Archive for mai, 2012

Ou comment garder son sang-froid.

29 mai

 

Le temps s’est sérieusement dégradé ces dernier jours et on n’entend plus un piaf sous le déluge qui perdure. Toutefois, dire que le temps se dégrade est un peu subjectif. Si on ne peut pas sortir écouter les oiseaux se chanter des mots doux, de leurs côté, les amphibiens peuvent sortir tirer un coup.

L’occasion pour moi de vous parler de nos collègues roumains.

À commencer par Tibor.

Tibor est né dans la région mais continue à se revendiquer hongrois. Une attitude commune à la grande majorité de la minorité hongroise transylvanienne. Il est toutefois nécessaire de rappeler que cette région à longtemps était liée au royaume de Hongrie, puis à l’Empire Austro-Hongrois. Une paternité assez classe. Enfin tout ceci n’intéresse que les imbéciles heureux qui sont nés quelque part. Nous ce qui nous importe c’est que Tibor est un herpétologue. Sur son temps libre, il est embauché par Ine pour différents projets. Et sur notre temps libre nous l’accompagnons sur son terrain.

La première fois que je l’ai suivi, il allait jeter un coup d’œil à un étang qui sert de reproductions à deux espèces abondantes dans la région.

Crapaud commun (Bufo bufo)

Grenouille agile (Rana dalmatina)

Début avril, ces batraciens n’étaient pas les seuls à avoir le bas ventre qui démange. La richesse de la région c’est l’abondance de mares temporaires. Le moindre trou rempli d’eau peut servir de lieu de ponte. Tibor recense frénétiquement tous ceux qu’il peut trouver. Au départ on observait essentiellement des grenouilles rousses et des tritons communs ou ponctués dans ces milieux.

Grenouille rousse (Rana temporaria)

Mais plus le printemps avança et plus ils laissèrent la place à deux autres espèces. Le triton crêté et surtout le sonneur à ventre jaune. En France, ce petit crapaud est classé comme Vulnérable et fait l’objet d’intenses mesures de protection. Ici je n’ose même pas m’imaginer combien j’ai pu en écraser. Ils sont tellement présents que je vérifie à chaque fois si il n’y en a pas une paire en train de copuler dans ma bière…

Triton crêté (Triturus cristatus)

Sonneur à ventre jaune (Bombina variegata)

Hier nous nous sommes rendus à Breite où Tibor voulait constater la reproduction tardive d’une population de crapauds communs. Breite c’est une magnifique « Wood pasture » située à proximité de Sighișoara. Classée en réserve naturelle, elle fut longtemps protégée par plusieurs rangers. Ces derniers ont récemment été remerciés et l’un d’entre eux, Arpad, a été embauché par Tibor pour l’un de ses projets.

Comme je n’ai pas de photos d’Arpad je vous met Breite.

Ce projet est plus ou moins affilié aux nombreuses recherches menées par l’université de Lüneburg dans la région. Arpad et Tibor effectue un inventaire aviaire des espèces présentent sur les « wood pasture » classée Natura 2000.

Mais notre vrai ornithologue local c’est Cosmin. Un roumain qui connait parfaitement les oiseaux de la région. Il remplace Ine lorsqu’elle a d’autres obligations et l’accompagne de temps à autre sur le terrain pour lui donner quelques tuyaux. Et comme je n’ai pas de photos de lui non plus je vous remet trois amphibiens locaux:

Rainette verte (Hyla arborea)

Crapaud vert (Pseudepidalea viridis)

Salamandre tachetée (Salamandra Salamandra)

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Le gros ours.

22 mai

 

Tout le monde nous a abandonné. Notre équipe se retrouve avec ses effectifs de départs à savoir Marlene, Ine, Cathy et moi-même. Mais si nos collègues ont tous tiré au flanc nous avons quand même reçu la visite d’invités de marque.

Yannick, le petit ami d’Ine, est arrivé tout droit d’Alaska pour l’anniversaire de sa douce.

Et il nous a amené des ballons!

Puis se fût au tour des parents de Cathy de s’ajouter à notre petite communauté. Emmenant avec eux une caisse de pinards Alsaciens, des confiotes maisons et des sauciflards! Je ne les remercierais jamais assez pour ça.

Odile et Annamarie causent cuisine.

Côté boulot il a fallu mettre les bouchées doubles pour combler le déficit de main d’œuvre. Ine nous a initié au pistage des ours. Un animal très présent dans la région et qui est au centre de beaucoup d’attentions.

Je calme tout de suite tout le monde je ne verrais pas d’ours. Lorsqu’on étudie les grands prédateurs on se contente généralement de rechercher les traces de leur présence.

Ouh la belle trace…

Le protocole est là encore assez simple. Ine a sélectionné tout un paquet de lisières forêt/pâturages pour y réaliser des transects de huit cent mètres. Chaque transect se trouve à dix mètres de la forêt et fait six mètres de large. Le long de ce transect on référence les traces de la présence et de l’activité des ours. En plus de faire caca et griffer les arbres, les ours ont une occupation principale en ce moment: manger des larves de fourmis.

Nom nom nom.

Donc on marche en regardant nos pieds pendant huit cent mètres en comptant les fourmilières et essayant de déterminer celles qui auraient pu recevoir la visite d’un plantigrade. D’un côté il faut savoir si les fourmilières intactes sont encore habitées. Pour ce faire on utilise une technique subtile et délicate, à la précision proche d’une opération chirurgicale: le coup de pied. Ensuite il faut déterminer si les fourmilières détruites l’ont été par un ours, un sanglier, un pic ou autre biologiste zélé. Les ours ont une manière très particulières de creuser les fourmilières. Ils donnent l’impression de s’être servie d’une cuillère à glace.

Sorbet parfum myrmicéen.

Expliquer à un berger roumain pourquoi on joue au foot avec des fourmilières et décortique des cacas n’est pas aisé mais ça nous change un peu. Et puis même si on doit aussi se coltiner les identifications de plantes et l’évaluation des activités humaines le long des transects, ça nous permet aussi de découvrir d’autres bestioles locales.

Le serpent de la fin.


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The giant dwarves empire.

12 mai

 

Commençons par les nouveaux puisqu’il n’y a pas encore eu de départs. Yann, statisticien allemand, nous a rejoint pour vérifier que nos sites correspondent aux attentes des chercheurs. Et comme tout le monde il va aussi ramasser quelques cacas d’ours. Et une petite équipe de hongrois ont également planté des petits pièges sur nos sites pour étudier les pollinisateurs qui s’y trouvent.

Et vous trouviez l’ornithologie ennuyeuse?

Et puisqu’on parle boulot figurez-vous qu’on cartonne sérieusement par ici. Aidés par une météo relativement clémente et une volonté du tonnerre nous venons de finir notre deuxième tournée des villages avec Ine et Cathy.

Ine avait prévu d’effectuer trois tournées d’ici la fin de notre contrat à la mi-juin. Cela devait permettre à chacun d’entre nous de travailler dans chaque village. C’était sans compter sur notre efficacité. En onze jours d’affilés nous avons offert à notre patronne l’opportunité de réaliser quatre tournées pour cette saison. En récompense nous avons reçu des vacances.

Qui démarre par un barbecue!

Alors que faire de ses vacances lorsqu’on vit en Roumanie? Ce pays a la particularité de ressembler à ce que devait être l’Europe occidentale il y a cent ans. Tous les matins on voit les habitants des villages sortir leur bétails en vrac dans les rues. Il n’est pas rare de voir une doyenne sortir son unique génisse pour l’ajouter au troupeau commun. Quelques bergers vont ensuite s’occuper des animaux toute la journée à travers les pâtures. Le moyen de traction le plus commun reste le cheval, certains champs sont labourés à la main et on trouve encore des boutiques qui ne vendent que des cassettes audio.

Hors du temps.

Ici quasiment rien n’a changé depuis un bon paquet de siècles et on peut facilement se rendre compte de ce que devait être la vie par le passé. Après avoir fait plusieurs fois le tour de la Transylvanie, Ine, Annamarie, Cathy, Marlene, Joris et moi-même avons décidé d’explorer la région de Bucovine. Pour ce faire nous devions traverser des Carpates infestées de vampires avant d’arriver dans un paysage tout-à-fait différent.

Pour bien comprendre l’histoire de la Roumanie il faut s’intéresser à l’existence des voïvodats. Des régions dirigées par des princes voïvodes dont le plus célèbre est sans aucun doutes Vlad Tepes. Mais je vous parlerais de lui plus tard. Pour l’instant ce qui importe c’est que les voïvodats représentaient la dernière frontière du monde chrétien face à l’empire ottoman et l’avancée de l’Islam. Et Bucovine se trouvait alors au cœur du voïvodat de Moldavie. Or au cours du XVIème siècle les orthodoxes édifièrent de nombreux monastères dans la région. Et pour renforcer la foie chrétienne des illettrés locaux ils recouvrirent les murs extérieurs et intérieurs des édifices d’une version bande dessinée de la Bible.

Car un village peuplé d’irréductibles Moldaves résiste encore et toujours à l’envahisseur.

Le plus impressionnant est l’état incroyablement bien préservé de ces fresques. Mais bon l’histoire raconté est un peu connu et le style un peu répétitif alors nous avons aussi profité de nos vacances pour se décontracter entre deux nuits dans un monastère orthodoxe. Une fois bien ressourcés nous avons retraversé les Carpates dans l’autre sens.

Et à la rame s’il vous plaît!


 

 

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Une gonzesse de perdue…

2 mai

Lunja est retournée en Allemagne gratter du papier mais la maison ne s’est pas vidée pour autant.

Comme je vous l’avais déjà expliqué, les activités de notre groupe ne se limitent pas à l’ornithologie. Pour mieux pouvoir mesurer l’impact des différentes pratiques agricoles sur l’environnement il faut évaluer leurs répercussions sur à peu près tout ce qui vit. La dernière fournée de collègues vient assister Ine dans ses recherches sur les grands prédateurs.

Le haut de la chaine alimentaire.

Les deux prédateurs principaux de la région sont le loup et l’ours. Pour le premier, ils sont trop peu nombreux et trop durs à pister pour être directement étudiés. Par conséquent ils seront uniquement mentionnés dans les études sociologiques telle celle de Frida (Allemagne). Frida vient d’arriver et va passer plusieurs jours à questionner les locaux sur leurs relations, sentiments et rapports avec les loups et les ours. Les loups ne devraient pas vraiment poser de problèmes car ici on ne trouve pas de mouton qui se balade sans au moins un berger et deux toutous à ses côtés.

Et quand je parle de toutous je ne veux pas parler de ce genre de choses…

Les chiens de berger ici prennent leur boulot très à cœur et chassent sans distinction tout ce qui s’approche de leurs protégés. Y compris les ornithologues. Or il arrive également que des toutous se promènent sans moutons ni berger. Ceux là sont un peu plus pénibles et récemment il m’a fallu vider la moitié de mon spray lacrymogène sur l’un deux pour garder ma jambe droite.

Bref si les roumains se soucient peu des canidés, les plantigrades les exaspèrent un peu plus. En effet, malgré leur statut de grand prédateurs, les ours ont plutôt tendance à engouffrer tout ce qu’ils trouvent. Du coup les apiculteurs et autres agriculteurs de la région ne les apprécient pas plus que ça.

Le boulot des biologistes travaillant avec moi va être d’évaluer la présence et l’activité des ours en fonctions des différents milieux. Marlene (Allemagne) est arrivée en même temps que moi et étudie l’activité des ours dans les « wood pastures » pour son Master. Ine fait de même pour son projet, mais comme elle est aussi censée compter les oiseaux elle a recruté un petit paquet de monde pour commencer le boulot sans elle. Nous avons ainsi été rejoins par Joris et Annamarie (Pays-Bas), Ben (Australie), Alexander (Angleterre) et bien entendu Jörn (Allemagne), le patron d’Ine et enseignant -chercheur en charge de ce colossal projet.

Celle qui n’a pas de tête c’est Annamarie.

Comme j’irais moi aussi compter les cacas d’ours plus tard j’attendrais ce moment là pour vous expliquer plus précisément le boulot. En attendant je continue de m’occuper des pioupious qui se font de plus en plus nombreux avec l’arrivée des migrateurs. Les résidents quand à eux se font plus discrets et consacrent plus de temps à la nidification qu’au chant. Et mister Soleil se levant de plus en plus tôt il faut que je suive le rythme pour pouvoir écouter mes ténors tombés du lit. Par contre comme il fait très vite trop chaud pour s’égosiller je finis le boulot assez tôt.

9h30, plus un bruit dans les campagnes.

Du coup ça laisse du temps pour visiter la région. Alors bien sûr dis comme ça, le tourisme en Roumanie ça ne vend pas vraiment du rêve. Mais par chance la Transylvanie est certainement le coin le plus sympa du pays.

L’attrait principal de la région est certainement le multiculturalisme. C’est peut-être aussi le plus gros problème. Suite à une histoire intéressante que je vous conterais une autre fois, la Transylvanie est habitée par tout un paquet de gens d’origines très différentes. Ainsi la populations locale est essentiellement constituée de Roumains, Hongrois et Saxons. Mais on trouve tout un paquet de minorités dont les Tsiganes de Transylvanie, les fameux Roms. Ils seraient arrivés au XIVème siècle depuis les steppes mongoles. Or comme tous les peuples nomades, leur confrontation avec une société moderne sédentaire a créé des conflits encore d’actualités aujourd’hui. Si toutes les ethnies du coin sont d’accord sur une seule chose c’est que « c’est encore à causes des gitans! ». En Transylvanie, si vous crevez un pneu, ne péchez pas de poissons, êtes cocus ou vous luxez un testicule, c’est sûrement à cause d’un tsigane.

Têtes de turcs.

Mais le racisme ambiant n’est pas le seul cadeau que nous offre l’abondance de cultures différentes. Avec des villages dans lesquels personne ne parle roumains on a droit à une variété incroyable d’architectures et de décors. Les plus célèbres et typiques étant les églises saxonnes fortifiées. Mais trêve de blabla, j’ai la flemme alors je vous laisse avec des exemples en images:

Alexandrita

Văleni

Sighişoara

Biertan

Viscri

Alma vii

Moşna

Mediaș

Daneş

Târgu Mureș

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