Archive for octobre, 2011

Insulaire toi même!

24 octobre

 

Il est temps que je vous parle de l’endroit tout pourri où je vis: le Parc National de Dadohae Haesang.

On a bien cherché, il n'y a pas de Mc Do'.

Oubliez la cabane kiwie sur Ulva, où on s’entassaient à cinq dans la même pièce en bois. Le campement roumain sans eau ni électricité me paraît lui aussi bien loin. Je travaille désormais au sein du très moderne Migratry Birds Center. J’ai mon propre bureau, on bague dans une pièce super équipée et ce qui devait être une chambre se révèle être un appartement avec écran plat et coin cuisine!

J'ai même ma propre salle de bain! Fini les baignades en mer.

J’ai beau dormir à trois minutes quarante-sept de marche de la plage (j’ai chronométré), il fait un peu froid et l’eau et vraiment sale. Concernant le coin cuisine, je dois avouer qu’il ne m’a pas encore servi. Vu que j’ai une cantine avec une fantastique cuisinière! Je mange coréen à tous les repas. Manger en Corée c’est assez spécial pour que je vous fasse un petit topo.

Les couverts sont très souvent en métal, ce qui dans le cas des baguettes est vraiment pénible. Et ça fait un boucan d’enfer. L’explication qu’on m’a donné c’est que, par le passé, certains rois exigeaient des couverts en argent. Parceque l’argent s’oxyde au contact de nombreux poisons. Pour se la péter, des gens du petit peuple (les 99%) se sont mis à faire de même. Avec de l’étain parce que quand même. Autre particularité, un plat coréen et toujours agrémenté d’une myriade de petits en-cas. Vous avez votre plat principal, de poisson cru ou bouilli en général, un bol de riz et tout un paquet de petites assiettes contenants divers légumes peu cuit. Le tout étant copieusement épicé. Et puis il y a les pauses sashimis…

La petite bouteille c'est du soju.

Au Kirghizstan ils ont le thé, en Corée c’est les sashimis. À chaque fois que j’ai accepté une invitation à des sashimis, je suis ressorti saoul. Et ici les sashimis c’est partout. Lorsque je me suis promené dans les rues de Séoul en arrivant, j’ai d’abord pensé que les coréens étaient tous des aquariophiles en puissance. Les devantures de restaurants sont cachés par de très nombreux aquariums. À côté de chez Kate il y en a même un qui contenait des fugus! Bref si vous voulez vous cogner le cerveau avec des copains en Corée c’est facile. Vous sortez dans la rue, vous choisissez votre poisson dans un aquarium, vous l’écaillez, vous le coupez en morceau, et c’est partit!

Analyse gustative de solutions alcoolisées.

Et pour picoler, les coréens picolent. Ils sont certainement parmi les plus friands d’alcool que j’ai pu rencontrer. Il n’est absolument pas rare de tomber sur un coréen ivre où que ce soit et à quelque heure du jour ou de la nuit. Les coréens boivent beaucoup et ils boivent n’importe comment… Dans une soirée type, si j’ai de la chance de trouver de la bière, il n’y a pas deux cannettes identiques. On dirait que pour qu’une soirée soit réussie, il faut que vous y trouviez tous les alcools forts de la planète et bien sûr, les avoir tous gouté… Les alcools locaux sont des liqueurs à base de riz contenant de 20% à 40% d’alcool, dont le fameux soju. Bien que très gentil au niveau de la sobriété, ce breuvage me colle les pires veisalgies que j’ai jamais connu!

Voilà pour le topo.

Revenons en au Parc National. Comme je vous l’avais déjà dit, le Migratory Birds Center se trouve sur l’île d’Heuksando (qui compte au moins un bar) mais jusqu’à l’an dernier, le centre se trouvait sur l’île de Hongdo.

Toute aussi moche.

Je m’y suis rendu avec Ogura-San pour une petite journée de baguage. L’île est très célèbre pour avoir vu passer au moins soixante-quinze pour cent des espèces d’oiseaux répertoriées en Corée. De nombreuses espèces coréennes ont été vu pour la première fois sur cette île, comme par exemple (je ris) le rouge-gorge ou le moineau domestique… Rien d’aussi exotique quand je m’y suis rendu, juste les bruants masqués habituels et un ennuyeux pygargue à queue blanche. L’ancien bureau du centre m’a bien fait rigolé car il ressemblait déjà plus à ce que je connaissais dans le genre. J’ai bien fait de ne pas venir l’année dernière! Désormais seules deux personnes travaillent quotidiennement pour le centre sur cette île.

Une autre île que je suis allé visité c’est Jangdo.

C'est peut être ici que je vais pouvoir tenter mon bâteau-stop?

On trouve sur cette île une très curieuse zone humide. Elle se situe sur une sorte de plateau à mis chemin du sommet de l’île. Sa spécificité et son importance pour de nombreuses espèces d’oiseaux migrateurs ont incité les autorités à la classer site RAMSAR. C’est le seul site de nidification connu en Corée pour les bulbuls de Chine. Je sais vous vous en cognez mais leur nom me fait marrer et je voulais qu’ils soient sur mon blog.

Enfin voilà je réserve les histoires de boulot pour plus tard.

Et tant pis pour petit grèbe qui prend son bain!

 

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Au boulot!

16 octobre

Neuf heure du matin à la station de train de Gwangmyeong (광명) dans la banlieue Sud de Séoul. Un japonais, ses jumelles encore accrochées au cou, et une coréenne, une longue vue dépassant du sac, montent dans mon wagon. Ogura San sort six cannettes de Guinness de son sac et les pose sur ma table tandis que Hyun-Young me gratifie d’un souriant et chaleureux « Welcome in Korea! ». Le trajet en train passe à toute vitesse à travers les discussions plumeuses et je m’extasie sur mes premiers puffins leucomèle à bord du ferry qui m’amène sur l’île d’Heuksando (흑산도). Du port, cinq minutes en voiture m’amèneront au Centre des oiseaux migrateurs où je suis accueilli par la mascotte 하늘 (« Haneul »?).

Attention chien à plumes!

하늘est une jeune buse qui a été retrouvée l’an dernier par les employés du centre avec une aile cassée. Cette aile n’a jamais guéri et le bel oiseau ne reprendra jamais son envol. Par conséquent elle est chouchoutée et sert d’ambassadrice des causes duveteuses.

Mais avant d’en arriver là j’ai envie de revenir sur mon dernier week-end à Séoul. Kate m’avait abandonné pour se rendre à un festival avec deux amies. Du coup j’ai dû me trouver un hôte via http://www.couchsurfing.org. Comme d’habitude je suis tombé sur quelqu’un de super. Apéro dans son studio de répét’, bouffe locale et DJ silencieux. Un concept génial! Un DJ mixe dans un jardin publique mais on n’entend pas un bruit. Pourtant toute une foule de gens se trémousse devant les platines. L’explication: Des casques sans fils sont disponibles en libre service. Lorsque vous les portez vous pouvez entendre la musique que mixe le DJ.

La solution élégante aux problèmes de tapage nocturne.

Lorsque vous avez visité dans la même année les Philippines, la Chine et la Corée du Sud, vous ne pouvez pas passer à côté d’un épisode historique qui a traumatisé une bonne partie de l’Asie: l’occupation japonaise du début du XXème siècle. À mon humble avis si les nazis passent pour les plus grands bouchers de l’histoire contemporaine c’est surtout parcequ’ils se sont attaqués à des européens et qu’ils ont tenu des comptes… Cette période noire de l’histoire de l’extrême Orient fût constellée d’horreurs inimaginables. La Corée fût certainement l’un des pays qui en souffrit le plus car elle fût totalement annexée à l’empire japonnais qui tenta de détruire toute forme d’identité nationale pendant son occupation. Aujourd’hui encore cette période est vive dans la mémoire des coréens car elle est considérée comme directement responsable de la dévastatrice séparation qui frappe un pays qui fût parmi les plus vieux du monde.

Pour m’infliger un grand coup dans les tripes je me suis rendu dans l’ancienne prison de Seodaemun (서대문 형무소). J’ai très vite eu le sentiment d’être de retour à Auschwitz…

Et pas seulement à cause de l'architecture...

C’est entre ces murs que furent torturés et exécutés de nombreux résistants à l’occupation nippone.

Après ça, un petit tour vers une île paradisiaque était le bienvenu.

Tout ça paraît si loin vu d'ici...

L’île d’Heuksando se situe dans le Parc National de Dadohae Haesang. Un parc marin regroupant plusieurs îles de tailles variées, habitées ou non, au Sud-Ouest de la Corée du Sud. La mienne fait presque vingt kilomètre carrés, culmine à quatre cent mètre d’altitude et héberge plus de trois mille habitants. Elle est aussi très célèbre pour son rôle comme halte migratoire sur le couloir de migration australo-est-asiatique. Et là j’en entend hurler « Non! Pas encore le couloir de migration australo-est-asiatique! ». Et bien si! Tout le monde se souvient de mon excellent article concernant l’intervention de Ken Gosbell à Miranda, les barges rousses des Catlins et mon seul volontariat aux Philippines.

Le dénominateur commun.

Je travaille ici au sein du Centre des Oiseaux Migrateurs, une organisation super high-tech gérée par l’office des Parcs Nationaux, employant une douzaine de personnes et entièrement dédiée à l’étude de la migration des oiseaux coréens. Bien entendu vous vous doutez bien de ce que va être mon occupation principale ici.

Ça commence par un « B ».

Je prendrais le temps de vous parlez de ça plus en détail bientôt mais rassurez vous, il se passe plein d’autres choses ici, et si vous êtes sage je vous raconterez peut-être mes débuts de soigneur…

Daktari.


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Teacher!

8 octobre

 

Ah la la les copains que d’émotions! Mon blog est en train de vivre un moment historique! Celle que vous avez découvert en même temps que moi à travers mes tout premiers articles fait son grand retour! Après l’extraordinaire exploit de m’avoir supporté tout les jours pendant trois mois en Namibie, elle m’a vu squatter son canapé à plusieurs reprises ces derniers jours.

Tadaaaaaaam!

Et oui je n’ai pas choisi la Corée du Sud par hasard. Kate y est professeur d’anglais dans une école privée depuis environ six mois. Un boulot qui n’a pas l’air de tout repos à en croire les leçons de coréens qu’elle m’a enseigné:

내가 널 죽여 버릴거야! Ça veut dire « Je vais te tuer! ».

-Quoi? Mais comment tu sais ça?

-Oh c’est ce que me répètent tout le temps les enfants…

-…

Kate m’a servi de guide dans les rues de Séoul (서울) pour les débuts de mon acclimatation à ce bien étrange pays. Globalement on a l’impression d’être dans une Chine qui voudrait se donner l’air américaine… Une des premières choses que m’a annoncé Kate à mon arrivé fût « Tu vas voir c’est horrible! Personne ne parle anglais! ». Un avis que je n’ai pas vraiment partagé et je prend un plaisir fou à demander mon chemin à tout le monde ou a rentrer dans n’importe quel magasin pour m’entendre dire « Hello! How are you? ». Et bien que mon impression soit probablement faussée par quatre mois de Kirghizstan et de Chine je ne serais pas étonné qu’il y ait plus d’anglophones en Corée du Sud qu’en France…

Par contre le pays pêche du côté de l’écriture. En Chine, la plupart des panneaux sont sous-titrés en pinyin, une sorte de transcription en alphabet latin de chaque pictogramme. Ça ne permet pas de comprendre le sens des mots mais ça permet de savoir comment se prononce un lieu ou un plat. Pas de ça en Corée, tout est écrit en hangeul… Un alphabet bien plus simple que le système de pictogrammes chinois mais quand même plus compliqué que le cyrillique.

En dehors de ça le pays est très très occidentalisé, ce qui rend certaines particularités encore plus surprenantes. Il n’est pas possible pour un visiteur étranger d’avoir de numéro de téléphone portable et on ne trouve pas de toilettes dans les bars ou les restaurants. Par contre tous les halls d’immeubles sont équipés de toilettes publiques. Les taxis ont une petite télévision à côté de leurs écrans GPS pour regarder les matchs de foot en conduisant et les chauffeurs de bus sont payés au nombre de trajets. Bien entendu tout le monde téléphone en conduisant et plus de trente pour cent des morts dans des accidents de la route à Séoul sont des piétons. J’entends d’ici les énervés du volant me rétorquer « Mais ça n’a rien à voir! Si t’es un bon conducteur tu peux parfaitement griller des feux rouges tout en engueulant l’arbitre et téléphonant à ton ex sans faire de mal à qui que ce soit! Et qu’est ce qui te dit qu’ils n’étaient pas eux aussi au téléphone, les trente pour cent de piétons, hein? ». Je fais tout de même particulièrement attention avant de traverser…

Le boulot de Kate avait l’air de l’énerver assez pour que je n’ai pas envi d’être chez elle à la fin de sa journée. J’ai donc passé ma semaine à faire le touriste. La Corée du Sud n’est pas une destination très touristique et je sais que je ne me ferais pas engueuler à mon retour si je ne suis pas allé à tel ou tel endroit. Par contre il y en a un que je n’aurais rater pour rien au monde c’est le parc d’Haesidang (해신당 공원) appelé en anglais « Penis park ».

Dois je vraiment traduire en français?

Un endroit merveilleux qui servit de théâtre à différents concours de sculpture de zigounettes. Malheureusement les chrétiens du coin ont décidé de jouer les rabats joie en mettant fin aux festivités et demandant le démantèlement des nombreuses représentations phalliques présentent dans le village voisin de Sinnam. D’où vient donc cette fascination des habitants de la région pour la bistouquette? La réponse se trouve dans le super musée planté au milieu du parc. Après une exposition très intéressante axée sur les techniques de pêche du coin on passe une porte encadrée de deux immenses verges. La suite de la visite prend alors une toute autre tournure et dans une pièce pleines de figurines et de sculptures dédiés au sexe on vous raconte la légende à l’origine de la frénésie locale autour des zizis. Cette légende raconte qu’un homme aurait déposé sa fiancée sur un petit rocher au large de la côte pour qu’elle y récolte des algues. Alors qu’il était retourné à terre, un énorme orage l’empêcha de reprendre la mer, tandis que la marée emportait sa dulcinée. Depuis ce jour les poissons se firent de plus en plus rares et tout le monde accusa le fantôme de la noyée dans être la cause. Or un jour un pêcheur ne pût retenir une envie pressante et urina vers la mer avant de partir pêcher. Il revint avec des filets débordant de poissons. Depuis ce jours, plus vous exposez votre quéquette à l’océan et plus votre pêche sera fructueuse. Et recouvrir votre maison ou votre jardin d’immenses chibres en bois vous assurera bonne fortune. En dehors de cette légende, les représentations sexuelles semblent avoir eu une importance considérable dans le passé coréen. La visite de se site qui fera chuter le niveau de bon goût de mon blog au plus bas fût malgré tout, très enrichissante culturellement.

Et vous noterez que je n'ai pas utilisé une seule fois le mot « bite »!

La côte Est ne regorge pas seulement de richesses culturelles, on y trouve aussi un superbe parc national, celui de Seoraksan (설악산). La randonnée est certainement la pratique sportive préférée des coréens. Où que vous vous trouviez à Séoul vous verrez des gens habillés en tenues de rando, bâtons de marche à la main. Les magasins d’équipement de randonnée sont partout. La capitale est constellée de collines boisée que les habitants aiment à parcourir. Par contre, si marcher en Chine est le meilleur moyen d’éviter de rencontrer quelqu’un, en Corée c’est tout l’inverse. Où que vous vous trouviez vous croiserez au moins un coréen qui aura acheté jusqu’à son sandwich dans un magasin de sport et à la ceinture duquel pend un iPhone crachant de la musique K-pop. Après plusieurs journées de balades dans mon parc et ses environs, Kate m’y retrouva pour une randonnée en direction d’une petite grotte aménagée en minuscule temple bouddhique.

Ils n'ont pas choisi le coin le plus moche...

Après ça je suis allé me perdre dans le parc national de Woraksan (월악산), beaucoup plus tranquille et tout aussi splendide. J’ai fini ma promenade campagnarde par la visite d’une petite grotte sans prétentions dont tout le charme résidait dans la simplicité des aménagements et la convivialité des employés. Puis j’ai remis le cap vers la capitale pour une dernière promenade avec Kate avant d’aller m’isoler sur une île pour mes prochaines aventures.

En pure bande-annonce de ce que vous allez déguster en matière de bestioles et pour compenser leur absence lors de mes récits chinois, voici un premier échantillons des créatures que j’ai pu découvrir en Corée:

Le tamia de Sibérie, ou écureuil de Corée. Une de ces créatures repoussantes qui n'auraient pas le droit d'exister dans un monde parfait...

Le pic kisuki que je trouve trop mignon.

Le pouillot à grands sourcils pour les collègues roumains.

Et la bergeronnette du Japon pour Aurélie!


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