Ces pays magiques où le litre de bière coûte moins d’un euro.

4 janvier

Sur les conseils avisés de Manu je suis allé me promener du côté de Sagada dans la province des montagnes. Se déplacer aux Philippines procure déjà un vrai plaisir en soi. Lorsqu’on arrive à Manille on se dit tout de suite que ça ne sert à rien d’espérer louer, acheter ou voler une voiture, on ne pourra pas la conduire. Il a fallu que je quitte la capitale pour être sûr de savoir de quel côté de la route on conduit dans ce pays… De toutes façons avoir son propre véhicule priverait de la joie d’utiliser les transport en commun et notamment les jeepneys.

Le bus magique.

Les jeepneys sont le mélange entre une Jeep et un bus scolaire américain. Le tout customisé par son propriétaire à grands coups de peinture colorée, lumières bariolées et rajouts d’accessoires chromés. Ils effectuent toutes sortes de parcours plus ou moins prédéfinis et sont essentiellement peuplés de philippins. Traverser les nuages perché sur le toit d’un jeepney qui tente à chaque virage de ne pas finir dans les rizières cent mètres plus bas est un vrai bonheur.
Arrivé dans le petit village de Sagada la première activité a envisager est la spéléologie. La région est truffée de grottes, elles même pleines de

poilues!

Je sais, les chauves-souris puent, sont bruyantes, s’accrochent dans les cheveux, sucent le sang, ont fait sauter les deux tours et tué la mère de Bambi,

mais elles sont quand même trop mignonnes!

Alors théoriquement on a pas le droit d’aller dans les grottes sans guides mais théoriquement on a pas le droit de traverser en dehors des clous. Un argument qui peut nous amener très loin… Bref avec Maxime, un québécois rencontré dans ma guesthouse, nous avons décidé de nous passer des services d’un guide local connaissant la région par cœur pour nous aventurer seuls dans un réseau inconnu de rivières souterraines. Le premier constat a été que la brochure proposant des « promenades » dans les grottes se foutait un peu du monde.

Promenade du dimanche.

Avec mon collègue on essayait à chaque fois de s’éclipser lorsqu’il y avait des guides dans les environs par peur des remontrances. Or dans un goulot étroit nous sommes tombés nez à nez avec le guide de deux françaises. Après nous avoir traité de gros cons il a admit être impressionné que l’on soit arrivé aussi loin sans se perdre. Comme il était un peu tard et que les batteries de nos lampes commençaient à faiblir (oui quand je fais les choses mal je le fais bien) nous les avons accompagné jusqu’à la sortie.
L’autre intérêt de la région de Sagada sont les pratiques mortuaires des gens du coin.

Un parfum de cata.

Au lieu d’enterrer ou brûler leurs morts comme partout, les habitants du village les enfermaient dans un tronc de pin évidé qu’ils plaçaient dans des grottes ou bien clouaient sur des falaises. Du coup en explorant à peu près toutes les cavités disponibles je suis tombé sur pas mal de macchabées. Cela dit ces pratiques sont maintenant révolues et tout le monde est gentiment enterré dans le cimetière du village. Tout le monde? Pas vraiment… Le doyen du village, cent neuf ans, décéda peu de jours avant notre arrivé. Étant donné son âge il a eu droit aux honneurs d’un enterrement à l’ancienne. Son cercueil était toutefois plus moderne et, l’homme ayant été chrétien il n’y reposait pas en position fœtale. Le plus invraisemblable est que Maxime et moi ayons été invités à nous joindre à cet événement exceptionnel auquel la plupart des habitants n’avait jamais assisté. Il faut dire qu’après une nuit à enfiler les bouteilles de Gindabra avec Apid, l’apiculteur philippin à l’accent néozélandais, et ses copains dans une petite cabane du village, nous nous étions fait une bonne réputation. Et après avoir joué aux fléchettes dans une autre bicoque la nuit suivante je me suis dirigé vers Banaue.
La région est renommée pour ses impressionnantes rizières en terrasses dont certaines sont classées patrimoine mondial par l’Unesco. Le paysage accidenté des montagnes ne se prête pas aisément à l’agriculture. Or pour pouvoir faire pousser leur aliment de base les premiers habitants de la province élaborèrent ces complexes et impressionnantes terrasses. Il y a de cela deux mille ans, alors qu’aucun être humain n’avait encore posé le pied sur Aotearoa, ils déboisèrent et remodelèrent totalement leur territoire.

Il faut vraiment qu'ils aiment le riz...

Aujourd’hui le tourisme a ses effets pervers. Les jeunes gagnant plus de sous à guider les touristes qu’à travailler dans les rizières négligent leur patrimoine et certaines constructions commencent déjà a ressembler à des ruines. Par « guider », j’entends « marcher devant les touristes sans piper mot ». Ces rizières qui étaient encore exploitées il y a peu sont maintenant recouvertes de végétation.
Si vous vous perdez un jour à Banaue (ne rigolez pas ça arrive), passez faire un tour au Cowboy’s. Des bouts de bois arrangés par un groupe de jeunes du village en une sorte de boîte à chanson. Dans tout le pays on a du mal a échapper aux fans de videoke qui reprennent Céline Dion à tue tête à toute heure du jour ou de la nuit. Trouver cette petite hutte où des vieux philippins jouaient des airs de country en s’envoyant des canettes de Red Horse fût un régal. Sous les acclamations des quelques clients je me livrais à des interprétations de Cayenne ou Fanchon tandis que mon guitariste tentait d’y placer quelques accords hasardeux.

Star Academy.

17 janvier

Allez dites moi que vous y avez cru. Vous vous êtes dit « Ça y est! Perdu dans un bled comme ça il va arrêter de nous gonflez avec ses projets de hippie! ». Vous pensiez que j’allais me contenter des boissons locales et de me perdre dans des grottes?

Perdu!

Même dans ce pays où des gens meurent noyés en ce moment même ou que d’autre n’ont pas de quoi se nourrir, on trouve de gentils fous qui s’inquiètent encore pour leurs pioupious. En ce moment se tient sur tout le continent le Asian Waterbird Census. Un inventaire de tous les oiseaux d’eau qui peuplent l’Asie. Le but est de déterminer les milieux aquatiques les plus importants pour la survie des différentes espèces. Ce projet est étroitement lié aux problèmes que j’évoquais dans cet article super chiant tiré de mon entrevue avec Ken Gosbell (Le seigneur des anneaux). J’ai été convié à l’évènement par le Wild Bird Club of the Philippines que j’avais contacté il y a quelques semaines. Ils étaient ravis que je me propose de leur offrir mon aide. Je leur avais pourtant bien dit que je n’avais encore jamais participé à un tel comptage et que ma connaissance des limicoles était assez mauvaise. Surtout concernant ceux des Philippines. Qu’à cela ne tienne, selon eux le simple fait d’avoir un ornithologue de plus dans leurs rangs était déjà super. Ce jour là le comptage se faisait dans les piscicultures du village de Balanga. Or la municipalité était très intéressée par ce projet. Le maire avait donc convié une soixantaine de ses collègues à notre petite sortie. En réalité mon rôle fut donc plus d’expliquer à nos invités la différence entre une aigrette et une sterne. Après avoir compté vingt-neuf pluviers dorés je les ai laissé s’amuser à compter les centaines de hérons et d’échasses.

Je ne voudrais pas gâcher leurs plaisir.

À l’exception d’un autre français installé aux Philippines depuis trente ans j’étais le seul étranger du groupe. Et certainement l’un des premiers à se promener dans ces petits villages perdus. Définitivement le premier blond…
Après ça je suis retourné chez Manu et nous sommes allés fêter dignement nos vingt-six ans respectifs au Penguin. Aux termes de chouettes concerts nous nous sommes finis chez lui à coups de Matador et je me suis laissé allez à tenter le balut, un oeuf dans lequel le poussin a déjà commencé à se former.

Un régal.

Loving it

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