Maxipack

23 novembre

 

En temps normal je n’aurai eu aucune certitude de pouvoir poser le pied sur l’île de la Possession. Juste avant que le Marion Dufresne ne percute un récif, je caressais l’espoir de pouvoir y être débarqué pour deux trois heures. Cela fait maintenant une semaine que j’y suis installé.

L’archipel de Crozet fait partie dans son ensemble de la réserve naturelle des terres australes française. La base Alfred Faure permet d’accueillir les rares campagnards d’été et la poignée d’hivernants qui sont autorisés à y travailler. Forcément quand les naufragés ont débarqué pour augmenter la population de la base jusqu’à près de cent cinquante personnes, il a fallu s’organiser. C’est ce qu’ont fait à la perfection les personnels des Terres Australes et Antarctiques Françaises ainsi que de l’institut Paul-Émile Victor. En partageant les chambres disponibles et réquisitionnant des lieux de vie commune, tout le monde a pu s’installer confortablement et il a parfois été difficile de réaliser que nous étions si nombreux. Et pour parfaire cette impression nous étions autorisés à nous rendre dans certains lieux proches de la base.

Dont la Baie du Marin.

L’archipel de Crozet me permet de vivre dans un environnement bien plus représentatif des terres subantarctiques que l’île d’Amsterdam. Le climat y est froid et rude et nous avons pu assister à quelques belles petites tempêtes. Mais comme souvent dans le subantarctique la météo est extrêmement changeante et un beau ciel bleu peut apparaître après une demi-heure de pluie battante. On profite de ces moments pour s’émerveiller devant la faune et la flore si particulière de la région. À l’embouchure de la rivière du Camp, qui se jette dans la baie du marin, se trouve une colonie de manchots royaux. C’est un endroit extraordinaire où se côtoient manchots, pétrels géants, skuas, éléphants de mer et d’où on peut régulièrement observer les célèbres orques de Crozet! C’est aussi un endroit protégé et nous ne sommes autorisés à nous y rendre qu’en nombre restreint. La particularité unique de ce lieu tient aussi à son histoire. Parmi les premières personnes qui ont voulu s’installer sur l’île de la Possession, il s’en est très vite trouvé qui jugèrent que la baie du marin était le lieu parfait. Ils ont donc construit une base au milieu des manchots. Depuis, les hommes ont appris à respecter un minimum l’écosystème extraordinaire de l’île et la base se trouve désormais sur les hauteurs d’une petite colline toute proche. Les installations humaines de la manchotière sont progressivement démantelées mais certaines sont conservées à des fins scientifiques.

Et devinez qui y travaille?

Un danger qui menace un troupeau de scientifiques coincés sur une base, c’est l’inactivité. Pour des raisons évidentes nous ne sommes pas autorisés à nous balader où bon nous semble dans la réserve. Les déplacements hors base ne sont autorisés qu’à condition qu’ils servent à effectuer des manipulations dans le cadre de programmes scientifiques. Or chacune de ces manipulations nécessite l’aval de commissions et de décideurs pour éviter que n’importe qui n’aille tripatouiller les bestioles dans tous les sens sous prétexte de faire de la recherche. Ça limite pas mal les possibilités pour la totalité d’entre nous et on est nombreux à tourner en rond.

Mais bien que j’envahisse son petit paradis, Ciloo m’a invité à l’assister sur le terrain. Elle travaille ici sur les manchots royaux et en ce moment elle doit manipuler des gros poussins. Pour savoir plus précisément en quoi consiste son boulot de « manchologue », je vous invite à suivre ses explications sur son site.

Si on ne peut pas trop bosser et qu’on a déjà enchainé deux services en salle dans la journée, il nous reste les soirées. Contrairement à toutes les missions australes précédentes, notre naufrage nous offre une opportunité unique. Alors que nous prévoyions de ne faire réellement connaissance qu’avec les collègues de nos districts respectifs voilà que nous avons tous formé une immense famille de naufragés. Chaque soir, le Cro ni bar accueille les rires, les histoires, les parties de baby-foot de ces personnes fantastiques que la croisée de destins extraordinaires a amené à s’entasser ici. Mais aujourd’hui l’ambiance familiale a pris un coup. À côté du Marion Dufresne, le Léon Thévenin a jeté l’ancre. Pour tous nos amis qui devaient nous accompagner pour une courte campagne d’été, le rêve s’arrête ici. Ce bateau va les raccompagner jusqu’au Cap sans qu’ils n’aient pu ne serait-ce qu’admirer les îles merveilleuses qu’il nous reste à découvrir…

I wasn’t really supposed to spend even few hours on Possession Island. Now it’s been a week that I enjoy this amazing place. The base Alfred Faure isn’t built to host one hundred and fifty people, but thanks to the fantastic job of the Institute and Terres Australes et Antarctiques Françaises staff, we manage to have an incredible good time. Rooms are shared, everyone is helping one way or another and we’re even allowed to visit some places close to the base. The island is part of a natural reserve and no one can visit it without permit. But the reserve’s staff guided some tours everyday to three places around Alfred Faure. One is definitely everyone’s favorite, the penguin colony. A ten minute walk from the base and you’re surrounded by noise, heavy smell and some of the most amazing creatures I’ve ever seen. King and gentoo penguins, skuas, sheathbills, giant petrels, elephant seals and the famous Crozet islands killer whales!

Franck in front of the Marion Dufresne.

To prevent ourselves from becoming completely nuts we fight against inactivity. From helping in the kitchen to catching penguin chicks for Ciloo, I try to get as busy as I can.  And it’s not that easy. Everyone here wants to help and when the sofa in the common room was broken, it’s been fixed extremely quickly. I would love to go and help as an ornithologist but you don’t go and catch birds randomly just to keep yourself from being bored. Every manipulation has been carefully scheduled and there is no room for more disturbance. So Cécile, who’s working on penguins, offered me to go on the field with her at the colony. And that’s about the only thing related to my work that I’ve done so far.

But if we can’t work we still can party! And we do it a lot. From a bunch of people prepared to live with about twenty people for a year, we turned into a massive group of friends. Strong bonds have been built as we spend one of the most exciting time of our lives. And now that the Léon Thévenin is here to pick up the hundred who won’t continue the journey with us, we share the disappointment of those who turned so easily from strangers to friends.

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8 Réponses so far »

  1. 1

    Maman said,

    Je n’ai pas compris le titre ? Franck n’a pas l’air très sympa. Les manchots sont toujours aussi photogéniques (et Cécile aussi !). Profite bien.

    • 2

      Rémi said,

      Le groupe d’hivernants de Crozet se sont auto-baptisés « le pack de Cro » en hommage à une boisson à base de malt. Du coup comme on est plus nombreux qu’ils l’avaient prévu j’y ai fait une modification.
      Franck c’est un orque mâle associable qui ne traîne qu’avec une femelle. Incroyable hasard, elle a été baptisée Christine!

      • 3

        Christine said,

        Mon cher Rémi, tu es prié de surveiller ton vocabulaire. Je cite : « mâle associable qui ne traîne!!!!!!! qu’avec une femelle ». Et ce n’est pas un hasard mais une prédestination.

      • 4

        Rémi said,

        Ouille! Je m’attendais à prendre des réflexions sur mon anglais mais pas sur mon français…

  2. 5

    Roule said,

    y a des filles qui assortissent leur sac à main à leurs chaussures, Ciloo, elle s’assortit aux manchots. c’est beau!
    Je vois que tu as la chance de pouvoir tirer parti de vos mésaventures, et tant mieux pour toi!
    Enjoy your trip sailor!

    • 6

      Rémi said,

      Ben ouais je me sens super privilégié de pouvoir me balader et bosser sur deux districts différents! C’est vraiment pas donné à tout le monde.
      Mais maintenant je me méfie avant de vendre la peau de l’ours, je ne suis pas encore sur Amsterdam…

  3. 7

    clerget said,

    salut remi
    tu nous fait rever avec tes reportages lointains
    merci pour ces bouffees d oxygene
    sutout rosemarie en a bcp besoin apres ce qui lui est arrivé chez ta maman ( pour la deuxieme fois …..) la semaine derniere
    elle se repose maintenant a st julien et te fait de grosses bises
    michel et rosemarie

    • 8

      Rémi said,

      Merci beaucoup à vous!
      Si ça vous fait plaisir alors ça me motive encore plus à vous faire partager mes émerveillements!
      Grosses bises à tous les deux!


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