Les naufragés du Baïkal

17 aout

 

Nikolaï a frôlé l’overdose de sociabilisation ces derniers jours et il découche. Il s’est installé dans une grande tente à l’écart dans notre jardin. Il faut dire que nos deux auto-stoppeuses étaient déjà assez présentes mais quand une colonie de vacances est venue s’installer elle aussi sur notre gazon ça devenait sacrément bondé dans notre petit campement.

The place to be.

The place to be.

Quand on sait à quel point il a été dur pour moi de pouvoir finalement venir travailler ici c’est assez déroutant de voir avec quelle facilité deux touristes russes peuvent squatter tranquilou pendant une semaine. Je sais pour avoir un peu initié leurs candidatures qu’une flopée de gens très qualifiés venant d’un peu partout ne demandent qu’à venir tricoter dans les filets mais les soucis administratifs ajoutés à ceux de communications font qu’au final on ne voit venir que des étudiantes en design…

Mais toutes les bonnes volontés sont bonnes à prendre quand on constate l’intensification de la migration. La toundra est en train de se vider de son avifaune et ça pépie à tout va autour de Mishiha. On ne trouve plus un arbuste sans au moins une pie-grièche perchée dessus, impossible de faire un pas sans soulever des dizaines de bergeronnettes et pipits, les buissons voient défiler quantité de bruants, pouillots, locustelles et rousserolles de toutes plumes.

Il est plus que temps que notre Big Trap soit fonctionnel et aujourd’hui ce n’est pas loin d’être le cas. À vrai dire on l’a déjà ouvert et, même s’il reste quelques fignolages à effectuer pour améliorer nos chances de capture, tous les jours nous retrouvons quelques volatiles dans nos volières.

Même si pour l'essentiel ce sont des pie-grièches.

Même si pour l’essentiel ce sont des pie-grièches.

Beaucoup d’entre vous ne connaissent pas le séduisant barbu à ma gauche mais je pense que vous vous doutez tous qu’il n’est ni une autostoppeuse ni un écolier. Ce séduisant barbu s’appelle Thomas et je l’ai rencontré il y a presque deux ans lors d’un séminaire qui allait nous amener à nous retrouver sur le même bateau, celui qui s’est frotté d’un peu trop près à un caillou de l’archipel Crozet. Thomas a hiverné aux Kerguelen où il a occupé le même poste qu’un autre séduisant barbu, François, occupait sur Amsterdam, celui assez flou de Gener. Mais alors que vient-il faire dans un traquenard d’ornithologues ravis de trouver de nouveaux doigts pour nourrir leurs pie-grièches ? Et bien à force de détermination même un logisticien peut venir filer un petit coup de main par ici. Et de la détermination, quand il s’agit d’aller tremper son popotin tous les jours dans le lac Baïkal, Thomas en a. Malgré les oiseaux un peu caractériels et les coutumes locales parfois déroutantes, j’ai désormais un compagnon de séjour avec qui la communication n’est pas un calvaire.

S’il n’est pas encore capable de différencier un pouillot d’une locustelle, notre nouveau colocataire sait se rendre utile. Entre couture et démaillage, on trouve même le temps de bricoler un peu et on s’est fixé l’objectif de créer de toutes pièces des embarcations de fortune. Thomas dans le but de pêcher au large, moi dans celui de pouvoir enfin me baigner avec les phoques.

Ah oui j'ai oublié de vous parler des phoques...

Ah oui j’ai oublié de vous parler des phoques…

Si je vous mets une photo du nerpa miteux du musée de Kabansk (Кабанск, définitivement dans mon top dix des musées à visiter au moins une fois dans sa vie) c’est parce qu’il n’est pas franchement évident de les prendre en photo depuis la rive. On ne les aperçoit généralement que loin au large ou morts sur la berge. Dès que la surface du lac est calme je ne manque jamais une occasion d’emmener mes jumelles au bord de l’eau et de regarder les phoques faire surface. J’ai même tenté de les approcher à la nage mais les pinnipèdes ne s’approchent pas des côtes et j’ai réalisé que je n’étais pas encore assez inconscient pour trop m’en éloigner.

Mais au fait, qu’est-ce qu’ils foutent là ces phoques ? Et bien personne n’est vraiment sûr… Certains prétendent que les seuls phoques de la planète vivant exclusivement en eau douce se seraient retrouvés coincés dans le lac après le retrait de la banquise qui a suivi la dernière glaciation. Mais d’autres envisagent que les animaux seraient arrivés après avoir remonté le cours d’eau qui quitte le lac. Quoi qu’il en soit ils sont là et bien là et ne courent à priori aucun risque d’extinction immédiat, même si les filets dérivants, la pollution et la chasse légale ou non continuent à en éliminer chaque année. Et puis moi ça me fait du bien après l’année que j’ai passée avec mes otaries, d’avoir des phoques dans les parages. Allez et puisque c’est vous je vous fais une petite piqure de rappel sur la différence entre les phoques et les otaries.

Exemple typique d'une otarie dans toute sa fière splendeur.

Exemple typique d’une otarie dans toute sa fière splendeur.

Pour commencer il y a les différences physiques, et je vais essayer de faire mieux que de vous dire qu’une otarie c’est superbe alors que les phoques sont laids comme des poux. La différence la plus connue se situe au niveau des oreilles. Elles sont visibles chez les otaries et invisibles chez les phoques. Ce qui peut se comprendre lorsqu’on entend le vacarme dans une colonie d’otaries et qu’on sait que la mère utilise une reconnaissance auditive pour son rejeton. Autre caractère physique très visible, les paluches. Les otaries ont des pattes avant très développées, ce qui leur permet de se mouvoir plus facilement au sol, alors que chez les phoques les pattes avant sont souvent ridiculement petites et ils se déplacent au sol par reptation. Le fait que les otaries passent plus de temps à terre que les phoques est d’ailleurs un critère assez constant de distinction entre les deux familles. Les phoques ne restent généralement à terre que pour la mise-bas et le nourrissage du petit qui se fait le plus fréquemment d’une traite sans que la mère ne le quitte, elle l’accompagne même souvent pour son premier bain. Les otaries vivent principalement en colonies denses où des individus sont présents quasiment toute l’année. La mère part régulièrement s’alimenter entre deux nourrissages du petit, qui part en mer tout seul comme un grand lorsqu’il est sevré.

Enfin on trouve le plus souvent les otaries moins loin des pôles que les phoques mais là il y a des exceptions. Ainsi il existait des otaries qui fréquentaient les eaux du détroit de Béring tandis qu’on trouve des phoques (de plus en plus rarement) sur les plages d’Hawaï, et même dans un lac perdu a milieu de la Sibérie…

Ceux qui ont bien suivi doivent pouvoir me dire si l'éléphant de mer est un phoque ou une otarie.

Ceux qui ont bien suivi doivent pouvoir me dire si l’éléphant de mer est un phoque ou une otarie.

 

 

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5 Réponses so far »

  1. 1

    Gagarine said,

    Phoque !
    Et les morses, tu les ranges où ?

  2. 4

    flo said,

    t’es con toi ! c’est bien connu, les éléphants c’est des pachydermes !! Et ça se dit naturaliste…


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