Archive for juin, 2013

Seuls au monde

28 juin

Vu que mon boulot continue à être routinier je vais te présenter (enfin !) mes co-hivernants.

Et pour commencer je m’attaquerai à ceux qui sont mes collègues les plus directs, les Volontaires de Service Civique employés par l’Institut Polaire Français Paul-Émile Victor. Si l’institut est notre employeur, les résultats de notre travail sont destinés à différents laboratoires de recherche. Sur l’île, à l’exception de tâches évidentes de vie quotidienne, notre travail est uniquement dédié à la science.

28 juin1

Alice et Matthieu

Alice et Matthieu travaillent pour une multitude complexe de laboratoires qui étudient les composantes de l’air. Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement (LSCE), Laboratoire d’Optique Atmosphérique ou encore Laboratoire de Glaciologie et Géophysique de l’Environnement, les données collectées par mes petits camardes font carburer un bon paquet de méninges à travers la planète. Attention, il faut bien comprendre que, comme tous les volontaires ici, Alice et Matthieu n’analysent pas les données recueillies. Ne va pas te les imaginer en train de faire tout plein d’expériences. Nos collègues sont là pour collecter des échantillons précis, qui ne peuvent être obtenus que sur notre petit bout de caillou, l’un des plus isolés de toute activité humaine sur la planète.

Les différents laboratoires mentionnés plus tôt cherchent à détecter la présence d’un certain nombre d’éléments présents dans l’atmosphère et à connaître l’évolution de leur concentration. Un objectif important est de mieux comprendre les variations climatiques liées aux particules présentes dans l’atmosphère. Tout y passe, la pluie, l’air et même le rayonnement solaire. L’essentiel du travail de nos chimistes consiste à assurer le prélèvement de tous les échantillons nécessaires au travail des chercheurs. Ca se passe principalement à Pointe Bénédicte mais quelques pluviomètres sont cachés un peu partout autour de la base.

28 juin2

Delphine

Delphine est la troisième colocataire de Pointe Bénédicte. Elle a aussi été formée au LSCE et travaille principalement pour eux. Les appareils dont elle a la responsabilité mesurent les concentrations de différents gaz dans l’atmosphère et prélèvent divers échantillons d’air. Le boulot de nos chimistes n’est pas seulement important au niveau ponctuel de notre mission, ils s’inscrivent dans une grande lignée de prédécesseurs qui ont fait tourner les bidules de Pointe Bénédicte depuis des dizaines d’années. C’est le suivi continu de ces mesures qui en est la vraie richesse, il permet d’observer l’évolution de l’atmosphère dans le temps avec une grande précision. Pour Delphine le boulot ressemble un peu à celui d’Alice et Matthieu et consiste à changer des pièges à air, vérifier que tout tourne rond et bidouiller les appareils capricieux.

28 juin3

Ildut

Le travail d’Ildut est partagé entre deux domaines assez différents. Le premier est la sismologie. Pour comprendre et connaître les mouvements de la croûte terrestre et leurs conséquences, les séismes par exemple, il est nécessaire de disposer d’observatoires répartis un peu partout sur la planète. Or si on regarde le globe terrestre il existe des zones où on ne trouve pas beaucoup de terres émergées, l’océan Indien par exemple. Et qu’est ce qu’on trouve au beau milieu de l’océan Indien ? Les îles Amsterdam et Saint-Paul bien sûr ! Pas bien loin d’une faille en plus. Du coup des appareils de mesures ont été placés sur les deux îles et Ildut a la responsabilité de leur bon fonctionnement pendant son hivernage. Dans les faits il est bien plus électronicien que sismologue ! Concrètement ça lui demande juste de prier pour qu’aucun appareil ne tombe en panne et me permet d’être au courant de tous les séismes qui frappent la planète chaque jour. Et il y en a bien plus qu’on ne l’imagine !

Le deuxième domaine dans lequel travaille Ildut est le géomagnétisme. Alors là la théorie est aussi intéressante que pour la sismologie mais bien plus difficile à expliquer. En gros ça fonctionne un peu comme la sismologie sauf qu’au lieu d’observer la croûte terrestre c’est le champ magnétique terrestre qui est visé. Des gens font ça un peu partout sur la planète et il est important que des mesures absolues de ce champ magnétique soient faites au moins tous les deux jours. La subtilité c’est qu’on ne peut pas automatiser ces mesures. Les appareils électriques perturberaient les acquisitions. Du coup c’est Ildut qui s’y colle, en prenant soin de ne pas se trimballer quoi que ce soit de métallique pendant ses mesures.

28 juin4

François

Comme Ildut, François a deux casquettes. Par contre à l’inverse de tous ceux que je viens de vous présenter, il ne travaille pour aucun laboratoire mais directement et exclusivement pour l’institut Paul-Émile Victor.

Sa première fonction est d’être ce que l’on appelle un « Gener ». Ne cherchez pas, ça ne veut plus rien dire. En gros ça consiste surtout à gérer la logistique liée à nos activités scientifiques et à fonctionner comme un lien le plus direct entre nous et l’institut. L’aspect logistique de son travail concerne également l’entretien et le ravitaillement du refuge des becs jaunes, à Entrecasteaux. Une cabane exclusivement entretenue par l’institut. Un peu à tort, François est souvent considéré par les hivernants extérieurs comme le « chef » des volontaires de service civique. Une confusion peut-être liée au fait que la plupart des autres hivernants sont des militaires qui sont habitués à fonctionner avec un système fortement hiérarchisé. Quoiqu’il en soit, il est vrai que François concentre un peu toutes les informations qui peuvent concerner notre travail. De plus, lorsque nos supérieurs à l’institut ont quelque chose à nous demander, ils passent souvent par François.

La deuxième fonction de François est d’être « Instrum », comprendre informaticien. La masse considérable de connaissances accumulée ici est quotidiennement informatisée par nos soins. François gère le bon fonctionnement du réseau sur lequel nous sauvegardons les précieuses données et répare les ordinateurs défectueux. Il gère aussi le réseau Internet administré par l’institut. Deux accès à Internet sont disponibles sur l’île, l’un dépend de l’institut et l’autre est géré par le siège des Terres Australes et Antarctiques Françaises. Les volontaires de l’institut sont les seuls autorisés à utiliser celui fourni par ce dernier et entretenu par François.

 

Jacques et Jonathan

Jonathan est le seul autre volontaire de service civique présent sur l’île. Cependant il ne travaille pas pour l’institut mais pour la réserve naturelle nationale des Terres australes françaises. Il y aurait beaucoup à dire sur la plus grande réserve naturelle de France mais je me contenterai de t’informer qu’elle date de 2006 et couvre toute la superficie des trois districts de Crozet, Kerguelen et Saint-Paul et Amsterdam. Son objectif est de protéger les milieux naturels uniques que l’on trouve sur ces territoires. Jonathan est botaniste et a plusieurs missions à effectuer au cours de son hivernage. Il doit par exemple caractériser les différents milieux qui peuvent être identifiés sur Amsterdam. L’île a beau être relativement petite, on y trouve une diversité de paysages assez étonnante. Mieux connaître les particularités de chacun d’entre eux facilitera leur protection. Une autre mission de Jonathan, peut-être la plus importante, est le recensement et si possible l’éradication des plantes invasives. De nombreuses graines et plantes venues des quatre coins du monde ont été apportées volontairement ou involontairement par tous ceux qui ont débarqué sur Amsterdam par le passé. Certaines n’ont pas survécu mais plusieurs d’entre elles se sont acclimatées et menacent maintenant sérieusement l’écosystème de l’île. Agave, houlque, liondent et même ciguë, le nombre de plantes qui ont profité du pâturage, des incendies ou des allées et venues des hivernants pour prospérer est assez impressionnant.

Jacques, deuxième botaniste à travailler pour la réserve, est quand à lui uniquement affecté à la culture et la réintroduction des phylicas. Le seul arbre natif des Terres australes Françaises a dramatiquement souffert de la présence humaine sur Amsterdam. Utilisé comme bois de chauffage, ravagé par les incendies et les bovins, des mille cinq cent hectares de phylicas mentionnés en 1726, il ne reste aujourd’hui qu’un bois de dix hectares, ironiquement appelé le Grand Bois… Le travail de Jacques consiste à poursuivre la campagne de culture et de plantation des phylicas entamée depuis plusieurs années. La germination des graines de phylicas demande des conditions très complexes à reproduire artificiellement, mais même quand elle est obtenue rien n’est gagné. Privés de la protection des arbres depuis plus d’un siècle, les sols ont été lessivés et envahis par des plantes invasives. Trouver des sites appropriés à la croissance des jeunes pousses est déjà largement suffisant pour occuper Jacques toute une année…

28 juin6

Gaël

Gaël est le commis de Hugues, notre cuisinier. Ces deux-là ont certainement le boulot que je trouve le plus dur à assurer sur l’île. Même ceux qui sont débordés de boulot trouvent un moment pour se reposer, mais les hivernants ont toujours faim… Préparer le pain quotidien, varier les menus, trouver de quoi nous faire de bons petits plats alors qu’il ne nous reste plus rien de frais, être cuisinier n’est déjà pas une sinécure mais dans les terres australes ça devient une véritable mission.

28 juin7

Marc

Dans l’absolu, le travail de Marc ne l’occupe pas en permanence, mais il est loin d’être de tout repos. Marc est notre toubib. Si les accidents ne sont pas quotidiens, chaque égratignure ou soupçon de maladie doit être suivi avec insistance. La moindre complication peut prendre des proportions dramatiques dans notre situation d’isolement. Un autre souci pour un médecin des terres australes c’est d’arriver à jongler entre exigences professionnelles, secret médical, avis médicaux et la vie quotidienne et sociale de la mission.

Une petite particularité du médecin d’Amsterdam, c’est la présence en été de l’Austral autour de notre île. Comme il n’y a aucun médecin à bord du navire, c’est notre toubib qui soigne les pêcheurs en détresse.

Bon ça fait déjà pas mal d’un coup, je te présente les autres dans un prochain article.

As I am still doing the same routine for nearly two months you won’t have any news about my work. Instead I’ll introduce to you the other winterers stuck with me on this island. The first ones are working for the Institute Paul-Emile Victor, like me. If the institute is our employer, all the data we collect are going to several laboratories. So somehow we also work for our specific labs. We are the only one on the island to work for science.

Alice, Matthieu and Delphine: They are working on the very pure air we breathe around here. An impressive amount of laboratories around the world study all sorts of facts about our atmosphere. The composition of an air far away from any human disturbance is very precious for them and, for decades, samples have been taken and analyzed at AmsterdamIsland. For our chemists the daily routine consists essentially in a regular check-up of their installations, maintenance and setting up air-traps.

Ildut: Ildut’s work is split in two domains. The first one is seismology. To understand and know more about earthquakes around the worlds we need to have observatories spread all around our planet. But some parts of Earth are quite empty of land. Indian Ocean is one of these places. But right in the middle of it stand Amsterdam and Saint-PaulIslands. On each of them have been set up devices to record as much information as possible on earthquakes. Ildut’s job is to look after all these devices.

The other domain on which Ildut is working is geomagnetism. Geomagnetism is at least as interesting as seismology but a lot harder to explain. It’s a bit like seismology but instead of looking for what is going on under our feet you’re chasing magnetic fields. For Ildut it means to spend fifteen minutes every two days to record the position of magnetic currents.

François: He is the only one working for the institute who’s not attached to any lab. As for Ildut he also has two different jobs here. The first one is to be a “Gener”, it doesn’t have any translation, even in French. It means that he is in charge of logistic matters concerning the scientific activities on the island. He’s also in charge of maintenance and supplying of Entrecasteaux’s shelter.

He’s second job is to be a computer scientist. He has to maintain the institute’s network, to deal with the institute’s specific access to Internet and sometimes to fix our computers.

Jacques and Jonathan: Jonathan is the only other volunteer of the island but he isn’t working for the institute. He’s working for the Terres australes national natural reserve. The aim of this huge and young reserve is to protect the unique ecosystems of the FrenchSubantarcticTerritories. Jonathan is a botanist; one of his main tasks is to map the different landscapes of the island and their composition. Even if the island is quite small, the variety of habitats is impressive and several plant species are endemic to a specific area of Saint-Paul and AmsterdamIslands. Another important goal for Jonathan is to watch for and, if possible, wipe out invasive species. Since humans visit the island, an incredible number of foreign plant species established on the island. Helped by the destruction of the native species through fires, cattle or human activities, the invaders spread out all over the place and threaten the local ecosystem.

Jacques is also a botanist but only affected to the conservation of the phylica, the only native tree specie of the French subantarctic territories. In 1726, 1500 hectares of forest were mentioned on Amsterdam. Now only a ten hectares wood remains. Decision has been taken to grow phylicas artificially and to reintroduce them in some places on the island. The germination of phylica’s seeds under human control is very hard, but finding a place were the seedling can grow is even harder. After a century without any phylica to protect the soils, the ground of Amsterdam have been washed out by heavy rains or colonized by invasive plant species. Phylicas grow very slowly and the hope of seeing them covering again the island is very thin.

Gaël: Hugues and Gaël are our cooks, Hugues being the chief. Their job is one of the harder on the island. Anyone here can find some days to rest, but winterers need to eat every day. So the cooks have nearly no days off. Add to this the fact that you have to deal with a very low choice of ingredients and nearly no fresh food and you’ll understand why I wouldn’t take this job.

Marc: He also has a very hard job here. Marc is our Doctor. Even if accidents don’t happened everyday here any little wound has to be carefully treated. Any complication would be very hard to cure here and our isolation means that we can’t rely on a fast outside help. Marc also has to switch between social and professional life and this can’t be easy with the very special social life we have here. A specificity of Amsterdam’s doctor is linked to the Austral, fishing around our island in summer. This fishing boat has no doctor in charge so if anything happens they count on the doctor in charge on Amsterdam to deal with any accident.

Well that’s it for now; I’ll introduce the rest of the team to you as soon as possible!

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A la base.

3 juin

 

Peser des poivrons tous les jours, c’est peut-être monotone mais ça me permet d’explorer l’un des endroits les plus secret et méconnu de l’île, un endroit merveilleux où je n’avais pas encore eu l’occasion de passer trop de temps : la base Martin-de-Viviès.

Bien entendu je ne me peux m’empêcher de te faire parvenir mes fantastiques découvertes. Je t’offre donc un aperçu de la base la plus colorée des terres australes telle que tu pourrais le découvrir en débarquant sur l’île d’Amsterdam. Non pas en débarquant comme un touriste à bord d’un hélico mais plutôt comme un héros polaire. A bord d’un zodiac en direction du ponton le plus dangereux des Terres Australes Françaises :

7 juin 1

La Cale

Malgré sa réputation d’île tropicale, Amsterdam continue à faire trembler bien des marins. Comme nous avons pu le constater récemment avec le commandement du Floréal qui a préféré mouiller sa culotte que près de nos côtes. Pour accoster sur l’île, il faut déjà trouver un bout de côte où ne s’élèvent pas de falaises. A ma connaissance, il n’y a que cinq sites qui correspondent à cette description sur l’île. Et à moins d’être un très bon marin, et encore, ton zodiac a de fortes chances de s’éclater sur les rochers et d’aller s’éparpiller au milieu des otaries. La Cale a été construite pour faciliter le débarquement par voie maritime mais il suffit d’un petit grain comme on en a régulièrement ici pour qu’elle soit complètement inutile.

Lorsque la Cale n’est pas le théâtre des rugissements des quarantièmes, c’est le lieu de prédilection pour aller taquiner le goujon. Le district de Saint-Paul et Amsterdam est le seul des Terres Australes et Antarctiques Françaises où il est autorisé de pêcher en mer. Et le moins qu’on puisse dire c’est que les hivernants ne s’en privent pas ! Bleus, fausses morues, thons, tout y passe et fait la joie des cuisines qui nous mitonnent des plats à tomber par terre.

Pour finir la Cale est aussi l’endroit parfait pour observer les éléphants de mer. Bien que je ne sache pas trop pourquoi quelqu’un voudrait faire ça… Les éléphants de mer qu’on observe sur Amsterdam ne s’y reproduisent pas, ils ne font que s’y reposer, et c’est peut-être une chance. On peut difficilement imaginer créature plus répugnante qu’un éléphant de mer. Vautrée toute la journée dans ses excréments, sa graisse dégoulinant de partout au soleil, la créature d’où émanent des odeurs qui piquent les yeux et les narines ne s’exprime que par l’émission de rôts tonitruants qui peuvent durer des dizaines de secondes ! Leur capital sympathie remonte quand même en flèche lorsqu’on les observe en mer, déplaçant leur masse colossale avec une aisance irréelle et sortant une tête toute droite venue d’un film de Miyazaki pour nous observer avec curiosité.

Mais laissons la Cale pour nous aventurer un peu plus loin dans les terres. Pas trop loin non plus, en bifurquant rapidement le long de la côte on arrive vite en vue d’une cabane qu’il serait dommage de rater.

7 juin 2

Mataf

Une autre particularité d’Amsterdam par rapport aux autres districts est la présence de plusieurs cabanes à proximité de la base. Ces petits chalets confortables permettent de se donner l’impression de s’évader un peu de temps à autres. Un luxe pour qui passe un an coincé sur une île. La cabane de Mataf se situe dans le périmètre même de la base et il est donc facilement possible d’y organiser des barbecues et des apéros. C’est aussi la seule où tous les hivernants peuvent se retrouver. Chaque semaine un groupe d’hivernants est désigné pour être de réserve en cas d’incident, ce qu’on appelle ici « être de sécu ». Pour être désigné il faut avoir passé une formation. Si on est de sécu, on ne peut pas quitter le périmètre de la base à moins de se faire remplacer. Bien entendu les réservistes changent toutes les semaines mais il y a toujours au moins huit personnes coincées sur base. Même si j’ai suivi les formations nécessaires, je suis exempté de semaine de sécu, mon travail m’obligeant à quitter la base au moins une fois par jour.

En remontant vers la base depuis Mataf, tu arriveras très vite entre deux bâtiments exclusivement dédiés à l’hébergement des insulaires.

7 juin 3

L’Albatros et le Sterne

La base Martin de Viviès  compte cinq bâtiments uniquement destinés à l’hébergement des hivernants comme aux gens de passage. Ma chambre se trouve dans le Sterne, la fenêtre complètement à droite sur la photo ci-dessus. Bon moi je n’y passe pas beaucoup de temps mais les chambres sont vraiment très confortables et nous possédons tous notre propre salle de bains. En plus j’ai certainement l’une des plus belles vues qu’on puisse avoir sur l’océan. Ce qui m’offre le privilège d’être parfois réveillé au petit matin par les gazouillis mélodieux des éléphants de mer… On trouve aussi dans la plupart de ces bâtiments une salle commune qui permet d’inviter les copains à prendre l’apéro.

Mais pour prendre l’apéro, je te conseille plutôt de contourner l’Albatros et de rejoindre l’un des bistrot les plus mythiques de l’océan Indien.

7 juin 4

Le Cabanon

Chaque année, des officiers de la marine nationale hivernent sur Amsterdam. Ce sont eux qui ont les clés de ce repaire magique. Un petit potager, un barbecue et une réserve d’alcool incomparable, le lieu rêvé pour de nombreuses célébrations. On a beau se trouver en pleine base, une soirée au cabanon donne facilement l’impression de s’être fait catapulter dans une taverne des bas-fonds de Recouvrance.

Si la tête te tourne et que tu t’égares en sortant de ce traquenard, tu risques facilement d’atterrir devant un bâtiment qui peut paraître parfaitement incongru.

7 juin 5

Notre Dame de l’Océan

Dans des territoires administrés par des organes de la République Française, délivrée de toute attache religieuse, on est facilement surpris de voir qu’une chapelle est présente sur chaque base. Pourtant, et malgré une fréquentation avoisinant celle d’un musée du taille-crayon, Notre Dame de l’Océan continue à être entretenue régulièrement. Toutefois, si peu d’entre nous ont jusqu’ici poussé leur curiosité jusqu’à aller s’asseoir sur les bancs de l’édifice, de nombreux popotins se sont posés sur le banc qui se trouve aux abords du lieu de culte. Même s’il n’a rien de comparable aux cieux nocturnes d’Entrecasteaux ou de Saint-Paul, le ciel étoilé au-dessus de la base laisse toujours rêveur. Et le banc de la chapelle est le meilleur observatoire qu’on puisse trouver sur base.

Bien entendu, perdu dans tes rêveries imbibées de rhum, tu t’es assoupi sur le banc. Résultat ta tignasse picote et tu es trempé jusqu’aux os. Pas de problème, remonte encore un peu vers l’intérieur de l’île sans t’arrêter au premier bâtiment.

7 juin 6

R+1

Ce bâtiment abrite plusieurs pièces aux usages très variés. Au rez-de-chaussée, on trouve tout d’abord la salle de musique. Incroyablement bien équipée, on y trouve une diversité invraisemblable d’instruments. Avec de la volonté et du temps, il est donc tout à fait possible de s’initier à l’instrument de son choix et de devenir un véritable virtuose. Je ne remplis pas une des deux conditions et donc n’imagine pas me voir revenir en violoniste chevronné.

Juste à côté se trouve la bibliothèque qui, bien que bien fournie, ne reçoit pas beaucoup plus de visiteurs que la chapelle.

Juste au-dessus se trouve la salle de sport. Je soulève trois fois mon poids en poivrons tous les jours alors je n’y vais pas souvent. Mais c’est de loin la pièce la plus visitée de ce bâtiment. Les deux dernières pièces sont mes labos. Le matériel dont je me sers le plus souvent est entreposé dans ces deux pièces. L’un de ces deux labos est exclusivement réservé au matériel que j’utilise au Plateau des Tourbières. Une précaution indispensable pour éviter de propager toute sorte de maladie chez les précieux albatros d’Amsterdam.

Mais avec la veisalgie que tu te traînes après une soirée au cabanon tu n’as pas trop d’intérêt à t’arrêter ici, continue plutôt ta route jusqu’au dernier bâtiment avant les grandes étendues sauvages d’Amsterdam

7 juin 7

Géophy

C’est à Géophy que se trouvent les bureaux des six volontaires qui travaillent pour l’Institut Paul-Émile Victor, le mien y compris. Mais c’est surtout là que tu trouveras les meilleurs cafés de la base. Lendemain de soirée ou pas, tu y trouveras souvent des hivernants vautrés au chaud dans les fauteuils de la salle commune en train de papoter autour d’un café ou d’une bière selon l’heure.

Une fois que tu auras bien récupéré, je te conseille de t’offrir une petite balade en continuant ta route vers les limites du périmètre de la base. La curiosité t’entraînera peut-être à te perdre dans une de ces grottes creusées par les coulées de lave et qui abondent sur l’île. Ce que tu pourrais trouver au bout de ces tunnels risque de te surprendre.

7 juin 8

Le jardin météo

Le plafond de certaines de ces galeries s’est effondré et a donné naissance à de petits espaces à ciel ouvert protégés des vents violents. Les anciens ne s’y sont pas trompés et se sont empressés de faire pousser tout et n’importe quoi dans ces jardins naturels. Bien entendu l’enfer est pavé de bonnes intentions et tu ne seras pas surpris d’apprendre que l’importation d’espèces exogènes sur Amsterdam a entraîné la prolifération de moult espèces invasives sur l’île. Les environs de la base ont compté de nombreux jardins mais la diminution du nombre d’hivernants rend leur entretien laborieux et plusieurs ont été abandonnés pour éviter la propagation d’espèces invasives. Mais ceux qui restent suffisent à nous offrir le luxe immense que sont des légumes frais.

En ressortant du jardin météo, tu atterriras au pied de la Mosquée. Et non, bien que la présence d’une chapelle légitimerait qu’un temple pour chaque culte existant soit entretenu, la Mosquée n’a rien à voir avec un lieu de prière. C’est ici que l’eau de pluie récoltée sur base est traitée pour devenir potable. Passe entre ce bâtiment et les bâches qui stockent l’eau puis entre la résidence et la pépinière pour enfin arriver au cœur de la base.

7 juin 9

Le Skua

Si tu cherches quelqu’un sur base, il y a une technique infaillible pour le retrouver, attrape une bande dessinée au Skua, vautre toi dans un canapé et attends. Celui que tu cherches finira bien par passer par là. Que ce soit pour manger, boire un verre, jouer au baby-foot, au billard ou aux cartes, les raisons de se rendre au Skua ne manquent pas. Avoir un endroit où on est sûr de rencontrer du monde c’est bien mais on a aussi un endroit rêvé pour se retrouver seul.

7 juin 10

La Solitude

Ca peut sembler paradoxal lorsqu’on on s’imagine la vie sur l’une des îles les plus isolées de la planète, mais se retrouver seul sur Amsterdam ce n’est pas forcément évident. Il ne se passe pas une journée sur base pendant laquelle je ne croise pas tous les autres hivernants. Résultat tout le monde a ses petites combines pour prendre un peu de temps pour soi. Le banc de la Solitude fait assez l’unanimité pour qui veut méditer tranquillement face à l’océan sans que personne ne risque de débouler à n’importe quel moment. C’est aussi le meilleur endroit de la base pour observer les baleines !

Un autre moyen de s’isoler c’est bien entendu d’aller se balader en dehors du périmètre de la base mais avant ça il est indispensable de se rendre dans un dernier bâtiment.

7 juin 11

Le Puffin

Le Puffin abrite plusieurs bureaux différents. La coopérative tout d’abord. On achète peu de choses sur Amsterdam mais la plupart du temps ça se passe à la coop’. Pour la bonne et simple raison que c’est le seul endroit avec le skua où on peut acheter de l’alcool… Bon on peut aussi acheter des mugs moches, des fringues hors de prix et des bouquins où le seul mérite de l’auteur est d’avoir écrit sur les terres australes… Bref on y passe une fois par mois pour remplir notre quota et c’est la curée pendant les opérations portuaires et le passage des touristes.

Vient ensuite la gérance postale, deuxième lieu de shopping. Ça peut faire rigoler de se dire qu’on a un bureau de poste sur notre île perdue, sauf quand on regarde de plus près le pognon que ça brasse ! Des fanatiques timbrés à travers toute la planète collectionnent les lettres, timbres et tampons en provenance de notre petit bout de France.

Enfin le bureau des communications radiophoniques. Si tu veux quitter la base tu es obligé de pointer au « BCR ». Interdiction de quitter la base sans écrire ta destination sur un tableau blanc et de te munir d’une radio portative.

Une fois équipé, dirige toi vers le monument aux morts, juste au-dessus de la Mare aux Eléphants et en face du shelter sismo. En poursuivant ton chemin pendant vingt minutes, tu arriveras au denier lieu que je voulais te présenter.

7 juin 12

Pointe B

Je t’arrête tout de suite. À la vue de ce mât fièrement planté vers le ciel, la confusion est facile, moi-même il m’arrive encore de me méprendre. Le B de « Pointe B » vient de Bénédicte et non pas. Bref ce bâtiment isolé est entièrement dédié à la science. La chimie de l’air pour être plus précis. Car éloignés comme nous sommes de toute activité humaine, l’air que nous respirons est l’un des plus purs de la planète. Alors forcément des laboratoires n’ont pas laissé passer l’opportunité d’étudier cet éther avec le soutien logistique de l’Institut Paul-Émile Victor. Mais ça c’est une autre histoire que je vous raconterai en vous présentant mes collègues.

 

 

Well I won’t send more pictures than I can from here so I will describe every picture from the French part in English:

La Cale: La Cale is the only safe access to Amsterdam from the sea. And it still isn’t safe enough since several boats continue to give up landing on the island. Amsterdam is surrounded by cliffs and seals covered rocks. Two natural beaches exist but to access them you have to be a really good driver.

Another interest of la Cale is the fishing spot. Amsterdam is the only district of the FrenchSubantarcticTerritories where it is allowed to fish in the sea. And it makes everyone happy here, fishermen, cooks and everyone who eat them.

Last but not least, la Cale is the best place on the island to watch elephant seals. Even if watching these creatures is mostly a pain. Massive pieces of fat, resting in their crap, sneezing and burping all day long, the elephant seals aren’t really the most beautiful animals on Amsterdam. They don’t breed here and we only have males visiting the island for the moult.

Mataf: Mataf is one of the several huts spread around the base. These huts are really useful if you want to spend a bit of time outside Martin de Viviès. Mataf is actually the only one situated inside the base’s perimeter. Every week, eight people have to be on duty in case they’re needed for security reasons, in case of a fire mainly. These people can’t leave the base’s perimeter while they’re on duty. But they can come to Mataf. As I need to leave the base’s perimeter at least once a day because of my work I’m never on security duty.

L’Albatros et le Sterne: These are two housing buildings. My room is the one at the right end of the picture. The rooms are really nice and we all have our own private shower. Even if I don’t spend so much time in mine it has one of the best ocean view!

Le Cabanon: Le Cabanon is a very special place in Martin de Viviès. It’s managed by the two winterers from the marine corp. It has a vegetable garden, a barbecue and, most important, a bar. It’s one of the best places where to have a party.

Notre Dame de l’Océan: Surprisingly every base of the FrenchSubantarcticTerritories hosts a chapel. They aren’t visited that much but a bench near it sees a lot of nocturnal visitors. The sky over Amsterdam is amazing and the bench near the chapel offers the best views of it inside the base’s perimeter.

R+1: This building hosts several very different rooms. First there is a music room where you can find an amazing choice of instruments. Then there is a library with a fair choice of books but as many visitors as the chapel. Over the library is the most visited room of the building, the sport room. With a lot of modern equipment, this place is where you can train yourself while locked at the base by your security duties for example. The two last places are my labs. One for the gears going to le Plateau des Tourbières and the other one for every other stuff I may need. The gears for le Plateau des Tourbières are set apart to prevent them from being polluted by viruses or diseases.

Géophy: Géophy is where everyone who’s working for the Institute Paul-Emile Victor, including me, has it office. It’s also a place where everyone likes to come to have a drink or a coffee and there is often someone there.

Le jardin météo: AmsterdamIsland is filled with lava tubes and some of them collapsed. In some places these roofless natural gardens, protected from the strong wings, offer the possibility to grow fruits and vegetables. This is a real luck for us who are far away from any farm, but it also involves a lot of risks. For everything we grow here there is a risk invasive species will settle down and spread dramatically around the island.

Le Skua: This is where everyone in Martin-de-Viviès spends a bit of its time at least once a day. There we have lunch, parties, drinks…

La Solitude: It can sound strange but, on a remote island, being alone can be really hard. This bench is a good place where to be sure you’ll be alone with your thoughts. Just you, the Ocean, and sometimes whales.

Le Puffin: Three important offices stand in this building. The first one is the Coopérative, where we can buy ugly mugs, expensive clothe and, most importantly, alcohol. It isn’t a very busy place, unless you’re here during a Marion Dufresne’s stopover… Then comes the post office. Yes we have our own post office. Even if mails come and go only four times a year. Philatelists from all over the world are actually crazy about stamps and letter from AmsterdamIsland. Finally you can find in this building the radio communications’ office. It’s where you have to right your destination and pick up a radio if you’re leaving the base’s perimeter.

Pointe B: This place is located at a twenty minutes walk from the base to avoid pollution. This is where some of my colleagues collect one of the purest airs on Earth to analyze it. But I’ll describe that later…

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