Pas si miro que ça…

27 octobre

Je viens d’atteindre la destination la plus au Sud de mon voyage. Je suis hébergé sur l’île Ulva, un sanctuaire au large de l’île Stewart. Encore une fois je me retrouve dans un bled craignoss. Pas de télé, pas de kebab, pas de métro, même mon portable ne capte pas! Le village le plus proche est Oban et il faut encore que je traverse le Paterson inlet pour y arriver. De toutes façons je ne sais pas trop ce que j’irais y faire. Le seul village sur ce qui est censé être la troisième plus importante île du pays ferait passer le Petit Jailly pour une mégalopole…

Et comme si le cri des kiwis ne suffisait pas il faut en plus que le bruit des vagues m'empêche de dormir!

Ulva est une île sanctuaire au même titre que titre que Tiritiri Matangi, Kapiti ou Matiu/Somes pour n’en citer que quelques unes. Ce qui veut dire qu’il n’y a pas de mammifères invasifs sur l’île. Par conséquent la faune locale abonde mais je ne vais pas vous faire un dessin vous commencez à connaître le topo. Je suis ici en tant que volontaire pour Ian Jamieson, chercheur à l’université d’Otago. Sur le terrain je suis supervisé par Tracey et Bryce. Tracey était également volontaire à Zealandia et présente lors de la translocation de perruches de Sparrman sur Kapiti. Ian m’a demandé mon aide pour son étude sur les miros rubisoles.

Mais si ce nom vous dit quelque chose.

Les deux cents soixante kilomètres carrés d’Ulva sont devenu un sanctuaire en 1997 afin d’accueillir une petite partie de la population de créadions rounoirs rescapés du désastre de Big South Cape. Ils ont été réintroduits depuis l’île Big en 2000 avec un petit groupe de miros rubisoles en provenance de Stewart. La plupart des miros sont retournés se faire dévorer par les rats sur leur île natale mais vingt et uns sont restés et sont devenus ceux que l’on appelle les « fondateurs ». Ces oiseaux ne donnèrent naissance qu’à deux petits entre 2000 et 2001 et les choses semblaient plutôt mal parties pour les miros d’Ulva… Cependant de manière inattendue la population commença tranquillement à s’accroitre à grand coup d’inceste et de consanguinité jusqu’à atteindre environ cinq cents miros aujourd’hui. Cinq fondateurs sont encore en vie à l’heure actuelle et se reproduisent gaiement avec leur descendance. De leur côté les créadions se portent tellement bien que Ian a du arrêter leur étude qui devenait trop laborieuse en 2007.

Has been.

Le travail de terrain de cette année a commencé il y a deux semaines et vu le boulot je ne serais pas de trop pour venir en aide à Tracey et Bryce. Le but du jeu est d’avoir le plus tôt possible une carte détaillée des nids de l’île. On se promène donc tous les jours chacun de notre côté en suivant les sentiers quadrillant Ulva qui ont servi à éradiquer les prédateurs mammaliens. On trouve un de ces sentiers allant du Nord au Sud tous les cents mètres d’Est en Ouest et sur ces sentiers sont disposé de vieux distributeurs à poison. Ces distributeurs sont placés tous les cents mètres le long des sentiers ce qui nous donne un découpage de l’île au cent mètre carré. Bon tous ça c’est approximatif et un de ces jours Ian compte se mettre au GPS pour clarifier un peu les choses…

Vous êtes ici...

La procédure pour la chasse au nid est la suivante. À chaque distributeurs on s’arrête et on tape dans ses mains. Les miros rubisoles sont par nature des oiseaux très curieux et peu farouche. Il n’est absolument pas rare de les voir suivre les promeneurs espérant que le déplacement dérange des insectes. Seulement sur Ulva Ian est allé encore plus loin. La quasi intégralité des miros de l’île ont été dressé à se diriger vers les gens qui tapent dans leur mains. Je vous expliquerais plus tard comment. Une fois qu’on tape dans nos mains plusieurs situations peuvent se présenter.

Si t'es fier d'être un miro tape dans tes mains.

Il arrive rarement qu’aucun oiseau n’arrive. Si cela dure plus de cinq minutes on passe au distributeur suivant. On peut également se retrouver avec un oiseau seul et dans ce cas il nous faut déterminer son sexe.

Ce qui n'est pas forcément évident...

La quasi totalité des miros rubisoles d’Ulva sont bagués selon une combinaison de bagues de couleur unique qui permet leur identification à la vue. Une bague métallique gravée d’un numéro permet de retrouver l’identité exacte de l’oiseau à condition de l’attraper. Ceci est surtout utile si l’oiseau perd une de ses bagues de couleur. On lit les bagues de haut en bas, de la patte gauche à la patte droite.

Par exemple la femelle Vert-Jaune-Vert/Vert-Métal. En anglais GYG/GM.

Les plus malins me demanderont: « Mais comment il a fait le type qui l’a bagué pour connaître son sexe? ». Très bonne question!

Personnellement j'ai remarqué que les femelles étaient toujours celles qui mettaient des plombes à se nettoyer.

Les miros d’Ulva sont bagués dès leur plus jeune âge, parfois même alors qu’ils sont toujours au nid! À cet âge là aucun moyen de connaître leur sexe, il nous faut attendre la prochaine saison de reproduction. Pour déterminer le sexe d’un miro on se sert d’un outil original, la larve du ténébrion meunier, plus communément appelé « ver de farine ». Retournons donc à notre distributeur où vient d’arriver un miro rubisole de sexe inconnu. On lui offre un ver et on attend sa réaction. Si il le mange on ne peut rien en tirer. Par contre si il garde le ver et se met à brailler comme un veau c’est un mâle! À peine l’appel lancé qu’une femelle rapplique à toute allure et le mâle lui offre gentiment son ver.

À la bouffe!

Cette offrande peut avoir deux significations. Premièrement le couple n’a pas encore commencé à nicher et cet acte est qualifié de « Courtship feeding » par les anglais. Chez nous on dirait « Payer un diner pour espérer pouvoir … ».

Je te paye un ver?

Deuxièmement la femelle a pondu et est trop occupée pour pouvoir se chercher à manger toute seule. J’entends déjà les féministes me sortir « Il pourrait se bouger pour lui apporter son déjeuner au nid ce fainéant! ». Pour la défense du pauvre mâle miro je tiens à signaler que la femelle, malgré sa responsabilité d’incubatrice, à tendance à se prendre des pauses casse-croute pouvant durer jusqu’à une demi-heure. Si le mâle devait lui courir après tout le temps ce serait un sacré boxon. Bon mais alors comment savoir si notre mâle a été un généreux papa ou un malsain pervers? On reporte notre attention sur la femelle. Si le mâle ne lui donne pas tout les vers qui lui sont lancés, il y a de fortes chances qu’elles n’est pas tellement besoin de prendre du poids. Par contre si le mâle sacrifie tous ses gueuletons et que les plumes du ventre de la femelle sont en désordre on est bon pour une attente pouvant durer jusqu’à une demi-heure.

Ça commence à refroidir.

Et puis d’un coup sans prévenir la femelle fout le camp. On se dirige alors tant bien que mal vers le dernier endroit où on l’a aperçu suivi par le mâle. Lorsqu’on a perdu de vue sa chérie on offre un ver à son mec qui s’empresse de l’appeler à nouveau. Le petit manège dure jusqu’à ce qu’on trouve le nid. Celui ci fait la taille d’un bol classique et peut se trouver à un mètre du sol comme à vingt. Il peut être dans un tronc comme sous une feuille de fougère. Quel qu’il soit on note sa position du mieux possible afin de pouvoir y retourner plus rapidement et suivre l’évolution de la ponte.

Bonjour c'est pour le recensement.

Lorsqu’un nid est assez accessible on compte et mesure les œufs.

Notez la femelle qui n'a pas l'air d'apprécier que Bryce tripote ses œufs.

Si on se trouve trop près du nid les parents peuvent décider de nous infliger la terrible parade de défense du miro rubisole! En gros ça consiste à nous regarder méchamment sans faire de bruit en écartant ses ailes et en sautillant de branches en branches…

C'est avec ce genre de technique de défense qu'une espèce disparaît...

Un autre cas de figure peut se présenter lors de notre tête à tête au distributeur. L’oiseau peut se saisir du ver et se diriger aussitôt vers son nid. Dans ce cas on ne sait toujours pas son sexe mais on sait que les petits ont faim! Je vous parlerais de ça plus tard parce que ça commence déjà à faire pas mal d’informations…

En attendant voilà des bébés râles wékas pour Florinne!

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8 Réponses so far »

  1. 1

    Cosette said,

    Yo tete de plume! dis moi pour la profane que je suis les miros rubisoles, ce sont bien les Robin? tu pourrais quand meme mettre leur nom de la haut en plus de leur super nom francais! En tout cas tas reussi a avoir internet c’est que c’est pas si paumé hehe….
    Au fait tu crois que t’arriveras a aller a Codfish Island alors? Et essaye de faire la grande randonnee de Stewart si ca te dis c bien chouette qd mm, enfin bon y a que du bush evidemment.
    Bisous bonnes aventures!
    Viva Ranfurly

    • 2

      Rémi said,

      Ranfurly vaincra!
      Impossible d’avoir internet à Invercargill mais la librairie d’Oban a un accès wifi gratuit! Ouaip les miros rubisoles c’est les robins et les miros mésanges c’est les tomtits. Ca m’a l’air sacrément tendu pour Codfish mais sait on jamais quand à la grande rando on verra…
      Bisous!

  2. 3

    Cathy said,

    D’autant plus craignoss qu’il y a un Parisien maintenant !
    Bé mes miros ont oas inventé la bague couleur, ca fait bien plus longtemps que les superbes spatules blanches arborent ces colorés joyaux…
    Copiteur !!!

    • 4

      Rémi said,

      Ouais mais les miros y a pas besoin de traverser la moitié d’un continent pour suivre leur déplacement d’abord!
      Na!

  3. 5

    flo said,

    ouais encore des bébés!!! je lirais peut être le prochain article alors…

    Une question au passage… et les daltoniens y font comment??!!

    bon tapage dans les mains! (ça va que vous croisez pas de touristes, ils vous prendraient surement pour des cinglés!!!)

    des bisous.

    • 6

      Rémi said,

      On se fait souvent engueuler par les guides qui nous accusent de faire fuir les oiseaux lorsqu’on tape dans nos mains. Ça nous fait bien marrer…
      Pour les daltoniens c’est une très bonne question! Il va peut être falloir qu’on révise nos interprétations de ces territoires morcelés et illogiques tout autour de l’île…

  4. 7

    Maman said,

    Trop mignons les miros. Tu ne peux pas en ramener quelques uns en douce pour peupler le bois de Vincennes ?

    • 8

      Rémi said,

      J’aimerais beaucoup mais tu découvriras bientôt que leur adaptation à la présence de prédateurs terrestre n’est pas tout-à-fait au point…


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