Archive for avril, 2015

Dans la poche

22 avril

La suite de mon voyage m’amène à croiser à nouveau les traces de ce cher Antoine Bruny. En 1792, un mois après avoir cartographié une partie de l’île d’Amsterdam et avoir fait route vers l’Est, notre contre-amiral préféré atteint une immense île qui fût découverte en 1642 par Abel Tasman et qui porte aujourd’hui son nom : la Tasmanie. La Recherche et l’Espérance y retourneront d’ailleurs moins d’un an plus tard, après avoir fait le tour de l’Australie en espérant en vain retrouver La Pérouse.

L’état le plus septentrional du pays fait figure de parfaite exception lorsqu’on le compare au continent. Bien installé juste au Sud des quarantièmes rugissants, il pleut abondamment sur un territoire majoritairement couvert de forets humides dont la plupart sont classées en réserves ou parcs nationaux. Le relief est un enchainement de collines et de montagnes entrecoupées d’innombrables rivières et ruisseaux. Les petits villages aux artères tortueuses remplacent les quadrillages citadins sans personnalités qui abondent à travers le reste du pays. Vous l’aurez compris, c’est un endroit très laid.

Beurk, toute cette eau...

Beurk, toute cette eau…

Avec Sophie nous avons atterris à Launceston et nous étions tranquillement en train de nous diriger vers la sortie du parking lorsque Jane, une fermière des environs, s’est spontanément arrêtée pour nous faire visiter une partie de la campagne avoisinante. Les habitants sont à l’image de leur île. En un rien de temps nous arrivons jusqu’à Burnie où nous sommes hébergés par Megan, une journaliste locale. Juste le temps pour Sophie de nous dénicher une auberge de jeunesse qui accepte de nous offrir gracieusement une chambre en échange d’un peu de jardinage et nous pouvons explorer les parages. Burnie en soi ce n’est pas spécialement brillant mais en y regardant de plus près on y trouve de quoi s’émerveiller. Si le bord de mer au centre de la petite ville abrite surtout un énorme port très laid, les plages qui s’étendent de chaque côté hébergent quantité de manchots pygmées.

Ça faisait longtemps tiens.

Ça faisait longtemps tiens.

Et puis en Tasmanie la forêt n’est jamais bien loin. Une forêt isolée du reste du monde pendant si longtemps qu’elle a échappée au plus grand fléau qui frappe la vie sauvage à travers la planète, l’introduction d’espèces exotiques. Bien entendu on trouve quantité d’animaux domestiques et les chats errants, rats et souris sont bien présents. Mais ni les dingos, qui ont malheureusement envahis le continent Australiens, ni les mustélidés et les hérissons, qui exterminent les oiseaux Néo-zélandais, n’ont mis la patte sur le territoire Tasmanien. La conséquence directe de cette absence est l’abondance d’espèce natives, notamment de marsupiaux.

L’Australie détient le record assez sombre du nombre d’extinctions d’espèces de mammifères au cours des siècles derniers. Une des raisons qui expliquent ce déclin est liée à l’histoire de l’évolution du vivant. Les marsupiaux appartiennent à un très ancien groupe de mammifères qui existait déjà alors que les dinosaures régnaient en maîtres sur la planète. Ils se caractérisent par une gestation interne très rapide immédiatement suivie par une gestation externe un plus longue. La gestation interne donne naissance à une sorte de sangsue rose appelée la larve marsupiale qui vient se coller à une des mamelles présentes dans une poche sur le ventre de sa mère appelée le marsupium. Dans cette poche abdominale l’embryon continue de grandir jusqu’à devenir indépendant.

Ce qui peut prendre du temps...

Ce qui peut prendre du temps…

Il y a environ cent million d’années, alors que la Pangée commençait à se diviser en deux super continents, les marsupiaux apparurent en Laurasie et atteignirent le Gondwana de justesse avant que les deux énormes continents ne se séparent il y a soixante-cinq million d’années. Cinq millions d’années plus tard l’Australie tenta d’échapper à l’invasion marsupiale en se désolidarisant du Gondwana avec à son bord des monotrèmes et des placentaires. Mais un petit marsupial parvint malgré tout à traverser l’étendu d’eau qui se formait. L’Australie envahie, l’évolution suivit son cours et les marsupiaux profitèrent de la disparition inexpliquée des placentaires pour coloniser le continent.

Les placentaires se démarquent des marsupiaux par leur placenta, qui remplace le marsupium et leur permet d’effectuer toute la gestation en interne. Un peu à la masse au Gondwana, les placentaires profitèrent de l’extinction massive des dinosaures et inexpliquée des marsupiaux en Laurasie pour dominer cette moitié du monde. Au cours du temps ils regagnèrent largement du terrain en Amérique du Sud et en Afrique et entreprirent la recolonisation de l’Australie relativement récemment. Leur progression se ralentit toutefois au niveau de l’Asie du Sud-Est et peu de placentaires terrestres parvinrent à franchir la ligne Wallace, parmi eux seuls quelques rongeurs posèrent leurs pattes en Australie. Tout du moins jusqu’à ce qu’un placentaire particulièrement invasif ne s’en mêle…

Vous voyez de qui je veux parler?

Vous voyez de qui je veux parler?

Les premiers êtres humains à s’installer en Australie furent les Aborigènes. Leur apparition remonte tellement loin qu’il est difficile de dire si ils ont amené avec eux des animaux exotiques nuisibles. Il faudra attendre le débarquement de pêcheurs Asiatiques il y a environ dix mille ans pour constater la première introduction d’une espèce animale aux conséquences désastreuses.

Le dingo n’était au départ qu’un cabot parmi tant d’autres qui échappa au contrôle de ses maitres. Il devint progressivement de plus en plus sauvage et on le tient responsable de la disparition d’un bon nombre de marsupiaux natifs. Il est particulièrement pointé du doigt comme une cause de la disparition par compétition des rares prédateurs natifs du continent. Or il y a quelque siècles, des marins Européens ont réitéré la même bêtise déjà répétée sur de trop nombreuses îles. Ils ont introduit les lapins en Australie.

Devant la peste lagomorphe les dingos, les chats et même les hommes se retrouvèrent démunis. La prolifération de mangeurs de carottes pris des proportions telles que les Australiens se tournèrent vers des solutions extêmes. L’une d’entre elle, particulièrement stupide, consista à introduire des renards dans le pays en espérant qu’ils viennent à bout des lapins.

Bien entendu les goupils préférèrent de loin se rabattre sur les rares marsupiaux à avoir survécu aux dingos que de se coltiner les lapins.

C’est pourquoi aujourd’hui quand on se balade en Tasmanie, où il semblerait que même les renards aient du mal à s’implanter et que les humains ont relativement préservé de leur folie, on croise énormément de marsupiaux, certain ayant même disparu du continent.

Attention les photos qui suivent dévoilent une série de ces animaux repoussant qui ne mériteraient pas d’exister dans un monde parfait : âmes sensibles s’abstenir.

Phalanger renard

Phalanger renard

Wombat commun

Wombat commun

Ornithorynque

Ornithorynque

Wallaby de Bennett

Wallaby de Bennett

Possum à queue en anneau

Possum à queue en anneau

Jeune thylogale (difficilement soutenable)

Jeune thylogale (difficilement soutenable)

Le lecteur attentif aura noté que dans la liste ci-dessus figure un mammifère qui n’est ni un marsupial, ni un placentaire ! C’est un piège ! Oui je suis fourbe.

C’est l’abonda

Highway to Hell.

Highway to Hell.

nce de ces boules de poils qui a motivé ma venue en ces terres reculées. Comme je vous l’ai déjà dit certaines d’entre elles ne survivent plus qu’en Tasmanie. L’une d’entre elles en particulier déchaine les passions. Un animal emblématique qui propage à travers toute la planète la notoriété de cette île perdue que peu de gens savent situer sur une carte. Une créature qui a inspiré un célèbre personnage de cartoon par sa gloutonnerie et son absence prononcée de finesse. Un marsupial au destin très incertain et dont la survie dépend peut-être de l’aide que Tamara, une ranger Serbo-Australienne en vacances, et moi apportons depuis une semaine à David et Gavin, deux étudiants de l’université de Tasmanie.

Le diable de Tasmanie, le plus gros marsupial carnivore d’Australie, occupait par le passé tout le pays. Après s’être considérablement raréfiés pendant la désertification du pays et cohabité un court moment avec les dingos, ils ne survivent plus aujourd’hui qu’en Tasmanie où ils étaient encore très abondant il y a une vingtaine d’années. Puis survint l’imprévisible. Une maladie virulente décima la majeure partie des diables en moins de vingt ans. Une forme rarissime de cancer, l’un des trois seuls connus à ce jour pour être transmissible d’un individu à l’autre. Surgit d’on ne sait où il se propagea très rapidement à travers l’île. La maladie développe chez sa victime d’énormes tumeurs au niveau du museau. Petit à petit les tumeurs aveuglent l’animal, lui déchaussent les dents et gênent son alimentation. S’il n’a pas la chance de succomber rapidement au cancer lui-même, le marsupial souffre une longue agonie avant de mourir de faim. Seuls deux individus sont connus pour avoir survécu à cette maladie et résorbé leurs tumeurs. Mais dans la plupart des cas la meilleure issue est que l’animal survive assez longtemps pour pouvoir donner le jour à plusieurs portées de petits diables.

Aujourd’hui seul la région du Nord-Ouest de la Tasmanie est épargnée mais les scientifiques s’accordent à dire que d’ici deux ans tous les diables adultes en liberté sur l’île seront exposés à l’épidémie. À travers tout l’état une armée de chercheurs, étudiants et volontaires redoublent d’efforts pour permettre d’espérer revoir un jour les diables proliférer sur l’île qu’ils ont rendu si célèbre.

Sympathy for the Devil.

Sympathy for the Devil.

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Là où le soleil se couche.

11 avril

Après un tel périple nous nous sommes autorisés une journée de repos sous la pluie à Esperance, une petite cité balnéaire très sympa. Mais nos pouces nous ont très vite à nouveau démangé et dès le lendemain nous montons dans une nouvelle voiture. Sur le tableau de bord trône un gros caillou, zébré par un filon d’or.

Esperance → Lucky Bay

Le mineur qui s’est arrêté pour nous ne se rendait qu’à trois kilomètres de notre point de départ, retrouver des amis sur une plage. Mais quand il nous a entendu lui dire que notre objectif était une plage perdue au fin fond du Parc National du cap Le Grand, il a éclaté de rire et s’est proposé de nous y conduire lui-même. Le peu de voiture sur la route nous a rapidement fait comprendre l’hilarité de notre chauffeur. Lorsque nous entrons dans le parc il nous annonce également que ça ne le dérange pas si nous voulons repartir tout de suite avec lui pour Esperance. L’annonce n’a rien de très rassurant mais le parc est vraiment superbe et nous confirmons notre décision de nous arrêter.

Le petit camping où nous plantons notre tente est situé à quelques mètres à peine d’une plage réputées comme la plus belle d’Australie. Un sable d’une blancheur laiteuse irréelle, des eaux couleur turquoise sont déjà des arguments séduisant mais ce qui fait la renommée de Lucky Bay c’est aussi la manie étrange qu’ont pris les kangourous du coin d’aller se promener eux aussi sur la plage.

Boïng !

Boïng !

J’ai beau avoir cherché je ne sais pas vraiment pourquoi les kangourous de la région se comportent de telle manière…

Le sable qui compose la plage est également assez surprenant. Outre sa couleur particulière, sa texture ne rappelle pas vraiment le sable de Fontainebleau. Lorsqu’on se déplace dessus, on a l’impression de marcher sur un immense sac de sable compressé. La densité des grains est impressionnante et le sable crisse littéralement sous nos pas.

À ces latitudes, l’eau de l’océan ne prête pas vraiment à la baignade, mais même avec quelques degrés de plus je ne pense pas que je serais allé faire trempette. Notre chauffeur du matin n’a pas manqué de nous raconter que deux mois plus tôt un habitant d’Esperance à fait cadeau de ses deux mains à un grand requin blanc, un poisson régulièrement observé près de ces côtes. Nous nous sommes donc contentés de balades dans les dunes et de pêcher un maquereau pour agrémenter notre dîner.

Largement assez pour nourrir quinze personnes...

Largement assez pour nourrir quinze personnes…

Le lendemain nous nous sommes attaqués à la route retour, assez convaincus de passer la journée à marcher. Finalement nous avons eu de la chance et un couple de touristes Suisses très sympa nous a fait monter dans leur van de location.

Lucky Bay → Esperance

Initialement, ils ne s’étaient arrêtés que pour nous avancer jusqu’au Frenchman Peak, un énorme bloc de granit haut de presque trois cent mètres. Les compagnies qui louent des vans n’autorisent pas leurs clients à transporter des passagers et de toutes manières il est interdit de voyager à l’arrière de ce genre de véhicules. Mais bon à l’intérieur du parc et pour une poignée de kilomètres ça passait encore pour nos touristes.

Vu qu’on y était, Sophie et moi avons décidé d’accompagner nos montagnards dans leur ascension. Grand bien nous en a pris car la vue était quand même superbe. Arrivés en bas notre sympathique couple de touriste propose de nous emmener jusqu’à l’embranchement qui mène vers la baie Le Grand, où ils souhaitent passer la nuit, et la sortie du parc.

À ce stade du récit vous devez vous demander pourquoi tous les noms de lieux dans le coin sonnent quand même bien français. Et bien figurez vous que l’un des responsables est un contre-amiral dont le nom doit désormais vous être familier : Antoine Bruny d’Entrecasteaux. Dans leur quête du disparu Jean-François de La Pérouse, les deux navires sous son commandement, la Recherche et l’Espérance, auront cartographié la côte orientale de l’île d’Amsterdam et effectué une circumnavigation autour de l’Australie avant d’être piégés par une tempête le 9 décembre 1972. Ce jour là Jacques-Bertrand Legrand sauve l’expédition en découvrant une baie qui sera baptisée Espérance, du nom du navire sur lequel officiait l’enseigne salvateur.

Ça fait toujours rêver les histoires de marins.

Ça fait toujours rêver les histoires de marins.

Bref revenons à un croisement du parc national du cap Le Grand où nous marchons doucement à travers une garrigue parsemée d’arbustes rabougris à l’allure étrange. Le climat méditérannéen et le sol sableux a donné naissance à un paysage relativement plat où s’enchainent petits reliefs de granit et marais couverts de roseaux. Après une petite heure de marche nos Suisse, qui ont finalement changé d’avis, repasseront par notre route et nous déposerons au centre ville d’Esperance. La cité balnéaire est juste assez petite pour ne pas voir l’utilité d’un service de transports en commun mais trop grande pour que ous soyons motivés à la traverser à pied.

Esperance, croisement de Norseman et Shelden Roads → Croisement de Harbour Road et South Coast Highway

Bryan est un ancien employé d’une auberge de jeunesse du coin et en passant à côté de nous il s’arrête pour nous déposer à la sortie de la ville sur un emplacement plus propice à la pratique de l’auto-stop.

Esperance → Munglinup

Steeve et sa fille Michelle rentraient vers Ravensthorpe lorsqu’ils se sont arrêtés pour nous faire monter dans la voiture de l’adolescente. Le cliché de la bagnole d’une jeune campagnarde. Sophie et moi sommes assis autour d’un siège enfant aux motifs zèbre, le volant est recouvert d’un étui Playboy tandis qu’à mes pieds gît une batte de Baseball en aluminium fluorescent et que de la musique pop niaise dégouline des hauts-parleurs.

Lorsque Steeve arrête sa fille à la station essence d’un bled perdu pour se prendre un soda à la tombée du jour nous n’hésitons pas vraiment longtemps avant d’abandonner notre charrette et décidons de planter la tente au bord de la route. Le site est d’ailleurs prévu à cet effet. L’Australie regorge d’aire de repos le long des routes où on peut trouver des toilettes et de l’eau potable. Le notre s’avérera au final être assez agréable. Surtout lorsque passe au dessus de nous un groupe bruyant de cacatoès à rectrices blanches qui se déplacent d’un vol qui semble surnaturel.

Munglinup → Ravensthorpe

Le lendemain nous partons assez rapidement grâce à un australien qui enchaîne régulièrement les allé-retours entre Perth et Esperance pour diverses raisons. Ce coup ci c’est pour une opération que notre chauffeur se farcit les centaines de kilomètres qui sépare son chez lui du premier hôpital digne de ce nom. C’est un peu le soucis de l’Australie Occidentale. Le plus grand état du pays, qui couvre près d’un tiers du territoire national, n’abrite pas vraiment grand monde et tout se passe essentiellement à Perth. Donc si vous avez besoin de quoi que ce soit que vous ne pouvez pas trouver près de chez vous, vous êtes bons pour des centaines de kilomètres de route. D’autant plus qu’avec une démographie aussi faible les transports en commun sont quasiment inexistants…

Raventhorpe → Albany

Perdus dans un coin reculé de l’Australie nous ne verrons pas beaucoup de circulation et il nous faudra attendre trois heures avant de pouvoir repartir. Duncan, un routier Néo-zélandais installé en Australie depuis plusieurs décennies s’arrêtera pour nous faire monter dans sa voiture. Un type très sympa qui coupait régulièrement nos discussions pour monter le volume de sa radio et vérifier le score de la demi-finale de la coupe de monde de cricket. La Nouvelle-Zélande y jouait à domicile sa place pour la finale. Sur l’essentiel du trajet le paysage se résume en des champs de blé démesurés où s’éparpillent des silos à grains gigantesques. Mais plus nous approchons d’Albany et plus l’herbe devient verte. De majestueux bœufs angus paissent tranquillement dans des près de tailles modestes. C’est la première fois depuis longtemps pour nous que la teinte dominante est le vert. Des grains s’échappent des camions pour aller se poser sur les bords de route où des myriades de perruches picorent à tout va.

Perruche à oreilles jaunes

Perruche à oreilles jaunes

Perruche à tête pourpre

Perruche à tête pourpre

Perruche à collier jaune

Perruche à collier jaune

À Albany nous serons hébergé par Rémi, un français qui utilise son visa vacance/travail comme la plupart de ses titulaires, pour se faire de l’argent. Pour l’instant ça ne marche pas terrible pour lui car il est employé à la cueillette des fraises, payé au rendement avec trop peu d’heures de travail. Mais comme beaucoup de français expatriés au pays des kangourous il fait jouer la communautarisation entre bouffeur de grenouilles. On croisera plusieurs de ses amis français chez lui et ça s’échange pas mal de bons plans boulots les compatriotes. En général Sophie et moi nous évitons justement pas mal les Français, bien que ce soit loin d’être facile. Après tout nous n’avons pas traversé la moitié de la planète pour se retrouver avec cette race de fainéants qui trouve quand même le moyen de voler le travail de ces braves Australiens tout en fustigeant de loin une société au final plus équitable que celle qu’ils enrichissent ici. Vous avez aimé cette phrase pleine d’hypocrisie patriotique et de lucidité de comptoir ? Entre voyageurs on appelle ça le mal du pays.

Mais je dis ça et au final on a plus passé une soirée sympa à jouer au tarot que les moralisateurs tristes qui prétendent refaire un monde où un pilote de ligne entraîne une classe de lycéens et des dizaines d’innocents dans sa dépression égoïste.

Et puis Albany était la ville la plus adaptée à cette réunion entre gaulois. La première colonie officielle d’Australie Occidentale fût fondée en 1826 par le major Edmund Lockyer avec le but assumé de couper court aux prétentions françaises envers la Nouvelle-Hollande. Comme souvent à cette époque, Lockyer est arrivé avec vingt soldats et autant de criminels pour établir les fondations d’une nouvelle démocratie.

Bien penser à compter les moutons avant de s'endormir...

Bien penser à compter les moutons avant de s’endormir…

Albany, tout comme Esperance, est une ville autour de laquelle il y a bien assez pour que nous ne puissions nous ennuyer pendant des jours mais nous n’y resterons finalement qu’une journée grise, occupés à préparer la suite de notre voyage.

Albany → Denmark

Le lendemain Rémi nous déposera à la sortie de la ville où nous monterons rapidement dans la voiture d’un nouvel australien. Avec sa boite il a participé à la construction des ponts tout le long du chemin de cyclo-randonnée Munda Biddi, une piste cyclable d’environ mille kilomètres entre Albany et Perth. Les promenades aux parcours exagérés sont une spécialité de cette partie de l’Australie avec le célèbre Bibbulmun, un chemin de randonnée lui aussi de mille kilomètres et là encore allant d’Albany et Perth.

Nous ne nous serions jamais arrêté dans le paisible village de Denmark si nous n’y avions été invité par Duncan, le chauffeur qui nous avait déposé à Albany. L’accueil qu’il nous a réservé avec sa femme Marie-Lou était des plus agréables. Nous sommes allés rendre visite à ses amis Warren et Karen pour l’anniversaire de ce dernier. La célébration consistait en quelques toasts et verres sur la terrasse du wagon que le couple de retraités hippies avait aménagé en petit nid d’amour. Duncan, Sophie et moi étions les seuls invités, assis en très bonne compagnie avec vue sur la mer et les champs, survolés par les cacatoès au coucher du soleil.

Le lendemain le charme dévastateur de cette région de rêve avait fait son effet. En passant devant le tableau des petites annonces accroché au mur du supermarché local nous n’avons pu retenir un regard envieux en direction des offres de petits boulots dans ce petit bout de paradis.

Et comme si ça ne suffisait pas à nous torturer il a fallut que Duncan nous amène avec un de ses amis à Greens Pool, une piscine naturelle d’eau de mer, protégée de l’océan par des blocs de granites.

Un peu nuageux quand même...

Un peu nuageux quand même…

Mais nous avons réussi à résister et laissons notre ami pour continuer notre route vers l’Ouest.

Greens Pool → Walpole

Notre nouveau chauffeur travaille pour une compagnie qui construit des foreuses pour les plates formes pétrolières maritime et s’envole une fois par mois pour Dalian, une ville que les enragés qui connaissent ce blog par cœur peuvent situer sur une carte. Mais son projet personnel c’est un élevage de « marrons », une écrevisse locale de la taille d’une langouste. Il devait se rendre directement à Brow Bridge mais décidera finalement de prolonger considérablement sa route pour nous faire profiter encore plus des merveilles cachées du coin.

Comme les Conspicuous Cliffs.

Comme les Conspicuous Cliffs.

Walpole → Croisement de Western et Vasse Highway

Kim et Sophia seront nos dernières rencontres de la journée. Sophia ne sera pas d’une compagnie très loquace, vautrée dans son siège, prisonnière d’un sommeil profond, elle a visiblement du mal a se remettre de son anniversaire. On ne lui en a pas vraiment tenu rigueur, ce n’est pas tous les jours qu’on fête ses deux ans. En règle générale j’ai un peu tendance à me permettre de gentilles remontrances un peu déplacées à l’encontre des mères seules qui font monter de parfait inconnus dans leurs voitures mais Kim est de ces femmes déterminées et intimidantes à qui il est difficile de dire non.

Si depuis Albany la route est principalement entourée de superbes forêts d’eucalyptus verdoyantes cette partie du pays a été victime d’un terrible incendie il y a un peu plus de trois mois et les cicatrices en sont encore très visibles. Mais la vie reprend ses droits et les rayons du soleil couchant à travers les jeunes repousses donnent à la forêt un aspect presque magique. Nous planterons notre tente sur un chemin forestier pour pleinement profiter de l’endroit.

Croisement de Western et Vasse Highway → Pemberton

Peter, qui construit des digues de retenue d’eau dans la région nous conduira sur les quelques kilomètres qui nous séparent de Pemberton. Un village de sylviculteurs qui a connu un essor important grâce au commerce de bois d’Eucalyptus diversicolor, localement appelé « karri ». L’attraction du coin est d’ailleurs l’arbre Gloucester. Un karri d’environ soixante mètres qui servait de vigie pour détecter les dangereux feus de forêt et avertir les bucherons. Il est toujours possible d’y monter et la vue du sommet de l’arbre est imprenable.

Safety first.

Safety first.

Pemberton, croisement de Kennedy Street et Burma Road → Croisement de Ellis Street et Vasse Highway

En haut de l’arbre nous tomberons sur un touriste Australien venant de Perth qui nous épargnera la marche retour jusqu’au village en nous y conduisant avec sa femme. En face de la scierie du village nous montons dans la voiture de Kevin.

Pemberton → Karridale

Kevin est un vieux hippie désabusé qui a perdu sa ferme dans un divorce coûteux et qui passe sa vie entre des communautés aborigènes et le lancement d’une ferme à truffes. Il nous conduira jusqu’à une région d’Australie Occidentale réputée pour son vin, son chocolat et ses glaces. Encore un endroit loin d’être accueillant.

Karridale → Augusta

Nous continuons notre route dans une voiture d’Outback Initiatives, conduite par un couple d’employés en habit de fonction. Leur travail est d’encadrer des séjours commandés par diverses compagnies. Le but de ces séjours est de souder les équipes de ces entreprises en leur faisant vivre un enfer collectif. Notre chauffeur et son complice sont chargés de beugler sur leur victimes tout au long d’une semaine de randonnée extrême dans le bush à se nourrir de racines d’eucalyptus.

Je ne suis pas convaincu par l’efficacité du procédé. Me faire subir ce genre d’épreuve m’inciterait plus à me nourrir de mes collègues qu’à partager mon steak de rat durement gagné avec eux…

Arrivés à destination nous installons notre tente dans un camping le long d’une rivière où se joue un manège assez comique. Il ne nous faut pas longtemps pour remarquer que chaque fois qu’un petit cormoran noir se décide à se mettre à l’eau en quête de pitance, un gros pélican à lunettes qui traîne dans les parages ne tarde pas à le rejoindre. Et dès que le petit plongeur réussi à cerner un groupe de poissons, aux prix de laborieux efforts, le gros parasite qui lui colle aux palmes se paye goulûment la part du lion dans l’assiette du malheureux. On a même vu un pélican engloutir à moitié son cormoran !

Les yeux plus gros que la poche !

Les yeux plus gros que la poche !

Augusta → Cape Leeuwin

John, un antiquaire venu faire les vendanges dans la région, se proposera de nous faire profiter de la route touristique qui mène jusqu’au phare du cap Leeuwin.

Atteindre la pointe Sud-Ouest du pays, le bout de la route, n’est pas sans avoir un effet très mélancolique sur moi. Si nous pouvions poursuivre encore plus loin notre chemin, parcourir encore trois mille kilomètres dans la même direction, à travers l’océan Indien, le premier bout de terre que nous rencontrerions serait une petite île couverte d’otarie.

Au pied de l’une des ampoules les plus proches géographiquement de la base Martin de Viviès, un chevalier guignette refait ses réserves de graisse en préparation de son grand voyage vers le Nord, où il ira peut-être passer l’été à courir les galets sur les bords du lac Baïkal…

A la croisée des mondes...

A la croisée des mondes…

Le cap Leeuwin marque pour nous le point de départ d’une randonnée éprouvante appelée le « Cape to Cape ». Près de cent quarante kilomètres de sentiers mal balisés longeant la côte du Sud au Nord. Une marche épique à travers des paysages époustouflant.

Cape Leeuwin → Cape Naturaliste

Les deux premiers jours furent les plus exténuant. Deux longues journées où nous ne croiserons quasiment personne et parcourrons de longues plages les pieds dans le sable. Marcher le long des plages est particulièrement fatiguant mais nous permet de profiter pleinement des oiseaux du coin. Si les sternes, les goélands et les fous n’ont rien de très exotique, faire s’envoler des perruches des rochers occupées à se nourrir dans les touffes d’herbe entre les dunes est assez surprenant.

Et puis nous auront également la chance d’admirer quelques pluvier à camail, un oiseau endémique du pays menacé d’extinction. Une activité très prisée des australiens est de parcourir les immenses plages du pays en véhicule tout terrain pour aller taquiner le goujon et laisser vagabonder le toutou tranquillement dans les dunes. Après avoir perdu des kilomètres de ligne et plusieurs kilos d’hameçons dans l’océan ils laissent en cadeau à la plage un pack de bières vides avant d’e rentrer en écrasant gaiement les œufs que les petits limicoles déposent à même le sable et que le clébard n’a pas encore mangé.

Sous les pluviers la plage.

Sous les pluviers la plage.

Un des plus sérieux soucis que nous rencontrerons sera le manque d’eau. Nous ne croiserons aucune source d’eau douce pendant deux jours à l’exception d’un réservoir à eau de pluie et un village. Mais heureusement pour nous nous tomberons le deuxième soir sur Ben, un randoneur qui campe le long du chemin dans la seule forêt d’eucalyptus que nous traverserons. Ben sort d’une sérieuse rééducation qui a suivit des complications de santé au niveau de son dos. Pour fêter ça il a planifié minutieusement une marche de deux semaines le long de la randonnée et caché des réserves d’eau potable un peu partout le long de son parcours. Il nous fera gracieusement cadeau de deux de ses bouteilles d’eau tandis que les ninoxes boubouk font résonner leurs chants caractéristiques à travers la sombre nuit forestière. La seule pluie de notre épopée réveillera aussi quantité de rainettes et l’ambiance sonore autour de notre tente fut exceptionnelle.

Notre troisième journée nous écraserons d’un pas assuré une bonne trentaine de kilomètres à travers une impressionnante variété de paysage avant de planter notre tente près de l’embouchure de la rivière Margaret.

Sur la plage se prépare une compétition internationale de l’activité sportive la plus pratiquée sur la côte.

Le patinage artistique.

Le patinage artistique.

Les gamins du coin tiennent sur une planche de surf quasiment aussi tôt qu’ils tiennent sur leurs jambes. Plus nous monterons vers le Nord et plus nous croiserons de sites réputés pour leurs vagues où des acrobates domptent l’océan avec dextérité.

L’activité n’est pas sans risques et le plus célèbre d’entre eux est sans doute l’abondance dans la région de ces gros poissons qui ont une fâcheuse tendance à planter leurs quenottes dans la viande tartinée de crème solaire des baigneurs. Une stèle à la mémoire d’un surfeur qui a finit sa glissade dans un estomac ainsi que le passage régulier de l’hélicoptère chargé de surveiller la présence de requins aux alentours de chaque spot de surf nous rappelle que la menace, bien que rarissime, est prise très au sérieux. D’ailleurs, alors que nous déjeunions tranquillement sur la plage Smith, où était installés plusieurs panneaux temporaires indiquant que des requins avaient été repérés récemment dans les parages, nous avons vu l’hélicoptère stationner à quelques mètres seulement au-dessus de l’eau et une centaine de mètres de la plage. Il y restera moins d’une minute et peu de temps après son départ nous verrons un énorme squale d’au moins trois mètres de long sauter à plusieurs reprises hors de l’eau. La seule explication que nous ayons eu pour ce comportement fut qu’il s’agissait peut-être d’une technique de chasse au saumon. Quoi qu’il en soit le spectacle n’aura pas ému les baigneurs outre mesure car ils continueront à se baigner insouciamment, sans toutefois trop s’éloigner du rivage.

Mais les animaux que nous verrons le plus souvent dans les vagues furent bien moins inquiétants.

Et ils sont très doués aussi pour le patinage artistique.

Et ils sont très doués aussi pour le patinage artistique.

Après avoir traversé la Margaret nous ralentissons la cadence et profitons de plus de pauses baignades et observation de bestioles.

La végétation est souvent dense autour du chemin et il n’est pas évident de repérer les bestioles qui s’y cachent. Les plus faciles à repérer sont ceux qui se dorent la pilule au beau milieu du sentier, les reptiles. Les petits scinques et bébés agames abondent en permanence mais nous aurons la chance de croiser quelques lézards de taille tout-à-fait respectable tels les varans de Rosenberg et les scinques rugueux. Ces derniers ont perfectionné une de ces techniques de défense qui laissent perplexe quant à l’efficacité des prédateurs qui les entourent… Si un scinque rugueux se retrouve dans l’incapacité de fuir un danger, ce qui arrive assez souvent vu qu’il n’est pas vraiment ce qu’on appelle une flèche, il ouvre grand sa gueule et en tire une langue d’un bleu profond et intense.

Astérix aux jeux olympiques.

Astérix aux jeux olympiques.

Bon je me moque mais au final si le bestiau vous claque ses puissantes machoires autour des doigts vous vous en souviendrez pendant longtemps.

Bien entendu il n’est pas possible de parler de reptiles en Australie sans évoquer les serpents. Le pays abrite une belle collection des producteurs des venins parmi les plus violents et dangereux du monde. S’ajoute à cela un comportement parfois agressif qui est habituellement assez rare chez les serpents mais très fréquent chez les espèces animales Australiennes. Malgré cela il reste très rare de tomber sur un de ces reptiles et les premiers que nous observerons ne laisserons apparaître que le bout de leur queue avant de disparaître dans les fourrés. Nous aurons quand même la chance d’admirer un superbe Pseudonaja affinis de plus d’un mètre cinquante au départ de notre dernière journée de randonnée. Le venin de cet animal est bien évidement très dangereux mais la dernière victime connue à avoir succombé à son poison s’est éteinte en quatre-vingt treize. Comme il se doit le serpent s’éclipsera bien vite sans nous menacer et au final les seuls que nous aurons vraiment le loisir d’admirer sont les juvéniles qui sont trop petits pour fuir assez vite.

Attends un peu que je sois assez grand pour m'éclipser avant que tu ne sortes ton appareil photo !

Attends un peu que je sois assez grand pour m’éclipser avant que tu ne sortes ton appareil photo !

Outre les reptiles les seuls autres animaux que nous croiserons furent bien entendu les emplumés. Balbuzard pêcheur, géopélie diamant, queue-de-gaze du Sud, mérion splendide, miro boodang, l’avifaune a tout pour me plaire.

Après une semaine de randonnée nous atteignons enfin le cap Naturaliste et déjeunons au pied du petit phare qui le surplombe. Ereintés, couverts de sueur et de poussière, nous n’en sommes pas moins ravis par l’accomplissement et très vite nos pouces se tendent à nouveau vers le ciel.

Cape Naturaliste → Bunker Bay

Jimmy et Kanako nous font vite réaliser que trouver une douche de libre dans les parages va se révéler beaucoup plus compliqué que prévu. Nous achevons notre randonnée en plein week-end de Pâques dans l’un des endroits les plus touristique d’Australie Occidentale. La plupart des campings le long de la route qui mène à Perth sont complets et ont fait énormément grimper leurs prix.

Bunker Bay → Dunsborough

Un couple de Taïwanais nous amènera jusqu’au supermarché le plus proche pour que nous puissions refaire le plein de nourriture. Le retour à la civilisation est étrange, surtout dans l’effervescence du week-end férié. On nous apprend qu’il ne reste plus un emplacement où dormir jusqu’à Busselton.

Dunsborough → Busselton

Les retraités qui nous font faire le trajet le passe à commenter à quel point et quelle vitesse le coin à changé depuis que la septuagénaire y est née. Pour fêter ses soixante-quinze ans l’aïeule s’était elle aussi offerte l’a randonnée du « Cape to Cape », on ne peut s’empêcher d’être assez impressionnés !

Busselton → Bunbury

Rosalie, accompagnée de sa fille Tracey, se rend chez sa nièce pour lui souhaiter un bon voyage. La nièce part pour Paris étudier la pâtisserie dans une grande école de cuisine.

Les adorables fermières nous déposerons devant un camping à l’entrée de la ville mais les prix exorbitants nous obligerons à tendre le pouce une fois de plus.

Bunbury, croisement de Bussel Highway et Washington Avenue → Bunbury, Croisement de Koombana Drive et Lyons Cove.

Un couple d’Indiens vraiment sympathiques nous amènera jusqu’au seul camping de la ville aux prix encore abordables et nous y obtenons le dernier emplacement disponible pour la nuit. La douche chaude et la cuisine sont des luxes auxquels nous nous abandonnons avec plaisir.

Bunbury → Warnbro

Peter et Felice, un couple d’Irlandais installés en Australie depuis une trentaine d’années nous fait faire le trajet d’une traite jusqu’à la banlieue de Perth. Notre chauffeur travaille pour une société qui installe des systèmes de climatisation sur les bateaux. Ce sont eux qui se sont notamment occupés de la ventilation du navire de surveillance des pêches australien l’Oceanic Viking, un des nombreux navires à nous avoir posé un lapin lorsque j’hivernais sur l’île d’Amsterdam.

Warnbro → Midland → Bus jusqu’au croisement de Park Road et de la Great Eastern Highway

C’est en train que nous traverserons la capitale de l’état avec seulement un bref coup d’œil au centre ville le temps d’un changement de ligne. Puis après un court trajet en bus nous serons pris en stop par Bobby, un grand gaillard aux bras tatoués et couverts de cambouis.

Croisement e Park Road et de la Great Eastern Highway → The Lakes

Il passera le trajet à comparer la voiture jaune de sa frangine (230 chevaux), qu’il est en train de conduire car la sienne, la noire (260 chevaux), est en panne, avec celle de son père (290 chevaux). Le tout dans le jargon de ceux que les gens du coin appellent les « bogans ».

The Lakes → Nortam

Michelle et Chris, le couple de Philippins qui s’est arrêté pour nous, se font rabattre sur le côté de la route par la police pour un contrôle d’alcoolémie de routine. L’agent qui tend à notre chauffeur un éthylotest est une femme un peu forte avec des tatouages qui dépassent de ses manches et de son col tandis que son collègue est un grand gringalet qui porte une énorme paire de lunettes de soleil aux montures roses fluo.

Nortam → Meckering

Après avoir passé la nuit sur le bord de la route nous attendons quatre heures avant que quelqu’un ne daigne s’arrêter pour nous. Sophie installe son sac dans le coffre de la grosse Mitsubishi bleue de Russel mais mon baguage devra aller sur la banquette arrière car le reste du compartiment est occupé par un énorme réservoir de gaz accélération.

Nous n’avions jamais prévu de nous arrêter à Meckering mais le bled perdu entre les champs de blés gigantesques et les pâturages à moutons démesurés cache une anecdote inattendue.

Et un musée de la photographie super kitsch.

Et un musée de la photographie super kitsch.

Tous les bleds d’Australie, même les plus petits, abritent un musée ridicule plein de babioles ennuyeuses. Ce n’est pas de ce côté qu’il faut chercher l’originalité de Meckering. Le bled est l’un des seuls à ma connaissance à être apparu sur les cartes suite à un tremblement de terre plutôt que d’en avoir été effacé. Le 14 octobre 1968 un violent séisme de magnitude 6.9 sur l’échelle de Richter a anéantit à peu près tout ce qui tenait debout dans le comté, tordu les rails de la voie ferrée, surélevé le sol sur deux mètres par endroits et a été ressentit jusqu’à sept cent kilomètres à la ronde.

La faible population, la date qui correspondait à un jour férié et pas mal de chance ont résulté en l’absence de victimes à l’exception d’une vingtaine de blessés.

Meckerling → Coolgardie

Le lundi de Pâques n’est pas la date la plus indiquée pour la pratique de l’auto-stop dans la région et il nous faudra encore deux bonnes heures pour pouvoir quitter cet ennuyeux village de campagne. Peter se rendait vers Kalgoorlie où il bosse comme réparateur d’à peu près tout ce qui peut lui tomber sous la main, machine de forage comme camions. Les cinq cent kilomètres de route qui séparent Perth de la ville minière longe le Pipeline Goldfields, un tuyau de béton qui achemine de l’eau douce dans cette région terriblement sèche. La construction de ce géant fut tellement critiquée par les sceptiques que son ingénieur, Charles Yelverton O’Connor, se suicidera moins d’un an avant que les travaux soient finis. Peter nous offrira deux burgers lors d’un arrêt à la station service de Southern Cross et la moitié de son jerky fait maison une fois arrivés à destination. Le jerky se sont des morceaux de bœuf marinés dans des épices avant d’être désydratés. Une friandise que les Australiens adorent.

Coolgardie → Wudinna

La fin du week-end prolongé n’a au final pas changé grand-chose pour nous. La circulation est restée très faible et le seul qui s’est vraiment intéressé à nous était le pitbull de la casse d’à côté qui n’a pas l’air d’avoir très bien compris le concept de chien de garde…

Rantanplan.

Rantanplan.

Avoir un molosse à nos côtés n’a pas vraiment augmenté nos chances de voir un chauffeur s’arrêter pour nous… Au total il nous faudra une bonne demi-douzaine d’heures pour que Thibault, un jeune pisciculteur Français, ne nous fasses monter dans sa voiture. Traverser une deuxième fois le Nullarbor est beaucoup moins passionnant lorsqu’on sait à l’avance qu’on s’engage dans une immensité désertique qui ne nous offrira rien de nouveau. D’autant plus que Thibault, qui vient de quitter un job à Perth pour retourner travailler dans un pisciculture près de Port Lincoln, n’a aucune intention de faire du tourisme et conduira presque sans arrêt du lever au coucher du soleil. Mon plus long trajet en stop avec le même chauffeur, trois jour pour mille cinq cent kilomètres, fût particulièrement calme.

Wudinna → Kyancutta

Une employée du motel miteux de ce bled perdu nous fera gentiment avancer d’une quinzaine de kilomètres jusqu’à un village encore plus petit où elle vit depuis une presque trente ans.

Kyancutta → Port Germein

Vassily n’avait jamai pris d’auto-stoppeurs. Après trois mois passés à conduire d’énormes camions dans une mine près de Kalgoorlie sans voir sa famille, il venait de se faire quasiment toute la route sans s’arrêter lorsqu’il nous a aperçu sur le bord de la route. Il a tout de suite vu en nous les interlocuteurs qui allaient lui permettre de tenir le coup jusqu’à sa maison à Port Augusta. Le fils d’immigrés Grecs ne mettra pas très longtemps à nous offrir l’hébergement pour la nuit. Les six enfants et sa femme Isabel, d’origine espagnole, furent aussi ravi de le retrouver qu’ils ne furent étonnés par notre présence. Si nous n’avions nous même précisé que Vassily nous avait ramassé au bord de la route personne ne nous aurait posé la question. L’ambiance dans cette petite maison peuplée d’enfants de deux à vingt ans débordait d’animation. L’hyperactivité et la gentillesse de nos hôtes, ainsi qu’une bouteille entière de Green Fairy, nous fit un immense bien, surtout après la traversée du Nullarbor.

Le lendemain, la petite famille qui se rendait à Melrose pour l’après-midi, nous avança un peu plus et nous déposa sur le bord de la route. Non sans avoir au préalable remplis nos sacs de toute la nourriture qu’ils pouvaient contenir.

L'auto-stop c'est beaucoup plus facile le ventre plein !

L’auto-stop c’est beaucoup plus facile le ventre plein !

Port Germein → Port Pirie

Craig, qui travaille à Port Pirie, s’arrêtera rapidement pour nous amener à une station service à peine plus loin où il est plus facile pour les véhicules de s’arrêter.

Port Pirie → Redhill

Nous avons à peine le temps de nous installer sur notre bord de route qu’un couple de Polonais en vacances nous font un peu de place sur leur banquette arrière.

Redhill → Adelaide

C’est au tour d’un médecin Sri-lankais de garer sa superbe Jeep à notre niveau alors qu’il rentre de sa clinique de Whyalla.

Adelaide → Keith

Arrivée dans la capitale de l’état nous pensions que nous allions avoir plus de mal à arrêter quelqu’un mais ce ne fut pas l’avis de Lyam, un surfeur Australien, qui nous amènera jusqu’à un jardin d’enfant où nous plantons notre tente après avoir englouti une bonne partie de nos provisions Gréco-ibériques.

Keith → Melbourne

La soixantième voiture a s’arrêter pour nous depuis un mois de voyage était conduite par deux touristes Anglaises qui venaient de finir leurs fameux quatre-vingt huit jours de travail agricole dans une ferme à nourrir des vaches. Le dernier trajet d’une aventure extraordinaire.

Avant le premier d'une nouvelle !

Avant le premier d’une nouvelle !

Vous aurez noté que mes deux derniers articles furent beaucoup plus long qu’à l’accoutumé. C’est qu’après plus de dix ans à pratiquer l’auto-stop très régulièrement je me suis dit qu’il était temps que je vous explique vraiment pourquoi se moyen de voyager à ma préférence absolue.

En seulement un mois de voyage nous avons parcouru près de huit mille kilomètres dans le pays, à bord de soixante véhicules différents, conduits par des personnes issues d’une vingtaine de nationalités différentes et milieux sociaux divers et variés.

À savoir que les nationalités mentionnées sont celles des pays d’origines mais la plupart de nos chauffeurs avaient également la nationalité Australienne et habitaient le pays depuis de nombreuses années.

Aucun autre moyen de transport que l’auto-stop ne m’aurait permis de rencontrer autant de ces personnes qui font de l’Australie le pays qu’elle est et de véritablement en avoir un aperçu aussi brut et honnête. Rien d’autre que mon pouce tendu vers le ciel sur le bord des routes n’ouvrent les portes d’une aventure aussi extraordinaire.

Des bisous les copains !

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