La dynastie des touristes.

18 septembre

L’archéologie étant aussi rentable économiquement que la protection de la nature, les sites intéressants du point de vue historique sont peu nombreux. La seule fois où la Chine communiste à eu l’air de s’intéresser au passé du pays se fût au cours de la dévastatrice « révolution culturelle ». Vraisemblablement initiée par Mao, cette révolution consista en une implacable purge des milieux artistiques ainsi qu’une destruction systématique de toutes traces du passé « capitaliste ». L’objectif était la disparition des « quatre vieilleries »: vieilles coutumes, vieilles culture, vieilles pensées et vieilles habitudes. Par conséquent on se retrouve maintenant avec une petite poignée de sites archéologiques valant le détour. Et quel détour. Dans un pays grand comme la Chine, se rendre d’un endroit intéressant à un autre prend au moins douze heures de train…

Mon premier choix fût la ville de Xi’An (西安), première capitale véritable de l’empire chinois et située au milieu d’une région qui servit de berceau à une dizaine de dynasties. Xi’An est souvent considérée comme l’extrémité Est de la Route de la Soie. Bien qu’en Chine, où que l’on se promène, on s’entend dire qu’on est sur la Route de la Soie… Mais ce qui a rendu la ville célèbre fût la découverte en 1974 d’une armée enterrée complète, composée de plusieurs milliers de personnages en terre cuite, tous de taille réelle.

En avant les histoires.

On peut s’étonner que cette armée, enterrée il y a plus de deux mille ans, n’ait pas été découverte plus tôt. Cela dit c’est sûrement une chance, car la date de la découverte correspond à la fin de la révolution culturelle. Et je ne suis pas sûr que les gardes rouges auraient épargné les Playmobils… Pour la petite histoire cette excentrique commande avait été ordonné par l’empereur Qin Shi Huangdi (秦始皇帝), généralement désigné comme le premier empereur à avoir unifié la Chine. Et je me moque mais vue de près l’armée constitue une œuvre d’art impressionnante. Quasiment chaque soldat est unique.

Et puis j'adore la coupe de cheveux des chevaux. (Répétez cette phrase plusieurs fois très vite)

Bien que découvert il y a déjà plus de trente ans, seule une infime partie de l’armée a été reconstituée. Il faut dire qu’il ne suffit pas de gratter la terre pour trouver une superbe statue en parfait état. Chaque soldat est généralement retrouvé en miette et on estime que l’armée complète comprend huit mille puzzles… Le rôle de cette armée est de protéger le tombeau de l’empereur. Or, bien que sa position soit connue, ce tombeau n’a pas encore été exploré. Pourquoi? Et bien il semblerait que des écrits assez sérieux pour inquiéter les archéologues chinois fassent mentions de pièges évolués et de rivières de mercure… De quoi prendre son temps à planifier des fouilles précautionneuses.

Le sommet de l'iceberg.

Et puis mon séjour à Xi’An m’a permis de rencontrer Adam et Tom qui m’ont hébergé dans leur superbe appartement de fonction (www.couchsurfing.org). Comme la plupart des étrangers installé en Chine ils sont profs d’anglais. Le soir de mon arrivée coïncida avec l’anniversaire d’Alex, un de leurs amis et collègues. On se retrouva donc tous à fêter ça dans une boite de nuit locale.

Déguisés cela va de soi.

La destination suivante fût la seconde, et actuelle, grande capitale de Chine, Pékin (北京). La véritable genèse de celle qu’on appelle aussi Beijing, commence par sa destruction par les mongols de Gengis Khan. Elle fût ensuite reconstruite sous les ordre de Kūbilaï (le pote de Marco si vous vous souvenez bien) pour devenir la capitale de l’empire sous la dynastie Yuan. Depuis ce jour elle a quasiment toujours gardé ce statut. Je ne vais pas y aller par quatre chemins, je n’ai vraiment pas aimé cette ville. Donc je vous la fait courte.

À la sortie de la gare je me mets directement dans le bain en m’attaquant au site le plus important de la ville: la Cité interdite.

La ville dans la ville.

Un immense palais, plutôt semblable à un village, dont la construction commença en 1406. Dès qu’elle fût terminée, en 1420, les empereurs s’y installèrent et personne, hormis leurs cours et eux-mêmes, n’eût le droit d’y pénétrer jusqu’à son ouverture officielle au public en 1924. De nos jours une bonne partie de la Cité reste cependant encore interdite au public. Pour le reste le public est là, peut-être même trop. J’ai eu beau y mettre toute ma bonne volonté je n’ai retenu qu’une chose de ce qui pourrait être un des sites historiques les plus magnifiques de la planète: une masse de touristes. Venant d’un touriste cela peut paraître assez hypocrite comme critique. Mais ce ne sont pas les touristes discrets qui m’ont importuné, ce sont les troupeaux d’individus en rose fluo qui vocifèrent parfois tellement fort qu’on a du mal à entendre les beuglements qui émergent des mégaphones de leurs guides et qui prennent grand soin à laisser toute une trainée d’immondices sur leurs passages…

Le lendemain je me suis jeté dès l’aube dans un bus qui a tranquillement mis trois heures de routes entre moi et la capitale. C’est là que j’ai pu goûter au calme DU site touristique du pays.

Vous / ne passerez / pas!

À vrai dire tous ceux qui étaient vraiment motivés sont parvenus à franchir la Grande Muraille. La première ébauche de cet invraisemblable monument a été concrétisé par Qin Shi Huangdi (voir plus haut). Il décida de connecter entre elles les différentes murailles qui protégeaient plutôt mal le pays des incursions trop fréquentes des nomades venus du Nord. L’imposant édifice fût, il est vrai, assez dissuasif pour mettre fin aux raids de petites envergures. Mais n’empêcha pas le pays d’être envahi par des armées mongoles ou mandchoues. À son apogée le mur s’étendit sur plus de huit mille kilomètres mais petit à petit il tomba en désuétude et se fragmenta. Avec l’avènement du tourisme de nombreuses portions ont été restaurées. Celles les plus proches de Beijing subissant un taux de fréquentation ridiculement élevé. Je n’ose même pas m’imaginer ce à quoi elles doivent ressembler. Les six heures de route allez-retour séparant la capitale de la portion que j’avais choisis me mirent à l’abri de ce genre de désagrément. Bien entendu j’ai croisé des touristes, mais seulement de ces voyageurs indépendants avec qui il est tellement agréable de converser en traversant des tours de guets centenaires. Aussi impressionnant que le Mur en lui même, les paysages étaient fantastiques et le calme revigorant.

J'aurai bien passé la nuit ici moi...

Le week-end à Pékin m’offrit le summum de l’exaspération. Foule infinie, musées fermés sans préavis, files d’attente interminables, rues bloquées sans explications, pékinois tentant de vous arnaquer de toutes les manières possibles… Après une journée totalement improductive et très fatigante j’atterris dans un marché de nuit. Ce marché était censé constituer une attraction à lui tout seul en raison des plats proposés. Les invertébrés de toutes sortes me firent bien rigoler, les serpents un peu moins et les bébés requins empalés sur des baguettes me déprimèrent plus qu’autre chose. N’étant pas disposé à payer trois cafards mal cuits au prix d’un bon repas dans un petit restaurant local, je me suis abstenu de toute dégustation.

Je ne sais même pas si les chinois eux-mêmes en mangerait...

 

23 septembre

Il n’en fallait pas beaucoup plus pour que je décide de quitter les zones touristiques et « immanquables » du pays. Mon premier échappatoire fût la ville de Qiqihar (齐齐哈尔), dans la province du Heilongjiang (黑龍江省), la Sibérie chinoise. Qiqihar est l’équivalent d’une grosse ville provinciale à la chinoise. Immense, avec des ânes et des tracteurs qui zigzaguent entre les grattes-ciels. J’y fût hébergé par Robin (www.couchsurfing.org), une canadienne très sympa qui, je vous le donne dans le mille, y enseigne l’anglais. Elle m’offrit une petite visite de ce que peut être la vie d’une occidentale non-sinophone dans cette ville où le seul autre qu’elle ait rencontré est un collègue avec qui elle ne s’entend pas vraiment. Je peux imaginer que ça doit être difficile à la longue mais pour une journée j’ai adoré. Tout y était authentique et en parcourant le marché de nuit nous sommes tombés sur des chinois en train de déguster des brochettes d’insectes.

Nous nous sommes donc laissé tenter...

Pour bien prouver qu’ils étaient frais, les dytiques grouillaient bien vivant dans une bassine tandis que les chrysalides de vers à soie se secouaient de spasmes réguliers dans leurs présentoirs. Les dytiques n’étaient ni vraiment bons ni vraiment mauvais mais au bout du cinquième ça commence par être écœurant. Par contre les chrysalides étaient vraiment ignobles.

Mais bon vous vous doutez bien que je ne me suis pas cogné vingt-quatre heures de train pour un bled et une jolie canadienne.

Piou piou.

Les grues sont des oiseaux hautement symboliques en Chine, comme au Japon et en Corée d’ailleurs. La grue du Japon (grus japonensis) est représentée à peu près dans tous les temples de Chine et fait souvent référence à l’immortalité. Ironique car, à l’instar de la plupart des espèces de grues de la région, elles sont menacées d’extinction. La réserve naturelle de Zhalong, à proximité de Qiqihar, sert de halte migratoire à différentes espèces de ces magnifiques oiseaux.

Grue du Japon (grus japonensis).

En temps normal les grues arrivent sur la réserve dès septembre mais l’automne mettant du temps à arriver, la grande majorité des oiseaux n’a pas encore quitté la Sibérie. La réserve a été aménagée à la chinoise et des hauts-parleurs diffusent de la musique classique sous les passerelles en bois qui sillonnent la roselière. Un petit îlot qui cache une vingtaine de grues dans une horrible cage sert de présentoir pour un spectacle consistant en un lâcher des oiseaux qui font le tour du monticule en trente secondes. La plupart des visiteurs viennent en bus organisés s’arrêtent devant l’îlot pour le spectacle et repartent tout de suite après… En fouillant un peu les installations je suis tombé sur une trentaine de cages d’environ deux mètres sur trois et hautes de deux mètres. Chacune contenait un couple de grues dont quelques uns de la rarissime grue de Sibérie (grus leucogenarus). Il me semblerait assez logique que, vue son importance, cette réserve participe aux programmes de reproduction en captivité mis en place pour les espèces de grues asiatiques. Une cage à peine plus grande contenant une dizaine de jeunes grues du Japon me laisse à penser que l’ensemble de prisons sordides correspondaient aux infrastructures liées à ce programme…

Grue à cou blanc (Grus vipio).

Ces cages jouaient un peu un rôle d’appelants et les quelques grues sauvages que j’ai pu observer erraient dans leurs alentours. Ou était ce parcequ’elles étaient nées là? Enfin quand je dis « sauvage »… L’observation des grues du Japon manque un petit peu de piquant car ces animaux ne sont absolument pas farouches. Un groupe de quatre individus visiblement en migration c’est posé à un mètre de moi en fin d’après midi avant de se promener tranquillement au milieu de la route…

Si les grues et la plupart des autres emplumés n’ont pas encore commencé leurs migrations, ce n’était pas le cas des jolis faucons de l’Amour qui s’amassaient en grand nombre sur les lignes électriques.

Il faut dire que les petits bonshommes ont une longue route jusqu'en Afrique australe...

Pour ma dernière escale chinoise je me suis arrêté dans la ville portuaire de Dalian (大连). Une ville agréable dont le nom m’était venu aux oreilles pour sa proximité avec un îlot très particulier. She Dao fait à peine un kilomètre carré et abrite une population de treize mille à dix-huit mille vipères. Les serpents survivent principalement en se nourrissant des oiseaux migrateurs qui font halte deux fois par an sur l’île. Malheureusement le site est désormais fermé au public, officiellement par soucis écologique et de protection de cet écosystème unique. Mais si les serpents ne sont visibles que sur l’île, les oiseaux quand à eux sont présents un peu partout. Je suis allé passé mon dernier après-midi dans la réserve naturelle de Laotieshan, à la pointe Sud de la province du Liaoning (遼寧), une petite péninsule qui marque la limite naturelle entre la mer jaune et la mer de Bohai.

La mer jaune étant, bien entendu, celle de couleur bleue foncée.

Le chaud après-midi et l’abondance de rapaces n’étaient pas idéal pour l’observation de l’avifaune mais la balade était vraiment sympa. Et puis j’ai quand même pu apprécier les chamailleries des oiseaux de proie, les pouillots qui se faisaient discrets dans les fourrés, les hésitations des minivets qui attendaient d’être assez nombreux pour s’élancer vers la pleine mer et les acrobaties des goélands à queue noire.

Les mêmes qui escortent en ce moment mon ferry vers la Corée du Sud.


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15 Réponses so far »

  1. 1

    Ciloo said,

    Classe man! Top of the Pop!! ça me donneari presque envie d’aller faire un tour chez les Tinois tous ces pioupiou!! Enjoy la Corée, z’ont été vraiment sympas avec moi lors de mon escale là bas! Bisoux

    • 2

      Rémi said,

      En Chine ils ont des oiseaux mega classes, le seul probleme c’est que vu la galere que c’est pour se ballader dans le pays ils sont pas evident a aller observer… La Coree devrait envoyer mechament du pate, y a du piou-piou au taquet et je pourrais avoir une petite chance de savoir si la mesange azuree est plus vicieuse que la bleue. Tu me diras quand les faucons de l’Amour seront arrives par chez toi?

      • 3

        Ciloo said,

        Pas de soucis, je commence à en connaître quelques uns des piou-piou ici mais j’attends mon guide ornitho commandé il y a 15 jours… African style! C’est ouf ce piaf qui migre de chine en Afrique, y’en a d’autres dans le mm genre?? Tu vas baguer en Corée?! Tain… suis presque pas jalouse… besos

  2. 4

    maelle said,

    oh putain j’ai du retard…! tu fais chié.
    (la tronche kirghize est bien arrivé dans les Corbières merci mec!)

  3. 7

    flo said,

    suis jalouse… moi aussi veut voire les playmobils!
    bisous bisous

  4. 9

    Cathy said,

    Je croyais que c’était un jeu d’échec en taille réelle… Comprend plus rien moi!

  5. 11

    Rémi said,

    @ Ciloo: Ah les piou-piou d’Afrique australe… Faudra que tu prennes quelques jours pour voir les manchots! T’as vu les serpentaires? Rien que pour leur regime alimentaire tu vas les adorer ceux-la. Et c’etait quoi ton hibou? Perso j’adorais les chouettes perlees, les victimes de la savane, tous les passereaux les emmerdent pendant leur sommeil. Ah la la, t’aurais jamais du aller la bas je vais t’innonder de questions…
    Je vais me renseigner pour des migrateurs qui viendraient de par chez moi ce serait rigolo. Mais pour les faucons de l’Amour ce n’est meme pas encore tout a fait sur. Certains disent qu’ils s’arretent en Inde et comme ils ressemblent beaucoup aux faucons kobez tout le monde n’est pas d’accord sur leur identification. D’ailleurs ca ne fait pas tres longtemps que les deux especes ont ete separees.
    Pour le baguage j’ai eu confirmation aujourd’hui! Et je ne devrais pas QUE baguer, petite initiation aux soins veterinaires possible!!!
    Mais vu ton quotidien je ne suis pas sur que tu puisses te permettre d’etre jalouse…
    Bisous

    • 12

      Ciloo said,

      Serpentaires, check
      Vautours en vrac, check
      Sunbirds, check
      scinmitar bill, check
      Agrobate du Cap, check
      Grues bleues, check
      Oedicnèmes du cap, check
      (etc. etc. je met que ceux qui me passent par la tête)

      Check, check check signora, check it all the time!!

      (Mais noooooon je deviens pas une cocheuse!! J’en aurai de l’ambition avec plus de 300 espèce de piafs en 4 mois…)

      • 13

        Rémi said,

        Cool pour le serpentaire, dans tes vautours tu as vu le oricou? C’est mon préféré. Bon et puis moi il va falloir que je m’y mette à cocher si je veux te rattraper… Mais où sont ces fichus pygargues de Steller?!

  6. 14

    Super tatane Cosette said,

    Ahlala la jalousie est un vilain défaut les zamis!! moi j’adore voyager a travers ton blog, et le vol de la grue est splendide. En tout cas la Chine semble avoir encore pas mal de boulot du côté environnemental, j’espère que tu auras plus de choses à faire en Corée, ce qui semble être le cas! et un peu moins de monde, parce que comme dis la chanson 1 milliard de chinois! et toi et toi et toi… ca laisse pas beaucoup de place a ta zolie tete blonde

    • 15

      Rémi said,

      Roao… Il est trop mignon ce commentaire Cosette merci.
      Pour etre tout a fait honnete les chinois commencent a faire des trucs pas trop mal en matiere de conservation meme si il reste deux trois zones bien sombres (Genre le barrage des trois gorges qui risque de faire disparaitre les grues de Siberie), le truc c’est qu’ils s’y sont vraiment pris au dernier moment… Et puis le probleme c’est qu’avec eux tout est lie a la politique et au culte du secret. Resultat c’est pas tres facile de se faire une idee. Il reste que quand ils se mettent a proteger leurs environnement il n’y vont pas avec le dos de la cuillere. C’est d’ailleurs pour ca qu’on ne peut pas vraiment voir de bestioles dans ce pays, il est bien souvent juste interdit de se promener dans leur habitat. D’un certain point de vue c’est une bonne chose.
      Sinon en Coree la situation est en fait limite bien pire et si j’ai trouve des trucs a faire c’est juste parceque j’ai cherche et que j’y reste plus longtemps. Je n’oublie donc pas l’idee de passer plus de temps en Chine sur un projet specifique et si je veux vraiment tater de la bestiole sympa en Coree ce sera en Coree du Nord. Le peu d’amour propre que j’ai en prendrait un coup…
      Des bisous Cosette!


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