Archive for mars, 2013

OP

6 mars

 

Ce jour-là, je m’étais levé vers six heures, pour changer. J’avais les cheveux qui picotaient un peu, pour changer. Je me cale derrière ma fenêtre avec les yeux un peu vitreux pour voir passer les orques, pour changer.

Bref un réveil presque habituel s’il n’y avait pas eu l’énorme masse sombre posée entre le soleil levant et mes rétines. Le balafré ! Je l’avais complètement oublié celui-là ! Il faut dire qu’on n’y croyait plus trop depuis le temps. Mais après une petite remise à niveau dans une cale sèche de Durban, le Marion Dufresne reprenait effectivement du service.

Les opérations portuaires sont normalement des événements répétés qui rythment les hivernages. Sauf que jusqu’ici, à part quelques passages de l’Austral à la bonne franquette, on était un peu novices en la matière. Tout le monde a un rôle à jouer ce jour-là et pour ma part je m’étais porté volontaire pour nettoyer la Cale avant le branle-bas de combat.

Pour cette rotation, le Marion ne disposait pas d’hélicoptère, et tous les échanges entre le bateau et l’île se sont fait par voie marine. Du coup l’essentiel de l’action se passait sur la Cale, seul point de l’île permettant d’accoster, et encore c’est un grand mot.

Mais la Cale c’est surtout le lieu de repos privilégié de ces grosses feignasses d’otaries et des énormes éléphants de mer.

Du coup, plutôt que de laisser faire les mouvements de panique à la venue des tracteurs et autres grues, je suis venu de bon matin avec quelques volontaires pour demander gentiment aux pinnipèdes de bien vouloir foutre le camp.

Rien de tel pour commencer sa journée qu’une petite valse avec un monstre d’une demi-tonne…

17 mars 1

Il lui manque son tutu…

Une fois la Cale liposucée, la suite des événements se passait pour moi au niveau des chambres froides. Une opération portuaire, c’est avant tout un ravitaillement. L’arrivée de la dépêche postale rend tout le monde fébrile mais c’est au dépotage des vivres que l’essentiel de la base est réquisitionné. Sur Amsterdam, on est encore autorisé à cultiver nos légumes et à pêcher en mer, du coup on n’est pas aussi exaltés lorsqu’arrivent des caisses de fruits frais qu’à la découverte des packs de bières. Et quand on dépote un carton de gambas surgelées, on se demande si quelqu’un en amont ne s’est pas un peu foutu de nous. Ce qui était super drôle, c’était de sortir les vivres prévues pour les réveillons de deux mille douze.

Une autre particularité de cette opération portuaire, c’était l’arrivée de nos malles personnelles, abandonnées à Crozet lors du naufrage. Quoiqu’au final j’ai été plus excité à la vue des malles scientifiques…

Et puis il y a eu les débarquants. On ne devait en avoir qu’un, un campagnard d’été venu pour installer du matériel nécessaire au bon fonctionnement des activités des chimistes de l’île. Or on a eu la très bonne surprise de voir arriver les quelques hivernants de Crozet qui avaient repoussé l’offre de partir à bord du Thévenin quelques mois plus tôt pour assister leurs successeurs sur place. Ça nous a vraiment fait plaisir et du coup on ne leur en a même pas voulu pour les moqueries habituelles sur le côté club de vacances de notre base.

Et puis à leur décharge il faut avouer que débarquer en t-shirt sur Amsterdam en slalomant en zodiac entre les orques ça fait pas très héros polaires.

17 mars 2

Toujours à faire leurs intéressants… (Photo Jacques Francioly)

Finalement la moitié des passagers du bateau a débarqué et, pris de court, la base a un peu pris des allures de Bronx. Il y avait plus de visiteurs que nous ne sommes d’hivernants sur l’île !

Et tandis que les partants baignaient leurs teints blafards dans des rayons de soleil parmi les plus purs de la planète, ma journée se terminait comme elle avait commencé. Ce n’est pas la venue d’un raboteur de récif qui allait empêcher mes petites otaries de grandir. J’étais encore en train de sautiller de rochers en rochers en me faisant rouspéter par des gros mâles taciturnes lorsque la sirène du Marion a retenti pour nous donner rendez-vous dans un mois.

 

 

It’s supposed to be a massive event every winterer is waiting for. Helped by a little hangover it was more like a missed appointment. “Oh yeah the Marion Dufresne was supposed to be here today”. And so she was. Massive. Standing still in front of my window. After all that time we didn’t really believed we’d see her again. “Well I guess I should clean up la Cale a bit…”.  Without a helicopter to fly everything and everyone between the island and the boat we had to use la Cale, the safest place where to land on the island. When there is no seals lying around. La Cale is the favourite spot for fur seals and elephant seals who want to spend their days melting in their fat. Rocking the place with tractors and cranes is usually enough to have them leave the place but I prefer to deal with it a little softer. So here I am dancing with lazy seals in the early morning while the Marion finally reached AmsterdamIsland.

When the place is as clean as it can be I go help dealing with the food delivered by the ship. Thanks to the Austral and our allowance to fish the sea around we were not really short in food. The packs of beers where greeted with more enthusiasm than fresh vegetables. And when we unpacked a frozen box of large prawns we seriously thought it was a joke.

17 mars 3

We already have difficulties to deal with all our crayfishes.

With the food came also the mails. Funny how here it means really something to receive a proper letter. We also were supposed to welcome a new islander. But we had a lot more visitors than our new chemist. Before reaching Amsterdam, the Marion went through Crozet and Kerguelen. At Alfred Faure the four last winterers who spend more than a year on the district finally left their paradise. And here they were, in our paradise. It’s been amazing to have them here but after one year leaving in the Subantarctic they hardly believed life on Amsterdam can be rough. As soon as the sun rose a blue whale went swimming around their boat and killer whales spent the day jumping around. Everyone was walking around in t-shirts and they didn’t believe us when we asked them if they wanted ice cubes in their drinks. Yes, I won’t loose my toes because of the frost but come on…

17 mars 4

Tell me more about those little birdies you had to work on…

Arguing about how hard can be life on different Subantarctic territories around a beer with our friends couldn’t last forever. While the sun was going down over la Mare and my boots were jumping around my little monsters, the horn of the Marion filled the air. See you in a month and beware of the rocks.

 

 

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