Made in Russia

3 aout

 

Bien que les oiseaux que je capture me soient pour la plupart familiers, travailler sur ce site m’offre quand même l’occasion d’innover.

Enfin en théorie...

Enfin en théorie…

Ce que vous voyez sur cette photo n’est pas un touriste français qui prétend fièrement savoir se servir d’une faux, ça c’est pour l’échelle. La nouveauté c’est l’immense filet tendu au milieu de la prairie. Ici on l’appelle sobrement le « Big Trap » mais je ne pense pas qu’il ait de nom vraiment officiel. Celui de la photo a un problème majeur : on le voit sur la photo. Après deux ans de bons et loyaux services le filet de ce piège s’est délavé et est maintenant d’un blanc éclatant. Ce qui permet aux oiseaux de bien le voir pour être sûrs de ne pas se prendre dedans.

Alors je vous avoue que même peint à la façon des treillis camouflage que tout le monde porte ici, je reste très dubitatif quant à l’efficacité de ce piège que je n’ai jusqu’ici jamais vu fonctionner. Et pourtant mon estime pour l’intellect du passereau moyen n’est pas très élevée. Mais mes collègues persistent à essayer de me convaincre du contraire et prétendent que le piège atteint son efficacité maximum lorsque la météo est très mauvaise et que les oiseaux sont obligés de voler très bas. C’est un argument convaincant d’autant plus que ce genre de météo est généralement plutôt pénalisant pour nous. Dans un filet standard, les plumes des oiseaux capturés sont ébouriffées et ne le protège plus du froid et de l’humidité. Si nous laissions les filets ouverts sous la pluie ce serait l’hécatombe par hypothermie. Mais le Big Trap nous permet d’éviter ce genre de désagréments car les oiseaux qui s’y perdent finissent dans deux petites volières et leur plumage y reste bien ordonné.

Encore faut il qu'ils arrivent jusque là.

Encore faut il qu’ils arrivent jusque là.

Les jeunes gens que vous voyez sur la photo font partie de deux groupes de volontaires qui sont venus nous prêter main-forte cette semaine. Au début quand Yuri m’a annoncé leur venue j’ai un peu rigolé. J’ai déjà du mal à remplir mes journées alors je ne voyais pas trop ce qu’on allait pouvoir faire faire à ces jeunes recrues très motivées.

Sauf qu’en réalité ces braves bénévoles n’étaient pas là spécialement pour la station de baguage mais plus généralement pour le compte de la réserve. Le premier groupe n’était composé que de Russes réunis par je ne sais quelle organisation nationale tandis que le deuxième réunissait des Russes, des Coréens, un Serbe et une Allemande sous la bannière de l’Unesco. Âgés d’entre vingt et trente ans, la plupart étaient de jeunes ingénieurs cherchant à quitter leurs bureaux pour aller enfoncer leurs paluches dans le cambouis. Et ils ont eu à faire, entre le nettoyage des berges du lac et la réfection des routes environnantes ils ne se sont pas ennuyés. Yuri a su mettre à profit la profusion de main-d’oeuvre bon marché. Il plaiderait sûrement le hasard pour sa défense mais figurez-vous que tous ces volontaires sont arrivés au bon moment pour réceptionner le nouveau filet pour le Big Trap ! Et ils n’étaient pas de trop pour nous venir en aide.

Si le nouveau filet n’est pas sur la photo du début de cet article, ce n’est pas parce qu’il est parfaitement invisible, c’est parce qu’il n’est pas fonctionnel. Vous vous doutez bien que la demande pour ce genre de filet n’est pas très importante et qu’on ne le trouve pas au supermarché du coin. Pour faire construire ce piège qui ressemble à si méprendre à un gros chalut Yuri a tout naturellement contacté un fabricant de filet de pêche. Et ils s’y connaissent aussi bien en capture d’oiseaux que moi dans le maniement de la faux. Résultat on s’est retrouvé avec pas mal de boulot sur les bras pour bidouiller notre nouveau piège. Et comme il se trouvait une petite armée de motivés pour nous aider on les a mis à contribution.

Maintenant les gens paient pour venir au goulag...

Maintenant les gens paient pour venir au goulag…

Nos petit gars sont partis mais il nous reste encore du boulot de découpage et de couture avant de pouvoir inaugurer notre nouveau piège. Par contre les oiseaux ne nous ont pas attendus et un matin on en a retrouvé deux dans une des volières, sans trop que nous sachions comment ils étaient arrivés là. Quand je vous parlais du quotien intellectuel du piaf moyen…

Pour l’instant Nikolaï est allé se remettre de ses émotions chez lui pour le week-end et a repoussé le fignolage du Big Trap à la semaine prochaine. Je garde la maison tout seul et profite du calme en capturant ma demi douzaine d’oiseaux quotidienne. Tiens une capture qui mérite d’être mentionné c’est celle d’un petit gobemouche juvénile. Déjà qu’un oiseau adulte n’est pas fûté ce djeuns là s’est fait attrappé à sept heure du matin puis à nouveau à neuf heure du soir le même jour, le couillon. Et bien la surprise c’est que malgré l’épisode au combien traumatisant du baguage, qu’est ce qu’il brailliait le petiot, lors de sa pesée du soir la balance affichait un gramme de plus ! Ça vous fait peut être gentiement sourire mais c’est quand même dix pour cent de son poids en plus au bestiau. Essayez-donc de faire pareil pour voir, et sans Mac Donald ! C’est qu’en plus il faut en dépenser de l’énergie pour capturer les insectes au vol.

La gloutonnerie, un autre caractère commun à tous les djeuns.

La gloutonnerie, un autre caractère commun à tous les djeuns.

 

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