Archive for mai, 2013

OFS117

10 mai

06:30 : Le soleil se lève à peine, je suis encore bien crevé. Je vais rester roupiller encore un peu. De toutes façons, il n’arrivera pas tout de suite. Il doit encore avoir le nez dans ses céréales.

07:04 : Les cris de Martine m’ont réveillé à temps. Je ne comprends pas pourquoi elle persiste à se reposer à l’entrée même de sa base, il ne peut pas la louper. En tout cas il est temps que je me rapproche un peu de l’océan. J’aurai encore de la marge avant qu’il n’arrive jusqu’à moi et je pourrai continuer à me reposer.

17 mai1

Martine

08:12 : Ca ne pouvait pas louper, à m’assoupir comme ça j’ai failli me faire attraper. Heureusement que je m’étais installé près d’un gros mâle adulte. Avec leurs harems vides, ils ne sont plus très combatifs mais il y a réfléchi à deux fois avant de me poursuivre et ça m’a laissé le temps de me jeter à l’eau. Juste une patte hors de l’eau pour lui montrer que c’est bien moi qu’il cherche, c’est un peu cruel mais de bonne guerre. En attendant qu’il reparte je vais aller voir les pêcheurs à la Cale.

09:27 : Bon il est temps d’aller se reposer à nouveau. Ce n’est pas tout ça mais avec le ravitaillement qui vient juste de repartir, je fais quand même mes dix kilos. Une telle masse à bouger ça fatigue. Je vais quand même mettre en place la méthode « ilétromignon ! » avant de m’endormir. Sur le dos dans une touffe de scirpes, on gonfle le bidon et c’est parti pour un gros dodo !

10:41 : De justesse encore une fois ! Le plan a bien marché cela dit. Sa complice n’a pas pu résister à émettre ces bruits étranges qu’ils produisent lorsqu’on dort le ventre en l’air. Ca m’a laissé un peu d’avance mais si je n’étais pas tombé sur Marie-Jo c’est moi qu’ils auraient attrapé. Pendant qu’elle se défendait, j’ai eu le temps de rejoindre l’océan, non sans bousculer un éléphant de mer au passage.

17 mai2

Marie-Jo

11:33 : Je peux retourner à terre, ils doivent être repartis à cette heure. Je vais tenter de dormir dans sa grotte, il ne pensera sûrement pas à aller m’y chercher. Depuis qu’il laisse les ravitailleuses tranquilles, il ne se sert plus du matériel entreposé dans sa grotte.

11:38 : Je suis tombé sur Paulette. Elle m’a appris qu’il passait de temps à autres malgré tout. Elle ne risque rien, sa ravitailleuse est anonyme, il ne s’intéresse qu’à ceux dont la ravitailleuse est marquée. On a donc convenu d’un plan. Je me mets à l’écart et dès qu’il arrive, elle lui hurle dessus pour me réveiller.

14:16 : Les cris de Paulette m’ont alerté à temps. J’ai pu dévaler la pente jusqu’à la Mare et le devancer largement. Je suis tombé sur sa complice mais une pluie providentielle l’a empêchée de me poursuivre dans les rochers. Mais rien ne pouvait me préparer à la suite. Sur les rochers trempés ils ne peuvent pas me rattraper mais un deuxième complice se trouvait déjà là. Un deuxième complice ! Ca n’arrive quasiment jamais…

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Paulette

 14:20 : Il m’a récupéré après que son complice m’ait attrapé. J’ai réussi à le mordre lorsqu’il m’a passé la corde sur l’épaule mais ça n’a pas suffi. Il s’est contenté de hurler mais ne m’a pas relâché. J’ai ensuite gesticulé du mieux que je pouvais mais il a tenu bon. Ce qui est incompréhensible car, comme d’habitude, il s’est contenté d’accrocher l’autre extrémité de la corde à un appareil avant de me laisser partir. Se donner tout se mal pour rien, je ne le comprendrais jamais.

14:22 : Puisqu’il ne veut plus m’attraper je vais rester piquer un roupillon ici. Je sais très bien qu’il réessaiera de m’attraper demain mais je ne me laisserai pas faire.

 

6:30: I’m nearly sleeping in my cereals. Why did I have to drink so much of this crappy wine yesterday?  Especially when I have to weight thirty pups the day after! Thirty little ten kilos monsters happy to hide as well as they can.

07:04: Well the first one was easy. She’s sleeping at the same place every single day. And every single day I weight her. If they could all be like her it would be a very easy job. Well, twenty-nine left…

08:12: So far so good, until I saw her. Every day it’s the same story. I had already weighted the two thirds of my pups when I saw her lying near the water. Unfortunately she was sleeping near a massive adult male. I really don’t understand what they are still doing here. There are no females anymore but mother feeding pups and absolutely not looking to have another one soon. Anyway this stupid lazy sex-addict saw me coming and started playing the big guy. Waking her up. Of course as soon as pimp boy realised there were no females to protect he ran away and jumped into the water, and so did she. I didn’t read her tag properly so maybe it was one I already had weighted.

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It was her…

09:18: Got a radio call from the guys fishing at la Cale. They saw a tagged pup but couldn’t read which one it was. I hope it wasn’t her, I nearly have found every other pup…

10:41: So close! Unfortunately as soon as my volunteer saw the cute little pup lying on its back she couldn’t help but say “Aaaaaw, she’s so cute!” , waking her up. We bumped into another pup I was looking for while running after her and she escaped again…

11:32: Only one missing. She’s probably still swimming, we’ll get her after lunch.

14:13: There is a cave where I keep some stuff I need when working on adults. I never saw any of the pups I’m looking for in it but it’s worth having a look. And the only tagged in it was from an untagged mother. I don’t weight these ones, I only focus on those whom mothers I know. Even if I don’t weight her, this pup shouts at me anyway…

14:16: The cave’s pup woke her up! She was sleeping just near the entrance of the cave. She ran all the way down to the pond. My volunteer was there and I thought she’ll catch her but a heavy rain coming from nowhere started pouring. Rocks were very slippery and it’s impossible then to run after pups. Luckily my second volunteer was on her way and grabbed her. I don’t have two volunteers very often but today it helped.

14:18: “You evil little piece of fat! Next time you bite me I bite you!”

14:20: Done! It wasn’t easy. She bit me when I tied the rope around her. I’m good for medicine for at least three days. I was complaining about the wine but I won’t drink any alcohol tonight… And she didn’t stop there. When tied and attached to the balance she kept on swinging around. Ten kilos of swinging pup at the end of a rope is a pain for the back. But now that I know her weight she can run away as much as she wants.

14:23: I’ve been staring at her for two minutes and now she felt asleep. Just here! At my feet! Why did she have to runaway all day long if she ends sleeping at my feet!

17 mai5

See you tomorrow.

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Supercalifragilisticexpialidocious

25 avril

Avec tout ça j’ai complètement oublié de vous parler de l’opération portuaire du début du mois. Et quelle OP les enfants ! Avec hélicoptère et tout et tout ! Mais ne mettons pas la charrue avant les bœufs. D’autant que des bœufs ici il n’y en a plus beaucoup, mais je m’égare.

Bref un mois après sa première venue de l’année, le balafré est revenu mouiller devant ma fenêtre. Mais ce coup-ci c’était du sérieux, le Marion Dufresne est resté trois jours pendant lesquels la base était en effervescence. La priorité de cette opération portuaire était de nous ravitailler en vivres, matériel et surtout eau potable. Chacun avait son rôle à jouer pendant ces trois jours et pour ma part mes missions essentielles se partageaient entre être pompier lourd et « playmobil ».

9 mai 1

Le playmobil est en anglais.

Faire le pompier lourd ça consiste à se tenir aux abords de la drop zone dans le cas où l’hélicoptère a un pépin. Je ne sais toujours pas ce que j’étais censé en cas de crash mais j’ai bien fait le piquet pendant de longues heures tandis que l’hélicoptère enchaînait les allers-retours entre le Marion et les deux drop zones. Le seul autre boulot du pompier lourd, c’est de vérifier que tout les débarquants ont bien quitté l’île lorsque le bateau repart. Parce que pour le coup, on a vraiment eu pas mal de visiteurs ! Le Marion était déjà passé par Crozet et les Kerguelen, il amenait avec lui plein de copains qu’on avait abandonnés là-bas. Ca fait toujours super plaisir de revoir tout ce petit monde mais quand en plus ils se battent pour venir me filer un coup de main en vitesse à la Mare aux Éléphants, c’est l’apothéose ! On a aussi vu passer le gratin des Terres Australes et la poignée de touristes qui arrondit les fins de mois de la trésorerie. Devant qui il a bien fallu que j’aille faire l’intéressant bien entendu.

Trois jours d’effervescence marquant le début de l’hivernage. Le fameux hivernage. Pour terminer sa dernière opération portuaire avant septembre, le Marion Dufresne nous a enlevé quatre camarades, non sans nous en offrir trois nouveaux. La 64ème mission du district de Saint-Paul et Amsterdam est enfin au complet. Vingt et un fous qui ne peuvent plus compter que sur eux-mêmes pour les cinq prochains mois. Le début de l’aventure que je me ferai un plaisir de vous décrire.

Mais pour moi le plus important dans cette opération portuaire se déroulait de l’autre côté de l’île, au pied des falaises d’Entrecasteaux.

9 mai 2

Le refuge des becs jaunes avant l’OP.

Sept mois que « la cabane de l’ornitho » n’avait pas vu un hélicoptère… Plus d’électricité, un fond de gaz et un choix de conserves quasiment limité à des harengs. Trois employés de l’institut sont venus prendre les choses en main pendant les trois jours de présence du Marion Dufresne. Ravitaillement, réparations et même ménage, mon second chez moi a été bichonné. J’en reviens tout juste et j’ai eu du mal à reconnaître la maison. Une touque complète ne contenant que du chocolat, un panneau solaire qui permet d’écouter les compils de mes prédécesseurs toute la nuit et un four qui m’offre le loisir de jouer au boulanger pendant tout le séjour. Il faut dire que j’avais du temps libre sur cette dernière manipe… Tous les nicheurs du site ont foutu le camp vers des destinations lointaines. Tous ? Non, une espèce résiste encore et toujours à l’arrivée imminente de l’hiver, l’albatros fuligineux à dos sombre, le petit chouchou de beaucoup d’hivernants.

9 mai 3

Et pour cause…

L’albatros fuligineux, c’est un peu la minorité visible d’Entrecasteaux, et je ne dis pas ça parce qu’il est noir. Ils nichent en petites colonies éparses le long des falaises et il faut de bons yeux pour repérer les nids. Par contre ils sont à peu près aussi timides au sol qu’ils sont curieux en vol ! Contrairement aux autres espèces d’albatros qui se contentent de nicher sur l’île et s’empressent de rejoindre l’océan dès qu’ils le peuvent, les albatros fuligineux glandouillent volontiers le long des falaises. Lorsqu’on longe les crêtes, on ne peut pas manquer ces acrobates qui volent régulièrement en couple et viennent vous inspecter à seulement quelques dizaines de centimètres du visage. Bien entendu l’avenir de cette espèce est aussi sombre que son plumage mais on ne va pas terminer cet article sur une note négative alors que je vous parle d’un oiseau qui a un sourire peint sur le bec !

I almost forgot to tell you about the last time the Marion Dufresne went around here, at the beginning of the month. This time has been a real busy one. First priority was to deliver us food, water, and of course, mail. Then all the stuff that everyone needs to work during the long winter to come, and also a lot of visitors, arrived. As usual, if I can say so, seeing a lot of friends has been a real pleasure, especially when some of them begged me to come and help me at la Mare aux Eléphants! The most important part of this operation was that a helicopter finally arrived at Amsterdam, the first one since seven months. I was actually in duty to help on the drop zones used by the helicopter. My job switched between being a fireman (depicted in French) and a “Playmobil”.

9 mai 4

Seriously…

Being a playmobil is an easy task, so easy that it also is pretty boring… If you’re on the drop zone used to drop passengers, you only have to open the doors for them. On the drop zone used for gears, food and all sort of technical stuff, you have to go and tie or untie stuff to the rope under the helicopter. And that’s about it! The only cool part is that you can see everyone who come and leave the island. Three busy days before five long months. The famous winter. With the Marion Dufresne, four of our friends have left the island and three more arrived. With them we’re now officially the 64th scientific mission on St-Paul and Amsterdam’s district. Twenty one crazy people trapped together for one complete winter.

But the Marion Dufresne’s stop over meant even something more to me. With a helicopter, the institute was able to drop people and food at Entrecasteaux!

9 mai 5

The shelter once the Marion Dufresne had left.

For the first time in seven months we have food all over the place, we don’t need to drink river’s water anymore and we can make our own bread! We even have electricity, but we still use candles because, well come on, we’re supposed to be on an extreme territory. Being lazy and add some days to my stays at Entrecasteaux sounds a lot better. Especially now, nearly every birds nesting there have left the place. But the last one to carry on with its chicks isn’t the least. The sooty albatross is probably everyone’s favourite on most French subantarctic territories. Even if it doesn’t really look like what you’d imagine an albatross to be. Their curiosity and the fact they like to stay around the island more than any other specie could explain this sympathy. Of course like every other bird specie here they’re fucked. Diseases, global warming, pollution, pests, the list of threats is pretty impressive but they keep on smiling.

9 mai 6

So why wouldn’t I?

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