Archive for Chine (2011)

La dynastie des touristes.

18 septembre

L’archéologie étant aussi rentable économiquement que la protection de la nature, les sites intéressants du point de vue historique sont peu nombreux. La seule fois où la Chine communiste à eu l’air de s’intéresser au passé du pays se fût au cours de la dévastatrice « révolution culturelle ». Vraisemblablement initiée par Mao, cette révolution consista en une implacable purge des milieux artistiques ainsi qu’une destruction systématique de toutes traces du passé « capitaliste ». L’objectif était la disparition des « quatre vieilleries »: vieilles coutumes, vieilles culture, vieilles pensées et vieilles habitudes. Par conséquent on se retrouve maintenant avec une petite poignée de sites archéologiques valant le détour. Et quel détour. Dans un pays grand comme la Chine, se rendre d’un endroit intéressant à un autre prend au moins douze heures de train…

Mon premier choix fût la ville de Xi’An (西安), première capitale véritable de l’empire chinois et située au milieu d’une région qui servit de berceau à une dizaine de dynasties. Xi’An est souvent considérée comme l’extrémité Est de la Route de la Soie. Bien qu’en Chine, où que l’on se promène, on s’entend dire qu’on est sur la Route de la Soie… Mais ce qui a rendu la ville célèbre fût la découverte en 1974 d’une armée enterrée complète, composée de plusieurs milliers de personnages en terre cuite, tous de taille réelle.

En avant les histoires.

On peut s’étonner que cette armée, enterrée il y a plus de deux mille ans, n’ait pas été découverte plus tôt. Cela dit c’est sûrement une chance, car la date de la découverte correspond à la fin de la révolution culturelle. Et je ne suis pas sûr que les gardes rouges auraient épargné les Playmobils… Pour la petite histoire cette excentrique commande avait été ordonné par l’empereur Qin Shi Huangdi (秦始皇帝), généralement désigné comme le premier empereur à avoir unifié la Chine. Et je me moque mais vue de près l’armée constitue une œuvre d’art impressionnante. Quasiment chaque soldat est unique.

Et puis j'adore la coupe de cheveux des chevaux. (Répétez cette phrase plusieurs fois très vite)

Bien que découvert il y a déjà plus de trente ans, seule une infime partie de l’armée a été reconstituée. Il faut dire qu’il ne suffit pas de gratter la terre pour trouver une superbe statue en parfait état. Chaque soldat est généralement retrouvé en miette et on estime que l’armée complète comprend huit mille puzzles… Le rôle de cette armée est de protéger le tombeau de l’empereur. Or, bien que sa position soit connue, ce tombeau n’a pas encore été exploré. Pourquoi? Et bien il semblerait que des écrits assez sérieux pour inquiéter les archéologues chinois fassent mentions de pièges évolués et de rivières de mercure… De quoi prendre son temps à planifier des fouilles précautionneuses.

Le sommet de l'iceberg.

Et puis mon séjour à Xi’An m’a permis de rencontrer Adam et Tom qui m’ont hébergé dans leur superbe appartement de fonction (www.couchsurfing.org). Comme la plupart des étrangers installé en Chine ils sont profs d’anglais. Le soir de mon arrivée coïncida avec l’anniversaire d’Alex, un de leurs amis et collègues. On se retrouva donc tous à fêter ça dans une boite de nuit locale.

Déguisés cela va de soi.

La destination suivante fût la seconde, et actuelle, grande capitale de Chine, Pékin (北京). La véritable genèse de celle qu’on appelle aussi Beijing, commence par sa destruction par les mongols de Gengis Khan. Elle fût ensuite reconstruite sous les ordre de Kūbilaï (le pote de Marco si vous vous souvenez bien) pour devenir la capitale de l’empire sous la dynastie Yuan. Depuis ce jour elle a quasiment toujours gardé ce statut. Je ne vais pas y aller par quatre chemins, je n’ai vraiment pas aimé cette ville. Donc je vous la fait courte.

À la sortie de la gare je me mets directement dans le bain en m’attaquant au site le plus important de la ville: la Cité interdite.

La ville dans la ville.

Un immense palais, plutôt semblable à un village, dont la construction commença en 1406. Dès qu’elle fût terminée, en 1420, les empereurs s’y installèrent et personne, hormis leurs cours et eux-mêmes, n’eût le droit d’y pénétrer jusqu’à son ouverture officielle au public en 1924. De nos jours une bonne partie de la Cité reste cependant encore interdite au public. Pour le reste le public est là, peut-être même trop. J’ai eu beau y mettre toute ma bonne volonté je n’ai retenu qu’une chose de ce qui pourrait être un des sites historiques les plus magnifiques de la planète: une masse de touristes. Venant d’un touriste cela peut paraître assez hypocrite comme critique. Mais ce ne sont pas les touristes discrets qui m’ont importuné, ce sont les troupeaux d’individus en rose fluo qui vocifèrent parfois tellement fort qu’on a du mal à entendre les beuglements qui émergent des mégaphones de leurs guides et qui prennent grand soin à laisser toute une trainée d’immondices sur leurs passages…

Le lendemain je me suis jeté dès l’aube dans un bus qui a tranquillement mis trois heures de routes entre moi et la capitale. C’est là que j’ai pu goûter au calme DU site touristique du pays.

Vous / ne passerez / pas!

À vrai dire tous ceux qui étaient vraiment motivés sont parvenus à franchir la Grande Muraille. La première ébauche de cet invraisemblable monument a été concrétisé par Qin Shi Huangdi (voir plus haut). Il décida de connecter entre elles les différentes murailles qui protégeaient plutôt mal le pays des incursions trop fréquentes des nomades venus du Nord. L’imposant édifice fût, il est vrai, assez dissuasif pour mettre fin aux raids de petites envergures. Mais n’empêcha pas le pays d’être envahi par des armées mongoles ou mandchoues. À son apogée le mur s’étendit sur plus de huit mille kilomètres mais petit à petit il tomba en désuétude et se fragmenta. Avec l’avènement du tourisme de nombreuses portions ont été restaurées. Celles les plus proches de Beijing subissant un taux de fréquentation ridiculement élevé. Je n’ose même pas m’imaginer ce à quoi elles doivent ressembler. Les six heures de route allez-retour séparant la capitale de la portion que j’avais choisis me mirent à l’abri de ce genre de désagrément. Bien entendu j’ai croisé des touristes, mais seulement de ces voyageurs indépendants avec qui il est tellement agréable de converser en traversant des tours de guets centenaires. Aussi impressionnant que le Mur en lui même, les paysages étaient fantastiques et le calme revigorant.

J'aurai bien passé la nuit ici moi...

Le week-end à Pékin m’offrit le summum de l’exaspération. Foule infinie, musées fermés sans préavis, files d’attente interminables, rues bloquées sans explications, pékinois tentant de vous arnaquer de toutes les manières possibles… Après une journée totalement improductive et très fatigante j’atterris dans un marché de nuit. Ce marché était censé constituer une attraction à lui tout seul en raison des plats proposés. Les invertébrés de toutes sortes me firent bien rigoler, les serpents un peu moins et les bébés requins empalés sur des baguettes me déprimèrent plus qu’autre chose. N’étant pas disposé à payer trois cafards mal cuits au prix d’un bon repas dans un petit restaurant local, je me suis abstenu de toute dégustation.

Je ne sais même pas si les chinois eux-mêmes en mangerait...

 

23 septembre

Il n’en fallait pas beaucoup plus pour que je décide de quitter les zones touristiques et « immanquables » du pays. Mon premier échappatoire fût la ville de Qiqihar (齐齐哈尔), dans la province du Heilongjiang (黑龍江省), la Sibérie chinoise. Qiqihar est l’équivalent d’une grosse ville provinciale à la chinoise. Immense, avec des ânes et des tracteurs qui zigzaguent entre les grattes-ciels. J’y fût hébergé par Robin (www.couchsurfing.org), une canadienne très sympa qui, je vous le donne dans le mille, y enseigne l’anglais. Elle m’offrit une petite visite de ce que peut être la vie d’une occidentale non-sinophone dans cette ville où le seul autre qu’elle ait rencontré est un collègue avec qui elle ne s’entend pas vraiment. Je peux imaginer que ça doit être difficile à la longue mais pour une journée j’ai adoré. Tout y était authentique et en parcourant le marché de nuit nous sommes tombés sur des chinois en train de déguster des brochettes d’insectes.

Nous nous sommes donc laissé tenter...

Pour bien prouver qu’ils étaient frais, les dytiques grouillaient bien vivant dans une bassine tandis que les chrysalides de vers à soie se secouaient de spasmes réguliers dans leurs présentoirs. Les dytiques n’étaient ni vraiment bons ni vraiment mauvais mais au bout du cinquième ça commence par être écœurant. Par contre les chrysalides étaient vraiment ignobles.

Mais bon vous vous doutez bien que je ne me suis pas cogné vingt-quatre heures de train pour un bled et une jolie canadienne.

Piou piou.

Les grues sont des oiseaux hautement symboliques en Chine, comme au Japon et en Corée d’ailleurs. La grue du Japon (grus japonensis) est représentée à peu près dans tous les temples de Chine et fait souvent référence à l’immortalité. Ironique car, à l’instar de la plupart des espèces de grues de la région, elles sont menacées d’extinction. La réserve naturelle de Zhalong, à proximité de Qiqihar, sert de halte migratoire à différentes espèces de ces magnifiques oiseaux.

Grue du Japon (grus japonensis).

En temps normal les grues arrivent sur la réserve dès septembre mais l’automne mettant du temps à arriver, la grande majorité des oiseaux n’a pas encore quitté la Sibérie. La réserve a été aménagée à la chinoise et des hauts-parleurs diffusent de la musique classique sous les passerelles en bois qui sillonnent la roselière. Un petit îlot qui cache une vingtaine de grues dans une horrible cage sert de présentoir pour un spectacle consistant en un lâcher des oiseaux qui font le tour du monticule en trente secondes. La plupart des visiteurs viennent en bus organisés s’arrêtent devant l’îlot pour le spectacle et repartent tout de suite après… En fouillant un peu les installations je suis tombé sur une trentaine de cages d’environ deux mètres sur trois et hautes de deux mètres. Chacune contenait un couple de grues dont quelques uns de la rarissime grue de Sibérie (grus leucogenarus). Il me semblerait assez logique que, vue son importance, cette réserve participe aux programmes de reproduction en captivité mis en place pour les espèces de grues asiatiques. Une cage à peine plus grande contenant une dizaine de jeunes grues du Japon me laisse à penser que l’ensemble de prisons sordides correspondaient aux infrastructures liées à ce programme…

Grue à cou blanc (Grus vipio).

Ces cages jouaient un peu un rôle d’appelants et les quelques grues sauvages que j’ai pu observer erraient dans leurs alentours. Ou était ce parcequ’elles étaient nées là? Enfin quand je dis « sauvage »… L’observation des grues du Japon manque un petit peu de piquant car ces animaux ne sont absolument pas farouches. Un groupe de quatre individus visiblement en migration c’est posé à un mètre de moi en fin d’après midi avant de se promener tranquillement au milieu de la route…

Si les grues et la plupart des autres emplumés n’ont pas encore commencé leurs migrations, ce n’était pas le cas des jolis faucons de l’Amour qui s’amassaient en grand nombre sur les lignes électriques.

Il faut dire que les petits bonshommes ont une longue route jusqu'en Afrique australe...

Pour ma dernière escale chinoise je me suis arrêté dans la ville portuaire de Dalian (大连). Une ville agréable dont le nom m’était venu aux oreilles pour sa proximité avec un îlot très particulier. She Dao fait à peine un kilomètre carré et abrite une population de treize mille à dix-huit mille vipères. Les serpents survivent principalement en se nourrissant des oiseaux migrateurs qui font halte deux fois par an sur l’île. Malheureusement le site est désormais fermé au public, officiellement par soucis écologique et de protection de cet écosystème unique. Mais si les serpents ne sont visibles que sur l’île, les oiseaux quand à eux sont présents un peu partout. Je suis allé passé mon dernier après-midi dans la réserve naturelle de Laotieshan, à la pointe Sud de la province du Liaoning (遼寧), une petite péninsule qui marque la limite naturelle entre la mer jaune et la mer de Bohai.

La mer jaune étant, bien entendu, celle de couleur bleue foncée.

Le chaud après-midi et l’abondance de rapaces n’étaient pas idéal pour l’observation de l’avifaune mais la balade était vraiment sympa. Et puis j’ai quand même pu apprécier les chamailleries des oiseaux de proie, les pouillots qui se faisaient discrets dans les fourrés, les hésitations des minivets qui attendaient d’être assez nombreux pour s’élancer vers la pleine mer et les acrobaties des goélands à queue noire.

Les mêmes qui escortent en ce moment mon ferry vers la Corée du Sud.


Publicités

Comments (15) »

Turista.

12 septembre

 

Le tourisme en Chine ce n’est vraiment pas une sinécure. Considéré pendant longtemps comme contraire à l’idéologie du Parti, glandouiller au lieu de travailler était plus ou moins interdit. Cependant le tourisme étant l’un des secteurs économiques les plus rentables de notre siècle, les communistes ont un peu revu leur façon de penser. Malgré l’aspect « activité luxueuse de bourgeois » le tourisme a commencé à se développer dans le pays. Le tourisme à la chinoise…

Dans le pays le plus peuplé du monde le tourisme se fait en masse. L’accès aux
sites touristiques est souvent très cher, surtout comparé au coût de la vie ici, et se fait principalement en groupe. Autant dire que si vous voyagez en solo avec votre sac sur le dos, vous ne présentez aucun intérêt économique. Ajoutez à ça que personne ne parle anglais et vous comprendrez pourquoi j’ai passé le plus clair de mon
temps dans les salles d’arcade de Chengdu.

You just can't beat the beat!

Ma première expérience touristique fût le bouddha géant de Leshan (樂山).
Grâce à ces co***rds de talibans il fût pendant un courte année la plus grande statue représentant un bouddha sur la planète. Jusqu’à ce qu’en 2002 les chinois finissent la plus grande statue du monde, le Lushan Dafo, un bouddha de cent vingt-huit mètres de haut. Bref en descendant du bus une jeune chinoise m’indique la navette touristique qui va m’emmener à l’entrée du parc qui abrite le bouddha. Et ce n’était pas vraiment une suggestion, plus un ordre. Prétextant une envie pressante je m’éclipse et embarque dans un bus local qui se dirige vers le centre ville. De là je me fais à nouveau harceler pour payer une fortune en soutien touristique. Je m’échappe cette fois ci à bord d’une petite embarcation qui traverse la rivière avec à son bord des
chinois, des poules et des paniers pleins de piments. L’île sur laquelle je suis déposé est magnifique. Je suis le seul occidental, tout le monde est occupé à récolter les cacahuètes et j’ai une vue imprenable sur le gros bonhomme. Le problème est qu’en ce moment c’est la saison des brumes au Sichuan et je ne peux donc pas vraiment
apprécier la superbe statue à sa juste valeur. Je me suis donc rapproché de l’œuvre monumentale en bateau.

Notez les adorateurs de la secte du Dieu tourisme pour l'échelle.

L’écotourisme rassemblant deux des domaines les moins appréciés par le Parti,
l’évoquer revenait limite à afficher votre soutien pour le Dalaï-lama. Toutefois là encore, tout arrive et les choses évoluent. Mais pas forcément dans le bon sens. La plupart des réserves et parcs nationaux dédiés à la préservation d’espèces menacées sont tout bêtement interdits d’accès aux touristes. Ce qui est très frustrant mais efficace d’un point de vue conservation. Lorsqu’ils sont accessibles c’est à un prix assez exorbitant et seulement dans le cadre de groupes organisés. À moins de vous payer le luxe d’un ranger particulier il est totalement interdit de sortir des sentiers battus. Une alternative que j’avais envisagé était la réserve naturelle de Wolong (臥龍自然保護區), le plus grand sanctuaire à pandas de la planète. Pas spécialement
pour les grosses peluches, qui sont impossibles à observer dans la nature, mais pour la forêt très bien préservée et parcourue de petits sentiers de randonné. Malheureusement depuis le terrible tremblement de terre de 2008 qui a tué cinq gardes et au moins un panda dans le centre d’élevage de la réserve, tout le site est
interdit d’accès. Je me suis donc rabattu sur la réserve de Bifengxia (碧峰峽).

Encore un endroit super moche.

Depuis que l’endroit a récupéré les pandas captifs survivant de Wolong, Bifengxia abrite quatre-vingt peluches dans son centre d’élevage. Presque la moitié de la population captive mondiale. Cependant toute la partie sauvage de la réserve est inaccessible. Toute? Non, pas vraiment. Un petit sentier de randonnée a été aménagé au fond de deux magnifiques vallées. La promenade pavée longe des cascades, des vendeurs de brochettes et une falaise abritant de très surprenant cercueils suspendus très similaires à ceux que j’avais pu observer à Sagada, aux Philippines.

Les grands esprits se rencontrent...

La ballade est superbe mais à part quelques piafs et de magnifiques papillons il n’est pas vraiment possible d’y observer des animaux sauvages. J’ai bien tenté de m’éclipser à plusieurs reprises vers l’intérieur de la jungle, mais il se trouvait toujours un type en uniforme pour sortir de nul part et me faire comprendre que je n’avais rien à faire là… J’ai donc continué mon périple en allant battre la campagne un peu au hasard.

Par là ça a l'air bien.

Devant tant de frustrations je n’ai pas mit longtemps pour retourner à Chengdu. Frôler la mort sur le « s’coue bite » sans freins, sans phare et sans casques de Quentin pour passer d’un bar à l’autre après avoir dégusté des pénis de yacks ça vous redonne
goût à la vie!

Le tout à contresens sinon ce n'est pas drôle.

Je me doutais bien que mon pote ne se serait pas installé ici si la vie y avait été morose mais il s’avère que Chengdu est vraiment une ville agréable. La façon dont les habitants sont détendus et se sentent libres contraste énormément avec l’image autoritaire d’un des pays qui prête le moins d’importance aux droits de l’Homme. L’ambiguïté a atteint son paroxysme lors du sixième anniversaire du « Hemp », un bar renommé, situé juste au dessus d’un bar gay. Même en France appeler son bar « Cannabis » pourrait poser problème, alors que celui ci à tenu six ans en Chine… Lorsque vous passez devant un bar à Chengdu il n’est pas rare de voir une déco tournant principalement autour de la plus célèbre feuille du monde et une dizaine de jeunes chinois défoncés vautrés par terre. Et on ne peut s’empêcher de sourire en observant le patron du bar qui continu à se donner un look de dealer en refourguant sa came sous le manteau… Bref ma dernière soirée dans cette ville avait plus l’air d’un samedi soir à Amsterdam que d’un couvre-feu sur fond d’hymnes communistes.

À la prochaine camarade!

 

Comments (7) »

Tchou tchou!

5 septembre

 

Mission accomplie!

Ça y est j’ai retrouvé Quentin à Chengdu (成都)! Mais ce ne fut pas de tout repos et je me dois de m’attarder sur mon périple.
Pour commencer il me fallait rejoindre la capitale du Xinjiang, Urumqi (ئۈرۈمچى ). Pour ce faire je suis monté dans un bus qui a mit vingt-six heures à couvrir la distance. Le voyage fut assez agréable, nous avons longé la limite Nord du désert du Taklamakan. La nuit à regarder le meilleur des films bollywoodiens, doublés en ouïgour, sur ma couchette pendant que des éclairs illuminent le désert, restera longtemps dans ma mémoire!
Après ma nuit à Urumqi j’entrepris la partie la plus épique du trajet. Quarante huit heures de train en classe assise jusqu’à Chengdu… Quarante neuf et demi avec le retard…

Portrait de votre serviteur après quarante huit heures de train par la célèbre artiste chinoise Shin Ha, trois ans et demi. (Je ne suis pas sûr qu'il soit dans le bon sens...)

Lorsque j’avais annoncé mon projet à des personnes ayant déjà emprunté les trains chinois, j’avais l’impression d’annoncer que je tenais à me jeter d’une falaise. Pourtant, sans non plus avoir été fantastique, le trajet ne fut pas vraiment désagréable. Seul occidental à bord du train j’ai eu du mal à passer inaperçu. Les deux enfants à bord de mon wagon ont facilement su convaincre leurs parents de venir s’asseoir à côté de moi. S’en sont suivis deux jours de baby-sitting, rémunérés par les très nombreuses victuailles que transportaient les parents. Mention spéciale aux pattes de poulet ultra épicées… Avec la petite nous avons passé l’essentiel de notre temps à composer des chansons. Elle au chant et moi aux percussions. L’inverse serait peut-être venu à bout de l’extraordinaire patience des autres passagers… J’ai connu mon heure de gloire en racontant à la gamine captivée des histoires inventées; dans une langue elle aussi sortie de mon cerveau fatigué. Le petit garçon faisait quand à lui des allez-retour entre une étudiante chinoise anglophone et moi pour s’exercer à la pratique de la langue de Shakespeare. De mon côté j’ai appris à dire « raisin » en chinois. \o/ . Et puis on a partagé mon lecteur MP3. L’une de mes plus grandes victoires personnelles aura été de faire écouter Rage Against The Machine en boucle à un petit chinois jusqu’à ce qu’il se mette à hurler « NO YU REN EUMY! » dans le wagon.

Killing in the nem

Bref au terme de ces rigolades je retrouvais mon pote dans sa capitale du Sichuan (四川). Bonheur d’avoir réussi là où j’avais auparavant échoué, joie du sentiment que tout est possible et plaisir inégalable des retrouvailles avec un copain que je ne peux pas voir assez souvent. Vous vous en doutez, nous avons passé toutes nos journées dans les musées et les galeries d’art, et nos soirées au théâtre ou à l’opéra.

Participation à des jeux traditionnels.

Bien qu’il soit allé s’enterrer dans un pays qui ne m’attire guère, Quentin a eu la bonne idée de s’installer dans l’une des villes les plus célèbres du monde de l’écologie. Chengdu est effectivement mondialement connu pour abriter le Centre de recherche sur la reproduction de l’animal emblématique de la Chine:

L'éléphant de mer.

Je me suis promis d’éviter au maximum de m’intéresser à la protection de l’environnement en Chine pour ne pas m’énerver. Mais être à Chengdu et passer à côté de ce centre était au dessus de mes forces…
La Chine n’a jamais vraiment fait figure d’exemple en matière de protection de l’environnement. À l’époque où le balbutiement des premières consciences écologiques se faisait sentir dans certains pays développés, le Parti Communiste Chinois définissait l’écologie comme une « conspiration bourgeoise » et n’était vraiment pas décidé à faire quoi que ce soit en faveur du patrimoine naturel chinois. Cependant la grogne de plus en plus virulente des écologistes du monde entier concernant les menaces énormes qui pesaient sur la faune sauvage chinoise commença à ennuyer le Parti. Mais lorsque le World Wide Fund for Nature choisit l’éléphant de mer comme symbole des espèces menacés, le Parti réalisa l’importance symbolique de l’espèce et commença un peu plus sérieusement à se préoccuper d’écologie. À la façon du Parti Communiste Chinois…

Un bébé éléphant de mer pour essayer de me calmer un peu...

À mon humble avis le gouvernement chinois, à part en de très rares occasions, ne s’est jamais préoccupé de l’environnement du pays avant très très récemment. Et les quelques rares exceptions ont généralement été motivées par des ambitions politiques. Il était hors de question que la Chine soit le pays qui ait fait disparaître l’animal logo d’une des plus grandes associations écologistes de la planète! La Chine a donc sauvé l’éléphant de mer. Ce ne fut pas une tâche aisée et il reste encore du chemin. Mais l’usine à peluches tourne à plein régime. Films porno, insémination artificielle et viagra viennent à bout du manque de libido des éléphants de mer, assez proche de celle d’un caillou. Peine de mort pour les braconniers et corridors de bambous pour relier les différentes populations sauvages ont fait augmenter le nombre de pandas en libertés en certains endroits. Tout baigne alors? Pas vraiment. Malgré la version officielle il semblerait qu’aucun des éléphants de mer ayant vu le jour en captivité en Chine n’ai jamais été relâché dans la nature. Ce qui semble logique car il n’y a pas de place dans la nature où les relâcher. Mais alors comment ne pas considérer que tout l’argent employé à s’offrir des cadeaux diplomatiques sous formes de peluches vivantes trop mignonnes a été jeté par les fenêtres et aurait pu être utilisé à des fins plus judicieuses. Comme protéger les milieux où vivent les éléphants de mer sauvages ou bien éduquer les populations vivant à leur contact pour leur faire comprendre l’importance de leur conservation? L’autre facette de cette obsession acharnée envers le même animal a été l’absence totale d’intérêt pour les autres espèces menacées de Chine. La population mondiale d’ibis nippon est tombée à sept individus dans les années quatre-vingt et les alligators de Chine ont certainement disparus à l’état sauvage. Certes des mesures de toutes dernières minutes permettent d’être optimiste sur le long terme concernant ces espèces. Mais ces mesures n’auront pas permis de sauver le dauphin de Chine, officiellement éteint depuis 2006. L’argent investit pour faire pousser des petites peluches n’aurait il pas pu permettre de sauver le plus gros poisson du Yangzi Jiang?

Non parce que si il y a bien un animal dont notre planète aurait pu se passer...

 

Juste parce que certains, à mon plus grand effarement, continuent à l’ignorer: les dauphins NE SONT PAS des poissons!

Comments (10) »

À pied par la Chine.

28 août

Wouhou! Je suis enfin en Chine! Cinq ans après une tentative annulée dans de tristes circonstances. Mais le temps n’est pas aux réjouissances et une bonne partie du chemin reste à faire. Et ça risque de ne pas être du gâteau dans ce pays. La Chine n’est pas vraiment a destination de mes rêves et si ce n’était pas pour un copain je ne serais certainement jamais venu ici.
Je ne peux pas accéder à la partie administrateur de mon blog mais la consultation des articles n’est pas bloquée. Et ça c’est un peu la hchouma… Alors comme j’ai failli vomir en payant mon visa à un gouvernement qui assassine librement peut-être jusqu’à dix mille personnes par an (vingt-sept par jour), je ne vais pas me priver pour exprimer mes pensées…
J’entame ma traversée de ce pays par la région « autonome » du Xinjiang. Un statut que la région partage notamment avec le Tibet et que je mets entre parenthèse car il signifie justement que le gouvernement chinois s’applique à tout sauf à leur céder une quelconque indépendance. Bien entendu le titre n’est pas la seule chose que le Xinjiang partage avec le Tibet, et le ressentiment des minorités locales envers les hans (l’ethnie majoritaire au pouvoir) ainsi que la répression inversement proportionnelle sont équivalents. Mais alors pourquoi ne trouve-t-on pas de tee shirt « Free Xinjiang »? Tout simplement parce que, alors que les tibétains passent pour des hippies qui adorent un gros monsieur tout nu, les ouïgours passent pour des terroristes islamistes assoiffés de sang. Bien entendu aucun de ces préjugés n’est vrai mais si il y a bien une chose que j’ai appris depuis le début de mon voyage, c’est que si vous voulez génocider tranquille, vous n’avez qu’à prétendre que vos victimes cherchent à envoyer des avions s’écraser aux États-Unis et personne ne vous embêtera… Bon et puis il faut avouer que les ouïgours préfèrent faire sauter des hans plutôt que de se cramer eux-mêmes. Forcément ça ne rend pas super sur une jaquette de CD…

Mais au fait c'est qui les ouïgours?

La « minorité » ouïgour représentait jusqu’au début des années cinquante environ quatre-vingt dix pour cent de la population du Xinjiang. Depuis le gouvernement a incité l’immigration d’un grand nombre de hans pour rappeler à tout le monde qu’on est bien en Chine et les ouïgours ne constituent plus que cinquante pour cent des habitants de la région. Remarquez les chinois (lorsque j’emploie ce terme je veux parler des hans) avaient bien raison de vouloir siniser la région car en traversant la frontière depuis le Kirghizstan on n’a pas vraiment l’impression d’entrer en Chine. Il fait super chaud, le paysage est désertique et il y a encore plus de chameaux qu’au Kirghizstan. Le seul signe de changement et l’omniprésence des deux et trois roues. Des véhicules que je n’avais vu en Kirghizie que sous le popotin de deux trois touristes. Et puis il y a les ouïgours. Musulmans, écrivant avec un alphabet arabe, parlant une langue turque et tous en plein ramadan, ils feraient presque passer la burqa afghane pour un bikini. La seule raison qu’il me reste de croire qu’il existe des femmes ouïgours est ma conviction qu’un amas de tissu ne peut pas se déplacer tout seul. Mais je peux me tromper…
Les premiers indices nous rappelant qu’on est en Chine se trouvent surtout dans la ville de Kashgar (قەشقر ).

Je suis tellement content d'être débarrassé de l'alphabet cyrillique...

Parmi la longue liste de particularités surprenantes propres à la Chine il en est une qui me perturbe plus que les autres. Kashgar a longtemps été une ville de grande importance sur la Route de la Soie. Située entre le désert du Taklamakan et l’imposant massif du Tian Shan, elle a quasiment toujours été un passage obligé pour toutes les caravanes. Or dans un sens cette route a fait parvenir en Europe la soie, le papier, la poudre… Mais dans l’autre sens?

Pas même une fourchette?

L’intérêt principal de Kashgar n’a pas changé depuis près de deux mille ans. Ce qui attirait les marchands d’Europe à l’époque attire maintenant les touristes. Les marchés. Pour ma part je me suis concentré sur le marché aux animaux.

Wouhou! Ils vendent des ballons!

Bien moins impressionnant que celui de Karakol, on y trouve presque plus de touristes que de bestiaux… Le seul petit plus ça a été de trouver des yacks.

Meuh...

 

Comments (4) »