Cerise sur le Plateau

29 mars

Pfiou quel mois les amis! Il a fallu clore l’été et ça n’a pas chômé.

Je vous passe les allers-retours à Entrecasteaux pour constater la progression de la mortalité des poussins d’albatros à becs jaunes. Je vous fais cadeau de mes journées à la Mare aux Eléphants à équiper de jolies mamans de géolocalisateurs. Non le mois de mars c’est surtout la fin des prospections de nids d’albatros d’Amsterdam.

vril 1

Superstar

Et oui, sur Amsterdam on a notre propre albatros. Et pas n’importe lequel. Lorsqu’il a été décrit pour la première fois dans les années quatre-vingts, il ne restait qu’une cinquantaine d’individus vivants sur la planète. Parmi eux une vingtaine se reproduisaient tant bien que mal. Une dizaine les années paires et l’autre les années impaires. Car pour bien réussir l’un des plus grands oiseaux volant de la planète ça prend du temps. Il faut déjà que l’oiseau ait atteint la maturité nécessaire à sa reproduction et ensuite qu’il ait séduit un ou une partenaire à grands coups de parades époustouflantes. Tout ça peut déjà aller chercher jusqu’à la petite dizaine d’années. Côté nid ça va vite. On s’assoit sur un tas de mousse assez protégé du vent pour que le poussin ne s’envole pas avant l’heure mais assez dégagé pour que les trois mètres d’envergure aient assez de prise au vent pour décoller. Après ça madame pond son œuf et ça se relaie pour la couvaison. Qui dure même après que le poussin est éclos. Ce serait dommage que tout ce boulot n’ait servi qu’à engraisser les labbes… Mais dès qu’il est assez gros pour se défendre, les parents le laissent tout seul pour enchaîner les ravitaillements en nourriture du petit chéri. Jusque là rien de bien nouveau. Si ce n’est que tout ça prend une année complète ! Alors du coup, ils ne se reproduisent que tous les deux ans. Et comme je suis ici pour un an et bien je suis chargé de contrôler le bon déroulement de la saison de reproduction du début à la fin.

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En commençant par chercher ces fichus nids.

Depuis les années quatre-vingts et les mesures prises pour protéger l’albatros le plus rare de la planète, le nombre de couples nicheurs a atteint la bonne trentaine par année. Trouver tous les heureux élus reste une véritable mission. Le seul endroit sur Terre où nichent les précieux oiseaux se situe au sommet de l’île d’Amsterdam, sur le Plateau des Tourbières. Et mon quatrième bureau est celui qui a la plus grande superficie, pour un nombre de sujets d’études très réduit. Une fois par semaine pendant un mois, je suis donc parti en compagnie de valeureux volontaires à la recherche des nids d’albatros. Le Plateau des Tourbières est uniquement accessible en ma compagnie et chaque sortie est soumise à autorisation préfectorale. La raréfaction de l’albatros d’Amsterdam a été principalement attribuée aux milliers de bovins descendants des cinq vaches amenées par Heurtin il y a plus d’un siècle. Pendant l’année qu’il faut au poussin pour prendre son envol, les vaches avaient largement le temps de piétiner le nid. D’une manière générale, les tourbières étaient gravement menacées par ces animaux et leur confinement à la partie nord-ouest de l’île par une clôture barbelée fut la première mesure prise pour protéger le Plateau. L’accès à ce site a ensuite été totalement interdit à l’exception de quelques journées dédiées à la recherche scientifique et aux mesures de conservation. Et les quelques fois où je suis autorisé à crapahuter à travers le Plateau, il faut impérativement que je sois équipé de raquettes. Comme son nom l’indique le Plateau des Tourbières est relativement plat et recouvert de mousses. On n’a pas éradiqué les vaches pour que l’ornithologue de service et ses larbins labourent la place après elles. Pour couronner le tout, il y a aussi le risque de propagation de bactéries ou de virus. Du coup on se promène avec des affaires uniquement dédiées au site, imperméables, faciles à nettoyer et encore moins confortables que le chandail tricoté par mémé…

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La journée va être longue…

Malgré tout, une journée de prospection sur le Plateau reste l’une des expériences les plus extraordinaires qui puissent être vécues et la découverte d’un albatros d’Amsterdam tranquillement assis sur son œuf est toujours un événement rempli d’émotions.

It’s time to introduce to you the Amsterdam’s bird, the critically endangered Amsterdam albatross. Described for the first time as specie on its own in the early 80’s, only about fifty birds remained in the wild at this time. Many threats affect giants albatrosses around the world but one was very specific to the remote island I’m living on. The Amsterdam albatross only breeds on top of the island in the Plateau des Tourbières.

2 avril 4

There are worst places where to nest.

The cattle which roamed freely for decades all over the island easily trampled the nests spread around the Plateau. The disturbance of over a thousand cows dramatically affected the very specific breeding cycle of albatrosses. To breed these birds first need to reach maturity and then seduce a partner through amazing parades. This can already take ten years. Then they build a nest and incubate the egg and chick to protect it from skuas and weather. When the chick is big enough to protect itself the parents leave him on its own. And as everyone knows, leaving your kid on his own too early can lead to some hairy disturbing initiatives…

2 avril 5

Rebel teenager.

One of the first decisions taken to protect these amazing birds has of course been to keep the cattle from disturbing them. First a fence has been set up and two years ago the last cow on the island has been shot. But even if this helped a lot the birds and the population has been slowly recovering, many other threats can lead the Amsterdam albatross to only remain in museums. At sea albatrosses can drown themselves when getting caught by longline fishers. Cats and rats are still potential predators to eggs or young chicks but the most dangerous threat is of course contamination by pathogens. The decimated colonies of Entrecasteaux’s yellow-nosed albatrosses are only a few hundreds meters from the Plateau. If the very little population of Amsterdam albatrosses start to be infected it could have dramatic effects. So to avoid risks of spreading diseases, access to the Plateau is only restricted to scientific and conservation work. And every time I go there, I have to where waterproof clothes that can be cleaned easily and are only used on the Plateau. We also have to wear snowshoes to protect the fragile soils and mosses from trampling.

All these gears are useful to protect albatrosses and their habitat but make my work a bit harder. I rarely go to the Plateau, I went there once a week for a month to find every nest but know I’ll only go there once every two months to check the breeding success. But as rough as can be work up in the Plateau, to find a beautiful albatross standing on its egg is one of the best experience I could ever have imagine.

2 avril 6

Make my day.

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8 Réponses so far »

  1. 1

    Maman said,

    Toujours en tee-shirt ??? Est-ce que tu sais que nous, en avril, nous portons toujours des bonnets et des gants ? Moi, si ça continue encore une semaine, j’arrête de militer contre le réchauffement de la planète…
    Ton bébé albatros est vraiment trop rock-and-roll, soigne-le bien !

    • 2

      Rémi said,

      J’avais été un peu trop confiant avec mon t-shirt pour le coup… Le décalage de climat entre la côte et le Plateau peut facilement prendre par surprise…
      Le jeune albatros était né l’année dernière, sur la photo il a déjà un an! Et il s’est bien envolé, il reviendra dans plusieurs années.

  2. 3

    Gagarin said,

    Comment ils sont coiffés les ados ces derniers temps…
    J’ai pas compris le coup des raquettes. C’est pour faire un tennis avec les poussins ?

    • 4

      Rémi said,

      Y a une raison pratique et de protection pour qu’on utilise des raquettes. Se balader sans raquettes là haut ça veut aussi dire s’enfoncer jusqu’aux genous dans la boue et les mousses à chaque pas et ça deviendrait vite pénible. Et puis les mousses ça repousse lentement alors la réserve naturelle exige qu’on se déplace en raquettes car on détériore moins le terrain.

  3. 5

    Obligatoire said,

    C’est peut être une question con mais il y en avait combien d’albatros au départ?

    • 6

      Rémi said,

      C’est pas con du tout, dailleurs c’est une question qu’on continue à se poser. En fait les premières personnes à débrquer sur Amsterdam ne se doutaient même pas qu’un grand albatros y nichait. Le Plateau était inaccessible, une ceinture de phylicas impénetrable empêchait de s’y rendre. Ensuite, vu la ressemblance, la plupart des personnes interréssées ont supposé qu’il s’agissait d’albatros hurleurs, comme aux Kerguelen ou à Crozet. Du coup ils cherchaient les nids deux mois plus tôt que la saison de reproduction de l’albatros d’Amsterdam… Finalement ce sont des ossements qui ont mis la puce à l’oreille des chercheurs mais à ce moment là il ne restait vraiment plus beaucoup de couples nicheurs.
      Au final on essaie de se baser sur les sites supposés propices à la nidification avant l’introduction des bovins pour extrapoler.
      Personnellement ça ne m’étonnerait pas du tout qu’il y ait déjà eu jusqu’à un millier d’albatros d’Amsterdam sur la planète.

  4. 7

    Papa said,

    Merci de nous montrer que Charles Baudelaire ne connaissait des albatros que ce que nous n’en voyons par les yeux des marins en mer.

    « Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
    Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
    Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
    Le navire glissant sur les gouffres amers.
    A peine les ont-ils déposés sur les planches,
    Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
    Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
    Comme des avirons traîner à côté d’eux.
    Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
    Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !
    L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
    L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !
    Le Poète est semblable au prince des nuées
    Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
    Exilé sur le sol au milieu des huées,
    Ses ailes de géant l’empêchent de marcher. »

    Il faudrait que les marins viennent sur ton île pour voir le coté rebelle et aventurier des albatros, et que les poètes apprennent à marcher (ou à s’envoler) comme eux dans le grand monde qui nous entoure.
    Ce n’est pas parce qu’on est cloué au sol qu’on ne peut pas trouver le moyen de rebondir.
    Et toi, prépares-toi à l’hivernage
    Bises
    Papa

    • 8

      Rémi said,

      Je ne sais pas si on est beaucoup de poètes sur cette île. Le p’tit nom de l’albatros d’Amsterdam ici c’est « la grosse dinde »…


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