Ladyboys

10 aout

 

Selon Nikolaï il y a deux hivers en Sibérie, un blanc et un vert. D’une manière générale Vivaldi serait un peu largué par ici. Pour la plupart des autochtones tant qu’on ne peut pas rouler en quatre-quatre sur le lac gelé, l’hiver n’est pas encore arrivé.

Ainsi les signes qui sont chez nous synonymes de l’été sont visibles ici aussi. Les criquets bondissent sous nos pas, les jeunes lézards vivipares se dorent la pilule et les pouillots chantent gaiement. Sauf que dans le même temps un vent froid souffle depuis la toundra, on ramasse surtout des feuilles mortes dans les filets et les pie-grièches sont de retour.

Ô joie...

Ô joie…

Chaque fois qu’un biologiste est sur le terrain, il y a toujours une manipulation dont il se passerait bien. Les perruches de Sparrman en Nouvelle-Zélande, Tétanos sur l’île d’Amsterdam et, pour ceux qui ont bien suivi en Corée, les pie-grièches dans tout le paléarctique. Pour rappel, ces jolis petits passereaux ont déjà des habitudes charmantes sans mêmes que nous nous donnions la peine d’aller les embêter. Comme celle d’aller empaler leurs proies sur des épineux pour les déguster plus tard… Mais c’est vraiment entre nos mains câlines que les adorables volatiles dévoilent toute l’étendue de leur amabilité en enfoncant gaiement leur bec dans la chair de nos doigts avec la ferme intention d’être les derniers à lâcher prise.

Si jusqu’ici nos petites mimines vivaient sereinement, c’est parce que les pie-grèches symbolisent la raison même de l’existence de la station ornithologique de Mishiha, ce sont des oiseaux migrateurs ! Absolument aucun pie-grièche ne se reproduit autour du village, le dernier qui avait été capturé cette année le fût le quatre juin dernier, sur sa route vers les terrains de reproduction arctique où il allait brouter du lemming. Sauf que maintenant ça doit commencer à cailler là-haut et que le pèlerinage vers l’Inde n’est pas qu’un truc de hippie. Résultat les jeunes pie-grièches s’amoncellent sur les buissons qui nous entourent en attendant patiemment de recevoir leur petite bague. Sauf que sans Big Trap il est moins facile de satisfaire la demande, et sans volontaires il est moins facile de rafistoler le piège. Heureusement Yuri est là pour remplacer la troupe de bénévoles qui avait mouvementé notre quotidien pendant une semaine.

Au boulot !

Au boulot !

Pas plus biologistes que leurs prédécesseurs, Yuri nous a sorti de derrière les fagots la sœur d’un pote à sa femme (si si) et sa meilleure amie, Ulyana et Vera. Et non seulement elles étaient vraiment super sympathique mais en plus elles parlaient parfaitement anglais, un bonheur. La tâche qui leur incombait fut « naturellement » de s’armer de fils et d’aiguilles pour corriger les erreurs de coutures dans les filets qui composent le Big Trap. Mais la météo capricieuse ne leur a pas laissé le temps de venir à bout de la tâche monumentale et elles sont reparties chez elles hier sans jamais avoir vu le piège fonctionner. Fichtre foutre mais comment allons-nous parvenir à rendre ce Big Trap fonctionnel ! Fort heureusement deux nouvelles recrues, Marina et Dasha, ont succédé à nos amies le jour même. Elles n’ont plus ne sont pas biologistes, deux touristes en route vers Vladivostok, mais elles aussi sont des femmes, les rendant « naturellement » prédestinées au tricotage…

Même mes lecteurs les moins perspicaces auront noté dans mon dernier paragraphe les allusions manquant lourdement de subtilité quant à la condition de la femme russe. Cruellement en pane de nouveautés croustillantes dans mon petit quotidien, j’en profite pour un écart qui me tient doucement à cœur. Certains ne manqueraient pas de me faire remarquer qu’après avoir vécu trois mois en Corée et trainé mes panards au Japon, il est assez surprenant que la misoginie exotique me choque tellement. C’est peut-être parce que la culture générale de ces pays m’a paru aberrante dans son ensemble et pas seulement parce que, à mon sens, la femme y est considérée abusivement comme un objet.

De la même manière je sais bien qu’en France la misogynie est loin d’être anecdotique et je ne veux pas faire mon moralisateur ignare qui sort des insanités du style : « Non mais regardez-moi ces machos, ce n’est pas en France qu’on verrait une femme traitée comme ça ! ». Quelle que soit la forme ou l’origine géographique, les préjugés idiots sur d’absurdes inégalités entre les hommes et les femmes me donnent systématiquement des boutons.

Oui mais alors pourquoi ? Pourquoi aujourd’hui du fin fond de la Sibérie je me sens obligé de vous faire partager ma surprise ? Je vous passe la trop longue liste de ces petites phrases ou ces petits gestes qui sont ceux d’une fausse galanterie ou d’un paternalisme affligeant, ça c’est malheureusement quasi universel. Non, peut-être est-ce le fait que la culture russe me paraisse si proche de la mienne qui a rendu cette subtile différence si évidente, ce qui m’a frappé fût l’attitude des Russes en groupe mixte. Si un homme russe ne manquera jamais d’aller saluer sans exception tous les porteurs de roubignolles présents dans l’attroupement, il passera devant chaque femme en l’ignorant avec une application qui frôle la provocation. Je vous assure que c’est sidérant, il peut n’y avoir que deux poilus pour quinze gonzesses, ils se donneront des accolades frôlant l’appât à homophobe et n’auront même pas un regard pour leur compagnie féminine. Là je vous ai lâché le gros morceau mais comme ça m’a bien motivé je vais passer à une autre surprise, c’est cadeau.

Le poing (sic) de vue de la femme russe.

Le poing (sic) de vue de la femme russe.

Un aspect déroutant de ces petites réunions que je viens de vous décrire tient aussi du comportement des femmes présentes. Non seulement ne vont-elles pas saluer un seul des hommes présents, ce qui se comprend, mais les femmes ne s’accordent pas non plus entre elles un seul salut. Elles restent juste plantées là et ne prennent part aux discussions que quand un homme, généralement leur mari, leur adresse la parole, où qu’il est tellement plein de vodka qu’il est temps de le ramener à la maison. Bien entendu ce constat ne vaut généralement que pour les femmes que j’ai rencontrées ici, des femmes mariées issues du milieu rural. Il va de soi que les Moscovites ne se comportent pas toutes de la même manière et vous n’avez pas besoin de moi pour imaginer l’attitude des hommes en présence de femmes célibataires… Ainsi je vous citerai l’exemple de la femme de Yuri, qui ne manque jamais de me saluer alors que je n’ai jamais vu un seul russe lui adresser la parole. A l’inverse la jeune Dasha, qui était ici avec son camarade Ivan, semblait perdre tous ses moyens lorsque je lui adressai la parole, me plongeant dans une gêne importante, comme si je manquais à toutes les convenances. Deux cas intéressants furent également Olga (sur la photo précédente) et Vera, qui se veraient facilement attribuées en souriant le qualificatif de garçons manqués. Deux petits bouts de femmes citadines à la langue bien pendue qui n’hésitaient jamais à mettre en avant une certaine virilité. Et bien croyez le ou non mais les propos les plus machistes que j’ai entendus ici venaient d’elles, donnant parfois l’impression de renier leur féminité à travers des comportements prétendument très maculins et vociférant des « be a man ! » ou « it’s a girl thing ! » à tout va. Au point que j’ai très certainement manqué de subtilité en qualifiant Vera de misogyne en ricanant, mais il ne faut pas me pousser non plus.

La corvée de patates, une activité mixte.

La corvée de patates, une activité mixte.

Malgré tout il me semble important de nuancer mon propos, le choc culturel se fait souvent dans les deux sens et des comportements russes envers les femmes me mettent tout aussi mal à l’aise vis à vis du comportement de certains de mes compatriotes. Ainsi je me souviendrais longtemps de la stupéfaction des touristes français devant les tenues arborées par les jolies habitantes de Prague. Personnellement ce qui me choque c’est justement qu’en France ou ailleurs des hommes se comportent de telle manière à ce que nos filles n’osent plus s’habiller comme elles le souhaitent. Et il en va en Russie comme en république Tchèque, une fille en mini short ne fera jamais sourciller un passant, mais qu’un olibrius se permette une réflexion et une armée de chevaliers servants viendra lui enseigner les rudiments de la courtoisie locale. Et je ne parle même pas de Marina et Dasha qui arrivent de Moscou… en stop. Ce qui ne choque absolument personne ici.

Il est toujours dangereux de généraliser et je ne rappelerai jamais assez que ces réflexions ne sont issues que de mon expérience personnelle. On trouve de tout partout et les temps changent, avec eux les mœurs aussi. S’il n’y a qu’une chose qui ne doit jamais changer c’est que de voir une femme sourire, Russe ou Française, reste toujours infiniment plus beau que de la voir pleurer.

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4 Réponses so far »

  1. 1

    flo said,

    mais c’est que tu deviendrais un vrai pouète mon copain…

  2. 3

    papa said,

    T’es en manque d’affection ?


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