Archive for février, 2015

Big Brother

15 février

Bon après cette interlude passionnante sur une des proies favorites des mérions il est temps de replonger dans le vif du sujet. Tous les petits de l’année ont maintenant quitté leurs nids, il est temps de passer à ce pourquoi j’ai personnellement été embauché.

Georges ! On t'avais pourtant prévenu que quand Rémi est dans le coin il ne tarde pas à foutre des filets partout !

Georges ! On t’avais pourtant prévenu que quand Rémi est dans le coin il ne tarde pas à foutre des filets partout !

Notre routine quotidienne avec Chris est maintenant de parcourir Serendip en disposant chaque jour six filets à divers endroits du sanctuaire. Le but est de capturer un maximum d’oiseaux. Et pour en capturer on en capture… Apparemment en un mois on a manipulé autant d’oiseaux qu’il n’en a été attrapé l’année dernière… Du coup on ne refuse jamais un coup de main de Michelle, Asthon ou Amy, une étudiante en Master.

Si le procédé de capture ne change pas trop de ce dont je commence à avoir l’habitude, ce qu’on fait subir au oiseaux est nouveau pour moi. Notre priorité du moment est une liste d’une centaine d’individus. Ce sont ou bien des oiseaux que Michelle et Timon étudient depuis environ quatre ans, ou bien leurs petits de l’année, et on s’intéresse particulièrement à ceux qui ont été placés avec des parents adoptifs lorsqu’ils n’étaient encore que des œufs.

Lorsque nous attrapons un de ces oiseaux prioritaires, nous lui refaisons une série de mesures classiques et souvent une prise de sang. Puis l’oiseau est emmené dans une petite cage recouverte d’un drap où il se remet doucement de ses émotions pendant une heure en dégustant des vers de farine mis à sa disposition. À l’issue de sa convalescence, il est conduit vers une chambre.

The Room.

The Room.

La chambre est blanche et insonorisée, aucune ouverture vers l’extérieur. Le sol est divisé en neuf carrés de tailles égales et quatre perchoirs sont disposés dans la pièce, divisés en plusieurs branche. Sur une branche de ces perchoirs se trouve un plateau où gigotent une dizaine de vers de farine. Toute la pièce est filmée par une caméra placée dans un angle du plafond. L’oiseau est d’abord placé dans une salle d’attente, une petite boite pendant cinq minutes. Puis le panneau qui bloque l’accès à la chambre est soulevé et l’expérience commence. Assis dans la pièce d’à côté nous observons ce qu’il se passe sur un écran de téléviseur. L’oiseau a trois minutes pour quitter la salle d’attente. Ces trois minutes procurent déjà beaucoup d’informations sur la personnalité de l’oiseau. Est ce un individu plutôt timide ou curieux par exemple. Si la bestiole est réticente on entrouvre la porte de la salle d’attente et la vision d’un barbu hirsute suffit généralement à forcer l’oiseau à s’aventurer dans la chambre. Et là c’est le grand jeu. On peut se retrouver devant un sacré nombre de cas de figure. Allant de celui qui s’installe sur un perchoir pour toute la durée du test à celui qui ne tient pas en place en passant par celui qui engloutit dix vers de farine en une minute. Tout ce que l’oiseau fait, ses moindres faits et gestes, s’il mange, s’il se nettoie, sur quel perchoir il se pose, sur quel carré il sautille, etc, tout est noté en temps réel sur notre iPhone. Pendant huit minutes, l’oiseau est livré à lui-même et parmi les informations essentielles que nous recueillons, nous obtenons surtout celles qui vont permettre de calculer sa propension à l’exploration. Une fois ces huit minutes écoulées, on révèle un miroir pendant cinq minutes. Ce coup ci c’est l’agressivité de l’oiseau qui est mesurée, et là encore on a ceux qui vont se cacher tout de suite ou ceux qui se battent comme des débiles pendant cinq minutes contre leur reflet…

Une fois l’expérience terminée on ramène l’oiseau où on l’a trouvé et il retourne prestement à ses petites affaires.

Bon vous l’aurez deviné ce n’est pas franchement une activité qui m’enchante au plus haut point. Le procédé est quand même assez lourd pour l’oiseau et se retrouver trop longtemps loin de son territoire peut avoir des conséquences désastreuses sur la hiérarchie.

Mais c’est pour cela que Michelle est progressivement en train de passer à la méthode de la cage.

The Cage.

The Cage.

Pour cibler nos oiseaux pendant la période de reproduction, c’est assez simple. On connait la composition des groupes et la localisation de leurs territoires. Sauf qu’après la saison c’est un peu plus complexe. Les cartes sont remélangées, les jeunes femelles de l’année couvrent de longues distances à la recherche de nouveaux territoires et les mâles subalternes explorent les alentours pour vérifier si un vieux dominant n’a pas cassé sa pipe. Bref on tombe sur un peu tout et n’importe quoi dans nos filets, y compris des oiseaux non bagués. Tout les oiseaux qui ne sont pas sur la liste ou qui ont eu leur dernière visite de la chambre depuis au moins deux semaines passent donc par la cage. Je vous avais dit que si j’ai accepté de me compromettre en participant à de la recherche fondamentale c’est essentiellement parce que Michelle m’a convaincu qu’elle s’appliquait à minimiser l’impact sur les oiseaux. La preuve en est que lorsqu’elle a eu vent d’une méthode qui lui permettait d’obtenir des résultats similaires à ceux obtenus avec la chambre en beaucoup moins de temps, elle a rapidement décidé de l’appliquer.

Le premier intérêt de la cage est qu’on peut la trimbaler partout au lieu de trimbaler les oiseaux de leurs territoires vers la chambre. Ensuite l’expérience de la cage nécessite que l’oiseau soit placé dans le dispositif directement après sa capture, et non après une heure d’acclimatation. Et puis l’expérience prend beaucoup moins de temps. L’oiseau patiente trente seconde dans une petite boite, il passe ensuite quatre minutes à explorer sa cage et deux minutes de plus face à un miroir. L’inconvénient c’est qu’on ne peut pas enregistrer les activités de l’oiseau en temps réel. Pour ne pas que l’oiseau passe tout le test à chercher à sortir de la cage, elle est recouverte d’un drap et filmée par une petite caméra. Par contre ce test nous permet d’enregistrer beaucoup plus de facteurs comme les changements d’orientation de l’oiseau dans la cage, des mouvements à beaucoup plus petites échelles et des activités beaucoup plus précises. Si l’oiseau chante, pépie, ouvre son bec ou même, depuis mes conseils avisés, si il dépose une fiente dans la cage !

Bien entendu tout ça nous prend énormément de temps. En raison des contraintes météorologiques du moment nous n’ouvrons généralement nos filets que six heures dans la matinée. Mais si nous attrapons une vingtaine d’oiseaux dans la matinée, ce qui n’était apparemment jamais arrivé mais nous arrive très régulièrement, on est rapidement débordés. Et puis après il faut corriger les résultats du test de la chambre. Les activités qui ne sont pas enregistrées pendant qu’on s’éclipse pour révéler le miroir par exemple. Il faut aussi enregistrer les résultats des vidéos de la cage. Des vidéos qu’on regarde en vitesse très réduite vu comment certains oiseaux sont nerveux.

Bref on s’occupe mais ne croyez pas que je ne trouve pas un peu de temps pour profiter des divers attraits de la région. Mais ça je vous en parlerai plus tard.

Non il n'y en a pas que pour vous !

Non il n’y en a pas que pour vous !

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Le paradis de Werber

6 février

Aujourd’hui les copains j’avais prévu de vous parler de ce qu’on fait subir quotidiennement à nos pauvres mérions depuis que nous n’avons plus vraiment de nids à suivre. Mais au final je vais vous parler myrmécologie !

Non ce n'est pas un nouveau mouvement artistique.

Non ce n’est pas un nouveau mouvement artistique.

La myrmécologie c’est l’étude des fourmis, et si ça me passionne particulièrement en ce moment c’est pour deux raisons essentiellement. Tout d’abord le jeune homme sur la photo est myrmécologue, il en passe quelques-uns à la maison de temps à autres et ils devraient s’installer de manière un peu plus permanente d’ici peu. Je ne sais plus trop de quelle université ils viennent mais leurs études sont passionnantes !

Ensuite les fourmis en Australie c’est assez incontournable. De ce que j’ai pu voir du pays jusqu’ici, ces petits insectes sont partout. Les gens du coin prétendent même que la première chose qu’on voit bouger après un incendie, ce sont les fourmis. Il y en a de toutes sortes et avec les copains ont peut parfois passer un bon quart d’heure à les admirer en attendant que nos filets se remplissent. Du coup je vous propose un tour d’horizon des plus exceptionnelles.

Et autant commencer par celles qui intéressent le plus nos myrmécologues : Iridomyrmex purpureus, que les australiens appellent aussi « meat ant ». Un nom qui leur va plutôt bien vu qu’ils leur arrivent d’utiliser ces fourmis pour se débarrasser des carcasses de bétails !

Iridomyrmex est très présente à Serendip et elle est parfois considéré comme étant un caïd chez les fourmis, dominant les autres espèces dans la région. J’en ai vu assez se faire démembrer par des fourmis bien plus petites pour pouvoir me dire que cette réputation est un peu exagérée… Quoi qu’il en soit, quand on observe les différentes espèces de fourmis du sanctuaire, on a plutôt l’impression qu’elles s’ignorent toutes cordialement les unes les autres.

Donc revenons en simplement à notre petite iridomyrmex qui d’ailleurs est d’une taille plutôt respectable quand on la compare aux fourmis françaises. Une des premières particularités de ces insectes est la structure invraisemblable de leurs colonies. Elles peuvent abriter jusqu’à plusieurs dizaines de milliers d’individus mais ce qui est vraiment extraordinaire c’est qu’elles abritent plusieurs reines ! Et attention, je ne parle pas de frangines qui décident de s’installer d’ensemble, ou de descendance qui décide de prendre la relève de la mère supérieure. Non chez les iridomyrmex, on peut trouver sous le même toit plusieurs reines qui n’ont absolument aucun lien de parenté. Une reine qui passe par là peut, si elle est acceptée par le reste de la colonie, s’installer dans un coin et commencer à pondre des œufs. Tout se beau monde s’entasse sous terre mais il est quand même assez facile de repérer la fourmilière depuis la surface. Les iridomyrmex rasent tout ce qui pousse au-dessus de chez elles puis placent sur le toit de leurs domiciles tout un tas de petits graviers et débris qui servent d’accumulateur de chaleur pour les étages inférieurs.

Surtout faites ça discret les filles...

Surtout faites ça discret les filles…

Mais le spectacle ne s’arrête pas là, la structure sociale des iridomyrmex est elle aussi particulièrement intéressante. Chez la plupart des espèces de fourmis, les individus asexués sont divisés en castes établies dès la naissance. Si une fourmis rousse de chez nous nait ouvrière elle le reste jusqu’à la fin de ses jours et idem pour celle qui naissent soldat. Chez iridomyrmex c’est complètement différent, la caste de chaque individu évolue avec son âge! Je vous préviens tout de suite c’est un fonctionnement qui reste encore très peu compris et renferme énormément de mystères. Ce qui semblerait déjà assez sûr c’est que plus une fourmi est âgée plus la caste à laquelle elle appartient lui demandera de prendre des risques. Par exemple une des premières castes à laquelle va appartenir un individu après son passage à l’âge adulte sera de s’occuper des couvains. Leur apporter le bibi, nettoyer le caca, tout ça tout ça. Un boulot de planqué qui ne demande même pas de sortir de la fourmilière. Puis viennent les castes qu’étudient nos myrmécologues. Les excavatrices, qui passent leurs journées à déblayer le merdier qui s’accumule dans les galeries. Là on commence à avoir des petites frayeurs même si en gros les bestioles ne s’éloignent pas trop du sommet de la fourmilière. En vieillissant les fourmis deviennent ensuite des récolteuses. Tout de suite ça craint un peu plus puisqu’on s’aventure un peu plus loin pour ramener de la bouffe à la maison. D’ailleurs apparemment plus la fourmi est âgée plus elle s’aventure loin et seul. Et pour finir on a les paradeuses. Je dis pour finir parce que celles qui atteignent l’âge avancé nécessaire pour appartenir à cette caste ne tiennent pas ce rôle très longtemps… La caste des paradeuses c’est un peu de l’euthanasie utile, la fin de vie avec panache. L’idée c’est que, même si les iridomyrmex ont quand même tendance à laisser les autres espèces de fourmis tranquilles et même à laisser n’importe quel greluche en cloque déposer ses œufs n’importe où dans la colonie, quand deux individus asexués venant de deux colonies différentes se croisent, c’est pas forcément la joie…

Pour éviter que ce soit trop le Bronx, chaque colonie établie donc des frontières, et ces frontières sont gardées par les paradeuses. Leur technique de dissuasion est assez invraisemblable. Quand une fourmis qui n’a rien à faire dans les parages approche une paradeuse, cette dernière se dresse sur ses pattes, s’oriente de manière à lui bloquer la route, puis dressent ses pattes en l’air un peu n’importe comment comme pour lui signaler de foutre le camp. Aussi stupide que ça puisse paraître c’est assez efficace puisqu’on observe assez rarement des iridomyrmex en venir aux mandibules.

Do the dance !

Do the dance !

Nos collègues myrmécologues ont pu observer que les fourmis d’une même colonie étaient capables de reconnaître les individus des différentes castes entre eux et se comportaient différemment selon à qui elles ont à faire. Maintenant ce qu’ils aimeraient bien savoir c’est si les individus d’une colonie peuvent différencier les individus d’une autre colonie selon leur caste. Là ça devient un peu plus compliqué à vérifier… Ben oui parce que quand on met des individus de deux colonies différentes en contact, il y a généralement un comportement qui prédomine. Et c’est super rigolo de voir nos étudiants paniquer lorsqu’une excavatrice décide de découper une autre fourmis en morceau, quelle que soit sa caste. Ils s’arment alors de pinceaux pour essayer de séparer les deux insectes et éviter le drame.

Voilà pour iridomyrmex, je pourrais vous en parler encore longtemps mais au final on ne s’intéresse vraiment à elle que depuis qu’on voit les copains jouer avec. La fourmi qu’on a tous appris à repérer tout seul s’appelle Myrmecia desertorum, de la famille des célèbres fourmis bouledogues. Lorsqu’elle m’avait fait faire le tour du sanctuaire, Alice avait bien insisté sur l’importance de bien prendre garde à ces insectes. Et elle avait bien raison. Les fourmis bouledogues sont d’une timidité aussi impressionnante que leur potentielle agressivité. Si vous coupez en deux ces fourmis, il se dit que l’abdomen et la tête vont s’attaquer réciproquement ! Je ne suis pas allé vérifier… Lorsque vous vous promenez en forêt, il est quasiment impossible de repérer leur fourmilière. En général elle ne ressemble à rien, une poignée de trous au pied d’une plante rabougrie. Mais si vous avez le malheur de poser le pied à proximité…

Les fourmis bouledogues ont une vision plus développée que la plupart des autres familles de fourmis. C’est assez impressionnant. En général les fourmis bouledogues sont très craintives et préfèrent se réfugier dans leur trou si la menace n’est pas vraiment dramatique. Mais une fois qu’elles vous ont repéré et qu’elles ont décidé qu’il était temps que tu ailles observer des oiseaux plus loin, il est temps de courir. Se faire littéralement pourchasser par une fourmi est une expérience assez hallucinante, surtout quand elle est d’une taille largement supérieure à la normale et qu’elle est venimeuse…

103 683e

103 683e

Ben oui, on est en Australie, même les fourmis se trimballent du venin. Bien que les mandibules de la fourmi bouledogue soient impressionnantes, elle ne s’en sert en réalité que pour mieux s’agripper à sa victime pendant qu’elle lui plante son dard dans la chair. Ça m’est arrivé alors que j’observais une falconelle à casque. Je stationnais idiotement sur un nid de fourmis bouledogues et deux d’entre elles ont donc tranquillement escaladé mes vêtements jusqu’au premier bout de peau nue, mes bras. Et là, avec une simultanéité remarquable, elles m’ont chacune planté leurs dards dans chacun de mes bras ! La douleur est assez virulente. Je n’ai pas trop l’habitude de la chose mais j’imagine bien que ça doit être équivalent à la piqure d’une guêpe qui aurait ajouté du chili à son venin. Mais assez rapidement la douleur s’estompe et tout ce qu’il vous reste de votre mésaventure c’est deux belles marques rouges là où se trouvaient vos agresseurs. Sauf que vingt-quatre heures plus tard les fourbes se rappellent à vous et vous êtes partis pour plusieurs jours de démangeaisons violentes.

Mais le venin est loin d’être la seule particularité des fourmis bouledogues.

Ces fourmis vivent en colonies relativement petites et sont virtuellement toutes sexuées et peuvent potentiellement succéder à leur reine. Si la fourmilière abrite là encore plusieurs reines, il semblerait que des individus d’autres castes puissent les relayer voir pondre des œufs stériles qui servent ainsi à l’alimentation de la colonie. Des sortes de fourmis-poules en gros. Une autre particularité que je trouve passionnante est le fait que ces fourmis n’utilisent quasiment pas de phéromones et communiquent très peu entre elles. Les fourmis bouledogues patrouillent la forêt en solitaire. Et on n’y pense jamais mais c’est rarissime de tomber sur une fourmi qui se promène toute seule. Mais ce qui m’épate vraiment avec ces insectes tient de la génétique. Le génome des fourmis bouledogues ne contient qu’une seule paire de chromosomes, le plus petit du règne animal ! Et les mâles ailés, qui sont haploïdes, n’ont qu’un seul chromosome !

Serendip abrite plusieurs espèces de fourmis bouledogues et Myrmecia desertorum est la plus visible, mais la plus célèbre est de loin Myrmecia pilosula. Un jour que nous attendions patiemment avec Timon que des mérions veulent bien se jeter dans nos filets, je me suis nonchalamment saisi d’une petite fourmi qui passait par là. Par petite j’entends deux fois plus grande que la petite fourmi qui vous taxe du sucre dans la cuisine. Cette fourmi semblait monté sur ressort et sautait dans tous les sens pendant que je jonglais avec elle et faisait remarquer en rigolant à Timon qu’elle ressemblait à une fourmi bouledogue miniature. Lorsqu’il me dit d’un aire détaché qu’il devait s’agir de celle que les Australiens appellent « jumping Jack » j’ai très vite arrêté de l’enquiquiner… Le venin de cette espèce est réputé pour avoir causé le décès par choc anaphylactique de quatre à six personnes qui y étaient allergiques. Certes c’est bien moins que les guêpes par exemple, mais mourir d’une piqure de fourmi ça n’arrive pas partout…

Welcome in Australia!

Welcome in Australia!

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