L’homme qui murmurait à l’oreille des miros.

26 novembre

Les kiwis qui marchent sur des manchots ou qui se planquent pile poil sous le mauvais buisson c’était déjà rigolo mais l’abondance de demi-miros sur Ulva rendent les journées aussi amusantes que les nuits. Lorsqu’on se promène on voit de temps en temps surgir des fougères un jeune miro qui, arrivé à cinquante centimètres d’altitude, commence à redescendre mollement malgré ses battements d’ailes frénétiques. Il y a également ceux qui se sont endormis pépère sur une branche pour se remettre d’une ascension qui a bien du leur prendre la journée. Et qui nous tombe à moitié dessus après avoir sursauté au premier claquement de mains… Et puis il n’y a qu’à les regarder:

Quoi ma gueule?


Je me moque mais les parents nous font bien rire aussi. Certaines femelles ont entamé un nouveau nid alors que les derniers oisillons continuent à piailler famine sur le territoire. On se retrouve par conséquent avec des mâles largement dépassés par les événements qui se comportent de manières encore plus incohérentes que d’habitude. J’en ai vu un qui en avait tellement marre des cris des oisillons affamés dans une oreille et de ceux de sa femelle, pressée de retourner couver, dans l’autre, qu’il s’est tout bonnement mis à manger les vers que je lui donnais… Il y a ceux qui n’ont toujours pas compris que les gros miros qui les suivent partout sont leurs rejetons et continuent de tenter le « courtship feeding » à l’adresse de leurs femelles excédées. Et à notre grand désespoir certains violet-métal ont pondu… Leurs nids ne ressemblent à rien, le mâle se goure sur la femelle qu’il doit nourrir et la femelle se plante sur le nid qu’elle doit couver…

Les joies de la vie de famille...


Du côté des célébrités on commence à manquer de noms pour tous les mâles qui se mettent à courtiser plusieurs femelles. Les filles continuent désespérément à chercher une femelle qui ai trouvé le moyen de se faire nourrir par deux mâles différents mais ce n’est pas gagné. Le hasard des affectations à fait que jusqu’ici j’ai été le seul à m’occuper de Long John, bien que tout le monde l’ai vu venir grappiller chez ses voisins. Or aujourd’hui Tracey est passée visiter son nid trouvé tout récemment. Elle ne partage pas mon engouement pour le pirate. Sa femelle a été temporairement baptisée « Ghost » et il m’a fallu une infinie patience pour pouvoir l’observer d’assez près pour lire ses bagues. Elle a construit son nid au sommet d’un totara d’une bonne dizaine de mètre de haut. Elle n’avait jamais été observée depuis son baguage il y a trois ans ce qui donne déjà une bonne idée de sa timidité et aurait presque pu faire d’elle un miro zombie… Une femelle de miro rubisole bien élevée se rue normalement sur son compagnon dès que celui-ci l’appelle. Or celle-ci est tellement timide qu’elle ne quitte pas son nid tant que nous sommes dans les parages. Long John se déplace donc jusqu’à elle pour la nourrir. Le problème c’est qu’en temps normal le mâle ne se rend au nid que pour nourrir des poussins et c’est d’ailleurs le seul moyen que l’on ai de déterminer la date d’éclosion… La situation actuelle de la descendance de Long John est par conséquent pour l’instant inconnue.

Pour corser un peu le tout mademoiselle a construit son nid à proximité du dortoir d'une ninoxe...


Concernant Cosette les choses se présentent un peu mieux. Tracey a finalement trouvé son nid et notre petite misérable gère plutôt bien sa condition de mère célibataire. On a tous un petit peu pitié pour elle alors on force discrètement la dose de vers qu’on lui donne à chaque passage. Tiger se conduit de plus en plus comme un beau salaud. À la découverte du nid il a aidé Cosette à le « défendre », bien que le terme me fasse encore bien rigoler. Ceci prouve qu’il est conscient de sa paternité! Or lorsqu’on offre un ver à notre protégée il l’agresse violemment et apporte le ver à son oisillon légitime.

Il y a des claques qui se perdent...


Avec Bryce et Eva au large pour une conférence à Dunedin on se retrouve à trois pour surveiller les miros de l’île à une cadence atteignant les trois cent vers de farine sacrifiés par jour par personne. Pour éviter de péter les plombs et commencer à donner des noms aux oiseaux ou à rêver d’eux on s’offre quelques extras.
Une étude européenne a montré que la composition chimique d’une substance dont les oiseaux se servent pour se nettoyer change pendant la saison de reproduction. L’odeur de l’oiseau est notamment atténuée pour se protéger du puissant odorat des prédateurs mammaliens. Attendez une seconde! Mais ne serais-je pas dans ce pays où les oiseaux ont évolué loin du danger de ce type de prédateurs? Ian nous a donc demandé de capturer quelques couples de miros et de prélever un peu de cette substance avant, pendant et après qu’ils aient niché. Le but est de comparer le résultat avec des espèces ayant évoluées au contact des mammifères mais pour nous ça nous permet de changer un peu du quotidien.

Test de Q.I.


Phred, un employé du Department Of Conservation de l’île Stewart plus ou moins en charge d’Ulva et plus précisément de nous, a placé sur un îlot quelques pièges à rats juste au cas où. Tama hou ne se situe qu’à une centaine de mètre d’Ulva et a déjà vu un petit groupe de mohoua à têtes jaunes élever avec succès trois oisillons. Cet exploit laisse à penser que quelques miros pourraient très bien s’y être installés et Phred s’est gentiment proposé de nous y conduire lors de sa relève des pièges. Ça nous a fait une petite sortie sympa mais aucun miro n’est venu coloniser ce caillou.

Comme si on avait pas déjà assez de boulot...

2 décembre

Ça pue l’amour sur Ulva! Je passe mes journées à observer des petits oiseaux se faire des papouilles, des cadeaux et des bébés! En ce début d’été les oiseaux sont tous occupés à élever leurs progéniture mais ce sont encore une fois les mêmes qui se font le plus remarquer:

Je vais finir par penser qu'ils le font exprès...


Pour ne pas finir hippy il me fallait quelque chose pour compenser l’overdose de bonheur et de petites fleurs. Je suis donc allé accompagner Earl, ranger du Department Of Conservation, dans sa quête de destruction de petits chats! Je ne vais pas m’attarder sur le débat « tuer des animaux pour en préserver d’autres » les faits sont les suivants. Prenons premièrement un îlot sur lequel rats et chats sont laissés en libertés sans contrôle et voici le résultat: Les rongeurs se multiplient sans retenues et dévorent jusqu’aux derniers œufs, insectes et plantes présents. Ils finissent tous par mourir de faim après une période durant laquelle ils se nourrissent de leurs progénitures. De leur côté les chats achèvent les quelques oiseaux encore présents, mangent les derniers rats morts et tentent de survivre plus d’un an en mangeant leur caca. On se retrouve avec un îlot totalement dénué de vie. Deuxième scénario: on élimine tout ce qui n’est pas parfaitement adapté à cet environnement et le fruit de milliers d’années d’évolutions nous donne un petit bout de paradis dans lequel tout pleins de petits miros peuvent forniquer!

Youpi!


Ces exemples concernent des îlots de tailles modestes mais quand on veut protéger un animal qui ne vit que sur la troisième plus grande île du pays ont doit procéder autrement. Les pluviers roux ne peuvent pas être déplacés vers des îles sanctuaires car ils volent très bien et tiennent particulièrement à continuer à vivre sur Stewart. Ils y sont très vulnérables à la prédation des chats harets et entre les années cinquante et quatre-vingt dix leur population a chuté de trois cents à soixante oiseaux à cause de ce seul nuisible. Le programme du DOC pour contrôler les chats harets ne tue qu’un ou deux animaux par an mais ça a été suffisant pour que la population actuelle de pluvier roux atteigne à nouveau trois cent individus! Mais au fait, c’est quoi un pluvier roux?

Aaaaah ce pluvier roux.


Certains se souviendront que j’ai déjà pu observer cet oiseaux sur les plages du côté d’Auckland. Ceux là peuvent éteindre leur ordinateur, enfiler leur parka et aller se payer une ou deux bières dans le pub d’à côté car ils passent beaucoup trop de temps devant leur ordinateur… Le pluvier roux vit également le long des côtes de l’île du Nord et il en existe plus d’un millier dans cette partie du pays. Les oiseaux du Nord ont beau appartenir à la même espèce que ceux de l’île Stewart, ils sont chacun les représentants de deux sous-espèces bien distinctes. On révise son cours sur la différence entre espèce et sous-espèce les enfants, je vous préviens il y aura interro à la rentrée! Au delà de vagues différences de taille et de plumage les deux sous-espèces sont surtout différenciées par leurs comportements de reproduction. Alors que ceux du Nord passent l’année sur les côtes, ceux du Sud se rendent vers les hauteurs pour nicher chaque été.

Ceux qui viennent de rentrer du pub peuvent chercher la photo du même oiseau au bord de la mer sur mon blog.


Ne vous imaginez cependant pas des sommets faramineux, au quarante septième parallèle il suffit de monter à cinq cent mètres au dessus de la mer pour que les arbres ne puissent plus pousser. La neige a d’ailleurs couté leur première ponte à la plupart des oiseaux. Après quatre bonnes heures de marche dans la boue qui constitue l’essentiel du sol de Stewart nous arrivons à la hutte qui se situe à la limite des derniers buissons. Je vous passes mes habituelles complaintes envers le temps pourris, l’hébergement minable et la vue moche,

ce serait me répéter.


La colline où nous nous sommes rendus s’appelle Table Hill. Cette tourbière qui s’étend entre cinq cent cinquante et sept cent mètres d’altitude est le principale site de reproduction du pluvier roux. Cachées aux pieds des buissons qui entourent l’immense clairière se trouvent deux cents mangeoires contenant des appâts empoisonnés que nous devons renouveler. Les chats sont empoisonnés au sodium fluoroacetate plus connu sous l’appellation « 1080 ». Ce poison est l’outil le plus utilisé par le DOC pour contrôler la présence des nuisibles. Il est également le plus controversé et alimente des débats interminables qui se soldent souvent par « d’accord c’est pas super mais on a pas mieux ». Manipuler ce poison demande l’obtention d’un permis. De mon côté je me contente donc de changer les appâts au bromodialone destinés aux rats. Les rats ne sont pas vraiment une menace pour les pluviers mais ils mangent parfois les appâts destinés aux chats.

Pourquoi, pourquoi j'ai pas pris la pilule bleue?


Il nous faudra une journée et demi pour remplacer tous les appâts. Le spectacle est époustouflant du début à la fin, nous sommes entourés de pluviers et de leurs petits poussins et avons même eu la chance d’observer deux individus d’un animal encore méconnu: le gecko Hoplodactylus rakiurae.

Appelé ici « Harlequin gecko ».


Ce lézard ne vit que dans les régions d’altitude de l’île Stewart où ses magnifiques couleurs sont un parfait camouflage. Je ne vous casserais pas longtemps les pieds avec sa description, il n’a été découvert qu’en soixante-neuf et on ne sait toujours pas grand chose sur lui. À mes yeux cette animal est certainement le plus beau du pays.

Là on me voit plus!

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1 Response so far »

  1. 1

    méméjo said,

    j’ai un faible pour causette ,beaucoup de mérite ces filles mère !
    ta timide a dû être mal baguée ….magnifique l’arlequin !
    il va te falloir laisser les cuuicui pour les syllabes , bonne reconversion rémi


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