Tchou tchou!

5 septembre

 

Mission accomplie!

Ça y est j’ai retrouvé Quentin à Chengdu (成都)! Mais ce ne fut pas de tout repos et je me dois de m’attarder sur mon périple.
Pour commencer il me fallait rejoindre la capitale du Xinjiang, Urumqi (ئۈرۈمچى ). Pour ce faire je suis monté dans un bus qui a mit vingt-six heures à couvrir la distance. Le voyage fut assez agréable, nous avons longé la limite Nord du désert du Taklamakan. La nuit à regarder le meilleur des films bollywoodiens, doublés en ouïgour, sur ma couchette pendant que des éclairs illuminent le désert, restera longtemps dans ma mémoire!
Après ma nuit à Urumqi j’entrepris la partie la plus épique du trajet. Quarante huit heures de train en classe assise jusqu’à Chengdu… Quarante neuf et demi avec le retard…

Portrait de votre serviteur après quarante huit heures de train par la célèbre artiste chinoise Shin Ha, trois ans et demi. (Je ne suis pas sûr qu'il soit dans le bon sens...)

Lorsque j’avais annoncé mon projet à des personnes ayant déjà emprunté les trains chinois, j’avais l’impression d’annoncer que je tenais à me jeter d’une falaise. Pourtant, sans non plus avoir été fantastique, le trajet ne fut pas vraiment désagréable. Seul occidental à bord du train j’ai eu du mal à passer inaperçu. Les deux enfants à bord de mon wagon ont facilement su convaincre leurs parents de venir s’asseoir à côté de moi. S’en sont suivis deux jours de baby-sitting, rémunérés par les très nombreuses victuailles que transportaient les parents. Mention spéciale aux pattes de poulet ultra épicées… Avec la petite nous avons passé l’essentiel de notre temps à composer des chansons. Elle au chant et moi aux percussions. L’inverse serait peut-être venu à bout de l’extraordinaire patience des autres passagers… J’ai connu mon heure de gloire en racontant à la gamine captivée des histoires inventées; dans une langue elle aussi sortie de mon cerveau fatigué. Le petit garçon faisait quand à lui des allez-retour entre une étudiante chinoise anglophone et moi pour s’exercer à la pratique de la langue de Shakespeare. De mon côté j’ai appris à dire « raisin » en chinois. \o/ . Et puis on a partagé mon lecteur MP3. L’une de mes plus grandes victoires personnelles aura été de faire écouter Rage Against The Machine en boucle à un petit chinois jusqu’à ce qu’il se mette à hurler « NO YU REN EUMY! » dans le wagon.

Killing in the nem

Bref au terme de ces rigolades je retrouvais mon pote dans sa capitale du Sichuan (四川). Bonheur d’avoir réussi là où j’avais auparavant échoué, joie du sentiment que tout est possible et plaisir inégalable des retrouvailles avec un copain que je ne peux pas voir assez souvent. Vous vous en doutez, nous avons passé toutes nos journées dans les musées et les galeries d’art, et nos soirées au théâtre ou à l’opéra.

Participation à des jeux traditionnels.

Bien qu’il soit allé s’enterrer dans un pays qui ne m’attire guère, Quentin a eu la bonne idée de s’installer dans l’une des villes les plus célèbres du monde de l’écologie. Chengdu est effectivement mondialement connu pour abriter le Centre de recherche sur la reproduction de l’animal emblématique de la Chine:

L'éléphant de mer.

Je me suis promis d’éviter au maximum de m’intéresser à la protection de l’environnement en Chine pour ne pas m’énerver. Mais être à Chengdu et passer à côté de ce centre était au dessus de mes forces…
La Chine n’a jamais vraiment fait figure d’exemple en matière de protection de l’environnement. À l’époque où le balbutiement des premières consciences écologiques se faisait sentir dans certains pays développés, le Parti Communiste Chinois définissait l’écologie comme une « conspiration bourgeoise » et n’était vraiment pas décidé à faire quoi que ce soit en faveur du patrimoine naturel chinois. Cependant la grogne de plus en plus virulente des écologistes du monde entier concernant les menaces énormes qui pesaient sur la faune sauvage chinoise commença à ennuyer le Parti. Mais lorsque le World Wide Fund for Nature choisit l’éléphant de mer comme symbole des espèces menacés, le Parti réalisa l’importance symbolique de l’espèce et commença un peu plus sérieusement à se préoccuper d’écologie. À la façon du Parti Communiste Chinois…

Un bébé éléphant de mer pour essayer de me calmer un peu...

À mon humble avis le gouvernement chinois, à part en de très rares occasions, ne s’est jamais préoccupé de l’environnement du pays avant très très récemment. Et les quelques rares exceptions ont généralement été motivées par des ambitions politiques. Il était hors de question que la Chine soit le pays qui ait fait disparaître l’animal logo d’une des plus grandes associations écologistes de la planète! La Chine a donc sauvé l’éléphant de mer. Ce ne fut pas une tâche aisée et il reste encore du chemin. Mais l’usine à peluches tourne à plein régime. Films porno, insémination artificielle et viagra viennent à bout du manque de libido des éléphants de mer, assez proche de celle d’un caillou. Peine de mort pour les braconniers et corridors de bambous pour relier les différentes populations sauvages ont fait augmenter le nombre de pandas en libertés en certains endroits. Tout baigne alors? Pas vraiment. Malgré la version officielle il semblerait qu’aucun des éléphants de mer ayant vu le jour en captivité en Chine n’ai jamais été relâché dans la nature. Ce qui semble logique car il n’y a pas de place dans la nature où les relâcher. Mais alors comment ne pas considérer que tout l’argent employé à s’offrir des cadeaux diplomatiques sous formes de peluches vivantes trop mignonnes a été jeté par les fenêtres et aurait pu être utilisé à des fins plus judicieuses. Comme protéger les milieux où vivent les éléphants de mer sauvages ou bien éduquer les populations vivant à leur contact pour leur faire comprendre l’importance de leur conservation? L’autre facette de cette obsession acharnée envers le même animal a été l’absence totale d’intérêt pour les autres espèces menacées de Chine. La population mondiale d’ibis nippon est tombée à sept individus dans les années quatre-vingt et les alligators de Chine ont certainement disparus à l’état sauvage. Certes des mesures de toutes dernières minutes permettent d’être optimiste sur le long terme concernant ces espèces. Mais ces mesures n’auront pas permis de sauver le dauphin de Chine, officiellement éteint depuis 2006. L’argent investit pour faire pousser des petites peluches n’aurait il pas pu permettre de sauver le plus gros poisson du Yangzi Jiang?

Non parce que si il y a bien un animal dont notre planète aurait pu se passer...

 

Juste parce que certains, à mon plus grand effarement, continuent à l’ignorer: les dauphins NE SONT PAS des poissons!

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10 Réponses so far »

  1. 1

    flo said,

    tu fais bien de préciser pour les dauphins parce que je suis sure que Ciloo ne fait toujours pas la différence!
    amuses toi bien mon coupain…
    bisous

    • 2

      Rémi said,

      Maintenant que tu m’y fais penser il faudrait peut-être que je précise que les gros nounours noir et blanc ne sont pas vraiment des éléphants de mer…

    • 3

      Ciloo said,

      ?? Tu crois que je me suis gourée à ce point?? Des arguments je vous prie!!!!
      Signé: Ciloo-trée

      • 4

        Rémi said,

        Tu veux des arguments Ciloo-tuvascherchertoutçà? J’en ai un en béton!Prenons un poisson au hasard (l’éléphant de mer par exemple) et comparons le au dauphin. Et bien l’éléphant de mer pond des œufs lui! Ils sont carrés, transparents, avec une couverture au fond et des gants intégrés pour que les scientifiques puissent manipuler l’embryon. Et les dauphins? Ils en pondent des œufs?

  2. 5

    cosette said,

    alors tu n’es pas soumis à la censure des tits tinois pour ton blog? tu peux écrire sans problème? en tout cas tu fais bien de preciser aussi, je pensais pas que c’était des elephants de mers!! ca va tout changer pour moi merci de m’avoir remis sur le droit chemin de la connaissance et du savoir! d bisous vieux mollusque

    • 6

      Rémi said,

      Qu’est ce que je disais… C’est vrai que la ressemblance est trompeuse et que le cadrage de la photo ne permet pas une identification catégorique mais il s’agit en réalité de pandas géants. Reconnaissable au troupeau de touristes qui les suit partout en faisant des: « Oooooooh… It’s too cuuuuuute ^^! »…

      • 7

        Ciloo said,

        Oui, on se méprend souvent au sujet des éléphants de mer, il y en a beaucoup plus qu’on ne pense, je viens même d’en croiser pas mal ici dans la savane… Et encore plus en Mer rouge! Le « Sooo Cuuuuuuuute!!! Hihi LoL!!! » est un excellent indicateur!

  3. 8

    Papa said,

    Ah ! C’est ça les éléphants de mer !
    C’est donc ça l’animal après lequel je cours sans arrêt sans l’avoir jamais rencontré ?
    Ca va m’éviter de mourrir idiot.
    Biz. Papa

  4. 9

    Raphaële de la Mart. said,

    Salut Rémi c’est Raphaële (de Bishkek)! Je tape ‘protection’, ‘nature’, ‘Kirghizstan’ et je tombe sur ton blog – dont j’ignorais l’existance d’ailleurs – ! Ravie de savoir qu’on peut suivre tes aventures en ligne!
    Prend soin de toi, ne te fait pas arracher la tête d’un coup de patte par un éléphant de mer distrait, et donne des nouvelles régulièrement!
    Je t’embrasse

    • 10

      Rémi said,

      Cool! Doublement content que tu t’intéresses à la Protection de la nature kirghize! Ne t’inquiètes pas trop pour ma tête, tant que je ne m’habille pas avec un tee shirt en bambou elle devrait rester à sa place. J’espère que tout va bien de ton côté.
      Bisous


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