Archive for décembre, 2012

Ça trompe énormément.

24 décembre

Je ne m’étalerai pas sur l’extraordinaire dernière soirée à bord de l’Osiris ou sur notre arrivée dans les règles sur cette île tant convoitée.

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Relax.

Non je vais tout de suite vous parler de ma nouvelle maison. Et pour bien commencer il est indispensable de vous parler d’une bestiole en particulier. Il est impossible de l’ignorer ici, elle est partout. Dans les yeux d’abord. Lorsque de chaque côté du zodiac ses nageoires dépassent ça et là à travers la surface de l’eau. Lorsqu’il faut se frayer un chemin à travers les individus échoués sur la cale pour aller saluer les collègues. Dans les oreilles ensuite. Les aboiements plaintifs des mâles qui font penser à de vieux toutous miteux (un en particulier). Les hurlements de louve des femelles qui remplissent l’air et se mêlent aux embruns. Les bêlements nasillards des nouveau-nés et leurs petits cris presque humains. Et dans le nez enfin. La forte odeur naturelle de l’otarie à fourrure subantarctique est amplifiée par le rut des mâles et par la période d’ébullition à laquelle nous arrivons.

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Les cinq collègues de l’Institut au milieu des vrais propriétaires de l’île.

Pour bien vous parler de cet animal, il faut que je m’attarde sur son cycle de reproduction particulier. Vers le milieu du mois d’octobre, les premiers mâles sont arrivés sur les rivages désertés de l’île. Les bonshommes n’avaient pas tiré leur crampe depuis décembre dernier et étaient déjà un peu sur les dents. Ils se sont empressés de s’approprier un tas de cailloux bien placés et les défendent violemment depuis. Et pour cause, si ces cailloux valent le coup, ils pourraient attirer un petit paquet de femelles et les mâles pourraient peut-être en tirer un (de coup). Et elles sont bien arrivées ces femelles. Environ un mois plus tard, les premières font leur apparition, et elles ne vont plus s’arrêter jusqu’à la fin décembre. Un seul petit problème, elles sont presque toutes en cloque…

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FUUUUUUUUUUU

Je ne vous raconte pas l’état des mâles. Les monstres de près de cent kilos sont sur la béquille depuis un an et n’ont rien mangé depuis qu’ils sont arrivés. Le moindre gravier sur lequel une femelle pourrait poser une nageoire se défend à grands coups de crocs. Toutefois au milieu de cette effervescence et dès la fin novembre, les nouveau-nés font leur apparition. Dès décembre, les mâles les plus chanceux vont pouvoir vivre leurs poignées de moments pour lesquels ils se sont battus avec tant de vigueur. Et ce sans aucune pudeur pour les petites peluches qui découvrent rapidement un monde assez violent.

Et moi là-dedans? Lorsque porter des poils d’otaries faisaient encore fantasmer ces dames, l’île d’Amsterdam a été une boucherie. À tel point qu’assez vite on ne trouvait plus un pinnipède sur l’île et que l’espèce a été considérée comme éradiquée de la région. Depuis, l’animal a été protégé et a repeuplé l’île à une vitesse et avec une efficacité spectaculaire. Le laboratoire pour lequel je travaille étudie la démographie de cette espèce. Une portion de côte de l’île, appelée la Mare aux Éléphants, à cinq minutes de marche de la base, a été choisie pour cette étude.

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Annexe de mon bureau.

Chaque année, l’écologue de la base y marque plusieurs nouveau-nés et suit leur croissance tout au long de l’année. Si vous avez bien suivi la phénologie de l’espèce précédemment expliquée, vous aurez peut-être remarqué que j’arrive pile poil au bon moment. Aidé par celui qui vient de passer un an dans mes futures bottes et un volontaire de la base, je parcours les rochers à la recherche de petites otaries vieilles de quelques heures. Armé d’un bâton qui sert surtout à me rassurer, je sautille par dessus les rangées de crocs pour subtiliser à sa mère un bambin. Après cinq minutes de mesures, une nouvelle couche d’excréments sur mon pantalon et la pose d’un petit numéro, il sera rendu à sa génitrice. Et les retrouvailles entre un bébé apeuré et sa mère soulagée font facilement oublier qu’elle a failli m’arracher le bras quelques minutes plus tôt.

Well if I’m late about my arrival on the island it’s also because I’m late in my work, so straight to the topic:

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Awwwww…

Cute right? Well they are evil little poop machine on which I have to work. The subantarctic fur seals have been well on Amsterdam island until some chicks up in the North thought that wearing their fur would be really fancy. So they’ve been massively slaughtered. So well that the massacre stopped because of the lack of seals. They were believed to be extinct on the island. But since that fur is a lot less fancy and the seals have been protected, any little rock on the coast of Amsterdam is hosting a fluffy pack of fat. The lab I’m working for is studying the demography of this specie. On a small part of the coast, called « La Mare aux Eléphants », every year, an ecologist is send to tag a pack of pups and study them until they leave the island. This year I am the one on duty to catch more than a hundred of these little teddy bears. Lucky me?

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Maybe not…

These pups have mums and they don’t really like that I catch their babies, even for just a few minutes. Few minutes that I need to take some measurements and put a little number on the pup. While little evil poops widely on me and try to bite with its new little teeth. But these two aren’t the worst. The worst are the males. They didn’t have sex for the last year, no food for the last two months and from time to time an intruder try to bang their females. They are already a bit pissed off so when I come and steal one of the babies and the female follow me out of the harem without a little gift for the pimp…

They hate me but I still love them and everyday I go to « la Mare » with a big smile on my face.

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Anyone who screws with my seals get a kick!

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Entre hurlements et rugissements.

9 décembre

L’Osiris est un ancien bateau de pêche saisi par l’état pour braconnage. Armé par les Terres Australes et Antarctiques Françaises, il est désormais affecté à la surveillance des pêches et à d’occasionnels sauvetages en mer. L’embarquement s’est fait rapidement après d’énièmes aux revoir à ceux qui vont enfin avoir leur île pour eux seuls. Mes cinq collègues à destination d’Amsterdam et moi-même furent rejoints par une poignée d’hivernants affectés aux Kerguelen. Une fois tout le monde à bord nous mimes le cap vers le cinquantième parallèle.

La première étape fut de longer par le nord la magnifique île de l’Est. Un territoire quasi vierge abritant une quantité impressionnante d’oiseaux. La mer était littéralement couverte de prions, pétrels, albatros et même manchots. Une fois l’île derrière nous, la traversée à proprement parler pouvait commencer.

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Toujours bien escortés.

Comme depuis le début de ce voyage, nous avons été extrêmement chanceux avec la météo. Mais avec un bateau deux fois plus petit que le Marion Dufresne, même une météo clémente envoie une bonne partie des passagers aux toilettes. Pour ceux d’entre nous qui tenions encore la route, nous avons eu le plaisir de faire connaissance avec un équipage très sympathique. Entre les histoires de marins, les combats permanents pour garder son équilibre, les apéros sur la passerelle et les parties de tarots devant un nanar, le trajet jusqu’aux îles Kerguelen fut un véritable plaisir.

Trois jours après avoir quitté la base Alfred Faure, les contours de la Grande Terre se dessinèrent à l’horizon. Et pour être grande… L’ensemble de l’archipel des Kerguelen couvre l’équivalent de quatre-vingt douze pour cent de la surface de la Corse. Les côtes de la Grande Terre couvrent une distance plus longue que toutes celles de métropole réunies. Un mot est souvent revenu alors que nous assistions ébahis au déballage de vallées, baies et montagnes.

2 déc

« Continent »

Suite à l’invitation généreuse du chef de district et à l’autorisation tout aussi appréciée du commandant de l’Osiris, nous avons eu l’opportunité de visiter la base de Port aux Français. Était-ce à cause des deux semaines passées à Crozet que la plupart d’entre nous ne se sont pas trop senti dépaysés? Highlands pour les uns, Bretagne pour les autres, voire même relents du Nord de la France pour certains. La plus grande base des Terres australes françaises, entourée d’un paysage désertique sous un ciel gris de nuages bas, ne correspondait pas vraiment à l’idée que nous nous faisions d’une île subantarctique. Routes goudronnées, lampadaires et cortèges de véhicules. Si les éléphants de mer n’envahissaient pas les moindres recoins de la base, on se serait vraiment cru à la maison.

Ne vous y trompez pas, les Kerguelen sont tout aussi isolées et australes que Crozet, mais la démesure de ce territoire fait que ce n’est pas en une petite journée que vous pouvez vous en rendre compte.

3 déc

Il y a quand même des signes qui ne trompent pas. (Trompent… Éléphant de mer… Trompe… Éléphant… Non?)

Nous avons donc repris notre route après avoir débarqué nos amis ainsi qu’embarqué une poignée d’hivernants restés sur ce district depuis un an. Un dernier au revoir des occupants de la base et des dauphins de Commerson et nous avons quitté les cinquantièmes rugissants pour nous diriger vers les quarantièmes hurlants. Et pour le coup, ces latitudes ont mérité leurs surnoms. Sous un ciel bleu mais des vents déchainés, la traversée finale en aura envoyé plus d’un dans les commodités. Mais l’équipage extraordinaire de l’Osiris sous le commandement d’un homme exceptionnellement généreux et chaleureux aura rendu ce périple fantastique. Au point de nous faire presque regretter d’arriver demain sur l’île d’Amsterdam…

The Osiris was a boat used by poachers for illegal fishing. Caught by the French coastguards, it is now a patrol ship and also one of the rare vessels in the area to be sent on rescue missions. This is why it has been sent to bring us to the Kerguelen and Amsterdam islands. So how is life on board of a fifty meters long boat below the roaring forties?

Well there are two kinds of passengers. The first ones spend their days between the toilets and their beds. The second ones have more fun. The crew and number of passengers being quite low, it is a lot easier to socialize with the crew and its captain. The day begins quite early since you had difficulties to sleep. Hosted at the bottom of the boat in a cage turned into a four beds dormitory you already have to deal with the lack of space. Then come the noise of the engines, the twenty-four hours light filtering from everywhere and the boat’s movements that throw you randomly all over your bed.

4 déc

Get up, I feel like being in a washing machine.

So you’re awake and it takes few minutes to learn again how to walk on a moving ground. Once you’ve reached the breakfast room, you drop half of your hot coffee on your knees because of a vicious wave. Now fully awake and half burnt, you reach the command room to say hello to the captain and his crew. Time there is easily spent. The wonderful cliffs of East islands, the thousands of birds, the silhouette of the Kerguelen appearing on the horizon behind a group of killer whales. After a quick drink with the captain, you go down for lunch, trying not to loose your food all over the place. Nap, birdwatching, card games, movies. There is plenty of ways to busy yourself waiting for diner and crazy evenings with the captain and his crew.

5 déc

We can’t really say we’re sorry not to travel on the Marion Dufresne anymore…

Our first stop was at Port aux Français, on the Kerguelen islands, the biggest of the French Subantarctic territories. After staying about two weeks on Crozet, Port aux Français looked a bit dull to us. If it wasn’t for the elephant seals everywhere we wouldn’t have been able to tell we were still in the Subantarctic. Concrete roads, vehicles everywhere, public lights. But we all knew that if Port aux Français looked like the middle of a desert, most of the archipelago hosts an incredible number of the Subantarctic unique wildlife. A day is just not enough to have a look at it. We had to leave as soon as possible to our last destination, Amsterdam Island.

6 déc

But not without a warm goodbye from the Kerguelen’s people and their friendly Commerson’s dolphin.

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À Cro

1er décembre

Le jour du départ du Léon Thévenin, un troisième bateau est venu mouiller dans la baie du Marin, le Coral Sea Foss. Pour une terre du bout du monde ça faisait vraiment beaucoup mais le câblier français nous a rapidement quittés et le remorqueur Sud Africain a pu commencer son travail dans la foulée. Le Coral Sea Foss a rejoint l’archipel pour évaluer les dégâts sur la coque du Marion Dufresnes, effectuer d’éventuelles réparations de fortune et l’escorter vers une cale sèche. Le verdict a été rapide et rassurant. Le Marion Dufresnes n’a pas subi de dégâts majeurs et est reparti assez vite en sonnant dans la brume.

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À bientôt.

Le nombre de personnes présentes sur l’île de la Possession étant revenu à un niveau quasi normal, il a été plus simple de trouver à s’occuper. J’ai passé une bonne partie de mes journées en baie du Marin à filer des coups de main aux « manchologues », le reste à me balader ou participer aux activités des écologues de Crozet. J’ai ainsi pu inspecter les terriers des pétrels à mentons blancs qui nichent à côté de la base. Cette colonie est suivie régulièrement dans le cadre d’études sur la démographie de l’espèce. En ce moment les pétrels à mentons blancs commencent à nicher et se relaient pour couver leur œuf unique au fond de leurs terriers. Le boulot consistait à inspecter ces terriers avec un « burrowscope », l’équivalent d’un endoscope mais format éléphant adulte… À l’aide de cet outil nous arrivions à voir si le nid était occupé, si l’oiseau couvait et même à lire le numéro inscrit sur sa bague darvik. Les bagues darvik sont de grosses bagues en plastique qui portent rarement plus de trois ou quatre numéros. On s’en sert sur des populations d’oiseaux assez petites et évitent d’avoir à manipuler l’oiseau pour l’identifier. Tous les poussins nés dans la colonie de pétrels à mentons blancs sont bagués d’une bague métal avant leur envol. Si on trouve un adulte dans un nid qui ne porte pas pas de bague, on l’extrait délicatement de son terrier et on lui pose les bouts de métal et de plastique qui vont nous permettre de l’identifier.

Nous avons également effectué le même genre de travail sur les albatros hurleurs. Les oiseaux à la plus grande envergure du monde commencent jours après jours à s’installer sur l’île. On a donc longé la côte, armés de nos jumelles pour lire leurs bagues. Certains individus ne portaient pas de bagues darvik et lire les bagues métalliques à la jumelle est généralement impossible. Pas question cependant de manipuler ces géants au tout début de leur saison de reproduction. À moins que l’individu soit particulièrement curieux et se laisse approcher, nous devions parfois abandonner l’idée de l’identifier et se contenter d’admirer le magnifique animal.

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Le roi des rois.

Bien entendu en dehors des activités de terrains, la vie sur base a continué à être agréable et l’ambiance reste au top. L’aventure à Crozet s’arrête pourtant pour moi car l’Osiris vient d’arriver et m’emmènera avec tous mes collègues vers l’île qui nous attend et que nous commençons à être impatients d’explorer.

Now that the number of people on Possession Island lowered to an average size, activities are easier to find. I shared my time between the penguin colony, some hikes and a bit of field work. Two people from the same lab as me are doing the same kind of work I’ll be doing on Amsterdam here, on Crozet. It was then really interesting for me to go on the field with them. One of the missions they invited me to join was part of a demographic study. The target specie was the white-chinned petrel. A burrowing specie of sea bird which is nesting near the base at the moment. The goal of the work was to check if the nest was occupied, if the bird was incubating and to read the number written on a plastic ring on their leg. To do that without having to catch the bird we were using a camera specially made for this work.

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The burrowscope.

If they had no bands we had to carefully take it out its nest and put bands on its legs. This was an amazing experience and I feel really lucky since this kind of burrowing species are not present in enough number to be studied on Amsterdam.

Another mission I’ve been invited to join was focused on wandering albatross. These giant birds are arriving on the island to start their breeding season. All of them wear bands, at least one metallic and sometimes a plastic one. The plastic one can be read from a distance with binoculars and prevent the ornithologist from having to catch the bird to read the ring. For the albatross which were only wearing metallic bands we had to try and get really close to the birds. But sometimes the birds were too shy and we had to give up, not without enjoying the beautiful view of the majestic animal.

The time on Crozet has been as fantastic as unexpected but now the Osiris arrived in la baie du Marin and will carry me and my friends to our final destination, Amsterdam Island.

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