Archive for Nouvelle-Zélande (2010)

Last days.

31 décembre

Vous l’avez peut-être remarqué mes errances depuis l’île Stewart sont un peu désordonnées. Il faut dire que l’isolement et les fêtes de fin d’année n’aident pas vraiment à planifier des pêches à l’ornithorynque. Le peu de jours qu’il me reste n’incite également pas à l’embauche. Le pire cependant est la météo du moment. Un sacré bordel si vous me permettez l’expression. Par exemple le jour de ma traversée du détroit de Cook des inondations monstrueuses ont bloqué toutes les routes de la région de Nelson. Un peu plus et on aurait eu l’occasion de finir notre barathon avec le frangin. Concernant la traversée en elle même le vent était tellement puissant que quelques albatros se sont perdus aux portes de la baie de Wellington.

On dirait qu'un gamin a perdu son cerf-volant.


Une fois la tempête passée et après de chouettes retrouvailles avec Cynthia j’ai repris ma route vers l’été. De ce côté de l’équateur l’été se trouve au Nord et au Nord de Wellington se trouve un gros volcan solitaire, Mount Taranaki aussi appelé Mount Egmont. Taranaki est un monsieur super sympa qui essayent plusieurs chapeaux de nuages allant du rose au violet en passant par le rouge ou l’orange avant d’enfiler son pyjama de brume lorsque s’allument les premières étoiles.

Fujimanjaro.


Ce volcan est le cœur d’un parc national superbe où le camping est autorisé n’importe où tant que l’on ne se trouve pas à moins de cent mètres d’un sentier. Un concept très rigolo bien que personne ne semblent vraiment vérifier l’exactitude de nos mesures. Comme d’habitude l’une des rares région plus ou moins préservée du pays abritait sa petite population notoire d’oiseaux natifs. Mais comme ils ont l’air de commencer à vous gonfler je vais vous parler d’un autre groupe d’animaux très présent dans le parc:

Les invertébrés!


Bon je ne vous en fait qu’un parce que j’ai déjà le sentiment d’avoir perdu la moitié de mes lecteurs avec la photo précédente. Je me répète surement alors je vous la fait courte. Vous savez maintenant tous que l’évolution en Nouvelle-Zélande a suivi un chemin tout particulier en l’absence de poilus. L’absence des mammifères sur Aotearoa n’est toujours pas vraiment expliquée. La seule certitude est que la Nouvelle-Zélande s’est détachée du Gondwana à l’époque où les dinosaures régnaient en maîtres sur la planète. Il est probable que les mammifères n’est tout bonnement pas encore été présents à cette époque. En plus de cela de nombreux bouleversements géologiques ou climatiques ont mis à rude épreuve les espèces locales. À l’arrivée des premiers hommes l’essentiel des animaux descendant encore directement d’ancêtres Gondwanaïens étaient les ratites, les xéniques, les sphénodons, les grenouilles et la plupart des invertébrés. L’un des genre les plus remarquable est celui des peripatus. Les scientifiques ont longtemps hésité entre le classer comme un insecte ou comme un ver. Finalement il a sa lignée à part et n’a quasiment pas évolué depuis l’ère des dinosaures. Une capacité intéressante de ce minuscule animal est celle de pouvoir projeter sur ses victimes deux aiguillons venimeux. Ces projectiles permettent au prédateur de tuer et prédigérer sa proie.

Ce qui n'est pas dit dans les livres c'est qu'il crache également sur ceux qui ont l'idée saugrenue d'aller le tripatouiller...


Après de bonnes balades j’ai tendu mon pouce un peu à l’aveuglette. Je commence à me dire que je ne fais du stop que pour le plaisir du stop… Quoi qu’il en soit ça fait bien marrer tout le monde lorsque je répond « I don’t know » à « Where do you want to go? ». Mon petit pouce et un paquet de chauffeurs sympas m’ont ainsi trimballé à travers la région de Waikato. Ce que j’aime avec l’île du Nord c’est qu’on a pas besoin de faire trois heures de route pour arriver à un endroit rigolo.
Cela dit, sorti d’une statue cultissime la ville d’Hamilton n’est pas vraiment rigolote…

It's just a jump to the left...

5 janvier

Hamilton n’ayant pas l’air d’être la destination rêvée pour un réveillon du nouvel an, j’ai poursuivi jusqu’à la péninsule du Coromandel.

Là pour le coup c'est sympa.


Avec tout les atouts d’une île tropicale paradisiaque je m’attendais à un bon feu de camp sur la plage. Malheureusement les lois ultra répressives envers la consommation d’alcool sur les lieux publiques font qu’ici aussi on est obligé de s’abreuver dans les bars. Qu’à cela ne tienne le petit pub de Coromandel Town accueillait un groupe sympa et le fait d’être le seul étranger était bien agréable. Les jours suivants je continuais mon exploration de cette superbe région. J’observais les stupides gérygones nourrir des jeunes coucous trois fois plus gros qu’eux, une cinquantaine de sarcelles de Nouvelle-Zélande barboter dans une mangrove et deux pluviers roux protégeant leur progéniture.

Encore vous?


Mon dernier trajet en stop, celui reliant Thames à Auckland, a certainement été le plus épique de mon voyage. Six gamins scouts dans un minibus revenant d’une sorte de JMJ miniature… Coincés dans les embouteillages nous sortions du véhicule pour jouer au « Ninja » entre les voitures. Lorsque le trafic reprenait on se jetait dans la camionnette. Las de s’être nourris de gâteau de riz pendant plusieurs jours mes compagnons se mirent en quête de bouffe plus appétissante. Commença alors un troc amusant. Contre des nuggets au poulet ou des chips, mes scouts offraient aux voitures qui nous dépassaient de petites bouteilles d’eau estampillées « Jesus loves you. ». Or une fois rassasiés de nourriture bien salée nous n’avions plus beaucoup de potes Jésus. Commença alors la distribution de part de gâteau de riz contre des bouteilles d’eau estampillées « Coca-Cola Company loves you. ». Pour finir mes joyeux lurons refusèrent de me laisser sortir sans auparavant prier leur Seigneur de me protéger, moi, ma famille et mes amis… J’en connais un là-haut que ça a dû bien faire marrer!

Tu feras bien rigoler ton prochain.


Pour mon anniversaire je me suis offert un petit extra touristique. Le golfe d’Hauraki est magnifique et j’ai déjà eu de bonnes occasions d’en parcourir certaines îles ou des bouts de côte. Je n’avais cependant pas encore eu l’occasion de découvrir la vie marine du golfe. Je suis donc monté à bord d’un bateau qui proposait d’observer les dauphins de la région.

Le bébé koala va prendre un coup...


Je vous épargne les innombrables oiseaux fascinant sur le chemin mais me doit de vous parler des fous austraux. Ces oiseaux qui se nourrissent dans les eaux du golfe servent de détecteurs à dauphins. En effet pour les dauphins l’hydrophone n’est pas très utile à la localisation car les animaux se déplacent bien plus vite et aléatoirement que les cachalots. Leurs vocalisations sont apparemment assez bordélique aussi. Et le souffle d’un dauphin n’est pas plus visible qu’un pet de baleine… Comment on se sert d’un fou austral alors? Lorsque les dauphins pêchent ils regroupent les poissons en un banc. Cherchant à échapper aux prédateurs les poissons sautent hors de l’eau à chaque charge. Et une centaine de poissons qui sautent hors de l’eau ça n’échappe pas aux yeux aiguisés des nombreux fous qui survolent le golfe. Dès que l’on remarque un grand nombre d’oiseaux qui se dirigent quelques part on les suit et on assiste au festin. Les fous tombent en piqué telle une pluie de météores tandis que les dauphins cabriolent dans tous les sens, un spectacle magnifique!

Qui d'ailleurs me rappelle une anecdote amusante. Figurez vous qu'un jour où il chevauchait un dauphin dans le golfe d'Hauraki, Isaac Newton...


Bon ben ça y est… Je quitte ce pays dans quelques heures… Je suppose que je devrais écrire une sorte de conclusion après tout ça… Mouais… En quelques lignes ça ne va pas être évident… Oh et puis si vous vous voulez connaître un pays vous n’avez qu’à vous y rendre au lieu de vous fier aux avis du premier touriste venu qui raconte sa vie sur internet!
Voilà!

Plus sérieusement si vous avez des questions concernant ce pays fantastique je serais toujours ravi d’y répondre!

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Mollusques sans en avoir l’« r ».

27 décembre

Pour Noël j’ai eu droit à la visite plus qu’appréciée de mon pôpa et de mon frérô! Ils m’ont rejoins à Dunedin après avoir atterri à Queenstown et que pôpa ai sauté à l’élastique sur la route. Juste en passant, comme ça. C’est le plus fort mon pôpa. Après d’agréables retrouvailles, un dîner à la brasserie Speight’s et malgré le décalage horaire violent le frangin m’a accompagné à l’appart’ d’Andre et ajouté quelques ranfurly à sa dégustation de bières locales. Le lendemain pôpa a écrasé sans broncher la longue et péniblement ennuyeuse route jusqu’à Christchurch. Sur le chemin on s’est arrêté déjeuner dans le village de Moeraki avec vue sur les albatros et les dauphins d’Hector. Et puisqu’on était dans le coin on en a profité pour admirer le site touristique le plus important du pays.

Sylvain et ses grosses boules.


Arrivés à Christchurch nous nous sommes dirigés vers le His Lordship pour casser la croûte. Derrière le bar se tenait un Tim en pleine forme qui travaille dans ce bistrot lorsqu’il n’abreuve pas les clients du Vespa. Après un excellent repas c’est un frangin au zénith de sa forme qui m’a accompagné à travers la vie nocturne de la plus grande ville de l’Île du Sud. Du parquet incrusté de bris de verre du Yellow Cross à la moquette collante du Malbas, de la téquila au jägerbomb, Sylvain s’est imposé sur tous les dancefloors que nous avons foulé jusqu’à deux heures du matin. Petit rappel, lors de mon deuxième jour en Nouvelle-Zélande j’avais raté un barbecue sur le toit du Frienz d’Auckland car je n’avais pas réussi à rester éveillé jusqu’à sept heure…
Le lendemain c’était l’anniversaire de Minouche, qui tous les ans est célébré dans la joie et la bonne humeur à travers toute la planète, bien que la date soit incertaine.

Joyeux Noël les copains!


On avait ce soir là prévu d’éclater le score de la veille. Mais alors qu’il nous servait un de ses petits cocktails maison, Tim m’a rappelé un détail désagréable de la législation néozélandaise qui m’avait déjà causé du tort à Hastings. La vente d’alcool est totalement interdite les jours fériés. Les bars de la ville ferment donc à minuit et n’ouvriront à nouveau que le vingt six… Un peu découragés nous nous dirigeons vers le Rockpool où une nana tentent un hip-hop peu convaincant sur de la Drum & Bass douteuse. La perspective d’une nuit de Noël qui se finisse à minuit ne nous enchantait pas tant que ça mais le videur du Rockpool avait une excellente nouvelle pour nous. Un établissement résistait encore et toujours à la loi injuste qui menaçait de nous déshydrater et servirait de l’alcool toute la nuit:

Le bordel!


À vrai dire je ne sais pas si il s’agissait vraiment d’une maison de passes puisque le frangin et moi-même ne sommes pas allé plus loin que le stade « bar à strip-tease ». Ce qui était largement suffisant… La prostitution est légale en Nouvelle-Zélande et par conséquent constitue un aspect important de la culture locale que je me devais de découvrir à un moment ou un autre. Avec Cosette nous avions hésité plusieurs fois à nous rendre au Mermaid, le plus célèbre bordel de Wellington mais n’avions jamais eu l’occasion de franchir le pas. Une interdiction de débit de boisson doublée d’une distribution d’entrées gratuites dans la rue étaient les prétextes que j’attendais. À ceux qui se demandaient ce qui se cache derrière les vitres teintées arborant des annonces telles que « Cherche danseuses », « Nu intégral » ou encore « Satisfait ou remboursé », j’ai le plaisir de vous faire partager mon savoir nouveau. Si vous venez pour vous rincer l’œil oubliez ça. Je m’attendais à du vulgaire j’aurais du rester dans ces boites branchées où des gamines se trémoussent dans des tenues qui leur donnent l’aspect plus dénudées que si elles ne portaient rien. Les filles du strip club nous ont plutôt fait pitié. De pauvres nanas qui ne savent pas trop ce qu’elles doivent faire des barres de métal et de leurs bikinis. Après s’être trémoussées en faisant la gueule sur une musique bon marché elles se forcent à sourire en faisant le tour des clients et espèrent en trouver un prêt à se payer une danse privée. Du côté des clients, deux catégories. Ceux qui sont venus se rincer l’œil sont tous des mâles avoisinant la quarantaine au bas mot et présents avant minuit. Les clients arrivés après la messe sont des deux sexes et semblent plus attirés par le billard et l’alcool que par le spectacle. Conclusion: un bar comme un autre avec une très mauvaise programmation musicale, une déco qui ferait passer les canevas de nus des maisons de nos grands parents pour de l’art, une vodka orange au goût de flotte et des filles assez malines pour se faire payer pour se balader à poil.
Le lendemain nous avons pris la route du soleil couchant et en passant par le parc national d’Arthur’s Pass.

Et qui dit Arthur's Pass dit?


Bien entendu tout était fermé sur la route et après plusieurs promenades nos estomacs ont commencé à crier famine. Le salut est venu d’une petite auberge qui ne payait pas de mine dans le village perdu d’Otira. Quelques locaux s’y étaient donnés rendez-vous pour un repas de Noël. Notre présence fut gentiment acceptée et nous avons fait les honneurs de ce bon buffet et de deux bouteilles de mousseux.

Mieux qu'une tour d'argent!


Nous avons passé la nuit dans la ville de Wesport proche d’une colonie d’otaries à fourrure. Notre route nous a ensuite mené au parc national d’Abel Tasman et à la ville de Nelson. Puisque les oiseaux vous gonflent je passerais vite fait sur les râles des genêts et tiklin pour me concentrer sur le barathon. Nelson abrite une bonne quantité de bars et avec le frangin nous avons décidé d’aller boire un coup dans tout ceux de Bridge Street qui étaient ouvert en cette nuit de Boxing Day. Ça nous laissait une bonne dizaine de bars tous différents auxquels nous avons bien sûr ajouté quelques uns des rues avoisinantes pour ne pas faire de jaloux. La tournée fut très sympa mais j’ai particulièrement apprécié l’ambiance conviviale du LiquidNZ.

Cocktails first, questions later.


À la fermeture simultanée de tous les pubs ce qui devait arriver arriva et un groupe de néozélandais ivres s’est sauvagement attaqué à deux de leurs compatriotes… Les bastons à la sortie des bars kiwis sont bien malheureusement monnaie courante dans ce pays. Un des clients du Shooters nous expliquait d’ailleurs en souriant qu’il avait rencontré son meilleur ami après lui avoir cassé la figure à la sortie d’un bistrot. Il n’a cependant pas eu vraiment l’air d’apprécier qu’un ivrogne viennent se servir de sa tête pour nettoyer le dessous de ses chaussures… Après une nuit typique et un dépôt de témoignages auprès de la police locale nous sommes allés nous coucher. Et c’est du coup encore avec une veisalgie que je m’apprête à traverser un détroit, celui de Cook.

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Vroum vroum!

21 décembre

Pfiou… Les copains le retour au monde extérieur après plus d’un mois d’isolement c’est pas facile. Parce que je vous ai un petit peu négligé je reprends mon récit à la soirée de Noël sur Ulva. Cependant je vous préviens mon appareil photo a pris des vacances et vous aurez plus de texte que d’images!

On a quand même été foutu de trouver un sapin sur Ulva...


Ce n’est pas parce que Noël tombe en été de ce coté du globe qu’on ne respecte pas les traditions. Sapins, cadeaux, gros monsieur Coca-Cola et bonne bouffe sont au rendez-vous. Le petit détail qui choque c’est qu’ici le repas traditionnel de Noël c’est plutôt barbecue… L’intérêt du barbecue du bureau du DOC de l’île Stewart c’est que, comme ils sont chargés de la lutte contre les invasifs, la bouffe est spécialement bonne! Mais non on a pas mangé du chat et du rat petits malins! Des cerfs ont également été introduits sur l’île par les premiers colons et Phred était partit en « contrôler » un ou deux la veille. On s’était tous fait des cadeaux surprises qu’on s’est vu distribué à travers un jeu très rigolo. Earl a écopé d’une boite de nourriture pour chat ce qui a bien fait marrer tout le monde…
Une fois les enfants couchés les packs de bières ont pris une sacrée claque. Déjà habituée des lieux, Eva s’est proposée d’aller en éclaireuse au pub du village pour voir si l’ambiance valait qu’on y étanche notre soif. Elle est revenue cinq minutes plus tard avec un petit monsieur dont je ne me souviens plus du nom mais qui avait une clé à son trousseau qui faisait de lui un demi-dieu. Picoler dans une caserne de pompier c’est déjà inhabituel mais lorsque notre nouveau venu a usé de son outil miracle on a compris que la soirée ne faisait que commencer. Un rideau métallique jusqu’ici passé inaperçu s’éleva vers le plafond révélant devant nos yeux ébahis un bar. Je parle ici d’un vrai bar, pas une contrefaçon comme on pouvait en trouver chez le Jean. Un machin plein d’alcool avec une caisse (pas beaucoup servie) et un service à pression (beaucoup servi). Résultat les quelques péquenots qui trainaient au pub du village nous ont rejoins et je me suis réveillé sur un canapé inconnu au bataillon sur la terrasse d’une maison que je ne pourrais pas retrouver aujourd’hui…
Traverser le détroit de Foveaux c’est déjà très rigolo en temps normal mais après une soirée comme celle ci ça relevait du défi débile à la Jackass. J’ai cependant découvert que fixer les albatros qui planent tranquillement au dessus des creux de quatre mètres calme le mal de mer. Avec l’impression de tanguer encore plus sur la terre ferme que sur le bateau j’ai tenté de faire tenir mon pouce plus ou moins en place sur le bord de la route. Ma première voiture abritait quatre jeunes, bières à la main, l’autre main arborant un majeur tendu, qui me regardèrent avec mépris sans s’arrêter. Je me suis alors demandé si c’était si dur que ça de traverser le détroit à la nage… La seconde voiture transportait trois jeunes blondes hystériques qui me firent de grands signes en hurlant mais ne s’arrêtèrent pas. Après que la passagère arrière ait retiré son haut pour me le jeter à la figure je me suis dit que la journée allait être longue… Mais la troisième voiture fût la bonne. Un étudiant écossais espérait justement trouver un autostoppeur pour l’aider à finir toutes les bières que ses potes avaient abandonné dans son appart’. Appart’ qu’il devait rendre le lendemain. Vous savez ce qu’on dit: « Le mal par le mal ».
Puisque j’étais à Dunedin j’ai décidé de passer voir Melanie. Vous vous souvenez? La tripoteuse de manchots? Ce fut très sympa de la revoir mais elle était porteuse d’assez mauvaises nouvelles. Un manchot a été tué au nid par un chien sans laisse et une bonne partie des poussins sont morts car des idiots faisaient courir leur rotweiler sur la plage, empêchant les parents de nourrir leurs progénitures. Le seul nid de gorfous du Fiordland de la région a été abandonné et un des parents retrouvé mort sur une plage. Mais le pire était à venir. Une semaine plus tôt Melanie était partie pour Kaikoura en compagnie de plusieurs autres employés du Department pour capturer et « taguer » quelques otaries à fourrure. Ce qu’ils trouvèrent à la colonie dépasse l’entendement. Vingt-trois animaux, essentiellement des nouveaux nés, avaient été massacrés sauvagement à coups de battes la nuit précédente… Je ne trouverais sûrement jamais les mots pour commenter un acte gratuit aussi cruel. Toutefois une bonne nouvelle est sortie du lot: La femelle d’éléphant de mer de Nugget Point a donné naissance à un « petit » la nuit suivant mon départ.
Un petit peu fatigué j’ai continué mon errance en direction de Kaikoura pour passer voir Ophélie. Manuel ainsi que tous les autres volontaires avaient repris la route de leurs maisons pour les fêtes. Je vous rassure tout de suite, les cachalots vont bien!

Ainsi que les bébés mouettes!


J’ai pu faire la connaissance d’Ikki, le toutou lunatique d’Ophélie, mais pas vraiment de travail étant donné le vent qui rend la visibilité nulle depuis la colline. J’ai donc poursuivi vers Motueka au cœur de la région la plus ensoleillée de Nouvelle-Zélande. J’ai beau avoir été coupé du monde je savais pouvoir poser ma main sur quelques pioupious si je me donnais la peine de me déplacer. Mes contacts étaient toujours aussi impressionnés par mon aptitude au lancer de vers de farine mais le travail de terrain devait attendre la fin des pluies diluviennes qui inondent la région jusqu’à Noël… Je n’en reviens toujours pas. Je passe plus d’un mois au sec sur une île où il est censé pleuvoir deux cent soixante quinze jours par an et je tombe sur l’une des seule semaine où il pleut sur la région de Tasman. Il n’y a plus de saisons, c’est moi qui vous le dit…
Bref ni une ni deux, voilà mon pouce qui reprend du service. Situation cocasse: « Je peux te déposer? Tu vas où? » « Je ne sais pas, vous allez où vous? ». Et c’est partit pour une petite promenade en direction de Christchurch à bord de la voiture de Justin, le maori de Chambéry (ça ne s’invente pas). Après tout une ville c’est certainement le meilleur endroit où se trouver un jour de pluie et Christchurch, même après avoir été à moitié démolie par un séisme, continue à ressembler à une ville. Le seul problème c’est que le camping sauvage ce n’est pas évident quand il faut deux heures de marche pour trouver un bosquet… Du coup Zou! En route pour les montagnes!
Et Paf! Me voici dans le parc national d’Arthur’s Pass. Ballades magnifiques, hyménolaime bleu et même coups de soleil! Je vous met l’hyménolaime en français juste pour que ceux qui se donnent la peine d’aller chercher ce que peu bien cacher un nom aussi chouette soient super déçus. Hé hé! J’ai même réussi à trouver de la neige pour mon Noël!

Il n'y a pas de raisons que vous soyez les seuls à en profiter!


Et puis les montagnes néozélandaises ne seraient pas les mêmes sans les nestors kéas!

Le clown des montagnes!


Le kéa est à la fois un joyau et une plaie. On dirait que pour contrebalancer la diversité d’oiseaux sous évolués qu’abrite le pays on a fait de cet oiseau un génie. Personne ne comprend encore tout à fait comment fonctionne le cerveau d’un kéa mais tout le monde s’accorde à dire que ça tient de la haute technologie. Ces oiseaux sont capables de résoudre des problèmes très complexes et un grand nombre d’expériences très amusantes ont été mises en place pour déceler les limites de ses capacités. Ajouter à cela une curiosité hors du commun et vous allez commencer à entrevoir le piège. Le kéa est le seul perroquet de montagne et pour pouvoir subvenir à ses besoins il a fait de sa curiosité une nécessité. Tout ce qui se trouve dans le village d’Arthur’s Pass est « keaproof ». Et pour cause! Les nestors kéa défoncent tout se qui peut leur passer sous le bec. Juste comme ça, au cas où, des fois qu’il y ait du miam miam. Vous avez vu le film Gremlins? Et bien il y a de ça. Rien n’est épargné et on m’a fortement conseillé de ne monter ma tente que si je restais aux environs pour la défendre…

Et ton 4x4 c'est un évolution?


Je pourrais vous parler de ces petits numéros pendant un bout de temps mais une anecdote mérite d’être retenue. Les employés du DOC ont remarqué au début de l’été qu’un bon nombre de leurs nouveaux pièges à hermines dans les montagnes s’enclenchaient sans qu’aucun animal ne se prenne dedans. Les supers pièges ayant coûté une petite fortune tout le monde cherchait un responsable pour couvrir les frais. Or un jour un employé observa deux kéas s’approcher d’un piège. L’un deux se saisi d’un bâton et enclencha le piège. Selon le témoin le bruit du piège a eu l’air de bien les faire marrer et les oiseaux sont passés au suivant… Mystère résolu, plus qu’à faire des pièges silencieux pour que les kéas les trouvent moins rigolos. Accessoirement ces pièges sont en partie là pour éviter que les hermines ne dévorent les poussins de perroquet. On a beau être l’un des oiseaux les plus doué de la planète on reste un animal néozélandais.

C'est ça cache toi...


Une autre? Allez c’est bien parce que vous insistez! Deux randonneurs exténués après une longue marche s’effondrent sur les lits d’une hutte de montagne. Il ne faut pas longtemps pour que deux nestors kéa commencent à faire des glissades sur le toit en taule. Rapidement excédé par le boucan l’un des randonneurs frappe la taule violemment avec son bâton de marche. Les glissades s’arrêtent et la tête d’un perroquet, suspendu à la gouttière, apparaît à la fenêtre. Soudain l’un des oiseaux reprend les glissades de plus belle et va même jusqu’à jeter des pierres sur le toit tandis que l’autre continu d’inspecter l’intérieur. Un bisou à celui ou celle qui me trouve l’explication de ce comportement.
Bref après deux nuits bercé par le chant des kiwis et le bruit de la pluie sur ma tente je me suis décidé à partir vers la région la plus chaude du pays. Je quittais ma montagne enneigé pour les trente degrés à l’ombre et les glaces au cassis de Dunedin. Encore une fois le voyage a été semé de personnages hauts en couleurs mais l’un d’entre eux était véritablement une perle. Ancien membre des forces spéciales Sud-Africaine il s’est reconverti dans la défense civile en Irak et Afghanistan. Il est venu en vacance en Nouvelle-Zélande pour passer les brevets de parachutisme. Qu’il possède déjà en Grande-Bretagne et aux États-Unis, sa vision des vacances détentes. Détail important, le seul disque dans la voiture de ce type qui a déjà tué quelques uns de ses semblables et sauvé la vie de nombreux autres passait sans broncher de la Macarena à Pavarotti…

Sur la route je me suis réarrêté au plus intéressant site touristique du pays!


À Dunedin je suis hébergé chez Andre, Philip, Simon et son chat (les connaisseurs apprécieront), rencontrés via le site de couchsurfing. J’avais par ailleurs déjà croisé Andre sur la péninsule de Longpoint lorsque je chassais les nids de manchots antipodes. Il fait parti du Yellow-eyed Penguin Trust qui nous avait filé un coup de main ce jour là. Ce pays est décidément très petit… Outre l’ambiance relax dans un appart’ étudiant caché derrière la brasserie Speight’s, les colocs m’ont également initié au « Dump-diving », littéralement « plongée dans la benne » plus connue sous l’appellation « faire les poubelles ». Je parle ici des bennes des supermarchés, pas de n’importes quelles poubelles. On peut en penser ce qu’on veut moi je me contente de relater les faits. Et les faits sont les suivants: Cette pratique illégale est apparemment très répandue chez les étudiants de la ville et chacun leur tour différents appart’ partent en plongée et partagent le butin. Chaque benne est vidée quotidiennement et ce qui est trouvé chaque nuit ne date jamais plus de quelques heures. Le butin de ce soir était considéré comme maigre par mes compagnons mais représentait déjà près de vingt euros de bonne bouffe. Et c’est là que c’est la plus choquant! Seuls quelques produits laitiers avaient dépassé leur date de péremption d’un ou deux jours! Tout le reste du larcin était encore officiellement bon pour les trois ou quatre prochains jours! Et on sait tous que les dates de péremptions sont généralement exagérés! Bref jus de fruit, yaourts, jambons et saucisses apéro, tous empaquetés dans des petits sachets tout neuf et pour pas un rond, effarant… Andre m’a également raconté qu’un de ses pote avait tenté une expérience amusante. Il était allé faire des courses dans un supermarché mais au lieu de passer à la caisse avait saboté son cadis. Il avait effacé la date de péremption sur tous ses articles et abandonné le cadis dans un coin. Le soir même dans la benne du supermarché un sac poubelle tout neuf contenait l’intégralité de son cadis. Cinquante euros de bouffe gratuite… Le pire est que les colocs m’ont raconté avoir déjà trouvé de la bière dans les bennes! Dans quel monde on vit pour que des gens soient près à jeter de la bonne bière aux ordures quand de pauvres touristes crèvent de soif!
Enfin voilà, vous vouliez des nouvelles en voilà et pour ceux qui s’inquiétaient de mon petit relâchement je leur répond ceci:

Parce que vous ça ne vous arrive jamais de glandouiller peut-être?

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Baby boom.

7 décembre

Une nouvelle génération de petits malins volette partout sur l’île: les noir-métal!

On avait pas dit bagues de couleurs?


On atteint une nouvelle dimension du comique avec ces petits rigolos qui ne comprennent rien à rien et tentent de s’infiltrer dans la portée du voisin pour gratter quelques larves de ténébrions. Notre mission consiste essentiellement à les entrainer à venir chercher les vers de farines pour pouvoir espérer les retrouver l’année prochaine. Autant les applaudissements ont l’air de leur plaire autant le concept des vers de farine qui tombent du ciel continue à les dépasser largement… Et puis Ulva ce n’est pas que les miros rubisoles! Avec une pensée toute particulière pour Jenny (et son couillon de mec aussi même si il a fait la partie la plus facile du boulot) voici une petite présentation des petits marmots de l’île que je ne vous avais pas encore présenté. Comme vous êtes maintenant incollables sur les oiseaux de Nouvelle-Zélande je ne vous mets pas le nom des espèces auxquels ils appartiennent et vous laisse vous débrouiller (Cécile tu joues pas!):

Faux amis.


Petit grelot.


Barbar imberbe.


Mini crotte.


Objectif secondaire.


Comme quoi même avec un nid tout pourri...


Celui là il est pas évident.


Bon et puis je vous remet ceux là parce que ce sont les meilleurs!

11 décembre

Mon dernier jour sur Ulva est arrivé! En plus d’un pack de bières, Bryce ma offert de ne pas m’occuper des miros pour aujourd’hui. Et Ulva en a profité pour m’offrir son cadeau le plus précieux. J’avais décidé de passer ma journée à vérifier le contenu de différent nids, notamment celui d’un couple de xéniques.

Ça vient, ça vient!


Or au pied de l’arbre à xéniques se trouvait une énorme femelle kiwi! Un kiwi diurnambule pour mon dernier jour, c’était déjà un super cadeau. J’ai donc passé plusieurs minutes avec la belle jusqu’à ce que, soudainement, elle s’enfuit en courant. Cherchant désespérément à la retrouver voilà que je tombe sur un gros terrier. Il me suffit de me pencher un petit peu pour pouvoir observer mon kiwi et son compagnon roupiller tranquillement au fond de leur nid!

La cerise sur le gâteau!


Pour mon dernier jour Ulva a su me montrer une fois de plus à quel point elle pouvait être imprévisible et largement au dessus de mes espérances les plus folles. Après cela la soirée de Noël du Department Of Conservation a été bien utile pour m’aider à célébrer mon départ. Une caserne de pompier, un barbecue et un bon paquet de bières ont eu raison de mon cerveau mélancolique et de mes capacités rédactionnelles. Ce sera donc tout pour aujourd’hui en attendant de voir ce que demain a prévu pour moi…

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L’homme qui murmurait à l’oreille des miros.

26 novembre

Les kiwis qui marchent sur des manchots ou qui se planquent pile poil sous le mauvais buisson c’était déjà rigolo mais l’abondance de demi-miros sur Ulva rendent les journées aussi amusantes que les nuits. Lorsqu’on se promène on voit de temps en temps surgir des fougères un jeune miro qui, arrivé à cinquante centimètres d’altitude, commence à redescendre mollement malgré ses battements d’ailes frénétiques. Il y a également ceux qui se sont endormis pépère sur une branche pour se remettre d’une ascension qui a bien du leur prendre la journée. Et qui nous tombe à moitié dessus après avoir sursauté au premier claquement de mains… Et puis il n’y a qu’à les regarder:

Quoi ma gueule?


Je me moque mais les parents nous font bien rire aussi. Certaines femelles ont entamé un nouveau nid alors que les derniers oisillons continuent à piailler famine sur le territoire. On se retrouve par conséquent avec des mâles largement dépassés par les événements qui se comportent de manières encore plus incohérentes que d’habitude. J’en ai vu un qui en avait tellement marre des cris des oisillons affamés dans une oreille et de ceux de sa femelle, pressée de retourner couver, dans l’autre, qu’il s’est tout bonnement mis à manger les vers que je lui donnais… Il y a ceux qui n’ont toujours pas compris que les gros miros qui les suivent partout sont leurs rejetons et continuent de tenter le « courtship feeding » à l’adresse de leurs femelles excédées. Et à notre grand désespoir certains violet-métal ont pondu… Leurs nids ne ressemblent à rien, le mâle se goure sur la femelle qu’il doit nourrir et la femelle se plante sur le nid qu’elle doit couver…

Les joies de la vie de famille...


Du côté des célébrités on commence à manquer de noms pour tous les mâles qui se mettent à courtiser plusieurs femelles. Les filles continuent désespérément à chercher une femelle qui ai trouvé le moyen de se faire nourrir par deux mâles différents mais ce n’est pas gagné. Le hasard des affectations à fait que jusqu’ici j’ai été le seul à m’occuper de Long John, bien que tout le monde l’ai vu venir grappiller chez ses voisins. Or aujourd’hui Tracey est passée visiter son nid trouvé tout récemment. Elle ne partage pas mon engouement pour le pirate. Sa femelle a été temporairement baptisée « Ghost » et il m’a fallu une infinie patience pour pouvoir l’observer d’assez près pour lire ses bagues. Elle a construit son nid au sommet d’un totara d’une bonne dizaine de mètre de haut. Elle n’avait jamais été observée depuis son baguage il y a trois ans ce qui donne déjà une bonne idée de sa timidité et aurait presque pu faire d’elle un miro zombie… Une femelle de miro rubisole bien élevée se rue normalement sur son compagnon dès que celui-ci l’appelle. Or celle-ci est tellement timide qu’elle ne quitte pas son nid tant que nous sommes dans les parages. Long John se déplace donc jusqu’à elle pour la nourrir. Le problème c’est qu’en temps normal le mâle ne se rend au nid que pour nourrir des poussins et c’est d’ailleurs le seul moyen que l’on ai de déterminer la date d’éclosion… La situation actuelle de la descendance de Long John est par conséquent pour l’instant inconnue.

Pour corser un peu le tout mademoiselle a construit son nid à proximité du dortoir d'une ninoxe...


Concernant Cosette les choses se présentent un peu mieux. Tracey a finalement trouvé son nid et notre petite misérable gère plutôt bien sa condition de mère célibataire. On a tous un petit peu pitié pour elle alors on force discrètement la dose de vers qu’on lui donne à chaque passage. Tiger se conduit de plus en plus comme un beau salaud. À la découverte du nid il a aidé Cosette à le « défendre », bien que le terme me fasse encore bien rigoler. Ceci prouve qu’il est conscient de sa paternité! Or lorsqu’on offre un ver à notre protégée il l’agresse violemment et apporte le ver à son oisillon légitime.

Il y a des claques qui se perdent...


Avec Bryce et Eva au large pour une conférence à Dunedin on se retrouve à trois pour surveiller les miros de l’île à une cadence atteignant les trois cent vers de farine sacrifiés par jour par personne. Pour éviter de péter les plombs et commencer à donner des noms aux oiseaux ou à rêver d’eux on s’offre quelques extras.
Une étude européenne a montré que la composition chimique d’une substance dont les oiseaux se servent pour se nettoyer change pendant la saison de reproduction. L’odeur de l’oiseau est notamment atténuée pour se protéger du puissant odorat des prédateurs mammaliens. Attendez une seconde! Mais ne serais-je pas dans ce pays où les oiseaux ont évolué loin du danger de ce type de prédateurs? Ian nous a donc demandé de capturer quelques couples de miros et de prélever un peu de cette substance avant, pendant et après qu’ils aient niché. Le but est de comparer le résultat avec des espèces ayant évoluées au contact des mammifères mais pour nous ça nous permet de changer un peu du quotidien.

Test de Q.I.


Phred, un employé du Department Of Conservation de l’île Stewart plus ou moins en charge d’Ulva et plus précisément de nous, a placé sur un îlot quelques pièges à rats juste au cas où. Tama hou ne se situe qu’à une centaine de mètre d’Ulva et a déjà vu un petit groupe de mohoua à têtes jaunes élever avec succès trois oisillons. Cet exploit laisse à penser que quelques miros pourraient très bien s’y être installés et Phred s’est gentiment proposé de nous y conduire lors de sa relève des pièges. Ça nous a fait une petite sortie sympa mais aucun miro n’est venu coloniser ce caillou.

Comme si on avait pas déjà assez de boulot...

2 décembre

Ça pue l’amour sur Ulva! Je passe mes journées à observer des petits oiseaux se faire des papouilles, des cadeaux et des bébés! En ce début d’été les oiseaux sont tous occupés à élever leurs progéniture mais ce sont encore une fois les mêmes qui se font le plus remarquer:

Je vais finir par penser qu'ils le font exprès...


Pour ne pas finir hippy il me fallait quelque chose pour compenser l’overdose de bonheur et de petites fleurs. Je suis donc allé accompagner Earl, ranger du Department Of Conservation, dans sa quête de destruction de petits chats! Je ne vais pas m’attarder sur le débat « tuer des animaux pour en préserver d’autres » les faits sont les suivants. Prenons premièrement un îlot sur lequel rats et chats sont laissés en libertés sans contrôle et voici le résultat: Les rongeurs se multiplient sans retenues et dévorent jusqu’aux derniers œufs, insectes et plantes présents. Ils finissent tous par mourir de faim après une période durant laquelle ils se nourrissent de leurs progénitures. De leur côté les chats achèvent les quelques oiseaux encore présents, mangent les derniers rats morts et tentent de survivre plus d’un an en mangeant leur caca. On se retrouve avec un îlot totalement dénué de vie. Deuxième scénario: on élimine tout ce qui n’est pas parfaitement adapté à cet environnement et le fruit de milliers d’années d’évolutions nous donne un petit bout de paradis dans lequel tout pleins de petits miros peuvent forniquer!

Youpi!


Ces exemples concernent des îlots de tailles modestes mais quand on veut protéger un animal qui ne vit que sur la troisième plus grande île du pays ont doit procéder autrement. Les pluviers roux ne peuvent pas être déplacés vers des îles sanctuaires car ils volent très bien et tiennent particulièrement à continuer à vivre sur Stewart. Ils y sont très vulnérables à la prédation des chats harets et entre les années cinquante et quatre-vingt dix leur population a chuté de trois cents à soixante oiseaux à cause de ce seul nuisible. Le programme du DOC pour contrôler les chats harets ne tue qu’un ou deux animaux par an mais ça a été suffisant pour que la population actuelle de pluvier roux atteigne à nouveau trois cent individus! Mais au fait, c’est quoi un pluvier roux?

Aaaaah ce pluvier roux.


Certains se souviendront que j’ai déjà pu observer cet oiseaux sur les plages du côté d’Auckland. Ceux là peuvent éteindre leur ordinateur, enfiler leur parka et aller se payer une ou deux bières dans le pub d’à côté car ils passent beaucoup trop de temps devant leur ordinateur… Le pluvier roux vit également le long des côtes de l’île du Nord et il en existe plus d’un millier dans cette partie du pays. Les oiseaux du Nord ont beau appartenir à la même espèce que ceux de l’île Stewart, ils sont chacun les représentants de deux sous-espèces bien distinctes. On révise son cours sur la différence entre espèce et sous-espèce les enfants, je vous préviens il y aura interro à la rentrée! Au delà de vagues différences de taille et de plumage les deux sous-espèces sont surtout différenciées par leurs comportements de reproduction. Alors que ceux du Nord passent l’année sur les côtes, ceux du Sud se rendent vers les hauteurs pour nicher chaque été.

Ceux qui viennent de rentrer du pub peuvent chercher la photo du même oiseau au bord de la mer sur mon blog.


Ne vous imaginez cependant pas des sommets faramineux, au quarante septième parallèle il suffit de monter à cinq cent mètres au dessus de la mer pour que les arbres ne puissent plus pousser. La neige a d’ailleurs couté leur première ponte à la plupart des oiseaux. Après quatre bonnes heures de marche dans la boue qui constitue l’essentiel du sol de Stewart nous arrivons à la hutte qui se situe à la limite des derniers buissons. Je vous passes mes habituelles complaintes envers le temps pourris, l’hébergement minable et la vue moche,

ce serait me répéter.


La colline où nous nous sommes rendus s’appelle Table Hill. Cette tourbière qui s’étend entre cinq cent cinquante et sept cent mètres d’altitude est le principale site de reproduction du pluvier roux. Cachées aux pieds des buissons qui entourent l’immense clairière se trouvent deux cents mangeoires contenant des appâts empoisonnés que nous devons renouveler. Les chats sont empoisonnés au sodium fluoroacetate plus connu sous l’appellation « 1080 ». Ce poison est l’outil le plus utilisé par le DOC pour contrôler la présence des nuisibles. Il est également le plus controversé et alimente des débats interminables qui se soldent souvent par « d’accord c’est pas super mais on a pas mieux ». Manipuler ce poison demande l’obtention d’un permis. De mon côté je me contente donc de changer les appâts au bromodialone destinés aux rats. Les rats ne sont pas vraiment une menace pour les pluviers mais ils mangent parfois les appâts destinés aux chats.

Pourquoi, pourquoi j'ai pas pris la pilule bleue?


Il nous faudra une journée et demi pour remplacer tous les appâts. Le spectacle est époustouflant du début à la fin, nous sommes entourés de pluviers et de leurs petits poussins et avons même eu la chance d’observer deux individus d’un animal encore méconnu: le gecko Hoplodactylus rakiurae.

Appelé ici « Harlequin gecko ».


Ce lézard ne vit que dans les régions d’altitude de l’île Stewart où ses magnifiques couleurs sont un parfait camouflage. Je ne vous casserais pas longtemps les pieds avec sa description, il n’a été découvert qu’en soixante-neuf et on ne sait toujours pas grand chose sur lui. À mes yeux cette animal est certainement le plus beau du pays.

Là on me voit plus!

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Mi-robinsons.

  12 novembre

Les petits miros commencent à s’emplumer et le compte à rebours avant la grande session de baguage a commencé.

Presque mûr.

Je réalise que je ne vous ai toujours pas réellement expliqué pourquoi nous portions tant d’attention à ces petits oiseaux. Pas vraiment besoin de vous répéter cependant que la Nouvelle-Zélande attache une attention toute particulière à son patrimoine naturel. J’entends d’ailleurs souvent dire que si les animaux natifs du pays ont disparu c’est bien fait pour eux et que ce n’est que l’ordre naturel des choses. « L’ordre naturel des choses »… Aha aha aha… Des gros bateaux pleins de lapins, de hérissons et de cerfs pour que les colons ne se sentent pas trop dépaysés… « L’ordre naturel des choses »… Aha aha aha… Des gros bateaux pleins d’hermines, de furets et de belettes pour corriger le sens nouveau que prend le terme « mal du pays »… « L’ordre naturel des choses »… Aha aha aha…

Ouh le mignon petit nuisible (Photo prise à Kaikoura)...

Mais je ne vais pas trop m’écarter du sujet, si certains d’entre vous veulent débattre avec moi du bien fondé du choix des dépenses de fonds publiques néozélandais je leur paierais une bière avec plaisir à mon retour. (Message tout spécialement adressé à Ghislain: « Mec j’ai un nouveau concept rigolo, à chaque fois que quelqu’un place un scrabble dans son argumentation l’adversaire fini son verre cul-sec! ») Les néozélandais prêtent donc une attention particulière à la seule chose qui leur soit vraiment typique: leur biodiversité. Ils restent toutefois réalistes et aucun d’entre eux n’espère voir un jour se promener un strigops kakapo, une talève takahé ou un kiwi d’Owen dans leur jardin. Comme dirait Indy (Big Up): « leur place est dans un musée! ». Et justement, les néozélandais ont placé leurs oiseaux « dépassés » dans des musées! Ces musées sont tous simplement ces nombreux sanctuaires dans lesquels j’ai eu la chance de travailler. Vous pensez qu’on laisse les rats vadrouiller librement au Louvre? Et bien sur Ulva c’est pareil! Et un miro vaut toutes les Jocondes du monde!

Sérieusement? Vous ne voyez pas ce sourire énigmatique?

L’étude de Ian porte sur un problème récurent dans ces « musées ». Je vais essayer de vous faire ça en simplifié mais si l’évolution du domaine vivant s’est orienté vers la reproduction sexuée ce n’est pas juste pour le plaisir de la chose. Et oui! On va encore parler de cul! Globalement pour le bon fonctionnement d’une espèce il est préférable que deux individus aient un patrimoine génétique assez éloigné avant d’entreprendre la création d’un nouvel être vivant. Si les parents partagent un trop grand nombre de leurs gênes ils risquent plus facilement d’exposer leur descendance à des maladies génétiques.
Bien entendu tout ceci est légèrement plus complexe mais s’attarder sur trop d’explications nous éloignerais du : « Pourquoi que tu passes tes journées à taper dans tes mains? ». Si vous vous souvenez bien je vous racontais que seulement vingt miros avaient été réintroduits sur Ulva pour y fonder une nouvelle population. Sur ces vingts, seuls six couples ont établi des territoires au sein du sanctuaire, les autres sont retournés sur Stewart. Un de ces six couples s’est particulièrement bien établi. Juste pour vous donner une idée, quarante des quarante-six premiers miros nés sur l’île étaient des descendants de ce fameux couple. Aujourd’hui soixante dix pour cent des miros du sanctuaire partagent une bonne partie de leur génome avec ce couple fondateur. Pour ceux qui ne saisissent toujours pas ça veut dire que la différence entre une petite copine et une maman est assez ténue chez les miros d’Ulva… Le baguage des oiseaux est l’étape essentielle et indispensable qui nous permet de déterminer qui est le petit de qui. Une fois identifiés on suit le succès reproductif des oiseaux et le taux de survie de leur descendance ce qui nous donnent une bonne idée des dégâts liés à la consanguinité. Ce qui est le but de l’étude! On prélève également du sang sur chaque oiseau afin d’obtenir son ADN. Je ne vous surprendrais pas, la diversité génétique des miros d’Ulva est assez effrayante. Pour l’instant les oiseaux n’ont pas trop l’air d’en souffrir mais avec l’augmentation de la concentration de miros, la sélection naturelle pourrait de plus en plus être liée au patrimoine génétique. Pour avoir une idée des mesures qui peuvent être envisagées pour certaines espèces plus fragiles je vous conseille à nouveau l’article de Cécile concernant les glaucopes cendrés.

Un glaucope cendré c'est ça pour ceux qui se sentent largués...

Deux nouvelles volontaires, Eva et Gaya, sont venus renforcer nos rangs en prévision des quelques deux cents oisillons à venir… Comme vous avez pu le constater je n’aime pas trop étaler sur la toile la vie privé des humains que je rencontre. Par contre la vie privé des miros…
Je me dois de commencer par la présentation de Pimp Daddy.

Daddy cool.

Transféré sur Ulva il y a dix ans, Pimp Daddy (bagué B/M) est toujours en vie et ses derniers poussins viennent tout juste de naître. Bien qu’ayant toujours été fidèle à ses partenaires, les disparitions de ses dernières concubines l’ont amenés à nicher cette année avec sa petite petite petite petite petite petite petite fille. Accessoirement cette dernière nichait l’année dernière avec le petit petit petit petit petit petit petit petit fils de Pimp Daddy. Mais la gamine n’a pas su résister au « mojo » de l’ancêtre. Un petit peu compliqué tout ça non?De tous les miros de l’île mon préféré est sans contexte Long John Silver.   

Pirate!

Long John doit en partie son nom au deux bagues jaunes sur sa patte gauche (YY/RM) et à mon accent français. Mais il doit surtout son nom de pirate au fait qu’il vienne systématiquement grappiller un ver de farine chez ses voisins lors de nos visites. Les voisins le laissent généralement faire sans rouspéter et nous pensons en connaître la raison. La partenaire de Long John a disparu l’hiver dernier mais il reste persuadé qu’elle va revenir. Par conséquent lorsqu’il se saisit d’un ver chez les voisins il le garde pendant des dizaines de minutes en appelant continuellement aux quatre coins de son territoire. Les miros se battent volontiers lorsque des étrangers viennent piller leur territoire. Long John ne se contentant en général que d’un ver le combat ne vaut cependant pas vraiment le coup. J’aime aussi beaucoup le vieux loup de mer car il est l’un des rares oiseaux assez téméraire pour venir chercher son ver dans le creux de la main.
La petite femelle qui nous fait craquer c’est Cosette.

Le nez dans le ruisseau.

Cosette (GM/OO) a perdu son partenaire il y a deux ou trois ans alors qu’ils avaient des poussins. Son voisin lui a alors porté secours en s’occupant de sa propre portée ainsi que de celle de la veuve. Seulement depuis il se contente de la courtiser chaque année mais ne s’occupe plus d’elle à partir du moment où sa régulière commence à nicher. La pauvre Cosette se retrouve alors toute seule avec son nid qu’elle est contrainte à abandonner assez vite…
Le larron qui se joue de Cosette a été baptisé Tiger. 

Rapport à un vague golfeur...

 Bien qu’aillant entamé sa renommée par un comportement des plus altruistes Tiger (GR/YM) a désormais plutôt mauvaise réputation. Non content de courtiser la pauvre Cosette à des fins douteuses il n’a également de cesses à repousser le moindre nouveau venu. Sa régulière (WW/BM) ayant droit à l’essentiel des faveurs elle tend à nicher plus tôt que Cosette et lorsque les premiers poussins du coureur sortent de leurs coquilles, les œufs de notre misérable viennent à peine d’atteindre le nid… Tiger se dévoue totalement à ses rejetons et ne se refuse pas le droit de venir taper le contenu des biberons dans le territoire de Cosette. On a un bon paquet de polygames cette année (Don Juan, Casanova, Hugh Effner…) mais seul Tiger a un nid actif avec l’une de ses partenaires.
Et puis il y a les petits jeunes bagués violet-métal.

L'abréviation de Purple-Metal (PuM) correspond étrangement à celle d'un juron français bien mérité!

 Histoire de simplifier notre travail sur le terrain les oiseaux ont tous une combinaison de bagues similaires pour chaque année de naissance sur une de leurs pattes. Par exemple les oiseaux nés en 2002 arborent tous une bague rouge au dessus de leur bague en aluminium. L’année dernière chaque oisillon s’est vu attribué une bague violette au dessus de sa bague métallique. Vous vous souvenez lorsque je vous disais que les mâles de miros étaient globalement tous des couillons? Et bien le plus futé des violet-métal est encore plus débile. Il y a ceux qui s’enfuient à tire d’ailes lorsqu’ils se prennent un ver de farine en pleine face. Et il y a ceux qui restent impassibles au milieu d’une vingtaine de vers qui se tortillent sur le sol autour d’eux. L’instinct de ces derniers les persuadant qu’un ver encore plus gros se cache sous ma chaussure et qu’il risque de s’enfuir au premier instant d’inattention… Malheureusement certaines femelles particulièrement moches (je ne vois pas d’autres explications) se retrouvent obligés de tenter leur chance avec les puceaux par manque d’attractivité. Un qui m’a particulièrement fait marrer est celui qui avait des poussins mais dont les capacités intellectuelles le limitaient juste à « nourrir femelle ». Sa partenaire, plus âgée, tentait de lui faire comprendre sa part du boulot en lui rendant chaque ver qu’il lui offrait… Et puis bien entendu vous devez vous douter qu’on rigole pas mal lorsqu’on se retrouve à devoir observer un couple de violet-métal pendant une demi-heure.
« Ça lui a déjà pris dix minutes pour comprendre que c’était elle que tu appelais, tu vas lui donner ce @$*#! de ver maintenant! »

15 novembre

Ayé! Les miros présentent un nouveau comportement après s’être saisi d’un ver de farine. Le mâle et la femelle partent chacun de leurs côtés et lorsqu’on les suit on tombe sur ça: 

BAGUER!

 Pour bien vous expliquer comment baguer un miro je dois reprendre le mode d’emploi appliqué à la construction d’un miro depuis le début. Après une série de galipettes, la femelle vous bâcle en quelques jours deux petits réceptacles dans lesquels tout reste à faire: des œufs. Elle passe ensuite une vingtaine de jours à les couver entre deux petites promenades culinaires. De chaque œuf sort une boule de poils avec un bec à une extrémité et un anus à l’autre. Le tuyau fonctionnant à plein régime à l’aide des parents les poils laissent place à des plumes, des yeux s’ouvrent et un pépiement commencent à sortir de ces choses qui laisseraient presque penser qu’elles sont des oiseaux. On peut commencer à baguer les miros au nid une quinzaine de jours après l’éclosion.

Le trouble obsessionnel compulsif (abrégé en TOC) est un trouble anxieux caractérisé par l'apparition récurrente de pensées intrusives liées ou non à une phobie. Ces pensées dites obsessions génèrent des angoisses qui, selon certaines théories psychiatriques, seraient la cause des compulsions que l'on observe aussi chez ces malades. (Wikipedia)

La petite subtilité c’est que les miros sont des oiseaux néozélandais et comme tous les animaux du pays ils ont un problème avec l’instinct de survie… Une vingtaine de jours après l’éclosion les oisillons se jettent vaillamment du haut de leur nid. Ce qui est complètement con étant donné qu’ils ne sont pas encore capables de voler… La raison de tout ceci me dépasse complètement. Le fait est que les petits miros se retrouvent comme des débiles à déambuler au sol pendant deux-trois jours avant de pouvoir s’envoler vers la sécurité des branches. Je tiens à signaler que ce n’est pas parce qu’il n’y a (presque) aucun rat sur Ulva qu’un jeune miro ne peut pas s’y faire facilement dévorer. Les ninoxes rodent la nuit et des dizaines de râles wékas ont de nombreuses petites bouches à nourrir en ce moment. Le râle wéka n’est pas vraiment un prédateur. Cela dit gober un jeune miro qui vient de se vautrer sur le sol après une chute libre d’une dizaine de mètres ce n’est pas vraiment de la prédation. Plutôt du ménage

Super prédateur en devenir.

L’implication principale de cette fâcheuse habitude dans la question du baguage des miros est que, si l’on passe au nid au mauvais moment, on risque de « forcer » le comportement suicidaire des oisillons… D’où l’importance de suivre les nids le plus souvent possible afin d’avoir l’idée la plus précise de la date d’éclosion. Et puis il y a tous les nids qui se trouvent sur une branche morte à quinze mètres de haut, au dessus d’une falaise surplombant une mer infestée de grands requins blancs. Comme il n’y a pas de Boyard à la clé (facile celui là) on a aussi une technique pour baguer les oisillons hors du nid. Je tiens à insister sur un point de détail important. Certains doivent se dire « Facile! Si l’oisillon ne peut pas voler pendant trois jours il n’y a qu’à l’attraper à ce moment là! ». Le seul endroit sur Ulva où l’on peut courir après un poussin sur plus de deux mètres sans se faire très très mal c’est sur la plage.

Et si on étudiait plutôt les huitriers variables?

Si on a raté la cueillette des oisillons ou que le nid est inaccessible (et Superman indisponible) on se retrouve à devoir attendre plus longtemps. Lorsque l’oisillon maitrise finalement l’art de la lévitation il ne s’en prive pas et passe une bonne semaine caché dans la canopée nourrit par un de ses parents.

Gros bébé.

 On se retrouve à le visiter régulièrement avec un objectif qui semble assez optimiste au premier abord. À chacun de nos passages nous attendons que les parents apportent la becquée à leurs rejetons et nous mettons à taper vigoureusement dans nos mains. Le but est que l’animal fasse le lien entre le bruit et la bouffe. Et figurez vous que ça marche super bien! À notre quatrième visite l’oisillon vient presque nous manger dans la main! Pour l’attraper il nous faut lui faire atteindre le sol. Ce qui n’est pas forcément évident. Lorsque nos vers atteignent le sol les parents sont souvent bien plus rapides que les petits nouveaux. Ces derniers se contentent donc de mendier et ne comprennent pas vraiment l’intérêt d’aller se bouger le popotin eux-mêmes. Lorsque finalement les miros en devenir s’aventurent à s’emparer eux mêmes de cette nourriture tombée du ciel nous mettons en place un piège vieux comme le monde. Une caisse grillagée, entrouverte par un bâtonnet relié à une ficelle. On jette les vers sous la caisse et tire sur la ficelle lorsque l’oiseau se gave.

High tech.

Encore une fois la pratique est bien plus complexe que la théorie. Si on ne se dépêche pas l’adolescent peut se faire éjecter du territoire. On n’aura alors plus aucun moyen de le différencier d’un autre et ainsi de connaître son ascendance. Et puis je vous rappelle qu’on est à un quota de cent vingt deux nids actifs avec des petits retardataires qui commencent à peine à nicher et des parents préparant une deuxième portée…

19 novembre

Pendant que Tracey et Bryce sont de corvée de baguage, Eva, Gaya et moi-même continuons à suivre l’évolution des nids . Fraichement arrivées elles sont déjà en train de se perdre gaiement dans les bois et nous ont déniché de nouveaux couples, de nouveaux nids et un poisson.

Pas facile à baguer...

La routine ne s’installe toujours pas et chaque journée amène son lot de surprises. Un nouveau léopard de mer (décidément super rare) est venu grignoter quelques manchots du coté de Boulder Beach. Je me fais de l’argent de poche en guidant les touristes sur l’île, à peu près toutes les bestioles d’Ulva jouent au même petit jeu, Ian est passé faire coucou, j’ai presque uriné sur un kiwi et Long John s’est trouvé une nouvelle meuf.
En cadeau la séquence photo trop mignon roudoudou cucul graou rien que pour le frangin:

 

 

?

 

!

*^_^*

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L’île de la tentation.

31 octobre

On vient de finir le recensement des couples de l’île et nous en sommes à cent cinquante et une paires, quelques célibataires errants et quatre-vingt cinq nids. Il nous manque un peu plus d’une centaine d’oiseaux que nous n’avons pas trouvé et plusieurs hypothèses s’offrent à nous. Tout d’abord certains ne sont pas du tout entrainés à se ruer vers le premier débile qui tape dans ses mains. Ceux là nous ne les trouverons que par hasard. Puis il y a ceux qui doivent s’être installés au sommet d’une falaise à pic de vingt mètre au dessus de l’eau. Il y a aussi celui qu’on entend brayer sur un îlot à une cinquantaine de mètres de la plage. Il doit probablement y en avoir quelques uns qui sont allés s’installer sur l’île Stewart de leur côté. Et puis il y a ceux qui font dodo depuis très longtemps…

Non! Les miros c'est trop mignon pour mourir!

On considère qu’un miro fait-dodo-depuis-très-longtemps lorsque personne ne la vue depuis trois ans. C’est l’espérance de vie moyenne d’un miro rubisole mais comme je vous l’ai déjà dit les miros fondateurs qui sont arrivés il y a dix ans se reproduisent à nouveau cette année! Comme on ne va pas s’amuser à fouiller toutes les pelotes de réjection de ninoxes à la recherche des bagues des disparus on admet l’hypothèse que leurs réveils sont cassés. Le truc assez ennuyeux c’est que depuis quelques jours Tracey n’arrête pas de nous trouver des miros zombies! Ces individus censés dormir-depuis-très-longtemps sont bien réveillés et en train de nicher!

Le marchand de sable.

Tout ça pour vous dire que tout ne se passe pas aussi facilement que la théorie le laisse penser. Les sentiers sont je vous parlais précédemment par exemple. En réalité ce sont plus des alignements de petits carrés métalliques plantés dans des arbres que de véritables sentiers… La topographie passe de falaises escarpées en profonds ravins à travers des dédales de lianes. Bien que les miros rubisoles soient censés être des oiseaux fidèles au même partenaire pour toute la durée de leur existence c’est un peu les feux de l’amour sur Ulva. Lorsque la compagne d’untel disparaît mystérieusement on retrouve la voisine dans son nid! L’ex compagnon de la dite voisine parcourant désespérément son territoire en braillant le bec plein de vers de farine. Ou lorsqu’un autre disparaît lui aussi dans des circonstances mystérieuses, on retrouve son voisin nourrir sa veuve. Tout ceci dans le dos de sa première compagne bien entendu. Et puis il y a ceux qui refusent de nourrir leurs partenaires même si elles ont pondu, les femelles qui viennent voler les vers dans le bec d’autres mâles ou celles qui refusent de vous montrer bien gentiment où se cachent leurs nids en vous entrainant vers de fausses pistes…

« Le prochain ver qu'il nous lance tu le donnes au voisin et il sera bien feinté! »

Personnellement ce que je trouve le plus difficile c’est la demi heure qu’il nous faut parfois attendre les yeux fixés sur les femelles avant d’être sûr qu’elles ne cachent pas un nid quelque part. On tombe souvent sur des mâles très amoureux qui nourrissent abondamment une femelle bien qu’elle n’ai pas encore pondu. On se retrouve du coup bêtement en train de regarder la femelle prendre des plombes à arranger toutes les plumes de son corps avant d’admettre qu’elle s’est bien foutue de nous… Bien entendu si la petite maline a effectivement un nid caché quelque part elle ne s’y rendra que lorsque votre attention sera détournée par un des nombreux spectacles extraordinaires qu’offre Ulva.

Comme par exemple des nestors superbes qui jouent au même jeu que les lions de mer!

Et comment conserver sa concentration à l’apparition d’un kiwi! Tiens ça me fait penser que je ne vous ai pas parlé des kiwis d’Ulva. L’île compte entre quarante et soixante kiwis austraux. Cette espèce vit également dans le Fiordland, sur l’île Stewart et certainement quelques autres ilots qui me sont inconnus. Il s’agit d’un oiseau massif. Alors que les kiwis d’Owen dépassent difficilement la taille d’une balle de handball les kiwis austraux atteignent facilement celle d’un ballon de foot! Les kiwis austraux ont également l’unique particularité d’être occasionnellement actifs en plein jour. Sur Stewart les kiwis ont par ailleurs l’habitude d’aller se nourrir sur les plages. Ces deux spécificités ont fait de la quête de l’oiseau emblématique l’attraction touristique numéro un de l’île. Avec les locaux on rigole pas mal lorsque les touristes reviennent d’une demi journée sur la plage en s’étonnant de ne pas avoir vu une dizaine de kiwis courir partout… Ce n’est pas parce que Stewart abrite la plus forte densité de kiwi du pays qu’ils s’agglutinent tous aux abords du seul village de l’île… Par ailleurs le kiwi austral a beau s’offrir quelques journées blanches il reste un oiseau essentiellement nocturne. De mon coté je n’en ai pas vu un seul en plein jour alors qu’une petite heure de marche tous les soirs me permet d’observer avec délice mon kiwi quotidien, voir plus. L’île héberge également une forte population de manchots pygmées. La présence de ces deux animaux au même endroit m’a permis d’assister à un spectacle auquel je n’aurais pas même pu rêver. La rencontre de ces deux champions du grotesque ne pouvait que donner lieu à un événement sensationnel. Et ce fût le cas. L’intensité comique de cet instant n’a aucune égale mais ne me permet toujours pas de déterminer lequel de ces animaux ridiculise l’autre par sa maladresse. Voilà pourquoi je m’en remet à votre avis chers lecteurs. Selon vous est il préférable de trébucher sur un manchot ou de se faire marcher dessus par un kiwi?

Entre les deux...

mon coeur balance...

Je me moque des touristes mais il s’avère que je suis moi aussi allé chercher des kiwis sur la plage. De nuit cela dit. Et c’est alors que je me dirigeais négligemment vers quelques rochers que j’ai entendu un grognement menaçant. Un grognement menaçant c’est le son qu’émet quelque chose qui peut potentiellement vous faire super mal mais à un peu la flemme là tout de suite et se contente de vous le faire comprendre vocalement. Précision importante: le grognement du kiwi est tout sauf menaçant. Il me semble également que les cailloux ne grognent pas. Après avoir sursauté j’ai donc reconsidéré le statut « caillou » de l’imposante masse grisâtre qui se tenait devant moi. Corrigez moi si je me trompe mais il me semble que les cailloux n’ont pas de dents non plus? Fort de toutes ces observations j’admis assez rapidement que la masse grisâtre ressemblait finalement plus à un léopard de mer qu’à un caillou.

C'est pour mieux te manger mon enfant.

Je sais ce que vous allez me dire: « Tu nous avais pas dit que c’était super rare en Nouvelle-Zélande un léopard de mer? ». C’est vrai mais qu’est ce que j’y peux moi si celui ci avait décidé de gonfler les statistiques? Bref on s’est retrouvé avec un gros phoque sur la plage. Comme je vous l’ai déjà dit l’état de santé d’un pinnipède n’est pas forcément évident pour l’œil du novice. Cependant notre léopard de mer n’étant pas resté bien longtemps et ayant laissé sur la plage un magnifique étron plein de plumes de manchots on ne s’est pas trop fait de soucis.

Fais comme chez toi...

Mais tout cela nous éloigne du point où je nous avais laissé la dernière fois! Souvenez vous, un miro rubisole au sexe indéterminé venait de s’envoler, ver de farine au bec, en direction de son nid! Il était effectivement temps qu’on ait une idée plus précise des nids que compte l’île car les bébés miros commencent à pousser un peu partout! Notre priorité du moment est donc de repartir de zéro en ce concentrant sur les couples qui n’avaient pas encore niché lors de notre premier passage. On garde un œil sur les nids connus mais ça va plus vite maintenant qu’ils sont indiqués depuis les sentiers. On passera à une toute nouvelle étape lorsque les poussins vont commencer à ressembler plus à un oiseau qu’à un bout de pizza perdu dans la cuisine de Loris…

On s'éloigne pas mal du bébé koala...

5 novembre

Les petits bouts de pizza continuent à moisir tranquillement dans leur nids. Nous en sommes maintenant à plus d’une centaine de nids actifs. Alors que certaines portées ont échouées et que leurs parents sont déjà en train de couver une nouvelle ponte d’autres couples n’ont même pas encore commencé un premier nid.

Prends ton temps surtout...

J’aime beaucoup l’étape « construction du nid » pendant laquelle le mâle, un ver de farine au bec, sautille gentiment derrière la femelle en train de se casser le popotin à ramasser des plumes de kiwis pour construire un nid. Les mâles de miros sont des vrais couillons en règle générale. Il y a celui qui appelle sa femelle avec un ver au bec. Puis mange son ver et fait un bisou. Ce qui laisse souvent la femelle assez perplexe… Celui qui se bat avec sa femelle pour attraper le ver que je leur lance et lui donne tout fièrement après lui avoir planté une griffe dans l’œil. Celui qui appelle la femelle lorsqu’il a un ver et la laisse faire le trajet jusqu’au nid pour nourrir les petits. Et puis ceux, plus tristes, qui parcourent leurs territoires en braillant comme des veaux en espérant que leur compagne qui dort-depuis-très-longtemps finisse par se réveiller…

Les yeux plus gros que le ventre.

Avec Tracey on songe à capturer en douce les femelles errantes dont le partenaire est allé nicher ailleurs et les relâcher dans les territoires des veufs. Mais la grande info du moment c’est cette photo que j’ai prise en rentrant au bercail un soir.

La main noire!

Une fois de plus les rats sont de retour sur Ulva. Depuis leur éradication un ou deux nuisibles atteignent l’île à la nage et les pièges reprennent du service. Tout le monde en parle en ville et pour cause. Les rats sont un problème dans tout le pays, mais sur les deux îles principales l’introduction des mustélidés contient la propagation des rongeurs. C’est d’ailleurs pour ça qu’ils ont été introduits mais le mal est parfois bien pire que le bien. C’est l’absence de mustélidés qui a permis à l’île Stewart de conserver des populations viables de kiwis et de strigops kakapos plus longtemps que sur les îles du Sud et du Nord. L’absence de prédateurs a cependant permis aux très nombreux rats de pulluler de manière démesurée. Par conséquent la raréfaction des espèces sur Stewart s’est faite de manière plus détournée. À l’inverse d’un furet, un rat ne pourra jamais venir à bout d’un kiwi ou strigops adulte. Mais les rongeurs ont un goût plus que prononcé pour leur œufs… De plus les rongeurs se régalent d’à peu près toutes les graines de la forêt et la végétation de certains îlots environnants a déjà été totalement dévastée. Une autre absence est remarquable dès les premières nuits passés sur Ulva. Celle des invertébrés et lézards. Dans tout le pays leur diversité est extraordinaire mais ici je m’estime heureux lorsque j’aperçois le moindre petit wéta. Bref l’éradication des rats est la clef de la conservation des espèces uniques d’Ulva et est prise très au sérieux. Mais je ne me fait pas trop de soucis les employés du Department Of Conservation sont des pros dans ce domaine et devrait venir à bout des nouveaux venus assez rapidement. De mon coté je retourne à mon observation des bêtes sauvages en attendant que les poussins soient assez grands pour porter des bagues…

Des heures de traques et d'affuts en perspective...

9 novembre

Les parents ont beau y mettre toute leur motivation, les petits prennent leur temps pour pousser.

Une cuillère pour papa...

Du coup on profite des grandes marées pour accéder à des territoires habituellement innaccessibles.

Jusqu'au-boutistes!

Ce qui nous permettra de trouver un mâle qui refuse obstinément de donner son ver à la seule femelle de l’îlot et continuera désespérément à en appeler une autre jusqu’à ce que nous nous en allions à marée montante… En dehors des miros tout le petit monde d’Ulva joue au même jeu rigolo, j’ai aperçu mon premier kiwi diurne et une lionne de mer s’est installée au beau milieu du territoire de RY/PuM et PuPu/PuM.

Je repasserais surveiller leur territoire plus tard...

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