Archive for février, 2013

Botanique la peau lisse.

23 février

 

Wesh cousin.

Gros, truc de ouf. Ca fait deux mois et demi que je suis à Meuda et j’t’ai toujours pas parlé d’herbe ! Mais t’inquiète y a deux blédards qui viennent d’arriver pour faire pousser alors j’t’explique le délire.

Donc t’as vu je suis dans les TAAC (Terres Australes et Antarctiques Céfran, toi même tu sais) et, normal, c’est un peu la zermi pour faire pousser, surtout sans hydroponie… Mais à Meuda on est pas les plus en galère. Gros les cousins sur Kerguezmer, Zécro et Ta mère Adélie ils ont pas plus de gazon que de platanes à Clichy ! T’as trois mousses, et une fougère qui se battent en duel. On a ça aussi à Meuda, mais on a surtout le seul arbre des TAAC.

Gros c’est tellement un arbre de geudin qu’il a pas de nom normal ! Son blaze c’est Phylica arborea, en italique et tout.

24 février 1

Respect.

Toi même tu sais les arbres j’m’en tape mais celui là il est quand même bien dans la demer. Déjà, direct, les premiers keumés à débarquer sur Meuda ils lui ont mis la misère. Ils l’ont cramé, ils l’ont tailladé vénère, gros, j’suis sûr y en a même qui l’ont fumé… Mais c’était pas trop abusé encore, y en avait au taquet quoi. Non la grosse banane c’est quand Heurtin a débarqué…

Le mec il est venu et il a lâché des vaches sur l’île. T’as vu, les vaches elles ont kiffé leurs crânes, normal. Elles ont graillé tout c’qu’y poussait gros ! J’te jure bientôt y avait pas plus de Phylica sur Meuda que de bœuf dans un Big Mac. Alors à un moment t’as quand même des keumés qui s’sont dit « ça craint chanmé »… Gros ils ont réglé le blème à l’ancienne. ‘Tain ils t’ont défoncé les vaches façon Aïd el-Fitr cousin !

24 février 2

Apocalypse meuh…

Pas toutes non plus, c’étaient pas des oufs. Nan après ils ont foutu une clôture avec les vaches qui riaient moins d’un côté et les arbres de l’autre.

Sauf que tu pouvais pas test avec le destin, toi même tu sais. C’était trop parti en couille alors il fallait prendre une décision hardcore. Les steaks frais ou les buissons. Ben gros tu m’crois pas si tu veux mais j’aurai dû emmener une boite à meuh…

Alors ouais. J’vais t’dire ouais. Maintenant t’as personne qui bouffe les arbres. Mais va pas croire que c’est peinard pour les phylicas. Nan, t’as eu des bonnes idées et t’en a eu des un peu plus moisies… Genre quand ils ont fait pousser des cyprès pour protéger un bois de phylicas. Genre tu fais pousser ta beuh à l’ombre des marronniers toi ?

Et encore t’as le problème de flotte. Mec même les flics y boivent plus d’eau que nos plantations ! Pourtant l’eau elle tombe gros ! Ici on se dit que « comme vache qui pisse » c’est bien vrai. Et celles qui se sont faites buter sur l’île elles se vengent à donf… Mais tu peux pas test, la terre reste sèche comme une pervenche et les phylicas poussent moins bien que les PV sur ton scooter.

En plus les anciens qui ont construit la base c’étaient pas des blaireaux non plus. Ils l’ont foutu sur le coin de l’île où il pleut le moins.

24 février 3

En mode Club Med quoi.

Enfin comme j’t’ai dis y a des frangins qui sont v’nus pour booster un peu la pousse. Ils ont du boulot mais quand j’aurai fini de me fritter avec mes phoques j’irai les dépanner, normal, toi-même tu sais.

Kiffe la life cousin, et laisse pas traîner ton fils.

 

 

It’s hard enough to talk about botany in French without being boring, I won’t even try in English. So you’ll actually have what you may be looking for on this blog: News!

Let’s start by the news about my job, because as unbelievable as it can be, work may be the most important part of my life here.

And of all the work I do, the one on seals is definitely the busiest one. Since December I follow the growth of a bit less than one hundred little monsters. I check their weight especially. And as much as I can, I set tracking device on their mothers to see where they go fishing. The aim is really cool. Knowing where they go, and how much food for their pup they bring back from there, helps to know more about the ecosystem’s health of this very remote part of the world.

24 février 4

Mummy is a spy.

I go see my seals everyday when I’m at the base. But sometimes I leave Martin de Viviès. The main reason is because I also have to work at Entrecasteaux. There I am supposed to check on albatross demography, feeding ecology and epidemiology. But as I already told you before, this year has been hard on the wind riders. So now I essentially go there to witness how the disease is spreading and bring to the shelter all the stuff the Marion Dufresne didn’t brought since September. I also did work on the only penguins of our island, the Northern rockhopper. They are really cool! Thanks to them my volunteers don’t complain anymore about how nasty my seals are.

24 février 5

Hard to believe?

There is also other work I do but enough with that. Life on base is also interesting. Since the Marion Dufresne ended up his rotation in Crozet and never arrived here, things are pretty special. First we are quite lucky to be on the only island of the SubantarcticFrenchTerritories where we are allowed to grow vegetables and to fish in the sea. So despite the fact that we have to go low on booze, we don’t really have any food issues. But then a lot of things are still missing and dealing without the huge amount of stuff we were due to receive with the Marion is sometimes hard.

Another really lucky side of AmsterdamIsland is the Austral. This fishing boat spends most of the summer along our coast, essentially looking for crayfishes. This boat is also our best link to the rest of the world when Mommy Marion is sick. Although she brought back the last winterers of the 63rd mission to la Réunion a bit earlier than needed (especially my very helpful predecessor!), the Austral just brought us one new doctor and two botanists. Yes they’re the one I talk about in the French part of this article but really, their job is boring. I prefer to consider them as potential seals catcher.

24 février 6

Just kidding! Growing trees is soooo much fun!

Well anyway things are soon to come back to as normal as life can be on one of the remotest rock of this planet and I’ll keep on getting you updated with that!

Comments (16) »

Vertes tiges

2 février

 

Je ne peux pas continuer à vous parler de mon travail ici sans mentionner Entrecasteaux. Mon paradis privé, mon troisième bureau, le joyau d’Amsterdam.

Je suis le seul autorisé à m’y rendre, accompagné par les volontaires qui ont accepté de venir m’y assister sur le terrain. Mais les falaises d’Entrecasteaux n’offrent jamais deux fois le même spectacle et il faut que je commence par ma première expérience là-bas avant de continuer.

C’est au terme d’un transit bien humide que j’ai découvert le refuge des Becs jaunes. Coincé entre l’océan et les falaises vertigineuses. Là encore l’ambiance sonore faisait partie intégrante du lieu. En plus du bruit du vent, des vagues et des milliers d’otaries, j’ai pu entendre pour la première fois le chant des albatros de l’Océan Indien. À la première impression, le vrombissement permanent fait penser au bruit que produiraient des milliards de sauterelles. Les nuées interminables de l’une des plus petites espèces d’albatros qui nous survolent en permanence renforcent d’ailleurs le sentiment d’être entourés d’insectes.

5 février 1

Mais ce sont bien les oiseaux qui sont les maitres d’Entrecasteaux.

Lorsque je suis arrivé, les poussins commençaient tout juste à grandir et les colonies fourmillaient de vie. Les parents enchainaient les allers-retours incessants entre les colonies et le large. Nous rendre au sein de ces colonies faisait vite oublier les mains courantes et via ferratas du transit. On crapahute à plusieurs centaines de mètres au dessus des vagues et on en oublie bien vite que nous sommes plus dépendants de la gravité que nos amis ailés. Je me dois d’ailleurs de mentionner une petite plante formidable qui pousse le long des falaises et sans laquelle je ne pourrais tout simplement pas travailler: les scirpes. Des touffes d’herbes abondantes qui servent de nid aux albatros et de prises d’escalade aux ornithologues. Notre équilibre sur ce terrain hors du commun ne tient souvent qu’à un brin de ces plantes formidables.

L’albatros de l’océan indien était alors l’espèce la plus présente sur le site et c’est d’ailleurs l’espèce sur laquelle je travaillais à chaque séjour. Un oiseau magnifique qui, comme pour la majorité de l’avifaune d’Amsterdam, est extrêmement menacé. Car le spectacle merveilleux des milliers de becs jaunes cachent une malédiction terrible.

5 février 2

Le calme avant la tempête.

Au fil de mes allées et venues, un spectacle atroce devait se dérouler devant mes yeux impuissants. Comme sur la plupart des îles semblables à Amsterdam, les espèces invasives tels les rats ou les chats font payer un tribut important aux espèces locales. Les oiseaux pélagiques tels les albatros souffrent également des bouleversements climatiques qui rendent l’accès à leur nourriture beaucoup plus difficile. Mais à Entrecasteaux un mal encore plus violent frappe les poussins des majestueux dompteurs de vent. Un virus à priori non fatal aux adultes, qui deviennent rapidement des porteurs sains, décime les poussins. Les colonies sont maintenant presque toutes vides et le silence brûle les oreilles et serre le cœur de tous ceux qui se rendent au sanctuaire qui débordait de vie il y a encore un mois.

Les sorties sont raccourcies par l’absence des oiseaux que je suis censé suivre et les transits retours anticipés se font dans le silence.

Heureusement la vie sur base rince rapidement le cerveau embrumé et admirer orques et baleines avec les copains depuis le banc de la solitude ou suivre la croissance de mes petits poivrons réchauffe rapidement le cœur.

5 février 3

Otaries à fourrure jamaïcaines.

 

 

I can’t go on talking about my work here without telling you more about Entrecasteaux. My own private paradise, my third office, Amsterdam’s jewel.

I’m the only one allowed to go there, with the volunteers who want to help me on the field. Entrecasteaux never give you twice the same show so I’ll start with the first I had.

I discovered the « Becs jaunes » shelter after a rainy trip from the base. The scenery was beyond everything I had dreamed of. The little hut is stuck between the ocean and seven hundred meters high cliffs. The noise was also part of the scenery. Waves, wind, seals and the strange albatross calls. At first they sound like billions of bugs. And the clouds of birds coming from the sea to reach their colonies give as well an insect like impression of these animals.

They nest on the cliffs and because I’m here to work on them I need to go there.

5 février 4

Cliffhanger.

Going several hundreds of meters above sea level to run after birds wouldn’t be possible without the tussocks growing all over the place. When you see the colonies for the first time you can wonder how you’ll manage to work up there, but soon you find yourself jumping on birds only attached by the grass you can grab.

If I go into the colonies, it’s not just for the fun of rock climbing. The lab I’m working for study since decades the demography and ecology of Indian yellow-nosed albatross, the commonest bird specie to breed at Entrecasteaux. To keep an eye on them help to understand and discover what is going on at sea, where they forage for food. So every year an ecologist is send to collect datas, check on breeding success and set up tracking device on birds.

5 février 5

Next crossing, turn to the right.

But my work is less and less easy as the time is running against my little balls of feathers. As most of island nesting birds’ species, albatross suffer from a wide range of danger. But for Amsterdam Island’s albatross, invasive species, global warming or long line fisheries aren’t the only threat. A virus is strongly affecting the yellow-nosed chicks. When I arrived at Entrecasteaux, the chicks had just hatched and the cliffs where in bloom with little lives waiting to grow older. Now I hardly can hear any call, and the empty colonies hit hard on the mood. Adults don’t seem affected by the virus, but they carry it and infect their chicks. Not strong enough to survive, their death turn a dense paradise full with activity into an empty quiet desert…

But luckily there are still seals! Well the males are almost all gone and, as crazy as it can sound, I start to miss these angry massive pieces of fat and their ridiculous « huf-huf-huf » calls. But they’ll be back soon enough and more upset than ever!

5 février 6

Punk is not dead!

Until that moment I’ll continue to watch my cute little pups grow old and sit on « la solitude » bench with my friends to watch whales and drink beers…

Comments (10) »