Terre à terre

15 novembre

Lorsqu’on quitte sa cabine à quatre heures du matin, on a du mal à savoir si c’est la fatigue ou le bateau qui nous fait tanguer. Lorsque le vent glacé de l’océan antarctique vous fouette le visage alors que vous apercevez la nuit régner sur les eaux, vous vous demandez pourquoi vous n’êtes pas restés sous votre couette. Lorsque les lueurs du soleil qui se lève timidement font apparaître les contours de l’île de l’Est à l’horizon…

Plus rien, pas même les mots, n’a de sens.

Elles sont là. Majestueuses. Les îles de l’archipel Crozet. L’île de l’Est, inaccessible, tient à nous le faire regretter en se drapant de rayons lumineux. Indifférente, l’île de la Possession prend son temps pour retirer le couvercle de nuages qui l’entoure. Les yeux sont émerveillés, fixés sur la masse qui se dévoile, tout en sautant frénétiquement de détails en détails. Là une colonie d’albatros hurleurs, ici une vallée magnifique, ailleurs une colonie de manchots royaux et les mêmes oiseaux qui viennent observer avec curiosité les nouveaux venus que nous sommes.

Même les albatros fuligineux semblent ravis de nous inspecter.

Pointe basse. Plusieurs employés de l’Institut Polaire doivent ravitailler la cabane qui s’y trouve. Pendant que l’hélicoptère enchaine les aller-retour, le petit déjeuner fait salle comble pour la première fois du voyage. Mais ni le froid, ni le chocolat chaud ne nous empêcheront de nous amasser sur le pont supérieur. Passer d’un paysage vide à une débauche de scènes à couper le souffle plonge tous les passagers dans une transe admirative.

Y compris ceux qui sont déjà venus.

L’hélicoptère amarré, nous reprenons le tour de l’île en direction de la Pérouse. Le chemin est inhabituel. Les décors le sont encore plus. Chaque seconde qui passe dévoile une nouvelle merveille. Jusqu’à ce que tout s’arrête. D’abord le bruit. Puis le Marion penche de manière inhabituelle. Tangue. Se ré-stabilise. Tout le monde est calme, incrédule. Le Marion a touché. Le Marion est touché. La suite va s’enchainer dans le même calme.

Faisant preuve d’un professionnalisme exemplaire, le commandant, le personnel naviguant et encadrant gèrent la situation d’une manière irréprochable. Nous sommes tenus au courant en direct. Le Marion Dufresne porte une estafilade sur sa coque bâbord. Il ne coulera pas. Nous nous installons en baie du Marin. Le Marion doit rentrer. Sans nous. Nous restons. Demain nous envahissons la base Alfred Faure. En attendant qu’un navire puisse venir nous chercher. La suite?

L’inconnu. Ça va, ça ne me change pas beaucoup!

 

We’ve reached it! The subantarctic. The first island to be seen in the rising sun is East Island. Majestic, she is not our target but everyone stare at it. Our destination is still covered by clouds in the early morning. But the closer we get the more of the Possession island we can see. Cliff, valleys and birds colonies. Sceneries are beyond descriptions. Everything our eyes can reach is amazing. Crozet archipelago, one of the highest density of birds in the world. This is their land. Albatros, petrels, skuas, shags, gulls and of course penguins. They are all here, circling the boat. Investigating the intruders.

You came to the wrong neighborhood…

Our first stop is at Pointe basse, where some people of the Institute have to work on the shelter. After a few helicopter’s rotations we continue our way around the island to the West. We need to stop at another shelter before reaching the base Alfred Faure. This is not an usual way, this is not a usual scenery, this is not a usual day. On this day, the Marion Dufresne hit an obstacle…

Everyone gathered at the forum. The boat won’t sink but have to be repaired. The mission is canceled. The Marion Dufresne has to leave but we can’t leave with it. We’ll have to stay in Alfred Faure until another boat can pick us up. Well.

I won’t mind waiting there.

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14 Réponses so far »

  1. 1

    Cathy said,

    Arrêtes de tout casser Rémi, tu crois pas que les voitures c’est suffisant ?

  2. 3

    memejo said,

    trés bel article rémi ou la poésie des lieux l’emporte sur lévénement , je te souhaite de retrouver une mission dans ce bout du monde , là c’est une aventure pas banale ! bon vent pour la suite . la mémé de cécile

  3. 5

    Ophélie said,

    ahah la vie en mer, toute une aventure
    profites en bien^^

  4. 7

    Sue said,

    Wah! Ca me file des frissons!!! Tu vas avoir des histoires sympas à raconter toi, au retour (encore plus originales que d’habitude, j’entends!)!

  5. 9

    cosette said,

    J’étais à la bourre dans la lecture de tes articles! jpensais pas que tu serais déjà aussi assidu! magnifiques photos, j’en ai eu les poils aux bras qui se sont dressés d’émotion. En tout cas jte félicite pas on avait dit de pas essayer de lancer des objets sur la coque du bateau!! avoue avoue que t’avais envie de refaire Titanic! bon courage en tout cas, je pense que ça devrait aller comme escale, mais je compatis pour ciloo qui va devoir te supporter encore héhéhééé. Gros bisous à vous deux et lance pas les manchots non plus c’est pas des fléchettes vivantes!

    • 10

      Rémi said,

      Ben j’avais pas non plus prévu d’être aussi bavard mais je n’avais pas prévu que ce soit si mouvementé…
      Ciloo elle se cache dans sa manchotière. Mais j’envisage d’aller dessiner des cibles de fléchettes sur les ventres de ses oiseaux débiles, hé hé.
      Bisous

  6. 11

    Gagarin said,

    Tu prends le temps de bien écrire, dis donc, quand tu t’emmerdes !

    Bon courage à tous les naufragés. Essayez de faire durer la bouffe pour pas devoir vous entre-becter avant l’arriver des secours. Et au cas où ça dégénère, je sais que t’as les moyens de leur couper l’appétit.

    • 12

      Rémi said,

      Ben ouais, j’ai été l’un des derniers à débarquer. Du coup pendant deux jours on tournait un peu en rond. Et ça va durer jusqu’à ce qu’une bonne partie des naufragés soient évacués. Donc en attendant…

  7. 13

    Biba said,

    Au top la photo de Ciloo déguisée en « Où est Chalie » 🙂 Bisous

    • 14

      Rémi said,

      Hé hé! Tu la verrais sourire jusqu’aux oreilles au milieu de ses manchots. J’étais obligé de prendre une photo de ça! Bisous


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