Nouveau souffle

14 octobre

Depuis le passage mouvementé du Marion Dufresne, on peut dire que les éléments nous ont gâtés. Les nouveaux venus ont du mal à croire aux rumeurs de climat subtropical qui planent sur notre île. Les opérations portuaires écourtées, c’est au tour de mes diverses manipes de souffrir des violentes conditions météorologiques.

Rien que pour se rendre à Entrecasteaux, ce n’est pas gagné mais une fois là-bas, c’est le festival.

Pour l’instant mon travail là-bas concerne deux oiseaux en particulier. Le plus prenant étant probablement le dénombrement des gorfous. Le comptage des oiseaux en colonie est un véritable casse-tête. Les manchots sont minuscules et les retrouver sous la couverture d’herbes hautes n’est pas une sinécure, même s’ils sont plusieurs milliers. Une fois la colonie trouvée, il faut encore s’assurer que c’est la bonne. Le but de ces suivis est d’évaluer la tendance démographique de l’espèce. On ne cherche pas à compter exactement trois mille nids chaque année, on suit une même colonie et on regarde si le nombre de reproducteurs augmente ou diminue. Et tout ça toujours dans le souci de faire un lien entre ces données et les possibles relations avec l’état écologique de l’océan Indien.

Comme ce n’est vraiment pas évident, on précise la démarche avec la poursuite des comptages sur la plage. Je vous avais déjà expliqué ces longues journées sur la plage à compter le seul gorfou qui passe en un quart d’heure. Et bien ça a un peu changé dernièrement… On se contente à cette saison de quatre comptages par jour, mais chacun dure une demi-heure. Et lors de mon dernier dénombrement, ce ne sont pas moins d’un millier de gorfous qu’on a vu défiler à travers le check point. Le pire étant que, vu l’état de la mer, la plupart d’entre eux le passaient à la nage…

La volonté de fer de ces petites bêtes force un peu le respect, ou passe pour de l’obstination décérébrée… Alors que des blocs de roche de plusieurs centaines de kilos sont brassés par chaque vague, les gorfous continuent inexorablement à remonter vers leurs colonies pour relever leurs partenaires qui couvent patiemment. Partenaires amaigris qui redescendent vers la plage en une procession digne d’une colonne de lemmings suicidaires et que la faim pousse à se jeter en mer même si celle-ci fait le gros dos.

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Il faut vraiment qu’ils aient la dalle…

Les gorfous ne sont pas les seuls à dépendre des ressources marines de l’Indien. Les albatros qui portent son nom ont pondu et eux aussi se relaient entre casse-croûtes pélagiques et couvaisons. Comme pour les manchots, des colonies sont suivies tous les ans pour s’informer des tendances démographiques de cette espèce. Sauf que pour eux, c’est bien plus simple. Au lieu de se cacher sous les touffes de Poa Novarae, les albatros construisent leurs nids bien en évidence sur la plante elle-même. C’est assez chouette à voir. En ce moment ils couvent alors le nid est déjà fonctionnel. Mais quand l’un des deux partenaires vient relever l’autre de sa corvée de couvaison, il trouve encore le moyen de lui filer quelques brins d’herbes arrachés à droite à gauche en cadeau.

Le suivi démographique ne fait pas tout, le petit plus, et ça c’est vraiment LA spécialité de mon labo, c’est de savoir où vont les albatros pendant que leurs compagnes et compagnons font le piquet sur le nid. Tous les ans on équipe quelques albatros avec des GPS pour observer les éventuels changements dans les zones de nourrissage. Une de mes manipes préférées même si sous les orages de grêles on doit un peu s’adapter…

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Surtout fais comme si je n’étais pas là.

Mais si les éléments déchaînés grignotent les falaises, envoient des embruns jusqu’aux sommets de l’île et font trembler le refuge, on n’oublie pas que pour les plus grands lascars de l’île c’est un pain quotidien. Ce n’est pas un petit séisme qui suffira à faire trembler les poussins d’albatros d’Amsterdam. Si les conditions climatiques peuvent parfois être extrêmes sur la côte, elles le sont quasiment systématiquement sur le Plateau des Tourbières. Ce n’est pas non plus pour ça que je ne rends pas visite à mes petits protégés tous les jours. Travailler avec l’un des oiseaux les plus menacés de la planète sur un site unique au monde ça se fait avec parcimonie. Il n’y a pas une sortie au Plateau des Tourbières qui ne soit justifiée et bien réfléchie en amont. Les priorités étant là encore d’étudier l’évolution de la population, mais exceptionnellement aussi de se renseigner sur les trajets en mer des seigneurs de l’île. Non seulement ces informations peuvent renseigner sur l’état de l’Indien mais pour l’albatros d’Amsterdam ça peut aussi servir à sa sauvegarde en envisageant des aires marines protégées par exemple. De mon côté je me suis jusqu’ici contenté de suivre les histoires de cœur des géants et récupérer quelques appareils de géolocalisation déployés par mes prédécesseurs. La prochaine fois que je passe voir mes boules de plumes ce sera la dernière, une petite bague à la patte avant qu’ils ne s’envolent pour l’aventure…

Since the last Marion Dufresne’s stopover, weather has been a bit wild around here…Our new winterers hardly believe everything they heard about subtropical climate. Shipping activities hadn’t been the only operations to suffer from weather; my work has been a bit harder too.

To go to Entrecasteaux is already a bit of a challenge but once there, the show is just starting…

At the moment my work is mainly focusing on two nesting species, the first one being the Northern rockhopper penguin. The lab I’m working for is studying there demography. As top predators of this part of the Ocean, the evolution of their population can hold keys to the understanding of global changes in their ecosystems. But to collect data on their breeding success or colonies status isn’t an easy task. Rockhoppers aren’t big penguins and they nest in dense colonies under tussocks. For the study to make sense we need to focus on the same colonies every year and it really is hard to find back where the birds are nesting.

Since we have so many difficulties to work on nesting penguins we also count them on their way to the colonies. Since I started doing that in winter, things have changed a bit. As I already told you, birds weren’t too many to go through the beach this winter. Well for my last counting more than one thousand birds crossed the beach in half an hour… And with the current raging sea many penguins could nearly reached their nests by swimming…

To see all these birds keeping on coming and going whatever the weather is quite impressive. While their mates are incubating they go feeding at sea, and once full they go back to their nests to take the incubation turn.

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Rush-hour.

Another bird is depending on marine resources from the Indian Ocean, the local yellow-nosed albatross. As such they also can be good indicators of the state of the nearby ecosystem. We also study demography of this specie and their colonies are way easier to work in than penguins ones. Instead of nesting under tussocks they nest on them. In addition to the basic work of counting nests and identifying breeding individuals, I also try to locate their feeding range. This is probably the high speciality of the lab I’m working for. Every year we set GPS on breeding albatrosses to see if their preys are moving through times. This is one of my favourite works here, even if under hay storms it isn’t always easy.

But how can I complain when some deal daily with raging weather conditions. If weather can be rough along the coast, it is nearly a daily routine for those living near the summit of the island. But even earthquakes don’t make Amsterdam albatrosses’ chicks shake. For these little bad boys life so far has been limited to face elements with determination, alone on their basic nests. I don’t visit them often. Studies on this extremely endangered specie are confined to basics. I mainly record their love stories and get back devices that have been set by my predecessors. The next time I’ll visit these fellow gangstas, it will be my last visit. One last check up, one band for each one and off they’ll go. Ruling this Ocean through storms and hurricanes.

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I didn’t choose thug life…

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3 Réponses so far »

  1. 1

    Maman said,

    Qu’est-ce que tu lui as fait à l’albatros pour qu’il soit si sage ? Hypnotisé ? Drogué ? Câliné ?

  2. 3

    Rémi said,

    Les albatros de l’océan Indien sont les oiseaux les plus cool de la planète! C’est tout!


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