Seuls au monde

28 juin

Vu que mon boulot continue à être routinier je vais te présenter (enfin !) mes co-hivernants.

Et pour commencer je m’attaquerai à ceux qui sont mes collègues les plus directs, les Volontaires de Service Civique employés par l’Institut Polaire Français Paul-Émile Victor. Si l’institut est notre employeur, les résultats de notre travail sont destinés à différents laboratoires de recherche. Sur l’île, à l’exception de tâches évidentes de vie quotidienne, notre travail est uniquement dédié à la science.

28 juin1

Alice et Matthieu

Alice et Matthieu travaillent pour une multitude complexe de laboratoires qui étudient les composantes de l’air. Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement (LSCE), Laboratoire d’Optique Atmosphérique ou encore Laboratoire de Glaciologie et Géophysique de l’Environnement, les données collectées par mes petits camardes font carburer un bon paquet de méninges à travers la planète. Attention, il faut bien comprendre que, comme tous les volontaires ici, Alice et Matthieu n’analysent pas les données recueillies. Ne va pas te les imaginer en train de faire tout plein d’expériences. Nos collègues sont là pour collecter des échantillons précis, qui ne peuvent être obtenus que sur notre petit bout de caillou, l’un des plus isolés de toute activité humaine sur la planète.

Les différents laboratoires mentionnés plus tôt cherchent à détecter la présence d’un certain nombre d’éléments présents dans l’atmosphère et à connaître l’évolution de leur concentration. Un objectif important est de mieux comprendre les variations climatiques liées aux particules présentes dans l’atmosphère. Tout y passe, la pluie, l’air et même le rayonnement solaire. L’essentiel du travail de nos chimistes consiste à assurer le prélèvement de tous les échantillons nécessaires au travail des chercheurs. Ca se passe principalement à Pointe Bénédicte mais quelques pluviomètres sont cachés un peu partout autour de la base.

28 juin2

Delphine

Delphine est la troisième colocataire de Pointe Bénédicte. Elle a aussi été formée au LSCE et travaille principalement pour eux. Les appareils dont elle a la responsabilité mesurent les concentrations de différents gaz dans l’atmosphère et prélèvent divers échantillons d’air. Le boulot de nos chimistes n’est pas seulement important au niveau ponctuel de notre mission, ils s’inscrivent dans une grande lignée de prédécesseurs qui ont fait tourner les bidules de Pointe Bénédicte depuis des dizaines d’années. C’est le suivi continu de ces mesures qui en est la vraie richesse, il permet d’observer l’évolution de l’atmosphère dans le temps avec une grande précision. Pour Delphine le boulot ressemble un peu à celui d’Alice et Matthieu et consiste à changer des pièges à air, vérifier que tout tourne rond et bidouiller les appareils capricieux.

28 juin3

Ildut

Le travail d’Ildut est partagé entre deux domaines assez différents. Le premier est la sismologie. Pour comprendre et connaître les mouvements de la croûte terrestre et leurs conséquences, les séismes par exemple, il est nécessaire de disposer d’observatoires répartis un peu partout sur la planète. Or si on regarde le globe terrestre il existe des zones où on ne trouve pas beaucoup de terres émergées, l’océan Indien par exemple. Et qu’est ce qu’on trouve au beau milieu de l’océan Indien ? Les îles Amsterdam et Saint-Paul bien sûr ! Pas bien loin d’une faille en plus. Du coup des appareils de mesures ont été placés sur les deux îles et Ildut a la responsabilité de leur bon fonctionnement pendant son hivernage. Dans les faits il est bien plus électronicien que sismologue ! Concrètement ça lui demande juste de prier pour qu’aucun appareil ne tombe en panne et me permet d’être au courant de tous les séismes qui frappent la planète chaque jour. Et il y en a bien plus qu’on ne l’imagine !

Le deuxième domaine dans lequel travaille Ildut est le géomagnétisme. Alors là la théorie est aussi intéressante que pour la sismologie mais bien plus difficile à expliquer. En gros ça fonctionne un peu comme la sismologie sauf qu’au lieu d’observer la croûte terrestre c’est le champ magnétique terrestre qui est visé. Des gens font ça un peu partout sur la planète et il est important que des mesures absolues de ce champ magnétique soient faites au moins tous les deux jours. La subtilité c’est qu’on ne peut pas automatiser ces mesures. Les appareils électriques perturberaient les acquisitions. Du coup c’est Ildut qui s’y colle, en prenant soin de ne pas se trimballer quoi que ce soit de métallique pendant ses mesures.

28 juin4

François

Comme Ildut, François a deux casquettes. Par contre à l’inverse de tous ceux que je viens de vous présenter, il ne travaille pour aucun laboratoire mais directement et exclusivement pour l’institut Paul-Émile Victor.

Sa première fonction est d’être ce que l’on appelle un « Gener ». Ne cherchez pas, ça ne veut plus rien dire. En gros ça consiste surtout à gérer la logistique liée à nos activités scientifiques et à fonctionner comme un lien le plus direct entre nous et l’institut. L’aspect logistique de son travail concerne également l’entretien et le ravitaillement du refuge des becs jaunes, à Entrecasteaux. Une cabane exclusivement entretenue par l’institut. Un peu à tort, François est souvent considéré par les hivernants extérieurs comme le « chef » des volontaires de service civique. Une confusion peut-être liée au fait que la plupart des autres hivernants sont des militaires qui sont habitués à fonctionner avec un système fortement hiérarchisé. Quoiqu’il en soit, il est vrai que François concentre un peu toutes les informations qui peuvent concerner notre travail. De plus, lorsque nos supérieurs à l’institut ont quelque chose à nous demander, ils passent souvent par François.

La deuxième fonction de François est d’être « Instrum », comprendre informaticien. La masse considérable de connaissances accumulée ici est quotidiennement informatisée par nos soins. François gère le bon fonctionnement du réseau sur lequel nous sauvegardons les précieuses données et répare les ordinateurs défectueux. Il gère aussi le réseau Internet administré par l’institut. Deux accès à Internet sont disponibles sur l’île, l’un dépend de l’institut et l’autre est géré par le siège des Terres Australes et Antarctiques Françaises. Les volontaires de l’institut sont les seuls autorisés à utiliser celui fourni par ce dernier et entretenu par François.

 

Jacques et Jonathan

Jonathan est le seul autre volontaire de service civique présent sur l’île. Cependant il ne travaille pas pour l’institut mais pour la réserve naturelle nationale des Terres australes françaises. Il y aurait beaucoup à dire sur la plus grande réserve naturelle de France mais je me contenterai de t’informer qu’elle date de 2006 et couvre toute la superficie des trois districts de Crozet, Kerguelen et Saint-Paul et Amsterdam. Son objectif est de protéger les milieux naturels uniques que l’on trouve sur ces territoires. Jonathan est botaniste et a plusieurs missions à effectuer au cours de son hivernage. Il doit par exemple caractériser les différents milieux qui peuvent être identifiés sur Amsterdam. L’île a beau être relativement petite, on y trouve une diversité de paysages assez étonnante. Mieux connaître les particularités de chacun d’entre eux facilitera leur protection. Une autre mission de Jonathan, peut-être la plus importante, est le recensement et si possible l’éradication des plantes invasives. De nombreuses graines et plantes venues des quatre coins du monde ont été apportées volontairement ou involontairement par tous ceux qui ont débarqué sur Amsterdam par le passé. Certaines n’ont pas survécu mais plusieurs d’entre elles se sont acclimatées et menacent maintenant sérieusement l’écosystème de l’île. Agave, houlque, liondent et même ciguë, le nombre de plantes qui ont profité du pâturage, des incendies ou des allées et venues des hivernants pour prospérer est assez impressionnant.

Jacques, deuxième botaniste à travailler pour la réserve, est quand à lui uniquement affecté à la culture et la réintroduction des phylicas. Le seul arbre natif des Terres australes Françaises a dramatiquement souffert de la présence humaine sur Amsterdam. Utilisé comme bois de chauffage, ravagé par les incendies et les bovins, des mille cinq cent hectares de phylicas mentionnés en 1726, il ne reste aujourd’hui qu’un bois de dix hectares, ironiquement appelé le Grand Bois… Le travail de Jacques consiste à poursuivre la campagne de culture et de plantation des phylicas entamée depuis plusieurs années. La germination des graines de phylicas demande des conditions très complexes à reproduire artificiellement, mais même quand elle est obtenue rien n’est gagné. Privés de la protection des arbres depuis plus d’un siècle, les sols ont été lessivés et envahis par des plantes invasives. Trouver des sites appropriés à la croissance des jeunes pousses est déjà largement suffisant pour occuper Jacques toute une année…

28 juin6

Gaël

Gaël est le commis de Hugues, notre cuisinier. Ces deux-là ont certainement le boulot que je trouve le plus dur à assurer sur l’île. Même ceux qui sont débordés de boulot trouvent un moment pour se reposer, mais les hivernants ont toujours faim… Préparer le pain quotidien, varier les menus, trouver de quoi nous faire de bons petits plats alors qu’il ne nous reste plus rien de frais, être cuisinier n’est déjà pas une sinécure mais dans les terres australes ça devient une véritable mission.

28 juin7

Marc

Dans l’absolu, le travail de Marc ne l’occupe pas en permanence, mais il est loin d’être de tout repos. Marc est notre toubib. Si les accidents ne sont pas quotidiens, chaque égratignure ou soupçon de maladie doit être suivi avec insistance. La moindre complication peut prendre des proportions dramatiques dans notre situation d’isolement. Un autre souci pour un médecin des terres australes c’est d’arriver à jongler entre exigences professionnelles, secret médical, avis médicaux et la vie quotidienne et sociale de la mission.

Une petite particularité du médecin d’Amsterdam, c’est la présence en été de l’Austral autour de notre île. Comme il n’y a aucun médecin à bord du navire, c’est notre toubib qui soigne les pêcheurs en détresse.

Bon ça fait déjà pas mal d’un coup, je te présente les autres dans un prochain article.

As I am still doing the same routine for nearly two months you won’t have any news about my work. Instead I’ll introduce to you the other winterers stuck with me on this island. The first ones are working for the Institute Paul-Emile Victor, like me. If the institute is our employer, all the data we collect are going to several laboratories. So somehow we also work for our specific labs. We are the only one on the island to work for science.

Alice, Matthieu and Delphine: They are working on the very pure air we breathe around here. An impressive amount of laboratories around the world study all sorts of facts about our atmosphere. The composition of an air far away from any human disturbance is very precious for them and, for decades, samples have been taken and analyzed at AmsterdamIsland. For our chemists the daily routine consists essentially in a regular check-up of their installations, maintenance and setting up air-traps.

Ildut: Ildut’s work is split in two domains. The first one is seismology. To understand and know more about earthquakes around the worlds we need to have observatories spread all around our planet. But some parts of Earth are quite empty of land. Indian Ocean is one of these places. But right in the middle of it stand Amsterdam and Saint-PaulIslands. On each of them have been set up devices to record as much information as possible on earthquakes. Ildut’s job is to look after all these devices.

The other domain on which Ildut is working is geomagnetism. Geomagnetism is at least as interesting as seismology but a lot harder to explain. It’s a bit like seismology but instead of looking for what is going on under our feet you’re chasing magnetic fields. For Ildut it means to spend fifteen minutes every two days to record the position of magnetic currents.

François: He is the only one working for the institute who’s not attached to any lab. As for Ildut he also has two different jobs here. The first one is to be a “Gener”, it doesn’t have any translation, even in French. It means that he is in charge of logistic matters concerning the scientific activities on the island. He’s also in charge of maintenance and supplying of Entrecasteaux’s shelter.

He’s second job is to be a computer scientist. He has to maintain the institute’s network, to deal with the institute’s specific access to Internet and sometimes to fix our computers.

Jacques and Jonathan: Jonathan is the only other volunteer of the island but he isn’t working for the institute. He’s working for the Terres australes national natural reserve. The aim of this huge and young reserve is to protect the unique ecosystems of the FrenchSubantarcticTerritories. Jonathan is a botanist; one of his main tasks is to map the different landscapes of the island and their composition. Even if the island is quite small, the variety of habitats is impressive and several plant species are endemic to a specific area of Saint-Paul and AmsterdamIslands. Another important goal for Jonathan is to watch for and, if possible, wipe out invasive species. Since humans visit the island, an incredible number of foreign plant species established on the island. Helped by the destruction of the native species through fires, cattle or human activities, the invaders spread out all over the place and threaten the local ecosystem.

Jacques is also a botanist but only affected to the conservation of the phylica, the only native tree specie of the French subantarctic territories. In 1726, 1500 hectares of forest were mentioned on Amsterdam. Now only a ten hectares wood remains. Decision has been taken to grow phylicas artificially and to reintroduce them in some places on the island. The germination of phylica’s seeds under human control is very hard, but finding a place were the seedling can grow is even harder. After a century without any phylica to protect the soils, the ground of Amsterdam have been washed out by heavy rains or colonized by invasive plant species. Phylicas grow very slowly and the hope of seeing them covering again the island is very thin.

Gaël: Hugues and Gaël are our cooks, Hugues being the chief. Their job is one of the harder on the island. Anyone here can find some days to rest, but winterers need to eat every day. So the cooks have nearly no days off. Add to this the fact that you have to deal with a very low choice of ingredients and nearly no fresh food and you’ll understand why I wouldn’t take this job.

Marc: He also has a very hard job here. Marc is our Doctor. Even if accidents don’t happened everyday here any little wound has to be carefully treated. Any complication would be very hard to cure here and our isolation means that we can’t rely on a fast outside help. Marc also has to switch between social and professional life and this can’t be easy with the very special social life we have here. A specificity of Amsterdam’s doctor is linked to the Austral, fishing around our island in summer. This fishing boat has no doctor in charge so if anything happens they count on the doctor in charge on Amsterdam to deal with any accident.

Well that’s it for now; I’ll introduce the rest of the team to you as soon as possible!

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4 Réponses so far »

  1. 1

    Gagarin said,

    Passe leur à tous le bonjour !

  2. 2

    papa said,

    On voit bien les traumatismes de la petite enfance :
    entre « bioman », Fred et Jamy de « c’est pas sorcier », et « docteur who », on sent l’influence de la télé !
    Biz
    Papa

  3. 4

    co2ette said,

    Pffffiou je viens de passer une bonne demi heure à rattraper ma lecture… merci mon tit rémi, jme suis sentie presque sur l’île! j’avais un peu abandonné tes aventures, mais à te lire tu as toujours autant la patate! (normal tant qu’il y a une goutte d’alcool sur l’île tu t’en sortiras!) d bisous vieux poivron farci


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