Vertes tiges

2 février

 

Je ne peux pas continuer à vous parler de mon travail ici sans mentionner Entrecasteaux. Mon paradis privé, mon troisième bureau, le joyau d’Amsterdam.

Je suis le seul autorisé à m’y rendre, accompagné par les volontaires qui ont accepté de venir m’y assister sur le terrain. Mais les falaises d’Entrecasteaux n’offrent jamais deux fois le même spectacle et il faut que je commence par ma première expérience là-bas avant de continuer.

C’est au terme d’un transit bien humide que j’ai découvert le refuge des Becs jaunes. Coincé entre l’océan et les falaises vertigineuses. Là encore l’ambiance sonore faisait partie intégrante du lieu. En plus du bruit du vent, des vagues et des milliers d’otaries, j’ai pu entendre pour la première fois le chant des albatros de l’Océan Indien. À la première impression, le vrombissement permanent fait penser au bruit que produiraient des milliards de sauterelles. Les nuées interminables de l’une des plus petites espèces d’albatros qui nous survolent en permanence renforcent d’ailleurs le sentiment d’être entourés d’insectes.

5 février 1

Mais ce sont bien les oiseaux qui sont les maitres d’Entrecasteaux.

Lorsque je suis arrivé, les poussins commençaient tout juste à grandir et les colonies fourmillaient de vie. Les parents enchainaient les allers-retours incessants entre les colonies et le large. Nous rendre au sein de ces colonies faisait vite oublier les mains courantes et via ferratas du transit. On crapahute à plusieurs centaines de mètres au dessus des vagues et on en oublie bien vite que nous sommes plus dépendants de la gravité que nos amis ailés. Je me dois d’ailleurs de mentionner une petite plante formidable qui pousse le long des falaises et sans laquelle je ne pourrais tout simplement pas travailler: les scirpes. Des touffes d’herbes abondantes qui servent de nid aux albatros et de prises d’escalade aux ornithologues. Notre équilibre sur ce terrain hors du commun ne tient souvent qu’à un brin de ces plantes formidables.

L’albatros de l’océan indien était alors l’espèce la plus présente sur le site et c’est d’ailleurs l’espèce sur laquelle je travaillais à chaque séjour. Un oiseau magnifique qui, comme pour la majorité de l’avifaune d’Amsterdam, est extrêmement menacé. Car le spectacle merveilleux des milliers de becs jaunes cachent une malédiction terrible.

5 février 2

Le calme avant la tempête.

Au fil de mes allées et venues, un spectacle atroce devait se dérouler devant mes yeux impuissants. Comme sur la plupart des îles semblables à Amsterdam, les espèces invasives tels les rats ou les chats font payer un tribut important aux espèces locales. Les oiseaux pélagiques tels les albatros souffrent également des bouleversements climatiques qui rendent l’accès à leur nourriture beaucoup plus difficile. Mais à Entrecasteaux un mal encore plus violent frappe les poussins des majestueux dompteurs de vent. Un virus à priori non fatal aux adultes, qui deviennent rapidement des porteurs sains, décime les poussins. Les colonies sont maintenant presque toutes vides et le silence brûle les oreilles et serre le cœur de tous ceux qui se rendent au sanctuaire qui débordait de vie il y a encore un mois.

Les sorties sont raccourcies par l’absence des oiseaux que je suis censé suivre et les transits retours anticipés se font dans le silence.

Heureusement la vie sur base rince rapidement le cerveau embrumé et admirer orques et baleines avec les copains depuis le banc de la solitude ou suivre la croissance de mes petits poivrons réchauffe rapidement le cœur.

5 février 3

Otaries à fourrure jamaïcaines.

 

 

I can’t go on talking about my work here without telling you more about Entrecasteaux. My own private paradise, my third office, Amsterdam’s jewel.

I’m the only one allowed to go there, with the volunteers who want to help me on the field. Entrecasteaux never give you twice the same show so I’ll start with the first I had.

I discovered the « Becs jaunes » shelter after a rainy trip from the base. The scenery was beyond everything I had dreamed of. The little hut is stuck between the ocean and seven hundred meters high cliffs. The noise was also part of the scenery. Waves, wind, seals and the strange albatross calls. At first they sound like billions of bugs. And the clouds of birds coming from the sea to reach their colonies give as well an insect like impression of these animals.

They nest on the cliffs and because I’m here to work on them I need to go there.

5 février 4

Cliffhanger.

Going several hundreds of meters above sea level to run after birds wouldn’t be possible without the tussocks growing all over the place. When you see the colonies for the first time you can wonder how you’ll manage to work up there, but soon you find yourself jumping on birds only attached by the grass you can grab.

If I go into the colonies, it’s not just for the fun of rock climbing. The lab I’m working for study since decades the demography and ecology of Indian yellow-nosed albatross, the commonest bird specie to breed at Entrecasteaux. To keep an eye on them help to understand and discover what is going on at sea, where they forage for food. So every year an ecologist is send to collect datas, check on breeding success and set up tracking device on birds.

5 février 5

Next crossing, turn to the right.

But my work is less and less easy as the time is running against my little balls of feathers. As most of island nesting birds’ species, albatross suffer from a wide range of danger. But for Amsterdam Island’s albatross, invasive species, global warming or long line fisheries aren’t the only threat. A virus is strongly affecting the yellow-nosed chicks. When I arrived at Entrecasteaux, the chicks had just hatched and the cliffs where in bloom with little lives waiting to grow older. Now I hardly can hear any call, and the empty colonies hit hard on the mood. Adults don’t seem affected by the virus, but they carry it and infect their chicks. Not strong enough to survive, their death turn a dense paradise full with activity into an empty quiet desert…

But luckily there are still seals! Well the males are almost all gone and, as crazy as it can sound, I start to miss these angry massive pieces of fat and their ridiculous « huf-huf-huf » calls. But they’ll be back soon enough and more upset than ever!

5 février 6

Punk is not dead!

Until that moment I’ll continue to watch my cute little pups grow old and sit on « la solitude » bench with my friends to watch whales and drink beers…

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10 Réponses so far »

  1. 1

    Maman said,

    Superbes tes photos ! Mais les bestioles seraient plus jolies sans tous les trucs que tu leur colles dessus… Enfin, je suppose que c’est pour leur bien.

    • 2

      Rémi said,

      Ouah l’albatros à GPS il a trop la classe! En plus il l’a pas gardé longtemps.
      Et puis j’ai beau passé ma vie sur la Mare, les petites marques c’est bien utile pour reconnaitre mes poivrons! En tout cas ça n’a vraiment pas l’air de les déranger et ça fait des bruits rigolo quand ils marchent sur les cailloux!

  2. 3

    Cathy said,

    Je vais demander un bébé otarie a fourrure pour mon anniversaire ! Pourras tu lui poser des marques à ton retour ?

  3. 5

    les rats et les chats il viennent d’ou à la base ?
    qui venait là avant vous ? chasseurs d’otaries ? braconniers ?

    • 6

      Rémi said,

      L’histoire de l’île d’Amsterdam (et de St Paul qui va un peu avec) est un peu compliquée. J’essaierai de vous faire un topo à un moment. Mais y a eu des types qui ont été abandonné volontairement sur l’île, d’autres qui s’y sont naufragés, des chasseurs de baleines ou de phoques… Y a même un gars qui a introduit des vaches! T’as vraiment des types qui s’imaginaient pouvoir s’installer ici. Mais malgré la ressemblance on n’est pas à Tristan da Cunha…

  4. 7

    Anna Marie said,

    Combien de poussins restent…?

    • 8

      Rémi said,

      Je rentre tout juste d’Entrecasteaux et mes colonies d’études sont vides… Et les autres ne vont pas beaucoup mieux… C’est vraiment terrible…
      Mais le personel de mon laboratoire, de l’institut et de la réserve sont en train de s’efforcer de trouver des solutions et ça me redonne pas mal d’espoir!

  5. 9

    Papa said,

    Et alors, la suite ?
    On s’impatiente !!!


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