Archive for Kyrghyzstan (2011)

Mou du genou.

23 août

Le deuxième site le plus visité du pays avec Song-Köl c’est l’enchevêtrement de vallées au Sud de Karakol, qui offre apparemment un large choix de randonnées intéressantes. Je m’étais rendu plusieurs fois à Karakol dans l’espoir de m’offrir une de ces promenades mais la météo avait toujours été mauvaise et on m’avait conseillé d’attendre la mi-août. Ce que je fis. Le problème c’est qu’en rentrant de ma dernière excursion mou genou c’est mis à me faire un mal de chien…
À part marcher, il n’y a quasiment rien à faire au Kirghizstan. Par conséquent je n’avais pas beaucoup de choix, je devais m’offrir une convalescence forcée à Bichkek. Je ne vais pas non plus me plaindre, ça m’a donné une bonne excuse pour passer du temps avec les copains. Je ne sais toujours pas exactement ce qui a été à l’origine de cette douleur mais un toubib a évoqué la possibilité d’une trop fréquente variation chaud/froid.

Comme la baignade à 3 000 mètres après six heures de rando...

La douleur s’est estompée assez rapidement mais il est clair que je ne peux toujours pas repartir en randonnée. Je me suis alors rendu au festival « Ынтымак » (de l’amitié) dans le village de Kenesh (Кеңеш).

Quel pays de hippies...

Et pour le coup ce festival était vraiment génial. Les affiches en kirghize m’avaient aidé à flairer le bon filon. Le festival était organisé par le directeur de l’école du village et parrainé par la Japan International Cooperation Agency (JICA). Résultat une bonne centaine de kirghizes, une dizaine de volontaires japonais et autant de touristes égarés. Que du bonheur. La matinée a vu défiler les gamins de l’école et leurs parents venus interpréter chants et danses traditionnelles. Certains grands tubes étaient repris en chœur par la foule en délire. Je me suis toutefois retenu. Pendant que je me goinfrais dans une yourte en papotant avec des étudiantes kirghizes venues visiter leurs familles, les hommes avaient trouvé une balle d’Ulak-Tartysh.

Et une biquette de moins.

Je n’ai pas assisté à la mise à mort mais j’ai eu droit à plus d’explications grâce à mes étudiantes, ravies de pouvoir pratiquer leur anglais. Sachez déjà que le ballon à un nom: Ulagy. Certains prétendent même que dans un lointain passé il n’était pas une chèvre… Le but du jeu et donc de déposer Ulagy, qui pèse dans les vingt-cinq kilos, dans le Tai Kazan, le but, de son équipe. Généralement un cercle tracé dans la terre. À chaque fois que Ulagy atterrit dans un Tai Kazan, l’équipe concernée marque un point. Lorsqu’Ulagy quitte le terrain, il est remis en jeu et chaque équipe choisit un joueur. Ces deux joueurs doivent s’emparer de la barbaque au corps à corps et celui qui prend le dessus donne l’avantage à son équipe.

Des heures de fun.

Puis trois garçons et trois filles se sont lancés dans des parties de Kyz-Kuumai. Là encore j’ai pu avoir des précisions. Avant de commencer à jouer, la demoiselle se voit offrir le cheval le plus rapide et démarre quelques mètres devant son poursuivant. Celui ci doit ensuite tenter de la rattraper et de lui déposer un baiser sur la joue avant qu’elle n’atteigne la ligne d’arrivée. Si aucun baiser n’a atteint ça cible lorsque la cavalière atteint son objectif, les choses se corsent pour le bonhomme… Les deux joueurs repartent dans l’autre sens. Ils gardent les mêmes chevaux mais démarrent au même endroit. La demoiselle a jusqu’à la ligne d’arrivée pour maltraiter sa victime.

Ah tu voulais des bisous?

Un seul des joueurs a réussi son bisou mais ça ne l’a pas empêché de se faire cravacher…
Après cela nous avons assisté à un spectacle étonnant et à priori rarissime. La plupart des locaux n’avaient eux mêmes jamais assisté à ce jeu: le Каш Кулак (Cache koulak?). Il semblerait que ça veuille dire en kirghize quelque chose comme: « Défonce le loup »… Le nuisible se faisant un peu rare les joueurs ont dû se contenter de blaireaux.

Badger badger badger badger badger...

Pour jouer à ce jeu on peut de passer du loup mais on ne peut pas se passer du тайган (Taïganne?), un chien endémique au Kirghizstan. Les informations concernant cette race sont assez floues. Il ressemble à un lévrier afghan en moins moche et sert de chien de chasse. Apparemment il se raréfie mais les critères permettant de le déterminer exactement comme une race à part ne semble pas assez convainquant pour les programmes de protection. Quoiqu’il en soit, les propriétaires de la région nous présentèrent fièrement leurs toutous avant de commencer à jouer. Ça sentait l’amateurisme à plein nez. Le fait de n’avoir que deux blaireaux pour une quinzaine de clébards était déjà problématique. Au départ les organisateurs ont tenté des combats à un contre un, mais certains chiens peu doués n’ont pas su empêcher les blaireaux de se réfugier dans la foule. Je ne vous raconte pas la panique… Les règles ont donc du s’adapter et à trois reprises les organisateurs ont tout simplement lâché la meute sur les pauvres mustélidés.

Ouais! Plein de nouveaux copains!

Les tessons se sont bien battus et aussi incroyables que cela paraisse, ils étaient toujours vivant lorsque leurs propriétaires les ont remis en cage. Une fois la boucherie terminée les chorales se sont à nouveaux enchainées jusqu’à la fin de la journée.
Et puis il a fallu que je me mette en route. Je suis repassé par Bichkek pour dire au revoir aux copains une dernière fois. Quitter cette ville fut plus dur que je ne l’aurais imaginé il y a trois mois… Je suis actuellement à Osh, sur la route menant au col d’Irkeshtam. Un col qui servit de passage pendant des siècles aux caravanes voulant relier l’Asie centrale et la Chine. La ville de Osh ne présente aucun intérêt et bien qu’elle soit la deuxième plus grande ville du pays, elle est surtout célèbre pour avoir été le théâtre d’un terrible génocide ciblant la population ouzbek l’année dernière.
La dernière bestiole kirghize que je vous présenterais appartient à une famille que j’avais négligé:

Les reptiles.

 

Cette article est le dernier concernant le Kirghizstan. Étant donné les conditions d’utilisation d’internet en Chine, il se peut que je ne puisse pas vous donner de nouvelles avant mon arrivée en Corée du Sud, dans un mois.

 

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J’étais sur la route.

14 août

À ce stade du récit vous devez vous dire que si je ne vous ai toujours pas parlé de l’histoire du Kirghizstan c’est ou bien que je n’en ai rien à carrer, ou bien qu’il n’y en a pas. Ni l’un ni l’autre. Le passé de l’Asie centrale est passionnant, le truc c’est que quand on s’est pris les Huns, Gengis, Timur et Joseph sur la figure, on peut s’estimer heureux d’avoir encore des montagnes. Il ne reste quasiment plus aucun témoignage des gloires passées de la région. Bon et puis il est vrai que la géographie du Kirghizstan a mis du temps à inciter les gens à se sédentariser. Or un nomade, par définition, ça n’a pas trop d’intérêt à construire des cathédrales…
Il y a cependant un bâtiment caché au cœur du massif du Tian Shan que les différents grands démolisseurs du coin on laissé tranquille depuis le quinzième siècle, peut-être même le dixième…

Le caravansérail de Tash Rabat.


Un caravansérail est un bâtiment qui avait pour vocation d’abriter les nombreux voyageurs qui empruntaient l’une des routes les plus fascinantes de l’Histoire: La Route de la Soie. Il est vrai qu’en soit celui de Tash Rabat n’est pas très impressionnant, si ce n’est par son emplacement. Mais comme je n’ai pas prévu de visiter le reste de l’Asie centrale tout de suite je n’en verrai pas d’autre avant longtemps. Et puis il va me donner une raison de vous casser les pieds avec l’histoire d’un passé qui continu à faire rêver de nombreux voyageurs…

Les couloirs du temps.


Selon mes sources les plus crédibles le terme « Route de la Soie » a été inventé par le géographe allemand Ferdinand von Richthofen en 1877 pour désigner l’ensemble des différentes routes qui ont connecté l’Europe et la Chine pendant des siècles. Une appellation qui n’a donc jamais été utilisé par ceux qui utilisait cette « route » et qui ne serait pas forcément un choix très correct…
La fabrique de la soie se fait par un procédé découvert par les chinois et gardé secret pendant des siècles. En même temps coudre un tissu de luxe à partir d’une matière extraite de l’arrière train d’une chenille il fallait y penser. Un trésor aussi précieux était nécessaire aux chinois comme monnaie d’échange pour pouvoir se procurer les légendaires étalons d’Asie centrale. Des animaux dont ils avaient grandement besoin pour défendre le Nord du royaume contre les attaques répétées des cavaliers nomades.

Et voilà il n'y en a encore que pour eux...


C’est ce besoin qui incita les ambassadeurs chinois et parthes à signer un accord de commerce bilatéral entre leurs deux royaumes en 105 avant Jean-Claude. Cet accord est considéré comme l’acte fondateur de la « Route ». Au fil des siècles le singulier de cette appellation a cependant pu être remis en question. En effet en fonction des variations climatiques ou politiques les trajets empruntés par les caravanes ont souvent changé. De plus la soie était loin d’être la seule monnaie d’échange utilisée. Le procédé de fabrication du papier était peut-être un secret encore plus convoité par les occidentaux que celui de la soie et des tonnes de feuilles transitaient par l’Asie centrale. À la décharge de Ferdinand je dois admettre que « les routes des canassons » ou « de la paperasse » ça fait moins rêver…

Citernes à кымыз.


Bref ça troquait tranquilou entre l’Europe et la Chine. Mais les marchandises n’étaient pas les seules à voyager, les idées aussi. L’une d’entre elles allait d’ailleurs faire beaucoup d’histoires…
Peu après la mort du prophète Mahomet, vers la fin du septième siècle, et venant d’Arabie, l’islam envahit l’Asie centrale sous la forme d’une énorme armée musulmane. Les différents chefs turcs, qui se foutaient déjà joyeusement sur la tronche depuis plusieurs siècles à cet endroit, résistèrent un petit peu, mais les arabes arrivèrent jusqu’à Samarcande en 712.
Pendant que les arabes venaient mettre leur grain de sel dans les querelles turcs, les chinois, sous la dynastie Tang, vinrent eux aussi se mêler des affaires de la région. En quête de territoires occidentaux ils assassinèrent le khan des turcs de Tachkent (actuelle capitale de l’Ouzbékistan). Aux portes du Kirghizstan actuel. Or c’est dans la vallée de Talas, entre Tachkent et Bichkek, que beaucoup de choses allaient se jouer. L’agression chinoise mit tout le monde d’accord. Même les rebelles tibétains vinrent en aide aux turcs et aux arabes pour coller une sévère défaite aux chinois dans la vallée de Talas. Une défaite qui fut bien plus que militaire. Dans sa retraite, l’armée chinoise laissait derrière elle des prisonniers. Parmi ceux là, ils s’en trouvaient qui connaissaient justement les procédés de fabrication de la soie et du papier… Un savoir qui arriva sans mal jusqu’à Bagdad, Istanbul et l’Europe. La Route de la Soie venait de prendre sa première grosse claque.

Était ce la fin des chameaux pour autant?


Après la rigolade tout le monde rentra chez soi. Un mélange de turcs, perses et arabes, appelés les samanides, mit peu à peu en place un formidable empire dans l’espace laissé vacant (je veux parler de l’Asie centrale). Mais les musulmans n’étaient pas venu pour rien, ils avaient laissé derrière eux les dogmes de ce qui allait devenir l’une des plus grandes religion de la planète. Sous l’empire samanide, Boukhara (actuellement en Ouzbékistan), rivalisa bien vite avec Bagdad, le Caire ou Cordoue pour le titre de « Pilier de l’Islam ». Cet empire vit la naissance de scientifiques de renom tel Al-Biruni, qui affirma, cinq cents ans avant Copernic, que la Terre tourne autour du Soleil et estima la distance entre la Terre et la Lune à vingt kilomètres près! Plus connus encore sont les noms du médecin Abu Ali ibn-Sina (en latin Avicenna) ou bien du mathématicien Al-Korezmi (en latin Algorismi) et de son célébrissime ouvrage « Al-Jebr ».
Ainsi, même si la soie et le papier n’avaient plus vraiment de valeur marchande, la matière grise donnait de nouvelles raisons de parcourir la Route. Mais bien entendu ça ne pouvait pas durer et les querelles de successions mirent fin à l’empire pour faire réapparaitre un amas de clans belliqueux. Les bandits redevinrent monnaie courante et la Route n’était plus sûre.

Cowboys kirghizes.


Il fallut une tempête pour que le calme revienne, et quelle tempête…
Le jour où, en 1218, le shah Mohammad, gouverneur d’Otrar (actuellement nul part), décida d’assassiner la délégation de quatre cent vingt cinq marchands envoyée par Gengis Khan, il aurait mieux fait de rester couché. Bien entendu, dire que si ce n’était pas arrivé Gengis se serait contenté de jouer à la marchande plutôt que de massacrer une bonne partie de l’humanité serait un peu hypocrite, mais quand même. On pourrait presque dire que Momo l’avait cherché… Si la réaction n’avait pas été si disproportionnée… Après avoir littéralement rayée Otrar de la carte et fait couler de l’argent fondu dans les yeux de son gouverneur, Gengis détruisit l’Asie centrale. Tout simplement. Une fois calmé (façon de parler hein) le Khan établit un empire. Et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il valait mieux y marcher droit.

J'en vois qui s'endorment au fond alors je vous mets une photo de pika!


La Route redevint sûre et lorsqu’une malencontreuse chute à cheval vint mettre fin aux jours du Khan, il faisait presque bon s’y promener. Seize millions d’hommes en Asie centrale porte encore le même chromosome Y que Gengis. Alors ne comptez pas sur moi pour détailler sa généalogie. Pour faire simple, sachez que son empire fut divisé entre ses cinq descendants les plus légitimes. Le fils de l’un d’entre eux, Kūbilaï Khan, se liera d’amitié avec l’un des voyageurs les plus célèbres de l’Histoire, une figure mythique de la Route de la Soie: Marco Polo.
Je vous l’a fait courte mais une anecdote me fascine. Elle concerne d’ailleurs plus son père et son oncle.
Les frères Nicolo et Mafeo Polo, donc, furent les premiers européens à arriver à la cour de Kūbilaï Khan, à Karakoram (actuellement en Mongolie). Fasciné par leurs récits, le khan leur demanda que le pape lui envoi une centaine de ses clercs les plus érudits. Si ces prêtres arrivaient à convaincre Kūbilaï, il convertirait son peuple à la foi chrétienne. Lorsque les Polo revinrent en Italie personne ne les cru. Ils repartirent alors le long de la Route en emportant avec eux le jeune Marco et deux moines qui les abandonnèrent en Arménie. Ils finirent par retrouver Kūbilaï à Khanbaligh (actuellement Pékin) et restèrent environ seize ans en Chine. Quand ils furent enfin autorisés à rentrer chez eux personne ne les cru. Marco Polo avait été l’un des hommes les plus proches du khan et aujourd’hui encore certain remettent en doute la véracité de ses voyages. Mais essayez seulement d’imaginer ce que serait le monde si une centaine de curetons avaient convertit la Chine au christianisme au treizième siècle…
Allez hop! Une autre anecdote car je sens que je vous ai un peu captivé avec la dernière! En plus celle là commence en 1338, dans la communauté chrétienne nestorienne d’Issyk-Köl, actuellement au Kirghizstan. Cela dit des Issyk-Köl il y en a bien une quinzaine dans ce pays… Quoiqu’il en soit ces moines furent les premières victimes d’une terriblement contagieuse et mortelle maladie. Or les puces, vecteurs de cette maladie, parcoururent la Route de la Soie en parasitant les rats qui y abondait. La maladie finit par arriver dans la capitale mongole de Sarai (actuellement en Russie). En 1343, Jani Beg, le khan de la région, catapulta les corps de ses soldats infectés par dessus les murs de la cité de Kaffa, qu’il était en train d’assiéger, dans la Péninsule de Crimée. Forcément quand on commence à se prendre des macchabées contagieux sur le coin de la figure, on ne fait pas les malins. Une partie des habitants prit donc la fuite en bateaux vers les côtes du Nord de la Méditerranée. Emmenant avec eux la maladie. Ce fléau fut appelé la Peste Noire et décima entre trente et soixante pour cent de la population européenne, environ cent millions de personnes…
Alors je veux bien qu’on fasse tout un foin lorsqu’un barbu démolit des tours à coups d’avions mais je trouve que les monstres de la région ont quand même perdu la main.
Des histoires il y en a un paquet le long de cette route mais il y a aussi une fin. Chagatai, le descendant de Gengis en charge de l’Asie centrale, ne réussit pas plus que quiconque par le passé à faire régner l’ordre dans la région pendant bien longtemps. Venant des environs de Samarcande, un terrible tyran du nom de Timur, établit un nouvel empire au milieu de la Route. Empire qui périclita bien entendu après sa mort. Bref c’était de nouveau le Bronx et les marchands rechignaient de plus en plus à traverser la région. Et petit à petit les caravelles remplacèrent les caravanes et les épices firent plus rêver que la soie. À la fin du quatorzième siècle la Route de la Soie n’était guère plus qu’un souvenir…

L'endroit rêvé pour franchir les quatre vingt huit miles à l'heure.


Mais tout n’est peut être pas fini et la Route recommence à faire rêver. Ressuscitée par le tourisme (et notamment le cyclotourisme), elle est également rappelée à l’ordre du jour par la géopolitique actuelle. Encerclée par l’Union Européenne, la Russie, la Chine et l’Inde, l’Asie Centrale compte bien faire revivre sa gloire d’antan à grand coups de « Route du Pétrole » ou « Route du Gaz »…
Bon ben voilà j’espère que ça vous a autant passionné que moi. En tout cas je ne m’en lasse pas mais après tant d’émotions il me fallait renouer un peu avec le calme des grands espaces kirghizes.
Je me suis donc dirigé vers le site le plus touristique du pays: le lac d’altitude de Song-Köl (Сон-Кол). À tout ceux qui projettent de séjourner au Kirghizstan, les différentes offices de tourisme recommandent de s’offrir une randonnée à cheval jusqu’au lac pour dormir dans une yourte en compagnie de quelques authentiques nomades. À force d’entendre ça j’ai flairé le piège et je me suis dit que de toutes manières j’avais bien eu mon content d’intégration. J’ai donc cherché à atteindre le lac par mes propres moyens et d’y camper. Bien entendu ce n’était pas prévu dans les brochures et j’ai dû me débrouiller tout seul. Je me suis donc rendu dans le bled de Kyzart, le plus proche du lac accessible en marshrutka. Une fois là bas tout le monde tentait de me convaincre que j’allais me perdre sans les services indispensables et onéreux d’un guide. Sachant que je n’avais qu’une chaine de montagnes à franchir je me fis mon plan d’attaque tout seul.

Sur le papier ça avait l'air bien...


Et ce fut parfait. Pas un chat si ce n’est un kirghize bourré qui rentrait de la pêche. Il me força à boire du кымыз et pour la première fois j’ai trouvé ça buvable. Je ne sais pas si c’est le sien qui n’était pas vomitif ou si c’est moi qui commence à m’y faire. Arrivé au col la vue était sublime et je décidais sur le champ de m’arrêter là pour camper.

Pourquoi se priver?


À trois mille quatre cent mètres d’altitude j’ai pu découvrir que ma tente n’est pas imperméable à la neige. Arrivé sur les berges je dus admettre que le paysage était à couper le souffle. Mais les réactions des locaux laissaient bien voir que le tourisme de masse avait commencé à faire des dégâts. Les authentiques nomades hésitaient entre la traditionnelle hospitalité kirghize et la rentable débauche de services payants. « Lunch? Dinner? Tea? Кымыз? Yurtstay? ». Je suis donc resté tout seul dans mon coin comme un autiste à courir après les oiseaux.

Une jeune bergeronnette citrine (désolé Aurélie les parents sont impossibles à approcher...).


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Jeanneton.

8 août

Ce qui ne devait être qu’un volontariat de la dernière chance sans grandes prétentions fut au final l’une des expériences les plus passionantes de ma courte existence. Ulan est un biologiste kirghize qui travaille dans la réserve de Naryn. J’avais fini par le rencontrer après maints périples et déboires et il m’a offert de l’aider lors de sa prochaine mission sur le terrain. Bien que celle-ci ne présentait rien de palpitant je me suis dit que je ne devais pas rater une occasion de travailler avec des kirghizes. Je l’ai donc rejoins dans son bureau de Naryn et, accompagnés par son jeune collègue Erlan ainsi que son patron Tourssoun (Турсун), nous nous sommes dirigés vers Irii-Suu, perdu à l’une des entrées de la réserve.

Le cadre promettait déjà beaucoup.

Irii-Suu consiste en trois yourtes et trois cabanons qui servent de gîtes au personnel de la réserve. Pour ma part je campais à côté de la rivière. Bien entendu pas de réseau, pas d’eau courante, un générateur qui avait du mal à faire tourner les trois ampoules du campement en même temps et pas de Playstation… Nous venions prêter main forte à une équipe de six rangers. La mission paraissait, au premier abord, assez simple:

Faucher.

Le campement se trouvait au milieu d’une grande jachère que l’équipe de la réserve voulait transformer en bottes de foin. Tondre la pelouse ça n’a pas l’air bien compliqué dit comme ça. Mais quand on a uniquement à sa disposition des faux et des fourches c’est tout de suite beaucoup plus complexe… Enfin, complexe pour moi. Alors que mon sillage ressemblait à celui qu’aurait laissé derrière elle une balle d’Ulak-Tartysh, mes collègues kirghizes laissaient après leur passage un gazon à vous rendre jaloux un troupeau de chèvres. Manier la faux c’est très technique et très fatiguant. Deux jours après avoir été fauché, le foin est assez sec pour qu’on commence à le rassembler en bottes. À grands coups de fourches c’est fatiguant mais pas très compliqué. Et puis il y a des distractions. Lorsqu’on soulève le foin on surprend souvent des mulots qui partent dans tous les sens. Erlan s’amusait à tenter de les transpercer à coups de fourche et ceux qui lui échappaient se faisaient dévorer par les milans qui nous survolaient tout l’après-midi.

Pique-assiette.

Le travail ne composait toutefois qu’une infime portion de la journée et d’autres activités faisaient partie intégrante de notre quotidien. J’ai notamment pu découvrir les pauses cafés kirghizes. En un sens semblables aux pauses des vendangeurs chez les Péchards leurs fréquences et leur durée sont cependant beaucoup plus importantes.

La recette est également sensiblement différente...

Ça picole sec dans les champs et en tant qu’invité d’honneur je bois pour douze… Les seuls à baragouiner un peu d’anglais étaient Ulan et Erlan. Quoique leur maitrise de la langue de Shakespeare laissait fortement à désirer… Et puis après à peine une journée comme traducteur, Ulan en a eu marre et a décidé de se mettre à me parler en kirghize… Le russe n’étant pas non plus vraiment pratiqué, il a donc fallu que j’apprenne quelque rudiment de la langue nationale. Globalement j’ai retenu le nécessaire pour picoler, insulter les copains et draguer les filles.

Ma méthode de révision les faisait bien marrer.

Un matin nous avons été exemptés de fauche. Une tâche plus importante nous attendait. Une yourte toute neuve devait être montée pour loger d’éventuels invités de marque. Une yourte ce n’est pas vraiment la tente 2 » de Decathlon… Il faudra plus d’une heure et plus d’une dizaine de kirghizes pour en venir à bout. Ce qui est vraiment impressionnant c’est la coordination dont ils font preuve.

Surtout sans notice Ikea.

Pendant qu’on montait la yourte le frère d’un ranger célébrait son mariage en se promenant un peu partout avec sa femme à son bras. Je ne sais plus dans quel ordre on a bu les vodkas célébrant le mariage, la yourte, ma présence, celle de Betken, ou de Ruslan, l’anniversaire du gamin du frère de la femme d’Almaz… En tout cas cette journée devait être vraiment spéciale car un type avait ramené une de ses jeunes vaches pour l’occasion.

C'est lorsqu'ils m'ont demandé de poser avec que j'ai commencé à me douter de quelque chose...

Je vous épargne les photos d’une nouvelle mise à mort sanglante. Je pense que c’était la première fois que je mangeais de la viande qui avait été vivante si peu de temps avant. Et puis bien sûr la mort d’une vache ça s’arrose… Quand on a enfin commencé à faucher vers dix huit heure, je n’étais vraiment pas efficace…
Le lendemain on me réveille en hâte pour m’annoncer que les patrons veulent nous parler de toute urgence. Dans une des yourtes de base les visages sont graves et la discussion à l’air sérieuse. Je comprend juste que nous n’allons pas faucher tout de suite… Sans me donner d’explications on m’indique que je dois aider à démonter la yourte installée la veille. Une fois désossée, un ranger réoriente le tunduk, la pièce de bois centrale, au sommet de l’habitation. Tournée vers la direction désirée on peut alors se mettre à remonter la yourte…

On ne plaisante pas avec le symbole du Kirghizstan.

Forcément nous devions trinquer après ça. Et c’est pendant la pause que le propriétaire d’une des autres yourtes s’est dit que puisqu’on y était… Après avoir démonté et remonté sa yourte à dix centimètres de son emplacement d’origine, je me suis demandé si il n’avait pas prétexté tout ça pour offrir une raison à une nouvelle célébration alcoolisée… Le pire était que la vodka représentait la seule alternative possible au кымыз et à l’eau de la rivière. Dans laquelle nous nous baignions, lavions la vaisselle, le linge et les tripes de vache, et où les chevaux urinaient et déféquaient…
Voilà pour le quotidien mais vous devez vous demander en quoi faucher des jachères au Kirghizstan peut m’aider dans ma mission qui, je vous le rappelle, consiste à sauver le monde?

Mais oui au fait?

Le Kirghizstan n’abrite presque plus aucun cerf. Selon Ulan cela est dû à la chasse excessive à laquelle s’adonnaient les soviétiques. Je pense que la déforestation y est aussi fortement pour quelque chose. Les derniers cerfs du Kirghizstan, au nombre approximatif de quatre cent, vivent soit disant tous dans la réserve de Naryn. Pour booster cette population sauvage, le gouvernement a créé une nurserie pour cerfs à Irii-Suu. Chaque année, les rangers prélèvent des faons dans la réserve et les élèvent à l’abri des prédateurs. La nurserie abrite actuellement une vingtaine d’animaux et les kirghizes espèrent qu’ils donneront naissance à une population qui pourra être relâchée dans les autres parcs nationaux et réserves du pays. L’absence de cerfs pose un problème écologique majeur au Kirghizstan. Privés d’une proie conséquente, les loups sont accusés de s’être rabattus voracement sur le bétail. Selon Ulan, le nombre de loups dans le pays continu d’augmenter et chaque année une centaine de moutons, vaches, chèvres et chevaux sont tués par ces prédateurs dans la seule région de Naryn. Le salaire moyen d’un kirghize atteint difficilement soixante dollars par mois et est essentiellement issu de l’élevage. Le loup est par conséquent considéré comme un nuisible. Mes collègues touchaient une prime de l’état pouvant atteindre trois mille som (cinquante euros) par loup abattu. Ajouté au prix de vente d’une peau ça représente un revenu très intéressant dans ce pays. Avant de porter un jugement j’aurais aimé pouvoir vous décrire la tête de mes collègues quand je leur ai annoncé qu’il ne restait qu’une vingtaine d’ours dans TOUTE la France.
Le foin que nous récoltons servira à nourrir les cerfs cet hiver. Cerfs qui, si ils redeviennent communs un jour, seront à nouveau les proies privilégiées des loups. Ce qui devrait avoir pour effet de réduire le nombre d’attaques sur des troupeaux. D’une certaine manière on peut penser que chaque coup de faux rapproche un peu plus les loups kirghizes de la sécurité.

On se rassure comme on peut.

Trêve de conneries. Ce n’est pas l’éventuel contribution au salut de notre planète qui m’aura apporté le plus d’émotions. Vivre au milieu des kirghizes fut une expérience extraordinaire. Le bonheur, très communicatif, dégoulinait du feutre qui couvrait les yourtes. À ce bonheur s’ajoutait malheureusement la frustration d’être en permanence et à jamais l’étranger dans cette communauté. Être l’hôte des kirghizes est agréable par bien des aspects mais peut devenir rapidement désespérant. Malgré l’insistance de tous je me devais de partir avant que les fossés culturels, parfois dérangeants, n’obscurcissent l’éclatant sentiment de bien être que j’ai associé à ce séjour. J’ai découvert un endroit où le bonheur peut presque se toucher (et certainement se boire) mais il n’était pas complètement pour moi. Le mien je continue à le trouver dans la vadrouille. Lorsque j’ai quitté ce havre perdu mon sac m’a étrangement paru beaucoup plus lourd. Arrivé à Naryn, la première porte me donnant accès aux informations venant du reste du monde, c’est mon cœur qui s’est subitement alourdit.
Contre cela il n’existe qu’une seule solution et je me suis rué à Bichkek pour passer voir les copains. Je me suis ensuite offert un week-end dans le magnifique parc national Ala-Archa.

Tadaaaaam!

La randonnée dans laquelle je me suis engagé montait brusquement jusqu’à environ trois mille mètres. Cette altitude marque la limite au delà de laquelle aucun arbre ni arbuste ne pousse plus. Je longeais ensuite cette lisière jusqu’à une magnifique cascade. Les derniers arbres de la montée. Après ça, une ascension fatigante dans la caillasse m’amena au pied du majestueux glacier Ak-Say, à trois mille trois cent soixante dix mètres d’altitude. C’est ici, en compagnie d’un bon nombre d’alpinistes russes, que je décidais de camper. Le manque d’oxygène à cet altitude peut rendre le sommeil difficile, mais ce n’était pas ce qui m’inquiétait le plus. Non, ce qui m’effrayait terriblement c’était de dormir à proximité d’une colonie d’animaux terrifiants. Une multitude de petites créatures aux regards vicieux qui passaient leurs journées à ramener des grosses bouchées d’herbes vers leurs terriers. Dans le but, j’en suis certain, de pouvoir mieux assaisonner leurs victimes. Ces ignobles êtres semblant issus tout droit de nos pires cauchemars ont un nom:

Les pikas!

Après une nuit à trembler, plus de peur que de froid, je fus surpris d’être encore là pour voir le soleil se lever. Je me remis en route prestement et me dirigea vers de plus hautes altitudes. Le spectacle qui m’attendait est au dessus de toute description possible. Pour une raison inconnue, ce jour là, personnes à part moi n’entrepris de se promener dans la vallée glaciaire que je choisis. À part quelques mousses et des lichens rien ne poussait. Seul le faible cri de quelques accenteurs signalait une vie animale. Le calme n’était rompu que par le bruit de l’écoulement de l’eau sous les gravats, les bourrasques de vents ou le bruit d’un éboulement lorsque le dégel décrochait un gros rocher des glaciers environnants. Je décida d’accéder au sommet de l’un des pics avoisinants. Malheureusement le chemin s’arrêtait à quelques dizaines de mètres du col le plus bas, couvert d’un glacier d’où des cailloux, beaucoup trop gros à mon goût, se délivraient, beaucoup trop souvent à mon goût. Je sais juste qu’aucun col dans cette vallée ne se situe à moins de quatre mille mètres d’altitude.

Et ce n'est déjà pas si mal!

 

 

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Rock’n’roll in Karakol.

31 juillet

Après mon petit aperçu de ce à quoi doit ressembler l’Ouzbékistan je me suis dirigé vers le site touristique le moins visité du pays. Alors ce n’est pas Vulcania non plus. Si les touristes n’y vont pas ce n’est pas parce que c’est tout pourri. Non c’est surtout que ce site n’est accessible que trois mois dans l’année. Après une longue, difficile, exténuante et magnifique randonnée au cours de laquelle on traverse des rivières et un glacier on arrive à proximité d’un col à plus de trois mille mètres d’altitude.

Ça se mérite...

Partant des crêtes couvertes de névés, des coulées de pierres rejoignent le fond de la vallée. Un nombre invraisemblable de ces pierres est recouvert de pétroglyphes parfois vieux de quatre mille ans. Le site s’appelle Sailmaluu Tash. Pour des raisons inconnues des générations et des générations d’artistes sont venus graver des gribouillis sur les cailloux de cette prairie.

On dirait les tables des salles de physique au lycée.

Outre la quantité, ce qui est vraiment intéressant à cet endroit, c’est la diversité des dessins. Depuis l’âge du bronze, aryens (rien à voir avec les nazis), scythes (rien à voir avec Star Wars) ou encore turcs ont exprimé leurs styles sur ces rochers. On trouve également tout type de thèmes et de sujets. Le bouquetin remporte aisément la palme de la représentation la plus courante. Mais on observe également cerfs, loups, léopards des neiges, scènes de chasse, de combats, de rites chamaniques et bien entendu de cul.

Le Kâmasûtra kirghize.

Contrairement aux pétroglyphes de Cholpon -Ata, ceux de Sailmaluu Tash n’ont pas été recouvert d’une substance destructrice par de zélés protecteurs. Malheureusement une autre menace pèse sur eux et une quantité effarantes de graffitis débiles rappelle que des idiots tels « УЛАН » ou « АЛМАЗ » ont trouvé intéressant de signaler à tout le monde qu’ils sont venus détériorer ce site en « 94 » ou « 2003 »…
Au lendemain de cette visite j’ai vécu la pire journée de mon voyage. Au réveil ma logeuse, une peau de vache semblant se nourrir de pognon pur, tente de m’extorquer le maximum de sous, allant jusqu’à essayer de me faire payer mes douches. Douches consistant en un saut d’eau sur la tête… Après ça je m’engueule pendant une bonne demi-heure avec un chauffeur de taxi qui veut me faire payer le double du prix que paye les passagers kirghizes. Un prix déjà exorbitant. La superbe route ponctuée de percnoptères m’offrira un court répit. À une petite demi-heure de notre destination un chauffard percute violemment l’arrière de mon véhicule.

Plus de peur que de mal.

Alors que les deux conducteurs ne sont pas loin d’en venir aux mains, un automobiliste propose d’emmener les autres passagers et moi même jusqu’au terme de notre voyage. À l’arrivée il trouve amusant de nous demander un pour boire d’une valeur égale au trajet que nous avions fait en taxi. Vu la réaction de mes comparses, ce farceur doit encore être surpris d’être toujours en vie… J’étais donc arrivé à Naryn (Нарын). Une ville qui ferait passer Orléans pour une cité de rêve. Les chauffeurs de taxi agressifs vous harcèlent tels des taons torturent un cheval. Des types vous suivent sans un bruit dans la rue en s’imaginant qu’à tout moment vous pourriez vous mettre à péter des dollars. Après avoir payé une chambre miteuse sans douche au prix d’un lit douillet chez des ouzbeks sympa à Arslanbob j’ai pris une décision évidente: j’allais me réfugier à Karakol.
Décision d’autant plus logique que s’y tenait aujourd’hui le festival national de jeux équestres.

Wouhou des chevaux!

Toutefois ce qui n’était pas précisé dans l’annonce, c’est que seuls les touristes y étaient conviés…
Avant d’aller plus loin j’ai un petit message à faire passer. Enfants et âmes sensibles fermez les yeux.
Étant donné le nombre effrayant de pucelles hystériques qui tapent « J’adore les chevals c’est génial!!! LOL » sur Google il y en a forcément qui vont atterrir sur ce blog. Le fait est qu’une multitude de ces têtes pleines d’eau (de кымыз?) sont persuadées que les peuples nomades sont particulièrement en avance sur les occidentaux car ils ont donné au cheval une place centrale dans leur culture. Si vous allez faire un tour sur http://www.jaimeleschevals.skyblog.con ça ne m’étonnerais absolument pas que vous trouviez la photo d’un kirghize sur son canasson. Enfin si vos yeux ne s’abiment pas trop à la vue des « Jaim tro lé chevals! Moa je voudré ke tou les hommes 2 la taire se soa des chevals!!! MDR!!! » en lettres roses sur fond vert pomme… Je me sens obligé de passer par ces précisions car je suis personnellement déjà tombé sur quelques uns de ces êtres au cerveau aussi vide que l’œil d’un équidé, venus assister à un festival équestre en espérant voir des gens tout nus chevaucher des poneys sauvages faisant caca des arc-en-ciels sur la steppe… Et la pitié m’incite à mettre en garde ceux (celles) qui auraient les mêmes ambitions.

Les jeux équestres kirghizes sont nettement plus violents que le horse ball...

Oui! Je suis d’accord sur un point! Les peuples d’Asie centrale ont une avance par rapport aux occidentaux concernant le rapport au cheval. Ils ont su lui donner les trois places qui lui reviennent de droit sans aucune hésitations: devant leurs charrettes, sous leurs popotins et bien entendu dans leurs assiettes. Et oui! Comme je l’ai si bien entendu de la bouche même d’un kirghize: « Un cheval c’est juste une vache sur laquelle on peut monter. ». Et ça se voit de manière assez évidente dans tout le pays. Les chevaux sont clairement traités de la même manière que le reste du bétail. Ceux trop casse pieds ont les pattes avant menottés pour restreindre leurs mouvements. Les poulains sont attachés en ligne ou parqués dans des cages pour éviter que les juments ne s’éloignent. Et les cavaliers kirghizes sont très loin de murmurer à l’oreille de leurs montures…

Maréchal ferrant à l'ancienne.

N’allez pas non plus vous imaginer que, parcequ’ils en mangent au petit déjeuner, les kirghizes ne respectent pas leurs chevaux. Allez coller une beigne au bœuf d’un rancher texan et vous allez voir si il ne les aime pas ses bovins. Mais voilà je tenais à vous prévenir qu’un kirghize ne respectera jamais plus son cheval qu’en en reprenant une tranche et se sépare rarement de sa cravache.
Revenons en au festival. Venant s’ajouter à la déception de la plupart des invités en réalisant que ce festival n’était pas du tout authentique, nous avons du subir un spectacle musicale traditionnel ridicule ainsi que la démonstration d’un fauconnier local qui lâcha son aigle sur un lièvre drogué… Les choses ont tout de même finies par s’arranger. Lorsque les cavaliers kirghizes sont arrivés les démonstrations de jeux équestres ont pu commencer avec une partie de Ulak-Tartysh. Pour jouer à ce jeu il vous faut deux équipes de cavaliers et

une balle...

Venant des descendants de Genghis Khan, vous ne vous attendiez pas à une partie de polo si? Les règles de ce jeu sont assez simple. Imaginez vous une partie de rugby à cheval avec une chèvre décapitée comme ballon et vous ne serez vraiment pas loin du résultat. Chaque équipe doit tenter de déposer la carcasse sur une cible pour marquer un point. Résultat ça se rentre joyeusement dans le lard pour se saisir du bout de bidoche. Traditionnellement l’équipe gagnante offre la carcasse à une famille de son choix. Mais dans le cas d’une démonstration spéciale touristes le ballon a été laissé au gamins qui ont joués avec tout l’après-midi. À la fin de la journée rien ne rappelait qu’il fut à un moment une biquette…

C'est beau de jouer comme ça avec la nourriture.

Nous avons également eu droit à une démonstration de Tyiyn Enmei où de jeunes cavaliers tente d’attraper une pièce de monnaie posée au sol alors qu’ils sont lancés au galop, ainsi que des confrontations de Oodarysh,

.

de la lutte à cheval.

Le jeu du Kyz-Kuumai est traditionnellement pratiqué lors des mariages. Le prétendant tente de rattraper sa promise pour lui soutirer un baiser. Pour le coup ça pourrait être un jeu mignon si le but du jeu pour la demoiselle n’était pas de se débarrasser de son poursuivant par tous les moyens possibles, y comprit la cravache.

Mais de l'avis de tous notre participante était une fille facile.

Bref malgré l’aspect piège à touriste ce fut un agréable moment. Et pour finir l’article sur une note plus légère, je dédicace la bestiole de la fin à Florinne qui doit être en train de pleurer la mise à mort brutale d’une biquette.

Des bébés mésanges à nuque rousse!


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De l’autre côté du miroir.

25 juillet

 

Pessimiste sur mes possibilités de volontariat, j’ai décidé de reprendre une activité bien plus fructueuse, la vadrouille. J’ai donc entrepris de franchir le massif Alatau kirghize et de découvrir la partie Sud du pays, la vallée de Fergana.

Avant d’aller plus loin, j’aimerais vous apporter quelques précisions concernant le Kirghizstan. Vous savez tous que je considère que notre planète a autant besoin de frontières qu’un militaire a besoin de neurones. Et bien les frontières des ex-pays d’Union Soviétique d’Asie centrale sont parmi les pires qu’un cerveau militaire ait réussi à pondre. Joseph Staline et ses potes ont très bien appliqué le célèbre adage qui dit « diviser pour mieux régner ». Si on regarde la carte actuelle du Kirghizstan on remarque que le pays est divisé en deux parties, au Sud et au Nord de la chaîne de l’Alatau. Les cols les plus bas permettant de franchir ce massif se situant à trois mille mètres d’altitude. En gros ça veut dire qu’entre octobre et mai il est quasi impossible de passer du Nord au Sud  du pays par la route pour cause de neige… Oh bien sûr on pourrait contourner le massif par l’Ouest mais ça oblige à passer par l’Ouzbékistan, avec qui les relations sont plutôt tendues. Et pour cause! En juin dernier des masses de kirghizes sont descendues dans les rues de Osh (Ош), la plus grande ville du Sud du pays, pour casser de l’ouzbek. Environ deux cents personnes, majoritairement des femmes, des enfants et des vieillards, ont été sauvagement mis à mort. Deux cent mille ont dû fuir les terres où ils avaient grandi.

Une catastrophe (et malheureusement pas la première) essentiellement causée par la décision arbitraire et injustifiable de déclarer les terres de cette partie de notre planète comme appartenant aux kirghizes. D’autant plus injustifiable qu’une grande proportion des habitants de cette région sont d’origine ouzbek… Mais les frontières les plus abberantes sont certainement les trois enclaves que l’on trouve au milieu de la vallée de Fergana kirghize. L’une appartenant au Tadjikistan et les deux autres à l’Ouzbékistan. D’ailleurs l’une des deux enclaves ouzbeks n’est peuplée que de tadjiks…

Voilà donc pour le rapide tableau de ce qui m’attend de l’autre côté de l’Alatau. Mais tout n’est pas noir non plus.

Loin de là.

Passés les verts cols et jailoos d’altitude voilà que se dévoile devant nos yeux un paysage beaucoup plus proche de l’idée que l’on se fait habituellement de l’Asie centrale. Rien ne trouble les mélanges de rouges et de jaunes si ce n’est le turquoise des lacs qui comblent les canyons. Le terrain a un aspect terrible, désolé, la chaleur est écrasante. Quelques arbres morts arborent des loriots tels des fruits bien mûrs. Les lignes électriques sont pointillées de rolliers, guêpiers, crécerelles et gobemouches. Les marshrutkas négocient des virages serrés au milieu des falaises en zigzaguant entre les gros camions Камаз qui se trainent.

Le salaire de la peur.

D’ailleurs puisqu’on en parle je commence à être assez fier de moi concernant les transports. J’arrive à batailler sévèrement pour obtenir une ristourne de quatre cent som sur mon taxi! Bon je me fais toujours enfler de deux cent som par rapport aux passagers kirghizes mais c’est déjà ça de gagné. Là où ça se complique c’est pour la communication. Non seulement dans cette région il n’y a toujours pas d’anglophones mais le russe n’y est pas non plus fréquent. Et avec une bonne population d’ouzbeks même le kirghize n’est pas sur toutes les langues. Toutefois je commence à être un peu plus loquace durant les longues heures de trajet et j’arrive à placer des répliques telles que:

– « Non je ne suis pas marié mais ça n’a rien à voir! Bien sûr qu’elle est jolie ta fille mais je ne l’épouserais pas! Non pas même pour vingt mille som… Quoi un mouton?  »

– « Ah ah ah! T’as raison quels cons ces ouzbeks! Ah bon? Remarquez, votre père, on dit pas. Il y en a des instruits. »

–  » Non c’est pas ça! J’adorerais vraiment rester prendre le thé avec toi mais en France on le prend plus vers dix heure du soir, pas dix heure du matin…  »

Bref on délire bien.

Mon chemin m’a d’abord amené au village d’Arkit (Аркыт). Une bourgade de hippies où tout le monde à le sourire, les mômes jouent dans la rue et les habitants se baignent à poil dans la rivière.

Pas que les habitants d'ailleurs.

Arkit est un village particulier car il se situe dans la réserve de Sary-Chelek (Сары-Челек), réserve de la biosphère, Unesco’s Western Tian Shan Biodiversity project et tout le tintouin. Et encore une fois personne n’a l’air d’en avoir quoi que ce soit à secouer. Quoique ça leur donne une raison pour faire payer l’accès aux touristes… Bien qu’Arkit soit déjà une destination justifiable en soi, je suis surtout venu pour le lac au cœur du parc. Tout le monde me l’avait décrit comme un joyau du Kirghizstan. Cependant il n’est pas très visité car pénible d’accès. Mais une fois la quête achevée je n’ai vraiment pas été déçu.

Comment appelle-t-on le bout du bout du monde?

Enfin bout du monde il faut le dire vite. Les kirghizes n’ont pas l’air d’avoir autant de difficultés que les étrangers pour s’y rendre. Des dizaines de kirghizes y étaient rassemblés en famille ou entre amis  avec des victuailles en conséquence. Après m’avoir jeté à l’eau ils se sont littéralement chamaillés pour le privilège de m’inviter à prendre le thé. Comme après la plupart de mes balades dans ce pays je suis rentré rond comme une queue de pelle…

Merci les gars.

Après avoir décuvé dans la rivière j’ai repris ma route en direction du village d’Arslanbob (Арсланбоб). Certainement le village le plus charmant depuis mon départ. À flanc de montagne, ses ruelles tortueuses et ombragées, ses maisons et murets imbriqués pêle-mêle, additionnés à la chaleur et au chant des cigales, lui confère un aspect méditerranéen. Il faudrait toutefois remplacer la vodka par du pastis et faire taire les muezzins. La curiosité du village c’est l’énorme forêt de noyers qui l’entoure. La plus grande de la planète, s’étalant sur soixante mille hectares.

La mer de noyers. (Qui est ce que j'entends soupirer?)

Les noyers sont originaires d’Asie centrale. Cependant certaines personnes discutent l’origine de ceux qui poussent à Arslanbob. À priori il paraît peu probable que les noyers aient colonisé la vallée sans l’aide de l’Homme. J’ai même entendu dire que les noix plantées à l’origine proviendrait de Malaisie… Plus intéressant encore! Les noyers d’Europe seraient tous originaires de noix ramenées d’Arslanbob par les grecs, peut-être par Alexandre le Grand lui même!

Mais c’est en allant se perdre toute la journée dans cette magnifique forêt qu’on se rend compte que tout cela n’a de toutes manières aucune importance…

Je ne me suis pas laissé beaucoup de choix pour la bestiole de l’article. Si je ne précise pas de quelle espèce de gobemouche je parlais plus haut, Cécile va m’en vouloir.

Déçue?

Le seul gobemouche présent dans le pays est le gobemouche gris. Par contre il y en a des wagons comme dirait Simon!

 

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Le poinçonneur d’épicéas.

18 juillet

Que vous dire de l’anniversaire de Raphaëlle et Zula? Encore une soirée formidable en compagnie de ces gens fantastiques que j’ai eu la chance de rencontrer ici. Tout les ingrédients d’une soirée mémorable étaient réunis:

Le feu sur la plage.


Le joueur de komuz.


Et l'indispensable pastèque...


Après ça je me suis préparé à ma première mission scientifique kirghize. Je vous préviens tout de suite, malgré tous mes efforts je ne poserai pas de colliers émetteurs sur des loups ni même de bagues sur le moindre moineau… Almaz est un chercheur de l’université agronome de Bichkek. Il est l’un des rares scientifiques kirghize que je connaisse à parler un anglais parfait. Il fut par conséquent un de mes premiers contact crédible mais ayant un emploi du temps extraordinairement chargé il aura fallu un mois pour qu’il me présente à Michal. Michal est un étudiant polonais en dendrochronologie et la première (seule?) personne que j’aiderai dans ses recherche au Kirghizstan.

Ça sent le sapin...

Juste pour le cas où je n’aurai pas déjà perdu tous mes lecteurs je vais vous expliquer en quoi consiste la dendrochronologie. Michall cherche à reconstituer le climat kirghize de ces deux cents dernières années. Pour ce faire le meilleur moyen est de demander à ceux qui ont deux cents ans. Le problème c’est qu’ils ne courent pas les rues. Par contre certains stationnent en forêt depuis leur naissance. Je veux bien sûr parler de Picea schrenkiana, l’épicéa de Schrenk, originaire du Tian Shan. Il y a encore quelqu’un qui lit où je peux m’arrêter tout de suite?

Dans le doute je continue… Michal parcourt donc les forêts du pays pour interviewer leurs plus anciens habitants. Le problème c’est qu’ils ne sont pas super bavard. Il a donc fallu trouver un moyen de leur tirer les vers du nez. Ou plutôt les carottes du tronc. Je m’explique. Tout le monde sait que lorsqu’on coupe le tronc d’un arbre on peut observer tout une série de cercles allant du centre de l’arbre vers l’écorce. Chaque cercle correspondant à une année dans la vie de l’arbre. Or l’écartement entre ces cercles permet de déterminer si le climat d’une année a été profitable à l’arbre ou non. Forcément on ne va pas s’amuser à abattre tout les sapins bicentenaires du pays au nom de la dendrochronologie. Il nous fallait une autre solution. Solution emprunté à d’autres scientifiques passionnés par le passé de notre planète. L’histoire de la Terre à tendance à s’empiler en couches que l’on peut lire assez facilement à condition de pouvoir se procurer un échantillon assez clair de cet empilement. Cet échantillon est appelé une carotte. Les plus connues sont les carottes de sol ou de glace. Une grande foreuse vous prélève un échantillon de votre terrain sur lequel l’empilement des substrats se lit aussi aisément que sur une frise. Une énorme foreuse nous serait aussi utile qu’une tronçonneuse dans le cas qui nous intéresse alors nous nous servons d’un outil plus petit.

Pour le mode d'emploi référez vous à votre tire-bouchon.

Le meilleur moyen de vous expliquer la procédure à suivre et de vous narrer le déroulement de ma semaine. Nous sommes donc partis avec Michal et son collègue Kanat, étudiant kirghize en dendrochronologie, en direction de la ville de Naryn (Нарын) perchée à deux mille mètres d’altitude. « Perchée » n’est peut-être pas le terme adéquat car à deux mille mètres au cœur du Kirghizstan, on reste à l’ombre des sommets qui atteignent souvent au moins trois mille mètres. Une fois sur place je découvre qu’une grande partie du travail de terrain se passe dans des bureaux. Il nous faudra une demi journée pour trouver la personne qui nous indiquera les arbres que nous sommes autorisés à perforer. Si nous demandons l’autorisation c’est parce que nos victimes se trouvent dans une réserve naturelle. L’intérêt des arbres c’est que l’on a pas besoin de se lever aux aurores pour les trouver, ils ne bougeront pas. Le problème c’est que si l’on reste assis sur une chaise toute la journée ils ne tomberont pas dans nos filets. Il faut aller les chercher. Nous avions besoins d’une quarantaine d’échantillons à deux mille trois cents mètres d’altitude et quatre-vingt à trois mille mètres…

J'aurais pu m'initier à la dendrochronologie sur des palmiers...

Une fois qu’on trouve notre arbre on se met au travail qui devient vite (comme le démaillage) une petite routine. On plante notre tire-carotte dans un bon gros arbre. Une fois bien enfoncé on glisse l’extracteur dans la mèche. Puis après deux trois petits tours de manivelle on retire de l’arbre une belle carotte.

Pas sûr qu'elle rende bien aimable...

Parfois le cœur de l’arbre est pourri et la carotte illisible. Dans ces moments là nous sommes autorisés à lâcher un bon « Kurwa! ». Mais si tout se passe bien on tapote l’arbre gentiment, on place notre échantillon dans une boite de prélèvements et on passe au suivant. Michal me fait bien marrer, il parle à ses arbres comme Ciloo à ses oiseaux. Il grimace au moindre grincement du sapin et lui adresse quelques mots gentils en polonais avant de le quitter. Il prélève également des échantillons de sève pour en extraire l’ADN.

Tout de suite un peu plus bourrin qu'avec des miros...

Après avoir troué plus d’une centaine d’arbres nous nous sommes dirigés vers Karakol. Le paysage sur cette route que je commençais à bien connaître avait brusquement changé. Le semi-désert dont la couleur habituelle variait du jaune-ocre à l’ocre-jaune est désormais parsemé des taches lilas que lui apporte la floraison d’une espèce de lavande. Une bonne odeur de toilette propre embaumait la voiture.

Arrivés à Karakol les évènements allaient prendre une tournure tout-à-fait imprévisible. Puisque personne ne veut me laisser aider à la conservation des espèces kirghizes j’allais passer de l’autre bord. Hébergés par de vagues parents de Kanat voilà qu’à vingt-deux heures l’un d’entre eux nous propose de l’accompagner pour une session de pêche au lac Issyk-Kul. Je me dois de vous rappeler que le lac est une réserve de la biosphère et qu’il est interdit d’y pêcher. Un peu perplexe quand au sens exact de cette proposition, nous acceptons.

La seule lumière qui nous entoure est la clarté blafarde de la pleine lune. La menace que représentent d’hypothétiques gardiens de la réserve interdit l’utilisation de lampes. Dans un silence religieux une embarcation directement sortie du livre Copains des bois, tout en chambres à air et planches de bois, se glisse sans un bruit sur la surface brillante du lac. Elle traine dans son sillage un long filet de pêche. Décrivant un arc de cercle depuis la plage, le frêle esquif dépose son extrémité du piège à quelque mètre de son point de départ. Une fois l’équipage sur la terre ferme, l’excitation prend largement le pas sur la précaution. Une dizaine d’hommes de chaque côté du filet crient, rigolent et tirent de toutes leurs forces les cordes qui arriment le piège. Mes flashs les font bien marrer. « Reportaj! Reportaj! ». L’intégralité du filet rejoint rapidement la berge. Se débattant sur le sable, une vingtaine de petits sandres sont rapidement jetés dans un sac en jute. La plupart n’excède pas les dix centimètres. Aucun ne sera rejeté à l’eau.

Rien à envier aux moines de Lachaussée.

Après ça tout le monde sort les bouteilles de vodka et se rassemble autour de l’autoradio d’une voiture. Le filet est laissé négligemment au bord du lac. Plus personne n’a vraiment l’air de se soucier d’une quelconque sanction…

Le lendemain nous nous remettons à faire des petits trous dans les arbres du Parc National de la vallée de Karakol. D’ailleurs j’ai failli oublier de vous mettre la bestiole de la fin!


Fuyez! Pauvres folles!

Les marmottes du Kirghizstan crient plus fort que dix sousliks qu’on aurait attaché par la queue (ne me demandez pas comment je sais ça) et abondent aux lisières des forêts d’altitude.

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Issyk Cool.

5 juillet

La météo assez incertaine ne me motive pas vraiment à m’offrir des randonnées de plusieurs jours. Les tempêtes de neige par trois mille mètres d’altitude ne font pas partie de mes priorités. Par conséquent pour ma petite semaine de libre je me suis concentré sur le lac Issyk-Kul et son micro-climat ensoleillé.

Pourquoi se priver?

Pour vous raconter mon périple je me dois de faire une parenthèse concernant les moyens de transport kirghizes. Personnellement j’en identifie trois principaux: les taxis, les marshrutkas et bien entendu le stop. Commençons par les taxis. Globalement les kirghizes que j’ai rencontré jusqu’ici sont plutôt honnêtes. A l’exception quasi systématique des taxis. Une arnaque qui a le dont de m’énerver est le fait qu’il presque est impossible de se renseigner sur un trajet sans que l’on vous dirige vers un taxi. « Ah non! Ça c’est un bled paumé! Il n’y a que les taxis qui y vont! » Et quand on arrive il y a bien deux trois marshrutkas sur le parking… Et puis il y a le prix. Un aller en taxi me coute trois cent som alors que le retour en marshrutkas m’en coûte quarante… Alors bien sûr on parle de passer de cinq euros à cinquante centimes. Pour cent bornes ça reste pas grand chose. Mais dans un pays ou le litre cinq de наше пиво s’achète à moins d’un euro ça compte! Reste un système intelligent qu’ont mis en place les taxis kirghizes. Pour réduire les frais on peut décider de partager la voiture. Concrètement ça veut dire qu’on attend que trois autres personnes veuillent se rendre au même endroit et on se cotise. Ça se rempli et roule plus vite qu’une marshrutka. Mais qu’est ce donc qu’une marshrutka?

Des hippies?

Les marshrutkas sont des mini bus qui parcourent des trajets prédéfinis à travers le pays. C’est beaucoup moins classe qu’un jeepney philippin mais l’ambiance y est sympa. On rigole, on s’engueule, on prend le thé… Et puis bien sûr comme je suis souvent le seul étranger tout le monde me pose plein de questions en kirghize. Les marshrutkas sont honteusement peu chères mais malheureusement on n’en trouve pas partout.

Pour les endroits perdus il reste le stop. Le stop marche plutôt bien mais on distingue deux cas de figures. Le type fauché ne parlant que kirghize dans une lada défoncée qui va vous demander un quart d’euro pour ses frais et  vous déposer dans un endroit inconnu et très éloigné de votre premier objectif. Ou bien le russe plus aisé en mercedes qui sera tellement content de pouvoir lâcher les trois mots qu’il connait en anglais qu’il fera même un détour pour vous emmener à votre destination. Résultat je bouleverse mes habitudes et tend la main aux voitures neuves plutôt qu’aux charrettes. Ces deux cas de figures ont toutefois une chose en commun, évitez de descendre au même endroit que votre chauffeur où vous êtes bon pour prendre le thé…

Piégé!

Venons en à mon tour du lac. Ma première escale a été le village de Cholpon-Ata (Чолпон Ата), La station balnéaire kirghize. Mais je n’étais pas venu pour mon teint. Le village se trouve à proximité d’un champ de pétroglyphes dont certains dateraient de mille cinq cent ans avant Jean-Christophe. Malheureusement le produit qui a été déposé dessus pour les protéger se révèle leur être néfaste et il n’y a déjà plus grand chose à voir.

Ironique non?

Ayant déjà usé mes souliers à Chong Ak-Suu et la météo ne permettant pas de profiter des trecks partant de Karakol je suis allé planté ma tente à l’entrée du canyon Jeti-Öghüz. Les buses féroces traquaient les perdrix choukar qui couraient entre les orchidées au pied d’impressionnantes falaises ocre rouge. Les orages à répétition m’empêchaient toute randonnée mais ce que j’avais devant ma porte suffisait à me bruler les yeux…

Paravent kirghize.

Je me suis ensuite attaqué à la rive Sud du lac. Une région bien plus sauvage que la rive Nord et constellée de petits villages dans lesquels même le russe n’est pas une langue bien maitrisée. Forcément je n’ai pas arrêté de m’y perdre. Lorsqu’on s’éloigne des eaux turquoises translucides d’Issyk-Kul vers le Sud on traverse tout d’abord une espèce de désert vallonné sillonné par des petites rivières venant des montagnes. Le vert éclatant qui les borde sur quelques dizaines de mètres contraste fortement avec l’immensité jaunâtre de la garrigue. En direction des montagnes l’herbe commence  à se faire plus présente au fur et à mesure que la terre rougit et rapidement les prairies nous dirigent vers les forêts de conifères. Ces forêts sont écrasées par l’imposante mer de sommets enneigés qui les dominent et se perd vers l’horizon. Au milieu de tout ça se trouve la magnifique vallée de Juuku…

Je ne sais absolument pas ce que je foutais là...

Puis j’ai atterri au village de Barskoön (Барскоон) où je me suis réfugié dans une yourte à l’arrière d’une auberge. Cet arrêt complètement aléatoire a été le plus intense. Un couple de suisse m’y ont offert de les accompagner dans leur promenade de vingt cinq jours dans les vallées des Monts célestes du Tian Shan (Тянь Шань). Il m’a été très dur de refuser d’autant plus que leur trajet incluait la réserve très protégée de Sarychat où je rêve de me rendre. D’ailleurs dans le sillage de leurs préparatifs mes suisses m’ont entrainé avec eux dans les bureaux du personnel de la réserve. Bien entendu vous vous doutez bien que mon curriculum vitae était déjà présent en deux exemplaires dans ces bureaux et que l’un des ranger avait mon numéro de téléphone. Mais un troisième exemplaire de mon CV et mon numéro dans le portable du directeur ne peuvent pas faire de mal. Cependant je ne me fais pas trop d’illusions et le contact le plus proche que je puisse espérer avoir avec un léopard des neiges risque bien d’avoir été capable de serrer des pognes qui leurs ont posé des colliers émetteurs. Continuant nonchalamment ma route je suis allé vérifié la réputation d’une superbe cascade plus haut dans la vallée. Or au pied de cette chute d’eau se trouvait un monument en l’honneur de

Ю́рий Гагарин!

Alors que je m’apprêtais à boucler mon tour du lac je réalisais que je n’avais toujours pas plongé ne serait ce qu’un orteil dans ses eaux. Je me suis donc installé dans le village de Bokonbaevo (Боконбаево) pour remédier à cet oubli. Bataillant avec les marshrutkas, traversant un semi-désert, j’arrivais tout d’abord sur les berges du lac Kara-Köl. Un lac souvent comparé à la mer morte à cause de son très fort taux de salinité. Les enfants qui avaient la mauvaise idée de plonger leur tête sous l’eau hurlait à plein poumon les complaintes de leurs yeux brulés tandis que des plagistes tentaient de bronzer sous la croute de sel qui se formait sur leur peau. Je ne me suis pas baigné. J’ai gardé mon maillot de bain sec jusqu’aux abord du majestueux Issik-Kul. Majestueux et froid…

La bestiole de la fin spécialement dédicacée à Nahé!


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