De l’autre côté du miroir.

25 juillet

 

Pessimiste sur mes possibilités de volontariat, j’ai décidé de reprendre une activité bien plus fructueuse, la vadrouille. J’ai donc entrepris de franchir le massif Alatau kirghize et de découvrir la partie Sud du pays, la vallée de Fergana.

Avant d’aller plus loin, j’aimerais vous apporter quelques précisions concernant le Kirghizstan. Vous savez tous que je considère que notre planète a autant besoin de frontières qu’un militaire a besoin de neurones. Et bien les frontières des ex-pays d’Union Soviétique d’Asie centrale sont parmi les pires qu’un cerveau militaire ait réussi à pondre. Joseph Staline et ses potes ont très bien appliqué le célèbre adage qui dit « diviser pour mieux régner ». Si on regarde la carte actuelle du Kirghizstan on remarque que le pays est divisé en deux parties, au Sud et au Nord de la chaîne de l’Alatau. Les cols les plus bas permettant de franchir ce massif se situant à trois mille mètres d’altitude. En gros ça veut dire qu’entre octobre et mai il est quasi impossible de passer du Nord au Sud  du pays par la route pour cause de neige… Oh bien sûr on pourrait contourner le massif par l’Ouest mais ça oblige à passer par l’Ouzbékistan, avec qui les relations sont plutôt tendues. Et pour cause! En juin dernier des masses de kirghizes sont descendues dans les rues de Osh (Ош), la plus grande ville du Sud du pays, pour casser de l’ouzbek. Environ deux cents personnes, majoritairement des femmes, des enfants et des vieillards, ont été sauvagement mis à mort. Deux cent mille ont dû fuir les terres où ils avaient grandi.

Une catastrophe (et malheureusement pas la première) essentiellement causée par la décision arbitraire et injustifiable de déclarer les terres de cette partie de notre planète comme appartenant aux kirghizes. D’autant plus injustifiable qu’une grande proportion des habitants de cette région sont d’origine ouzbek… Mais les frontières les plus abberantes sont certainement les trois enclaves que l’on trouve au milieu de la vallée de Fergana kirghize. L’une appartenant au Tadjikistan et les deux autres à l’Ouzbékistan. D’ailleurs l’une des deux enclaves ouzbeks n’est peuplée que de tadjiks…

Voilà donc pour le rapide tableau de ce qui m’attend de l’autre côté de l’Alatau. Mais tout n’est pas noir non plus.

Loin de là.

Passés les verts cols et jailoos d’altitude voilà que se dévoile devant nos yeux un paysage beaucoup plus proche de l’idée que l’on se fait habituellement de l’Asie centrale. Rien ne trouble les mélanges de rouges et de jaunes si ce n’est le turquoise des lacs qui comblent les canyons. Le terrain a un aspect terrible, désolé, la chaleur est écrasante. Quelques arbres morts arborent des loriots tels des fruits bien mûrs. Les lignes électriques sont pointillées de rolliers, guêpiers, crécerelles et gobemouches. Les marshrutkas négocient des virages serrés au milieu des falaises en zigzaguant entre les gros camions Камаз qui se trainent.

Le salaire de la peur.

D’ailleurs puisqu’on en parle je commence à être assez fier de moi concernant les transports. J’arrive à batailler sévèrement pour obtenir une ristourne de quatre cent som sur mon taxi! Bon je me fais toujours enfler de deux cent som par rapport aux passagers kirghizes mais c’est déjà ça de gagné. Là où ça se complique c’est pour la communication. Non seulement dans cette région il n’y a toujours pas d’anglophones mais le russe n’y est pas non plus fréquent. Et avec une bonne population d’ouzbeks même le kirghize n’est pas sur toutes les langues. Toutefois je commence à être un peu plus loquace durant les longues heures de trajet et j’arrive à placer des répliques telles que:

– « Non je ne suis pas marié mais ça n’a rien à voir! Bien sûr qu’elle est jolie ta fille mais je ne l’épouserais pas! Non pas même pour vingt mille som… Quoi un mouton?  »

– « Ah ah ah! T’as raison quels cons ces ouzbeks! Ah bon? Remarquez, votre père, on dit pas. Il y en a des instruits. »

–  » Non c’est pas ça! J’adorerais vraiment rester prendre le thé avec toi mais en France on le prend plus vers dix heure du soir, pas dix heure du matin…  »

Bref on délire bien.

Mon chemin m’a d’abord amené au village d’Arkit (Аркыт). Une bourgade de hippies où tout le monde à le sourire, les mômes jouent dans la rue et les habitants se baignent à poil dans la rivière.

Pas que les habitants d'ailleurs.

Arkit est un village particulier car il se situe dans la réserve de Sary-Chelek (Сары-Челек), réserve de la biosphère, Unesco’s Western Tian Shan Biodiversity project et tout le tintouin. Et encore une fois personne n’a l’air d’en avoir quoi que ce soit à secouer. Quoique ça leur donne une raison pour faire payer l’accès aux touristes… Bien qu’Arkit soit déjà une destination justifiable en soi, je suis surtout venu pour le lac au cœur du parc. Tout le monde me l’avait décrit comme un joyau du Kirghizstan. Cependant il n’est pas très visité car pénible d’accès. Mais une fois la quête achevée je n’ai vraiment pas été déçu.

Comment appelle-t-on le bout du bout du monde?

Enfin bout du monde il faut le dire vite. Les kirghizes n’ont pas l’air d’avoir autant de difficultés que les étrangers pour s’y rendre. Des dizaines de kirghizes y étaient rassemblés en famille ou entre amis  avec des victuailles en conséquence. Après m’avoir jeté à l’eau ils se sont littéralement chamaillés pour le privilège de m’inviter à prendre le thé. Comme après la plupart de mes balades dans ce pays je suis rentré rond comme une queue de pelle…

Merci les gars.

Après avoir décuvé dans la rivière j’ai repris ma route en direction du village d’Arslanbob (Арсланбоб). Certainement le village le plus charmant depuis mon départ. À flanc de montagne, ses ruelles tortueuses et ombragées, ses maisons et murets imbriqués pêle-mêle, additionnés à la chaleur et au chant des cigales, lui confère un aspect méditerranéen. Il faudrait toutefois remplacer la vodka par du pastis et faire taire les muezzins. La curiosité du village c’est l’énorme forêt de noyers qui l’entoure. La plus grande de la planète, s’étalant sur soixante mille hectares.

La mer de noyers. (Qui est ce que j'entends soupirer?)

Les noyers sont originaires d’Asie centrale. Cependant certaines personnes discutent l’origine de ceux qui poussent à Arslanbob. À priori il paraît peu probable que les noyers aient colonisé la vallée sans l’aide de l’Homme. J’ai même entendu dire que les noix plantées à l’origine proviendrait de Malaisie… Plus intéressant encore! Les noyers d’Europe seraient tous originaires de noix ramenées d’Arslanbob par les grecs, peut-être par Alexandre le Grand lui même!

Mais c’est en allant se perdre toute la journée dans cette magnifique forêt qu’on se rend compte que tout cela n’a de toutes manières aucune importance…

Je ne me suis pas laissé beaucoup de choix pour la bestiole de l’article. Si je ne précise pas de quelle espèce de gobemouche je parlais plus haut, Cécile va m’en vouloir.

Déçue?

Le seul gobemouche présent dans le pays est le gobemouche gris. Par contre il y en a des wagons comme dirait Simon!

 

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1 Response so far »

  1. 1

    Cathy said,

    Si tu ne veux pas de la fille, rapporte au moins le mouton, je l’adopte! On m’appelle la bergère ici, mon seul problème c’est que dans quatre jours je quitte mes mouflons!
    Un village hippie au bout du monde ? Ca me plait bien Аркыт je cherchais justement l’endroit idéal pour poser ma bergerie quand je serais grande… Le Caroux c’est déjà pas mal dan le genre paumé, mais les « hippies » y sont en treillis de chasses sans aucune fleur sur leur fusil… Et puis avec leur silhouette et leur sourire carnassier, je préfère encore qu’ils ne se baignent pas tout nu!


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