un animal pouvant atteindre trois mètres et habitant aux contours du continent Antarctique. Il est la terreur de la banquise, se nourrissant de divers animaux allant du crabe au bébé phoque. Sa présence sur les côtes néozélandaises se limite à une dizaine d’individus chaque année, essentiellement des animaux trop faibles pour survivre à l’hiver en Antarctique. La plupart d’entre eux son blessés ou anémiques et ne survivent pas longtemps mais le jeune qui rampait comme un asticot sur le sable de Kai bay avait l’air plutôt en forme. Une bonne santé liée à la raréfaction des manchots antipodes de la péninsule cette année? 

Le méchant dans « La marche de l'empereur ».

Et puis ce n’est pas parce que je rencontre plus d’oiseaux que d’humains que je n’ai pas bien rigolé avec les membres de mon espèce. Une dizaine de fous fous prêts à patauger à quatre pattes dans le caca de manchot sous la grêle et à travers des orties capables de tuer des chiens de chasse ne peuvent pas être ennuyeux.

Le gang des bouchons de bouteilles de lait.

 Pour finir cette mission en beauté nous sommes allé filer un coup de main à deux ornithologues qui baguaient les barges à queues rousses à l’embouchure de la rivière Catlin. Et oui les voyageuses sont de retour de leur nidification en Alaska et viennent profiter de l’été austral pendant que vous commencez à vous les geler. Les barges de l’île du Sud ne sont toutefois pas celles que j’ai observé à Miranda mais appartiennent toutes à la même espèce. Le grand débat qui déchire les ornithologues du pays est de savoir si elles nichent toutes au même endroit. Pour les capturer on s’est servi d’un « canon net », un filet utilisant à peu près le même principe que le « Woosh net » de Peter mais en un peu plus sophistiqué. On place des petits bâtons pour repérer la « cible » que couvre le filet après être activé. On cache ensuite le filet dans le sable. On le relie à un propulseur et un détonateur. On attend que la marée monte et repousse les oiseaux jusqu’à la cible et… 

BANG!

 

 On se rue tous sur le filet pour empêcher les oiseaux de s’échapper. On relâche les énormes sternes caspienne dont on ne veut pas. On place les barges dans des boites puis dans des mini volières. La suite vous la connaissez, pas la peine que j’en rajoute. Et j’ai continué ma route vers le Sud. Trente seconde après avoir sortit mon pouce de ma poche deux animatrices de colonies de vacances catholiques m’emmenèrent sur la route de Bluff.

Et c'est reparti...

 

NOTE IMPORTANTE: Déranger des animaux en danger est totalement interdit et nuisible à l'espèce. Les photos ont été prises lors d'une étude scientifique sous l'encadrement de spécialistes. En l'absence de ce contexte le dérangement causé par la présence du photographe peut amener à l'abandon du nid! Si vous désirez vous aussi avoir la chance d'observer des animaux menacés dans leur environnement naturel contactez les associations ou organismes travaillant à leur protection.

IMPOTANT NOTICE: To disturb animals in danger is totally forbidden and harmful to the species. Photos were taken during a scientific study under specialists' supervision. In the absence of this context the disturbance caused by the presence of the photographer can bring neglected of the nest! If you wish too to observe animals threatened in their natural environment contact associations or trusts working on their protection.

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5 Réponses so far »

  1. 1

    loic said,

    « … mort sur la plage. Il pue, il est recouvert de mouches et a la tête dans son vomi! »
    —Pas si évident à deviner quand on ne sait pas…

    Ca pourrait être n’importe lequel d’entre nous quand on est en vacances…

  2. 2

    flo said,

    d’accord avec Loïc, ça m a fait penser à la description du plateau de malzéville un lendemain de soirée GPN (moins la plage!!)

  3. 4

    Ciloo said,

    Je te hais!! Je te hais!!! Comment tu as pu voir un elephant de mer avant moi… grrrrr


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