Archive for octobre, 2013

Ils sont partis !

28 octobre

Ça a l’air stupide à dire puisque c’était bien censé arriver un jour mais quand même… J’ai passé toutes mes journées depuis mon arrivée avec ces petites boules de poils. Du coup ça fait un peu comme un vide. Et les petits monstres ont attendu que je sois à Entrecasteaux pour fuguer ! Quasiment tous d’un coup, même s’il y en a encore une poignée qui hésitent. Onze mois que je les vois plus souvent que leurs mamans et ils partent comme ça sans rien dire. En même temps quand on voit que les énormes mâles en rut reviennent en force, je les comprends un peu.

Par contre, en contrepartie du départ de mes bébés, j’en ai plein de nouveaux à Entrecasteaux. Les poussins de manchots sont nés ! Au grand plaisir des labbes antarctiques…

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Pédophage.

Ça me fait penser que je ne vous ai jamais parlé de ces habitants permanents de notre île. Il faut dire qu’ils ont une réputation houleuse nos skuas. Le mot « Skua » est le plus souvent utilisé pour parler des labbes, d’ailleurs la plupart des hivernants ne connaissent pas le mot « labbe »… Le skua est tellement populaire ici que c’est le nom de notre bâtiment de vie commune (incluant le bar !). En même temps se faire gentiment appelé « skua », signifie que vous vous jetez avec rapacité sur les miettes. Pourquoi ? Et bien tout simplement parce que c’est ce que font les skuas. Ce sont un peu nos hyènes ailées locales. Comme leurs cousines africaines poilues, les skuas patrouillent l’île à la recherche de charognes ou de proies trop faibles pour se défendre. Ils ont aussi un drôle de comportement social, ils sont très territoriaux mais on les voit se regrouper en différents points de repos appelés « skuats ». Si les plus forts se réservent facilement la part du lion, il n’est pas rare de voir une dizaine de skuas se disputer les restes d’un bébé otarie ou d’un poussin de manchot. La touche finale du tableau c’est le cri tonitruant que lance l’oiseau pour communiquer avec ses semblables, la gorge déployée et les ailes tendues vers le ciel. Il n’y a pas à tergiverser, le skua est vraiment une bestiole qui en tient une sacrée couche.

Et parce que je n’ai pas grand-chose à vous raconter, je vous fais un super cadeau :

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Une carte d’Amsterdam !

Alors allons-y pour la visite guidée :

La zone verte d’abord : Ce sont les falaises d’Entrecasteaux. La pointe d’Entrecasteaux, à l’ouest est matérialisée par la Cathédrale, une presqu’île qui n’est pas loin de couper le cordon. Il est interdit de s’y rendre à moins d’être titulaire d’une autorisation préfectorale. C’est là que se concentrent les plus denses colonies d’oiseaux de l’île, on y trouve essentiellement des gorfous de Moseley, des albatros de l’océan Indien et des albatros fuligineux à dos sombre. Pas là peine d’en faire des tonnes, c’est ma deuxième maison.

La zone bleue : On l’appelle le Plateau des Tourbières par commodité mais le véritable plateau se trouve au Sud de cette zone. C’est sur le plateau véritable que nichent la plupart des labbes de l’île. Le reste de la zone abrite les nids des albatros d’Amsterdam et l’ensemble est interdit d’accès au même titre que les falaises d’Entrecasteaux. Au milieu de cette zone on trouve un superbe cratère, le Vulcain, qui sert de salle à manger lors des sorties à but scientifique.

La zone orange : Ce sont les falaises de la Pearl. On peut librement parcourir leur crête mais pas la peine d’espérer pouvoir atteindre la côte des Galets à leurs pieds, la chute est vertigineuse. Quelques albatros fuligineux y nichent et peut-être aussi quelques puffins à pieds pâles.

Les petits points rouges maintenant :

1 : La base Martin de Viviès, située à la fois sur un des points les plus abrités de l’île et les plus facilement accessibles depuis la mer.

2 : La Mare aux Eléphants, c’est là que je vis alors c’est sur la carte.

3 : La cabane Ribault, celle qui permet d’accueillir le plus de monde hors base. Elle marque la limite Nord d’une « petite » falaise qui se poursuit sans discontinuité jusqu’à la plage d’Entrecasteaux. Si Ribault manque un peu de cachet, elle permet quand même de s’évader à plusieurs et une soirée là-bas est toujours très sympathique. Et puis on peut y entendre des pétrels soyeux la nuit ! Entre Ribault et la base, on trouve les cratères Dumas, les plus récents de l’île. C’est là que la plupart des phylicas de 2013 ont été plantés. On y trouve aussi un ancien concasseur et des grottes où gisent sûrement encore des ossements d’oiseaux disparus depuis l’arrivée de l’homme sur l’île.

4 : La pointe Goodenough qu’on appelle maintenant Pointe Bénédicte du nom des locaux qu’utilisent les chimistes de l’air pour leurs travaux.

5 : La pointe de la Recherche, le site de prédilection pour qui veut passer un peu de temps avec les sternes couronnées. Cette pointe offre des possibilités de balades sympas depuis la base. Plus au sud on trouve une grotte appelée la Grotte du Bib et plus à l’Est, la Chaussée des otaries où les pétrels géants pourraient nicher. A mi-chemin entre le Plateau des Tourbières, la pointe de la Recherche et la base se trouve également le cratère Antonelli. On y trouve un petit bosquet surprenant comptant des pommiers, des cyprès et des phylicas. Une cabane super sympa a été installée au sommet du cratère et on y passe de super soirées.

6 : Les cratères Vénus, reliés à Martin de Viviès par la grande coulée. Je n’y suis jamais allé ! D’une manière générale la spéléologie est interdite sur l’île, pourtant traversée par de très nombreuses cavités laissées par les coulées de lave. Se promener au hasard des cavités est très dangereux mais la grande coulée est bien connue et majoritairement à ciel ouvert, elle est donc libre d’accès.

7 : L’Olympe, un cratère qui donne l’illusion d’être le sommet de l’île lorsqu’on l’observe depuis la base. C’est un objectif de balade régulier.

8 : Le mont de la Dives, le sommet de l’île. Par beau temps c’est le meilleur point d’observation pour pouvoir espérer apercevoir l’île Saint-Paul. La Dives surplombe la magnifique Caldeira qui est strictement interdite d’accès. A l’est du sommet de l’île, on peut faire un crochet pour admirer le ravin Coleridge et l’éperon des Nuées.

9 : Le mont du Fernand, en équilibre entre les falaises et les tourbières, encore un endroit où je ne suis pas allé. Par contre je suis déjà passé plusieurs fois par les Trois Demoiselles, sur le versant sud du Fernand. Un point de vue incomparable sur cette partie de l’île.

10 : Le Chaudron, entre ce cratère et la cabane Ribault, on trouve la cabane BMG. C’est un des seuls endroits de l’île, avec la base, où il est autorisé d’aller se baigner. Ce qui permet de voir les otaries d’un autre d’œil et de pouvoir profiter au maximum de la curiosité des jeunes de l’année. La cabane est de loin la plus rustique de l’île et beaucoup préfèrent encore dormir dehors que dedans, ce qui n’empêche pas chaque soirée passée là bas d’avoir été mémorable.

11 : La pointe Del Cano et ses Grandes ravines. Peut-être le point le plus isolé de l’île. Sur la carte ça n’a pas l’air si terrible mais je peux vous assurer qu’il est bien plus difficile de se déplacer sur Amsterdam qu’il n’y parait. Une caisse en bois fait office d’abri mais tout le monde préfère encore camper autour. Les séjours passés là-bas sont fantastiques et on ne se lasse jamais d’aller se prélasser à l’ombre des ravines au son des cris des albatros fuligineux ou des pétrels gris.

They’re gone! Of course they were supposed to do so at one stage but still… It feels a bit weird here since my little pups are gone. I’ve been visiting them everyday since they’re born; I’ve seen them more than their mothers did! And now they’re gone for several years, no one knows where, out in the ocean… I understand them though, with all the horny males’ seals back I’d better be leaving the island if I was a seal.

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Return of the kings.

But since the kids are gone, the newborns penguins are eaten by skuas and albatrosses sit on their eggs, I don’t have much news for you… So give a look at the map, up in the French part and here is the description:

The green zone: Entrecasteaux cliffs, with the Pointe d’Entrecasteaux to the West. A massive rock called the Cathédrale, which will one day be separated from the rest of the island. If not for scientific purposes, it’s forbidden to go there. There is the highest concentration of birds on the island with northern rockhopper penguins, Indian Ocean yellow-nosed and sooty albatrosses’ colonies.

The blue zone: Called the Plateau des Tourbières even if the real plateau is just the southern part of this area. The true plateau is where most of Amsterdam’s skuas are nesting. The rest of the area is where nest the rare Amsterdam albatrosses. The whole area is off limit except for scientific purposes and a nice crater, called the Vulcain, give a nice shelter for a break during expeditions.

The orange zone: The Pearl cliffs. Everyone is free to go up these cliffs but it’s impossible to go down. Flesh footed shearwaters may breed there and few sooty albatrosses established colonies.

The red dots know:

1: The base Martin de Viviès

2: The Mare aux Eléphants, where I work nearly every day.

3: The hut Ribault, which has the highest capacity to host winterers out the base. It’s the Northern limit of a smaller cliff which runs all along the coast to Entrecasteaux beach. Even if the hut isn’t really special it’s a very nice place to go off from the base for one night. Between the base and Ribault stand the Dumas craters, the youngest of the island. This is where most of 2013 phylicas has been planted.

4. Goodenough point, called Pointe Bénédicte because of the buildings where chemists are working.

5. La Recherche point, with a nice set of trails possible around. To the South the Bib’s cave can be reached and to the East you can visit the Chaussée des Otaries, where giant petrels may nest. Between the Plateau des Tourbières, la Recherche point and Martin de Viviès is Antonelli crater. Filled with several tree species including apple trees, a very nice hut has been built at the top of the crater.

6. The Vénus craters, which can be reached from Martin de Viviès through an half underground lava tube. Usually it’s forbidden to wander around in caves on the island but this one is well known and pretty much safe.

7. The Olympe, a crater which seems to be the summit of the island when you look at it from Martin de Viviès. It’s a regular hike destination.

8. The mount de la Dives, the summit of the island. The best view point of the island to see Saint-PaulIsland, weather permitting… The Dives is just over the off limit Caldeira but the nearby Coleridge rift ant Eperon des nuées can be visited from there.

9. MountFernand, stuck between cliffs and pits. I’ve never been there. I’ve been several time to the Trois Demloiselles though, from where an amazing scenery can be seen.

10. The Chaudron crater, halfway between Martin de Viviès and this crater sits BMG hut. One of the only places, with the base, where we can go swimming. An amazing opportunity to watch seals in their elements and enjoy pups’ curiosity.

11. Del Cano point and the Grandes Ravines. There is a small woody box there that can offer shelter, but we all prefer to camp around. It’s one of the remotest point of the island but it’s always a pleasure to go there.

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Nouveau souffle

14 octobre

Depuis le passage mouvementé du Marion Dufresne, on peut dire que les éléments nous ont gâtés. Les nouveaux venus ont du mal à croire aux rumeurs de climat subtropical qui planent sur notre île. Les opérations portuaires écourtées, c’est au tour de mes diverses manipes de souffrir des violentes conditions météorologiques.

Rien que pour se rendre à Entrecasteaux, ce n’est pas gagné mais une fois là-bas, c’est le festival.

Pour l’instant mon travail là-bas concerne deux oiseaux en particulier. Le plus prenant étant probablement le dénombrement des gorfous. Le comptage des oiseaux en colonie est un véritable casse-tête. Les manchots sont minuscules et les retrouver sous la couverture d’herbes hautes n’est pas une sinécure, même s’ils sont plusieurs milliers. Une fois la colonie trouvée, il faut encore s’assurer que c’est la bonne. Le but de ces suivis est d’évaluer la tendance démographique de l’espèce. On ne cherche pas à compter exactement trois mille nids chaque année, on suit une même colonie et on regarde si le nombre de reproducteurs augmente ou diminue. Et tout ça toujours dans le souci de faire un lien entre ces données et les possibles relations avec l’état écologique de l’océan Indien.

Comme ce n’est vraiment pas évident, on précise la démarche avec la poursuite des comptages sur la plage. Je vous avais déjà expliqué ces longues journées sur la plage à compter le seul gorfou qui passe en un quart d’heure. Et bien ça a un peu changé dernièrement… On se contente à cette saison de quatre comptages par jour, mais chacun dure une demi-heure. Et lors de mon dernier dénombrement, ce ne sont pas moins d’un millier de gorfous qu’on a vu défiler à travers le check point. Le pire étant que, vu l’état de la mer, la plupart d’entre eux le passaient à la nage…

La volonté de fer de ces petites bêtes force un peu le respect, ou passe pour de l’obstination décérébrée… Alors que des blocs de roche de plusieurs centaines de kilos sont brassés par chaque vague, les gorfous continuent inexorablement à remonter vers leurs colonies pour relever leurs partenaires qui couvent patiemment. Partenaires amaigris qui redescendent vers la plage en une procession digne d’une colonne de lemmings suicidaires et que la faim pousse à se jeter en mer même si celle-ci fait le gros dos.

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Il faut vraiment qu’ils aient la dalle…

Les gorfous ne sont pas les seuls à dépendre des ressources marines de l’Indien. Les albatros qui portent son nom ont pondu et eux aussi se relaient entre casse-croûtes pélagiques et couvaisons. Comme pour les manchots, des colonies sont suivies tous les ans pour s’informer des tendances démographiques de cette espèce. Sauf que pour eux, c’est bien plus simple. Au lieu de se cacher sous les touffes de Poa Novarae, les albatros construisent leurs nids bien en évidence sur la plante elle-même. C’est assez chouette à voir. En ce moment ils couvent alors le nid est déjà fonctionnel. Mais quand l’un des deux partenaires vient relever l’autre de sa corvée de couvaison, il trouve encore le moyen de lui filer quelques brins d’herbes arrachés à droite à gauche en cadeau.

Le suivi démographique ne fait pas tout, le petit plus, et ça c’est vraiment LA spécialité de mon labo, c’est de savoir où vont les albatros pendant que leurs compagnes et compagnons font le piquet sur le nid. Tous les ans on équipe quelques albatros avec des GPS pour observer les éventuels changements dans les zones de nourrissage. Une de mes manipes préférées même si sous les orages de grêles on doit un peu s’adapter…

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Surtout fais comme si je n’étais pas là.

Mais si les éléments déchaînés grignotent les falaises, envoient des embruns jusqu’aux sommets de l’île et font trembler le refuge, on n’oublie pas que pour les plus grands lascars de l’île c’est un pain quotidien. Ce n’est pas un petit séisme qui suffira à faire trembler les poussins d’albatros d’Amsterdam. Si les conditions climatiques peuvent parfois être extrêmes sur la côte, elles le sont quasiment systématiquement sur le Plateau des Tourbières. Ce n’est pas non plus pour ça que je ne rends pas visite à mes petits protégés tous les jours. Travailler avec l’un des oiseaux les plus menacés de la planète sur un site unique au monde ça se fait avec parcimonie. Il n’y a pas une sortie au Plateau des Tourbières qui ne soit justifiée et bien réfléchie en amont. Les priorités étant là encore d’étudier l’évolution de la population, mais exceptionnellement aussi de se renseigner sur les trajets en mer des seigneurs de l’île. Non seulement ces informations peuvent renseigner sur l’état de l’Indien mais pour l’albatros d’Amsterdam ça peut aussi servir à sa sauvegarde en envisageant des aires marines protégées par exemple. De mon côté je me suis jusqu’ici contenté de suivre les histoires de cœur des géants et récupérer quelques appareils de géolocalisation déployés par mes prédécesseurs. La prochaine fois que je passe voir mes boules de plumes ce sera la dernière, une petite bague à la patte avant qu’ils ne s’envolent pour l’aventure…

Since the last Marion Dufresne’s stopover, weather has been a bit wild around here…Our new winterers hardly believe everything they heard about subtropical climate. Shipping activities hadn’t been the only operations to suffer from weather; my work has been a bit harder too.

To go to Entrecasteaux is already a bit of a challenge but once there, the show is just starting…

At the moment my work is mainly focusing on two nesting species, the first one being the Northern rockhopper penguin. The lab I’m working for is studying there demography. As top predators of this part of the Ocean, the evolution of their population can hold keys to the understanding of global changes in their ecosystems. But to collect data on their breeding success or colonies status isn’t an easy task. Rockhoppers aren’t big penguins and they nest in dense colonies under tussocks. For the study to make sense we need to focus on the same colonies every year and it really is hard to find back where the birds are nesting.

Since we have so many difficulties to work on nesting penguins we also count them on their way to the colonies. Since I started doing that in winter, things have changed a bit. As I already told you, birds weren’t too many to go through the beach this winter. Well for my last counting more than one thousand birds crossed the beach in half an hour… And with the current raging sea many penguins could nearly reached their nests by swimming…

To see all these birds keeping on coming and going whatever the weather is quite impressive. While their mates are incubating they go feeding at sea, and once full they go back to their nests to take the incubation turn.

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Rush-hour.

Another bird is depending on marine resources from the Indian Ocean, the local yellow-nosed albatross. As such they also can be good indicators of the state of the nearby ecosystem. We also study demography of this specie and their colonies are way easier to work in than penguins ones. Instead of nesting under tussocks they nest on them. In addition to the basic work of counting nests and identifying breeding individuals, I also try to locate their feeding range. This is probably the high speciality of the lab I’m working for. Every year we set GPS on breeding albatrosses to see if their preys are moving through times. This is one of my favourite works here, even if under hay storms it isn’t always easy.

But how can I complain when some deal daily with raging weather conditions. If weather can be rough along the coast, it is nearly a daily routine for those living near the summit of the island. But even earthquakes don’t make Amsterdam albatrosses’ chicks shake. For these little bad boys life so far has been limited to face elements with determination, alone on their basic nests. I don’t visit them often. Studies on this extremely endangered specie are confined to basics. I mainly record their love stories and get back devices that have been set by my predecessors. The next time I’ll visit these fellow gangstas, it will be my last visit. One last check up, one band for each one and off they’ll go. Ruling this Ocean through storms and hurricanes.

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I didn’t choose thug life…

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