La mer

13 novembre

Elle est partout. Où que se posent nos yeux. Seuls au monde sur notre navire qui rétrécit au fur et à mesure que notre regard scrute l’immensité écrasante de l’océan. À la fois immuable et vivant. Le fait de ne voir que ses eaux à longueur de journée pourrait donner l’illusion d’être figés si son caractère et ses humeurs ne changeaient pas continuellement à l’approche du front polaire.

Finies promenades en t-shirt et tongs, place aux bonnets et aux blousons. Les frileux phaétons ont laissé place aux majestueux albatros. Les coups de soleil se résorbent sous la grisaille et le roulis du bateau se fait plus ample. Cela dit on s’accorde tous à dire que nous sommes plutôt gâtés par la météo. Un voyage vers les îles Crozet implique généralement au moins une bonne tempête. Loin de nous l’idée de s’en plaindre car, malgré tout, les mouvements chaotiques du bateau rendent les activités du bord un peu plus hasardeuses…

Jeu de fléchettes… En plastique évidement.

Le rythme de vie à bord est assez décontracté. On partage le bateau avec le personnel naviguant, le personnel des Terres Australes et Antarctiques Françaises, le personnel de la réserve, une poignée de touristes et tous mes collègues de l’Institut Paul-Émile Victor. Personne n’a trop de mal à se trouver une occupation pour lutter contre l’ennui qui pourrait frapper sur un navire. Personne sauf peut-être les quelques uns qui ont le mal de mer… Outre les activités journalières, tout ce petit monde met à profit le bar du Marion Dufresne pour faire connaissance.

L’équipe de la réserve lors de la soirée « Blind test »

N’allez pas non plus croire que je suis en vacances, pour moi, le boulot a déjà commencé. Toutes les heures, mes collègues ornithologues et moi-même nous relayons ou nous assistons pour compter pendant dix minutes les oiseaux qui passent devant le bateau. Un dur labeur passionnant, d’autant plus qu’en traversant tant de latitudes, les espèces présentes changent tous les jours. Le but de cet exercice est de collecter des données sur la répartition en mer des oiseaux pélagiques. Ces données ont permis de montrer qu’au fil des ans plusieurs espèces s’éloignent de moins en moins loin du continent Antarctique.

L’eau deviendrait-elle un peu trop chaude pour toi?

Mais toute cette petite routine va bientôt prendre fin car cette nuit nous approcherons des côtes de l’île de la Possession, notre première halte…

As far as I remember, I’ve always seen the land. I’ve never been surrounded only by water. Until now. Not a single tree, plant or rock even at the horizon. The two massive ships we’ve seen the first day seem now to belong to ancient history. Nothing here but us and the ocean. Only birds remind us that there is a world full of life outside our boat. First they were just random, lost creatures but now they follow us as if they were enjoying the unexpected company.

Unexpected couldn’t be more accurate. The further we go South, the loneliest we are. We are leaving the maps. Water temperature continuously goes down while the wind gets stronger and stronger. T-shirts are covered with jumpers and dust is washed out our snow hats by the cold Southern wind. No one dare anymore to rest on the deck of the ship.

And that’s a shame…

Life on board is pretty relaxed. We share the vessel with staff from the Terres Australes et Antarctiques Françaises, the Réserve Naturelle des Terres Australes Françaises, the Marion Dufresne’s crew, a few tourists and of course my coworkers from the Institut Paul-Émile Victor. All these people go along pretty well and we share a lot of different activities. We also share a lot of crazy stories and different life experiences around some Dodo beer at the ship’s pub.

We also work. Sometimes. Like me for example. Every hour at least one ornithologist has to watch for birds in front of the boat for ten minutes. The goal is to collect data to create a history of the birds’ range at sea.

Hard workers.

But all this relaxed daily routine is soon coming to an end, tonight we will approach the Possession island, our first stop…

Communiqué de presse en provenance des Terres australes et antarctiques françaises (organisme d’état):

Dans la nuit du 13 au 14 novembre, le Marion Dufresne II, navire ravitailleur des Terres australes et antarctiques françaises, lors de sa 3ème rotation annuelle dans les îles subantarctiques, a heurté un haut-fond au large de l’archipel de Crozet, ce qui a occasionné une voie d’eau à l’avant bâbord du navire. Ce dernier a rejoint la baie du Marin, qui se situe à proximité de la base Alfred Faure. Il est actuellement à l’abri au mouillage dans cette baie et sa stabilité est bonne.

Les investigations sont en cours pour évaluer les dégâts et prévoir les suites à donner à cette avarie.

Il n’y a aucun blessé parmi les 48 hommes d’équipage qui maîtrisent la situation et les 97 passagers qui en ont été informés. Toutes les mesures sont prises par les Terres australes et antarctiques françaises, en liaison avec la CMA-CGM pour assurer en priorité la sécurité des personnes à bord.

P.S. : Le stock d’alcool n’a rien eu, tout va bien!

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8 Réponses so far »

  1. 1

    arnaud et manue said,

    non mais ça n’arrive JAMAIS (sauf en 2005) ce truc là!!
    C’est vraiment extraordinaire ce qui t’arrive!!
    Du coup, j’imagine que le traditionnel tournoi de badgmington va se prolonger?
    Penses à nous en buvant une Dodo (ou une Phénix).
    Bisous

    • 2

      Rémi said,

      On jouait plutôt au volley à vrai dire. Mais vu l’ambiance les packs de 1664 nous on vu plus souvent que les terrains.
      Bisous

  2. 3

    le cachalot! said,

    Me voilà rassurée! Si le stock d’alcool n’a rien c’est le principal!
    Et puis vous avez gagné quelques jours de vacances (sauf les pov malheureux qui sont basés au Crozet.Je compatis avec Ciloo, va falloir qu’elle te supporte encore quelques jours. Si près du but… ), bande de feignasses.
    Gaffe aux iceberg, ce serait moche que vous finissiez comme le Titanic.
    Des bisous ma blonde (t’en file quelques uns à Ciloo au passage stp) et bonne croisière.

    • 4

      Rémi said,

      Les gars de Crozet ont fait un peu la gueule quand ils nous ont vu débarquer. Il va effectivement falloir du courage à Ciloo mais ça va, elle est planquée à l’écart dans sa colonie de manchots débiles.
      Bisous

  3. 5

    c’est la bateau ou c’est toi qui tangue ?

    • 6

      Rémi said,

      Un truc de ouf! Quand t’es bourré sur un bateau tu marches droit! Par contre j’ai eu le mal de terre aujourd’hui. C’est super bizarre…

  4. 7

    Sue said,

    Ahah!! Bah c’est con quand même, si prêt du bout!!… J’espère que tu te trouves des occupations!! Et puis si vous vous ennuyez trop, allez les gars, Amsterdam c’est pas si loin, prenez des kayaks!!!


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