Le poinçonneur d’épicéas.

18 juillet

Que vous dire de l’anniversaire de Raphaëlle et Zula? Encore une soirée formidable en compagnie de ces gens fantastiques que j’ai eu la chance de rencontrer ici. Tout les ingrédients d’une soirée mémorable étaient réunis:

Le feu sur la plage.


Le joueur de komuz.


Et l'indispensable pastèque...


Après ça je me suis préparé à ma première mission scientifique kirghize. Je vous préviens tout de suite, malgré tous mes efforts je ne poserai pas de colliers émetteurs sur des loups ni même de bagues sur le moindre moineau… Almaz est un chercheur de l’université agronome de Bichkek. Il est l’un des rares scientifiques kirghize que je connaisse à parler un anglais parfait. Il fut par conséquent un de mes premiers contact crédible mais ayant un emploi du temps extraordinairement chargé il aura fallu un mois pour qu’il me présente à Michal. Michal est un étudiant polonais en dendrochronologie et la première (seule?) personne que j’aiderai dans ses recherche au Kirghizstan.

Ça sent le sapin...

Juste pour le cas où je n’aurai pas déjà perdu tous mes lecteurs je vais vous expliquer en quoi consiste la dendrochronologie. Michall cherche à reconstituer le climat kirghize de ces deux cents dernières années. Pour ce faire le meilleur moyen est de demander à ceux qui ont deux cents ans. Le problème c’est qu’ils ne courent pas les rues. Par contre certains stationnent en forêt depuis leur naissance. Je veux bien sûr parler de Picea schrenkiana, l’épicéa de Schrenk, originaire du Tian Shan. Il y a encore quelqu’un qui lit où je peux m’arrêter tout de suite?

Dans le doute je continue… Michal parcourt donc les forêts du pays pour interviewer leurs plus anciens habitants. Le problème c’est qu’ils ne sont pas super bavard. Il a donc fallu trouver un moyen de leur tirer les vers du nez. Ou plutôt les carottes du tronc. Je m’explique. Tout le monde sait que lorsqu’on coupe le tronc d’un arbre on peut observer tout une série de cercles allant du centre de l’arbre vers l’écorce. Chaque cercle correspondant à une année dans la vie de l’arbre. Or l’écartement entre ces cercles permet de déterminer si le climat d’une année a été profitable à l’arbre ou non. Forcément on ne va pas s’amuser à abattre tout les sapins bicentenaires du pays au nom de la dendrochronologie. Il nous fallait une autre solution. Solution emprunté à d’autres scientifiques passionnés par le passé de notre planète. L’histoire de la Terre à tendance à s’empiler en couches que l’on peut lire assez facilement à condition de pouvoir se procurer un échantillon assez clair de cet empilement. Cet échantillon est appelé une carotte. Les plus connues sont les carottes de sol ou de glace. Une grande foreuse vous prélève un échantillon de votre terrain sur lequel l’empilement des substrats se lit aussi aisément que sur une frise. Une énorme foreuse nous serait aussi utile qu’une tronçonneuse dans le cas qui nous intéresse alors nous nous servons d’un outil plus petit.

Pour le mode d'emploi référez vous à votre tire-bouchon.

Le meilleur moyen de vous expliquer la procédure à suivre et de vous narrer le déroulement de ma semaine. Nous sommes donc partis avec Michal et son collègue Kanat, étudiant kirghize en dendrochronologie, en direction de la ville de Naryn (Нарын) perchée à deux mille mètres d’altitude. « Perchée » n’est peut-être pas le terme adéquat car à deux mille mètres au cœur du Kirghizstan, on reste à l’ombre des sommets qui atteignent souvent au moins trois mille mètres. Une fois sur place je découvre qu’une grande partie du travail de terrain se passe dans des bureaux. Il nous faudra une demi journée pour trouver la personne qui nous indiquera les arbres que nous sommes autorisés à perforer. Si nous demandons l’autorisation c’est parce que nos victimes se trouvent dans une réserve naturelle. L’intérêt des arbres c’est que l’on a pas besoin de se lever aux aurores pour les trouver, ils ne bougeront pas. Le problème c’est que si l’on reste assis sur une chaise toute la journée ils ne tomberont pas dans nos filets. Il faut aller les chercher. Nous avions besoins d’une quarantaine d’échantillons à deux mille trois cents mètres d’altitude et quatre-vingt à trois mille mètres…

J'aurais pu m'initier à la dendrochronologie sur des palmiers...

Une fois qu’on trouve notre arbre on se met au travail qui devient vite (comme le démaillage) une petite routine. On plante notre tire-carotte dans un bon gros arbre. Une fois bien enfoncé on glisse l’extracteur dans la mèche. Puis après deux trois petits tours de manivelle on retire de l’arbre une belle carotte.

Pas sûr qu'elle rende bien aimable...

Parfois le cœur de l’arbre est pourri et la carotte illisible. Dans ces moments là nous sommes autorisés à lâcher un bon « Kurwa! ». Mais si tout se passe bien on tapote l’arbre gentiment, on place notre échantillon dans une boite de prélèvements et on passe au suivant. Michal me fait bien marrer, il parle à ses arbres comme Ciloo à ses oiseaux. Il grimace au moindre grincement du sapin et lui adresse quelques mots gentils en polonais avant de le quitter. Il prélève également des échantillons de sève pour en extraire l’ADN.

Tout de suite un peu plus bourrin qu'avec des miros...

Après avoir troué plus d’une centaine d’arbres nous nous sommes dirigés vers Karakol. Le paysage sur cette route que je commençais à bien connaître avait brusquement changé. Le semi-désert dont la couleur habituelle variait du jaune-ocre à l’ocre-jaune est désormais parsemé des taches lilas que lui apporte la floraison d’une espèce de lavande. Une bonne odeur de toilette propre embaumait la voiture.

Arrivés à Karakol les évènements allaient prendre une tournure tout-à-fait imprévisible. Puisque personne ne veut me laisser aider à la conservation des espèces kirghizes j’allais passer de l’autre bord. Hébergés par de vagues parents de Kanat voilà qu’à vingt-deux heures l’un d’entre eux nous propose de l’accompagner pour une session de pêche au lac Issyk-Kul. Je me dois de vous rappeler que le lac est une réserve de la biosphère et qu’il est interdit d’y pêcher. Un peu perplexe quand au sens exact de cette proposition, nous acceptons.

La seule lumière qui nous entoure est la clarté blafarde de la pleine lune. La menace que représentent d’hypothétiques gardiens de la réserve interdit l’utilisation de lampes. Dans un silence religieux une embarcation directement sortie du livre Copains des bois, tout en chambres à air et planches de bois, se glisse sans un bruit sur la surface brillante du lac. Elle traine dans son sillage un long filet de pêche. Décrivant un arc de cercle depuis la plage, le frêle esquif dépose son extrémité du piège à quelque mètre de son point de départ. Une fois l’équipage sur la terre ferme, l’excitation prend largement le pas sur la précaution. Une dizaine d’hommes de chaque côté du filet crient, rigolent et tirent de toutes leurs forces les cordes qui arriment le piège. Mes flashs les font bien marrer. « Reportaj! Reportaj! ». L’intégralité du filet rejoint rapidement la berge. Se débattant sur le sable, une vingtaine de petits sandres sont rapidement jetés dans un sac en jute. La plupart n’excède pas les dix centimètres. Aucun ne sera rejeté à l’eau.

Rien à envier aux moines de Lachaussée.

Après ça tout le monde sort les bouteilles de vodka et se rassemble autour de l’autoradio d’une voiture. Le filet est laissé négligemment au bord du lac. Plus personne n’a vraiment l’air de se soucier d’une quelconque sanction…

Le lendemain nous nous remettons à faire des petits trous dans les arbres du Parc National de la vallée de Karakol. D’ailleurs j’ai failli oublier de vous mettre la bestiole de la fin!


Fuyez! Pauvres folles!

Les marmottes du Kirghizstan crient plus fort que dix sousliks qu’on aurait attaché par la queue (ne me demandez pas comment je sais ça) et abondent aux lisières des forêts d’altitude.

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6 Réponses so far »

  1. 1

    Le Vosgiens said,

    ET on la voit pas ta bestiole ta du te planter dans le lien.
    Pourquoi n’y aurait il plus de lecteurs? un ptit coup de mou?
    Courage l’ami tu vas bien finir par trouver une espèce rare qui aura besoin de toi!
    Et dis pas de mal des sapins!

    • 2

      Rémi said,

      Eh eh j’anticipais une baisse d’interet vis a vis de tes amis a epines mais on dirait qu’ils passionnent aussi!
      Sinon pour les photos qui disparaissent je ne peux pas encore y faire grand chose. WordPress est bloque au Kirghizstan et du coup je dois passer par des systemes detourmes bizarres qui ne marchent pas super bien…

  2. 3

    Cathy said,

    Tu te mets à cueillir les carottes dans les arbres maintenant ? Ca te réussi pas le thé, tu en oublie même de mettre la marmotte… Soignes toi gros, prends une bière !

  3. 5

    cosette said,

    Je suis sure que tout le monde lit avec envie et passion toutes tes aventures mon ptit Rémi, ne t’inquiete pas pour ton lectorat il est bien présent!! par contre je n’ai pas compris le lien par rapport à ta soiree et l’anniversaire de Raphaelle et Zula. ce sont les gens que tu as rencontres au début, ou de nouvelles rencontres?
    Carote bien l’ami, tu vas te transformer en vosgien si ca continue!! hehe

    • 6

      Rémi said,

      Merci Cosette mais si je commence a virer botaniste ca va s’endormir devant les ecrans!
      Raphaelle je l’ai rencontre via Apolline (qui bossait a l’alliance francaise) et Zula c’est une amie a elle.


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