Archive for novembre, 2011

Reprenons depuis le début.

27 novembre

 

Bon j’ai réussi à éviter le sujet jusqu’à maintenant mais il est temps que je vous parle du travail le plus important effectué par le centre: le baguage.
Alors on recommence à zéro. Pourquoi on bague? Baguer un oiseau ça nous permet de suivre un individu donné en lui collant un numéro qui permettra de le reconnaître à l’avenir. Concrètement ça nous permettra de se faire une idée de l’âge moyen au sein de l’espèce, leurs trajets de migrations, etc. Pour capturer ces oiseaux la technique de base consiste en l’emploi de filets spéciaux. Une fois capturé, on profite d’avoir l’oiseau sous la main pour effectuer tout plein de mesures. Et c’est là qu’il y a du nouveau pour moi. Les oiseaux de la région ne sont étudiés que depuis très récemment et les données ornithologiques coréenne en sont à leurs balbutiement.

Il faut un début à tout.

Résultat les bagueurs du centre effectuent des mesures qui ne sont plus communes en Europe et que je ne connaissais pas encore. L’une d’entre elle m’a particulièrement intéressé, le niveau d’ossification du crâne des oiseaux. Le crâne des oiseaux se forme en deux temps. À la sortie de l’œuf, l’oiseau ne possède qu’une couche osseuse au niveau du crâne, puis, en grandissant, une deuxième couche se forme par dessus. Le niveau d’avancement de cette ossification est l’un des moyens les plus fiables de connaître l’âge précis d’un jeune oiseau. Le problème c’est que c’est extrêmement compliqué à déterminer…

Y compris sur le papier...

Bien entendu l’essentiel des résultats du baguage sont issus des recaptures. Or le couloir de migration qui passe par la Corée n’est pas encore vraiment bien équipés en bagueurs… Le Japon domine largement la région et l’archipel regorge de stations de baguage. La Corée commence doucement mais un des oiseaux bagué au centre a déjà été recapturé au Japon. Contre une dizaine de passereaux bagués aux Japon et recapturés par le centre. La Chine s’y est mis tardivement et (j’ai envie de dire « comme d’habitude ») cherche surtout à épater la galerie. Des millions de bagues on été produites et distribués à divers gardes forestiers ou autres techniciens de l’environnement à travers le pays. Bien entendu rien n’a été fait pour les former et les quelques oiseaux qui ont été recapturés dans d’autres pays étaient référencés comme appartenant à des espèces totalement différentes de la réalité.

J'ai entendu parler d'un bruant chinois bagué et référencé comme étant un merle...

Et encore ça c’est quand ils sont bagués… Des rumeurs persistantes prétendent que, pour obéir aux ordres de productivité, certains bagueurs chinois inventent des oiseaux et enterrent les bagues censées avoir été posées dessus… Ce qui frustre également énormément mes collègues c’est que les chinois ne leurs signalent pas leurs recaptures d’oiseaux bagués en Corée… Bien entendu la situation en Corée du Nord est assez similaire… Les russes sont plutôt bons niveau baguage mais le Kamtchatka c’est un peu le bout du monde et les bagueurs ne sont pas nombreux dans la région… Et pour ce qui concerne l’Asie du Sud-Est on est encore très loin du compte…
Mais le plus dur sera sûrement d’éduquer les populations locales à transmettre les bagues qu’ils peuvent trouver aux autorités compétentes. Je ne peux m’empêcher de vous narrer l’anecdote amusante de cet explorateur qui se baladait au Pérou. Alors qu’il rendait visite à une tribu locale, il remarqua que certains indigènes portaient des colliers composés de bagues en aluminium. C’est comme ça que des chercheurs américains ont découvert où leurs martinets ramoneurs passaient l’hiver!
Mais au fait vous les copains, savez-vous ce que vous devez faire si vous trouvez un oiseau bagué?
Prenez le en photo, notez la date, le lieu, si vous êtes sûr de vous, l’espèce et, bien entendu, recopiez ce que vous lisez sur la bague. D’ailleurs, si l’oiseau est mort, vous pouvez joindre sa bague à votre courrier. Envoyez le tout à l’adresse suivante:
France:
Centre de Recherches sur la Biologie des Populations d’Oiseaux (CRBPO)
55 rue Buffon
75005 PARIS
Téléphone : 01 40 79 39 78
Belgique:
Département de Baguage des Oiseaux
Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique
rue Vautier, 29
1000 BRUXELLES
Suisse:
Schweizerische Vogelwarte
Bird Ringing Center
6204 SEMPACH

Une photo de la bague ne sert à rien.

Si vous joignez votre adresse au courrier, vous recevrez toutes les informations concernant l’oiseau en question! Petits veinards…
Venons-en à mon expérience personnelle au sein du centre. Ici on n’utilise pas plus d’une dizaine de filets mais il semblerait qu’en temps normal c’est amplement suffisant pour que tout le monde soit débordé. Seulement cette année il y a moins d’oiseaux dans les filets que de promesses tenues par un gouvernement… Avec les collègues on suspecte un peu les conditions climatiques anormales mais ça devient une excuse tellement récurrente qu’elle sonne presque faux. Enfin si la quantité n’est pas vraiment de la partie, la diversité en est. Juste avant mon arrivée, le centre a capturé la première hypolaïs bottée jamais observée en Corée et j’ai pu assister au premier baguage d’un bruant à calotte blanche dans ce pays.

Que d'émotions.

Et bien que je me sente un peu inutile par moment j’en profite pour me garder un ou deux piafs par tournée. J’en fait mes cobayes et refait toutes les mesures pour m’entrainer.
Mais la donne a changé récemment. Depuis qu’on est rentré du Symposium l’hiver s’est installé brutalement. Du jour au lendemain tous les tariers qui glandouillaient devant le centre depuis deux mois ont disparu. La situation dans les filets a radicalement changé. Jusqu’ici on capturait au moins notre vingtaine de bruants masqués quotidiens, souvent les mêmes chaque jours d’ailleurs. Le lendemain de notre retour on en a capturé deux. Ce furent les seuls oiseaux de la journée…
Mais tous les oiseaux n’ont pas disparu, ceux qui viennent d’arriver vont certainement passer l’hiver ici et changent donc de stratégie comportementale. Jusqu’ici on capturait en moyenne quatre/cinq oiseaux par tournée. Maintenant on en capture aucun sauf pour une tournée par jour, où on en capture vingt d’un coup… Les passereaux de l’île se sont tous rassemblés en énormes nuées de centaines d’oiseaux mélangeant mésanges, rossignols, bruants, zostérops et grives…

La différence entre les deux espèces de bruants dominantes...

est, là encore, évidente...

Mes séances d’identifications sur le terrain deviennent un tantinet plus éprouvantes. Pendant trois quarts d’heure je ne vois pas un piaf et, tout-à-coup, voilà que j’entends un murmure distant. Dans ma tête je me dis « Ça commence… », le murmure se transforme en brouhaha assourdissant. « 2 rossignols, 3 mésanges variées, 5 zostérops, 10+ mésanges charbonnières, 20+ mésanges à longues queues… », mes jumelles ne sont pas loin de prendre feu lorsque je ponctue ma fiche par « bruants divers: trop nombreux… ».
Si les espèces de passereaux sont de moins en moins diversifiées, les canards, de leurs côtés, arrivent en masses depuis leurs quartiers d’été. Malheureusement ils ne sont pas forcément beaucoup plus simples à différencier les uns des autres que des passereaux…

Pourtant,

ça saute aux yeux...

Il faut aussi vous dire que je dois généralement les observer à la longue-vue pendant qu’ils pioncent avec le bec sous l’aile…
Et puis avec l’arrivée fulgurante de l’hiver on commence à se faire une idée de ceux qui ont raté leurs migrations et ne vont certainement pas passer l’hiver. Une bécassine des marais et un héron intermédiaire se sont fait attraper à plusieurs reprises ces derniers jours et leur poids diminue à chaque fois. La dernière fois on leur voyait sérieusement les os…

Au bout du rouleau..

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Octopus lollipop.

18 novembre

Pfiou les copains! Si ça continue comme ça je n’aurais jamais l’occasion de parler sérieusement du baguage! Jeudi dernier Hyun-Young est venue m’annoncer:

-Au fait Rémi tu sais qu’on va organiser une conférence internationale sur les oiseaux marins?

-Super! Quand?

-On part demain sur l’île de Jeungdo.

-… Ca tombe bien j’avais rien prévu…

Comme partout dans le parc national, l’île de Jeungdo est invivable…

Je vais craquer...

Intitulée « 2011 International Symposium on Migratory Birds », la rencontre avait pour thème: La protection des oiseaux marins du couloir de migration Australo-est-asiatique. Ça vous rappelle quelque chose? Effectivement! Je vous en avais parlé pour la première fois dans ce superbe article qui avait passionné des centaine de lecteurs!

D’ailleurs un ornithologue australien était là encore de la partie. Mais je ne vais pas trop vous casser les pieds avec le contenu ultra intéressant des exposés qui nous ont été offerts, je l’ai déjà en partie fait pour le blog du site internet…

C’était terriblement passionnant et ça m’a permis de rencontrer tout un paquet de pointures du milieu et d’enfin faire la connaissance de celui qui m’avait pistonné pour être admis au Migratory Birds Center: Mr Chang-Yong Choi. Mais comment se fait-il qu’il m’ait pistonné alors qu’on ne s’était jamais rencontrés? Et bien quand j’ai su que j’allais en Corée du Sud, j’ai envoyé un mail à David Lawrie, du Miranda Shorebird Center et un autre à Ken Gosbell, du East Asian-australasian Flyway Partnership, pour savoir si il connaissait quelqu’un susceptible d’apprécier mon aide en Corée. Les deux ont transféré ma demande à Mr Choi, membre du Partnership en Corée. Et voilà! Pas de miracles!

Pour me retenir de vous parler pendant des lignes de la journée de conférences, je passe tout de suite au lendemain, où nous sommes allés visiter l’îlot ultra-protégé de Chilbaldo.

En petit groupe international restreint de privilégiés.

L’île est un site de nidification important pour l’océanite de Swinhoe et le puffin leucomèle. Malheureusement les plantes invasives foisonnent et menacent gravement la survie des océanites. L’une d’elle en particulier produit des petites graines qui s’accrochent au plumage des oiseaux et les empêchent de reprendre leur envol. Des chercheurs coréens et employés du centre tentent de contenir la propagation du fléau mais les cadavres d’oiseaux morts de faim restent abondant sur l’île.

Même un mois après leur départ de l'île pour migrer...

Mais l’ornithologie était loin d’être le seul intérêt de ce week-end. Lorsqu’une centaine de coréens se retrouvent ça donne l’occasion rêvée pour une belle beuverie bien en règle! Et avec la picole vient la bouffe. Hors la spécialité culinaire de Jeungdo peut laisser perplexe. Dès la première soirée, un saladier plein de petits poulpes vivants fit son apparition sur le bar…

J'ai un mauvais pressentiment...

Fous de joies mes camarades commencèrent joyeusement à empaler les pauvres créatures sur leurs baguettes avant des les dévorer goulûment… Je ne sais absolument pas d’où vient cette coutume mais certains en tirent visiblement un plaisir à la limite du sadisme, croquant une à une chacune des tentacules du poulpe… Et puis bien entendu, devant l’insistance de mon patron, je n’ai pas pu m’empêcher de tenter l’expérience.

Nom nom nom

Étonnamment ce n’est pas vraiment mauvais, les tentacules qui tentent de s’échapper étant toutefois assez perturbantes. Et puis j’ai cru que boire un verre de soju serait une bonne idée pour faire se détacher le poulpe qui s’accrochait à mon œsophage. Ça a marché mais un poulpe démembré et bourré dans l’estomac c’est pire qu’un poulpe démembré et sobre…

Cette prouesse m’a très clairement rapproché de mes collègues et je commence de plus en plus à me sentir membre de l’équipe. D’ailleurs j’ai été promu « monitorer » officiel! Mes comptages sont officiellement pris en compte même si ils comportent encore de nombreux « unidentified bird ». Pour me justifier voici un exemple des oiseaux dont l’identification me pousse presque à m’arracher les cheveux:

Celui là...

... est totalement différent de celui ci!

Et celui ci...

... n'a rien à voir avec celui là!

Les différences sont évidentes non? Et dites vous que là ils ne sont pas mélangés dans un groupe en vol à cinq cent mètres à contre-jour…

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Touche à tout.

9 novembre

 

Bon, vous savez où je me trouve et avec qui. Maintenant il est temps de vous parler de ce à quoi je passe mes journées! Et je vais tuer dans l’œuf le début d’espoir qui est né dans ceux qui m’entendaient déjà parler de bagues… Vous aurez remarqué qu’on est quand même un paquet de bagueurs et on n’a même pas une dizaine de filets ouverts. Et comme si ça ne suffisait pas, on n’a pas d’oiseaux… Enfin on en a pas mal mais ils ne migrent pas…

Y U NOT MIGRATING!

Il fait encore super doux pour la saison de ce côté du globe, et on trouve du manger un peu partout. Graines et insectes à profusions, surtout des moustiques d’ailleurs… Par conséquent les oiseaux ne sont pas super motivés par l’idée de se coltiner la très dangereuse traversée de la mer Jaune… Jusqu’ici on a eu une moyenne d’une journée de froid par semaine, avec le flot de migrateurs qui va avec. Ce qui veut dire que chaque semaine on a un nouvel arrivage de piafs. Et qu’ils glandouillent sur l’île en attendant le prochain coup de froid. En gros je n’aide les bagueurs qu’une fois par semaine voir toutes les deux semaines et le reste du temps on recapture surtout les mêmes oiseaux. Pour que les connaisseurs se fassent une petite idée du bronx, sachez que j’ai sortit des pinsons du Nord d’un filet la semaine dernière alors que des hirondelles rousselines continuaient de me survoler…

Et depuis ceux là on n'en a toujours pas de nouveaux...

Bon mais alors que faire de ses journées lorsqu’on a quinze employés et une dizaine de piafs par jour? Et bien si les oiseaux ne se bousculent pas dans les filets ils sont quand même super nombreux dans les environs. Tout les jours au moins un employé du centre part faire un tour dans les environs du village de Jin-ri pour compter et identifier les emplumés qu’on n’attrape pas.

Genre celui là...

« Hé! C’est pas une sterne ça? Quelle fille? ». Ce genre de réflexions a exaspéré plus d’un copain sur les quais de Seine mais ici, ce sens de l’observation très particulier est très apprécié. Bien entendu je ne peux pas vraiment faire des inventaires tout seul étant donné que la plupart des oiseaux du coin m’étaient encore inconnu il y a un mois. Mais mes facultés à la détection de plumes font que tout le monde est généralement ravi de m’accompagner. Enfin tout le monde sauf Ogura-San qui préfère partir en catimini compter ses oiseaux tout seul. Lors de ses journées je pars aussi compter de mon côté et je suis toujours assez fier quand nos données correspondent. Je pense que c’est la partie du boulot qui me plait le plus car c’est assez nouveaux pour moi et comme les flots de migrations sont assez lents j’ai le temps de me familiariser avec toutes les espèces. Depuis peu j’enregistre même mes données dans celles du centre comme un grand. Il y a encore pas mal de Emberiza sp. mais c’est un début! Ce qui est rigolo, c’est que la plupart des oiseaux de Jin-ri sont bagués. Quelque chose qui me fascine c’est la façon dont tout les oiseaux d’une même espèce migrent quasiment en même temps. Prenons par exemple les pipits. Ces oiseaux sont quasiment indissociables d’une espèce à l’autre, et pourtant! Lorsque je suis arrivé, on ne trouvait que des pipits à gorges rousses (Anthus cervinus), puis ils sont partit et on ne trouvait plus que de pipits à dos olive (Anthus hodgsoni), qui ont maintenant disparu pour laisser leurs places aux pipits d’Amérique (Anthus rubescens).

MOI ça me fascine!

Il y a peu je me suis lancé dans des expéditions nocturnes juste pour voir. En trois nuits j’ai pu observer une bécassine sourde, un héron bihoreau et j’ai explosé le score de bécasses des bois du centre… J’en suis à six alors qu’en temps normal le centre en observe deux par ans… Ça a beaucoup intéressé mes collègues qui ont commencé a laisser les filets ouvert jusqu’à minuit. Pour l’instant ça n’a rien donné mais ça m’a permis de découvrir que tous mes collègues ont peur du noir…

Mais on les aura...

Un autre boulot régulier c’est les « road-kills ». C’est bien moins excitant que le nom le laisse penser. Une ou deux fois par semaine je pars faire le tour de l’île en voiture avec Chang-Wook Park. Il y a à peu près deux cent véhicules en circulation sur l’île et une route principale en fait tout le tour. Et là où il y a des voitures on a des animaux écrasés. Le but des excursions « road-kills » sont de référencer ces cadavres. À chaque fois qu’on en trouve un on le prend en photo à côté d’une règle et, si c’est un oiseau, on prélève une plume. Ça permet d’avoir encore plus d’informations sur les animaux présents sur l’île et pour Chang-Wook et moi ça nous fait une sortie. En plus Chang-Wook a tendance à nous faire faire des petites excursions parallèles et de nous offrir de nouvelles espèces.

Chang-Wook en train de référencer un cadavre de merle pâle. Un oiseau que je n'ai pas encore vu vivant...

Il y a aussi les boulots à l’infirmerie. Le plus souvent ça consiste à nourrir des oiseaux sous-alimentés qu’on a récupéré ou qui sont en convalescence. J’ai également désinfecté quelques plaies et joué du thermomètre. Le taux de survie à l’infirmerie n’est pas très élevé mais, vu l’état dans lequel la plupart des oiseaux arrive, ça n’a rien de vraiment étonnant. Un de mes préférés c’est un bruant roux qui était en mue lorsqu’on l’a attrapé. Il s’est tellement débattu dans les mains de son bagueur qu’il n’a plus de plumes et ne peut plus voler. Rien de bien grave, ça va repousser, mais en attendant il est dans une cage et ne ressemble à rien!

Le dernier repas d'une petite musaraigne...

Un des boulots du véto est aussi de stériliser les chats qu’on capture. Ça vous rappelle quelque chose? Je vous rassure tout de suite, les coréens sont beaucoup plus softs avec leurs chats que les néozélandais. Le chat n’est pas vraiment considéré comme un nuisible sur Heuksando, mais il n’est pas natif non plus. Il a été introduit pour luter contre les rats, introduits eux-aussi. Seulement il arrive que des chats harets menacent les oiseaux pris dans les filets. Du coup on a des pièges disposés un peu partout. Lorsqu’un chat est capturé il est stérilisé et envoyé sur une ferme piscicole. Des sortes de bassins d’élevages flottant éparpillés un peu partout autour de l’île. C’est là qu’il finira ses jours à moins qu’il n’ai pas peur de l’eau. Je ne suis pas certains que ce soit très efficace mais de toutes manières les habitants de l’île continuent à introduire des chats et même mes collègues en ont…
L’île est aussi habitée par des visons de Sibérie. Ils sont assez nombreux et on en capture régulièrement. Ils peuvent menacer les oiseaux pris dans les filets mais comme ils sont natifs de l’île on se contente de les déporter de l’autre côté d’Heuksando.

Oh... La jolie marmotte!

Je me dois de remercier chaleureusement Aurélie d’avoir insisté pour que je joigne mes photos naturalistes à mes divers mails de candidatures à des projets de conservation. C’est un peu grâce à ces photos que j’ai été recruté. En effet un boulot très important, que m’a confié le directeur du centre, est de prendre un maximum de photos durant mon séjour. Bien entendu je ne dois pas le faire juste pour mon bon plaisir et ces photos servent un dessein grandiose! Certainement le boulot dont je suis le plus fier ici! Une grande première qui n’aurait jamais vu le jour sans l’aide efficace et oh combien appréciée du papa de Ciloo, que je remercie également de tout cœur. Grâce à ses judicieux conseils et son super site (http://lesh.fr.nf/joomla15_test/index.php) j’ai entrepris la création d’un site internet pour le centre! Il reste encore beaucoup à faire mais voici le résultat:

http://migratorybirdscenter.free-h.net

Vos suggestions, conseils et critiques seront fortement appréciés, essayez juste d’être plus productif que « C’est d’la merde… », merci!

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Lost in translation.

2 novembre

Après vous avoir présenté mon lieu de travail, je ne peux pas vous parler boulot sans vous présenter mes collègues. Ils sont aussi extraordinaires que l’endroit où je me trouve mais m’expose à nouveau à un problème récurent de ce voyage: la communication.

Ils baragouinent presque tous quelques mots d’anglais, mais juste assez pour pouvoir bosser un minimum ensemble, et souvent pas assez pour qu’on puisse papoter de la pluie et du beau temps… Pour commencer je dois vous présenter celle qui parle le mieux anglais et sans qui je serais peut-être déjà repartit:

Hyun-Young Nam.

Elle se débrouille plutôt bien dans la langue de Shakespeare et est chercheuse au centre depuis trois ans. C’est un peu elle qui me tient au courant de ce qui se passe autour de moi. Par exemple lorsqu’elle est rentrée de son dernier week-end, elle est venue me voir pour me demander:

« Alors comme ça, hier, vous avez recapturé une calliope sibérienne baguée au Japon? »

« Ah bon? »

… Lorsqu’elle est là je ne la lâche pas d’une semelle…

Sung-Jin Kim.

Lui c’est un peu le rigolo de la bande. Il passe son temps à se marrer. Au début j’étais un peu frustré de ne pas comprendre ce qu’il racontait à tout le monde mais depuis que j’ai réalisé qu’il suffisait que je lui dis « bonjour » pour qu’il rigole, je m’en fais un peu moins. Il est chercheur au centre depuis cinq ans. Normalement un de mes jobs ici est de filer un coup de main au bagueur, mais Kim préfère bosser seul avec sa femme en général…

Ogura Takeshi.

Lui c’est l’archétype du chef bagueur geek, associable et amoureux de son travail. C’est un fantôme. J’ai essayé de lui filer un coup de main au début mais il part visiter les filets en courant, sans prévenir personne, et s’enferme dans la salle de baguage tout seul. Si on est plus d’une personne dans la salle avec lui pendant qu’il bague, il commence à être désagréable… Les seules fois où j’ai vraiment pu l’aider c’était lors des pics de migrations. Il avait besoin d’aide pour finir aux plus vite ses oiseaux avant de repartir en courant dans les filets. Lorsqu’il n’est pas en train de baguer ou de compter, il est derrière son ordi. Ogura-San est japonnais, ça fait au moins trois ans qu’il travaille au centre, et il s’était déjà rendu plusieurs fois en Corée avant d’y travailler. Il ne parle ni coréen ni anglais… Ce qui explique encore un petit peu plus son comportement… Le seul avec qui il peut un petit peu parler c’est notre, rarement présent, patron, qui parle plutôt bien japonnais. Comme la plupart des gens il refuse d’admettre qu’il ne sait pas, ou ne comprend pas quelque chose. Il me répond donc tout le temps « Oui », quelque soit la question…

« Tiens! C’est quoi cet oiseau? »

« Oui »… Je vous assure qu’à la longue c’est insupportable et, malheureusement, ça m’incite de moins en moins à poser des questions.

Enfin voilà, Ogura-San est un excellent ornithologue et est capable de vous reconnaître un oiseau en mue, en vol à contre-jour et à quatre-cent mètre de distance dans la seconde…

Les bagueurs ne baguent jamais seuls (sauf exception que je viens de citer) et les nombreux autres employés du centre filent des coups de main.

Lee-Ji Eun.

Elle est la femme de Kim. Elle travaille depuis mars dernier comme animatrice nature au centre. Lorsque son mari est de corvée de baguage, elle l’assiste pour en apprendre un peu plus sur les emplumés. Elle est adorable et je pense qu’elle parle très bien anglais, mais elle est super timide.

Seul-Gi Seo.

Chercheuse au centre depuis un an elle déborde d’énergie! Pendant la saison de reproduction elle étudie les guillemots à cou blanc et les puffins leucomèles qui nichent sur quelques ilots du Parc National. Le reste du temps elle est chargée des comptages, de boulots administratifs et de filer un coups de main aux bagueurs. Elle ne parle pas super bien anglais mais est l’une des rares à faire des efforts.

Sook-Young Cho est chercheuse au centre depuis trois ans, elle ne bague pas encore toute seule mais ça ne saurait tarder (je n’ai pas encore de chouette photo alors vous attendrez). Elle est un peu discrète mais super sympa. Elle fait aussi quelques efforts pour me parler mais à le pire accent coréen de toute la bande. L’accent coréen est le plus incompréhensible que je connaisse à ce jour. Les coréens semble ne pas être capable de finir un mot sans prononcer une voyelle. De plus, certaines de nos consonnes semblent leur être totalement inaccessible, comme le « f » ou le « v ». Rien que pour compter c’est horrible « five » devient « Païbeuh »…

Chang-Wook Park.

Il est animateur nature au centre depuis trois ans mais file un coup de main au bagueur le reste du temps. Il ne parle pas très bien anglais mais semble apprécier ma compagnie. Il m’emmène dans chacune de ses excursions. Je crois qu’on a un peu la même façon de bosser, on ne se prend pas trop la tête avec les protocoles. Par exemple lorsque j’observe un oiseau et qu’il vient de disparaître derrière un bosquet, mes autres collègues diraient « Tant pis, il n’est plus dans le site de référence ». Park lui il me répond « Et si on allait voir ce qu’il y a dans ce bosquet ». Il avait un peu perdu la frite ces derniers jours, suite à un décès dans sa famille. Mais je me suis imposé dans sa voiture il y a peu et depuis on fait un concours de qui réussira les plus belles photos d’alouettes.

Gil-Pyo Hong est le doyen du bureau, il y travaille depuis sa création en 2005. Pourtant il n’est chargé que des questions administratives et des commandes de fournitures. Il passe ses journées derrière son ordi. Cela dit quand on a des doutes sur l’identification d’un oiseau, c’est lui qu’on appelle et il a le dernier mot. Il parle bien anglais et il m’aime bien (comme tout le monde ici). Depuis que je suis arrivé il n’arrête pas de me commander des vêtements de ranger. J’ai même un chapeau ET une casquette du parc national! Les autres sont jaloux…

Hee-Jong Kim.

Lui c’était le personnage le plus singulier du centre. Au début j’ai pensé que je ne lui parlerais jamais. Ses premiers mots ont été « Je ne parle pas anglais », il était le seul a ne pas baguer et lorsqu’il sortait de la clinique c’était pour faire mumuse avec sa buse. Dois-je préciser qu’il est vétérinaire? Mais à force d’insister je me suis rendu compte, et lui aussi, qu’il était probablement le plus bilingue du centre! Humour noir, je m’en foutisme et buse apprivoisé, on s’est très vite bien entendu. Le plus étonnant a été de découvrir que, hors du bureau, Kim était Monsieur « Ambiance en soirée ». Le soju le transformait en quelqu’un qui aurait très bien pu postuler à un poste de barman au Petit-Jailly! Il m’a offert la seule soirée pendant laquelle un type s’amuse à retirer les fils des points de sutures post-castration de son chat… Les deux Kim formaient une équipe du tonnerre. Mais si je parle de lui au passé c’est parce qu’il a quitté le centre la semaine dernière pour un nouveau poste dans un refuge sur le continent. Il y a quand même des chances que je passe y faire un tour…

Vous noterez que cela fait maintenant trois articles que je rédige au sujet de ce centre, et je n’ai toujours pas vraiment parlé d’oiseaux! Je fais des efforts!

Mais ça ne va pas durer...


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