Téléréalité

22 janvier

Un mérion en soi ça ne casse pas trois pattes à un canard. Un petit moineau vaguement flashy au dimorphisme sexuel peu prononcé.

La femelle a les plumes de la queue un poil plus courtes que le mâle.

La femelle a les plumes de la queue un poil plus longues que le mâle.

Ce n'est pas évident au début...

Ce n’est pas évident au début…

Non si tant de personnes étudient les mérions ce n’est pas seulement parce que la photo de couverture de la thèse est plus jolie que celle d’une étude sur le comportement nécrophage du babiroussa. Les mérions ont une particularité qui intéresse beaucoup de monde : leur vie sociale. Je vous préviens tout de suite c’est un sacré bordel, dans tous les sens du terme… Les mérions sont sédentaires et vivent en groupe sur des territoires plus ou moins grands. Le groupe ne compte généralement qu’une femelle. Et c’est elle qui porte la culotte. Quelques groupes incluent des femelles subalternes. Ce qu’elles font là a ne pas pondre de mioches reste un peu un mystère. Il est possible qu’elles soient de futures mamans en stage ou bien juste stériles. La femelle dominante gère un peu tout, de la construction du nid au nourrissage des poussins en passant par la quête du partenaire idéale et l’incubation des œufs. Contrairement à la plupart des espèces d’oiseaux elle participe même à la protection du territoire en beuglant un chant très joli aux quatre coins de sa réserve de bouffe ! Du côté des mâles, qui constituent la majorité du groupe, il y a aussi un dominant mais franchement il n’est pas facile à distinguer des autres couillus. Généralement c’est le plus vieux. En temps normal ce n’est pas franchement une information très utile sur le terrain mais en ce moment la différence est plus visible que d’habitude. Le plumage standard de tous les mérions est le marron qu’arborent en permanence les femelles. C’est seulement à l’approche de la saison de la reproduction que les mâles muent et se transforment en petits joyaux. Sauf qu’à la fin de la saison, c’est à dire maintenant, ils perdent progressivement leurs plumes bleues pour passer d’un plumage viril à une parure un peu plus efféminée… Ce qui est intéressant c’est que plus un mérion est âgé et plus il perdra son plumage nuptial tard dans la saison. Certains vieux lascars en arrivent même à muer directement d’un plumage nuptial au suivant sans passer par la case moche. En gros la mue c’est l’acné des mérions, si dans un groupe vous voyez un mâles qui perd ses plumes bleues, vous savez qu’il n’est pas dominant.

Qui est superbe maintenant?

Qui est superbe maintenant?

Personnellement je m’attendais plus à distinguer le mâle dominant en cherchant celui qui porte des cornes dans le groupe. Le concept de domination chez les mérions est assez différent de celui qu’on vous enseigne dans les caves des clubs sado-masochistes de la rue Saint-Denis… En théorie le mâle dominant est censé être celui qui féconde la femelle, le père des futurs petits quoi. Dans les faits monsieur n’est pas très doué quand il s’agit de dominer bobonne. Les chercheurs qui étudient ces charmants petits oiseaux ont découverts que les mâles d’un territoire sont rarement les parents biologiques des petits de la femelle dominante. En observant cette dernière un peu plus attentivement ils se sont rendus compte que, après avoir finit de construire son nid, la belle attend la tombée de la nuit pour aller faire la tournée des buisson des quartiers rouges de Serendip et se fait culbuter joyeusement par le premier bleuâtre qui passe. C’est du propre mais bon, pendant que le soit-disant dominant est en train d’être fait cocu, il est certainement tranquillement en train de trombiner la voisine… Mais une fois les orgies terminé c’est beaucoup plus sage ! Lorsque les œufs sont pondus tout le monde se plie en quatre pour nourrir la femelle puis les poussins, qu’importe la paternité. Lorsque le groupe en est à sa deuxième portée il arrive même que les poussins nés des premiers amours de la saison, âgés à peine d’un mois et demi, viennent aux-aussi en aide à leur petits frères et sœurs en participant au nourrissage. Beaucoup plus mignons d’un coup. Maintenant que vous en savez plus sur la vie trépidante des mérions superbes il est temps que je vous explique en détail ce que nous faisons pour en connaître encore plus sur eux.

Tu aurais mieux fait de te comporter comme un oiseau classique petite dévergondée !

Tu aurais mieux fait de te comporter comme un oiseau classique petite dévergondée !

La première étape, en août et septembre, consiste à baguer autant d’oiseaux que possible sur la zone que nous voulons étudier. La plupart des mérions de la zone sont bagués maintenant mais il arrive quand même que de nouveaux individus s’installent avant la saison de reproduction. Les oiseaux sont bagués avec une bague en métal qui porte un numéro unique mais aussi trois bagues en plastique de couleur. La combinaison de ces bagues permet de reconnaître l’individu sans avoir besoin de le capturer. J’ai déjà détaillé le principe quand je bossais sur des miros en Nouvelle-Zélande alors je ne vais pas me répéter. Une fois que tous les oiseaux sont bagués il faut ensuite établir une carte des territoires et identifier la femelle qui s’y est établie et les mâles qui lui sont soumis. Puis arrive l’étape sur laquelle ont travaillé Alice, Aude et Eva pendant trois mois. Il faut trouver les nids de chaque femelles et suivre leur évolution. Selon la motivation de la femelle la construction du nid peut prendre de deux jours à une semaine, voir deux pour les vraies feignasses. Le nid est visité tous les trois jours pour connaître précisément la date de ponte. Trois jours ça n’a pas l’air très précis comme ça mais dans les faits la femelle pond en moyenne trois œufs, chacun avec un jour d’intervalle. Lorsque les premiers œufs apparaissent dans un nid il suffit de les compter pour avoir une idée assez précise de la date de ponte. Une fois le dernier œuf pondu, la femelle se met à couver. C’est là qu’Ashton intervient. Ashton est une thésarde australienne supervisée par Michelle. Elle cherche à étudier le comportement maternel des femelles mérions. Elle pose donc des caméras près des nids dans lesquels le dernier œuf a été pondu il y a deux jours. Le but est de comparer le temps que chaque femelle passe sur ses œufs. À plus long terme les résultats intéressent aussi beaucoup Michelle. Les femelles issue de femelles qui couvent plus attentivement vont elles reproduire ce comportement avec leurs propres couvées ? Le comportement d’un mérion est il influencé par l’assiduité avec laquelle sa mère l’a couvé ? Si deux femelles pondent en même temps on procède à un échange des œufs entre les deux nids. Le but est d’avoir des petits élevés par des parents adoptifs, c’est essentiel si on veut découvrir des différences entre les caractères innés et acquis. C’est une manipulation que j’avais déjà effectué avec des manchots royaux à Crozet et que je n’aime pas vraiment. Le risque que l’oiseau abandonne ses œufs est assez élevé. Au final j’ai échangé les seuls œufs que m’avait laissé Alice avec ceux d’une femelle suivie par Eva. La manipulation s’est très bien passée et les femelles couvent aujourd’hui leurs nouveaux œufs avec amour.

Tout en douceur.

Tout en douceur.

Non content d’avoir des mœurs très intéressantes, les mérions sont aussi réglés comme des horloges, ce qui les rend d’autant plus facile à étudier. Les œufs vont toujours éclore quatorze jours exactement après que le dernier ait été pondu ! Pas un jour de plus, un jour de moins dans de très rares cas. Du coup même si on a un doute d’un jour ou deux sur la date de ponte on peut se rattraper avec la date d’éclosion. On vérifie donc que tout le monde a bien éclot et parfois on tombe sur une surprise. En partant Alice m’avait laissé trois nids actifs. Je vous ai déjà parlé de l’un d’entre eux, maintenant le suivant. Le nid était placé en hauteur et Alice n’avait jamais pu l’atteindre pour vérifier le nombre d’œufs qui s’y trouvaient. Étant un poil plus grand qu’elle, j’ai tenté ma chance en arrivant, mais je n’ai pu qu’effleurer un minuscule poussin tout chaud du bout des doigts. Quelques jours plus tard j’ai pu me saisir de l’oisillon qui, étrangement, était tout seul dans son nid. Aude était venue me prêter main forte et à la vue du petit elle a su tout de suite m’expliquer ce qu’il était advenu des ses « frères et sœurs ». Le petit n’était pas un poussin de mérion mais celui d’un coucou de Horsfield, un parasite fréquent du mérion superbe. Sa mère l’avait pondu au milieu des œufs légitimes et la femelle mérion l’avait couvé comme l’un des siens. Les petits coucous éclosent en moyenne deux jours avant les petits mérions, ce qui permet à l’intrus, dès sa sortie de l’œuf, de pousser ses concurrents par dessus bord avant même qu’ils ne voient le jour !

Tueur né.

Tueur né.

Au septième jour après l’éclosion on surveille le nid pour voir si les adultes s’occupent bien de leurs petits et leurs apportent tous à manger. Le but est toujours un peu le même. D’un côté ça nous permet de définir encore plus précisément la nature comportementale de chaque individu adulte, et de l’autre on pourra étudier ce qu’il advient du comportement des poussins une fois adultes selon si ils ont été bien nourris ou pas. C’est ce que j’ai fait pour mon troisième et dernier nid, qui lui n’était pas parasité et avait vu naitre trois jolis petits mérions. Si possible on le fait directement depuis un affût qu’on place à proximité du nid. Le nid en question se trouvant au dessus d’un petit étang ce n’était pas vraiment possible. Dans ce cas là on fait appel aux nouvelles technologies. On place une caméra à proximité de l’entrée du nid et on enregistre les allées et venues des adultes. Une fois la caméra récupéré je visionne tranquillement la vidéo à la maison et j’enregistre tous ce qui s’est passé sur mon Iphone.

Mommy, have you ever noticed anything odd about Mr...Mr. Fuzzybear over there?

Mommy, have you ever noticed anything odd about Mr…Mr. Fuzzybear over there?

Oui vous avez bien lu « mon Iphone ». Ça aussi c’est nouveau d’ailleurs. Ici je travaille vraiment avec du matériel qui me dépasse un peu. Finit la saisie de données pendant des heures depuis un carnet de terrain plein de ratures vers une base de données sur un ordinateur. À Serendip j’enregistre instantanément tout ce que je vois directement sur une base de données de l’université de Melbourne via une application créée de toutes pièces pour le projet sur un Iphone qui m’a été confié ! Forcément au début il faut prendre ses marques, surtout pour un handicapé des nouvelles technologies comme moi. Mais très vite on y prend goût et c’est quand ça plante que je me retrouve perdu maintenant. Enfin bref, revenons à nos mérions. Le lendemain de l’espionnage les choses sérieuses commencent pour nos jeunes mérions. Au huitième jour il faut les baguer. Michelle, Ashton ou Timon, un thésard hollandais, nous accompagnent pour cette manipulation. Pas que ce soit particulièrement compliqué de baguer un poussin quand on a l’habitude mais là encore il faut tester le comportement. La réaction de l’oisillon est filmée lorsqu’il est enfermé tout seul dans un compartiment, puis lorsqu’il est maintenu sur le dos et après tout ça le rythme de ses respirations est mesuré. Vu les mœurs de sa mère ont lui prend aussi un peu de sang pour retrouver génétiquement l’identité du vrai père. Et pour finir il se retrouve avec sa propre combinaison de bagues de couleurs qu’on choisit parmi celles qui sont encore disponibles.

J'espère que les miens ne sont pas épileptiques...

J’espère que les miens ne sont pas épileptiques…

Maintenant que mes poussins ont été bagués il ne nous reste qu’à attendre l’éclosion des deux dernières couvées de la zone d’étude. Vous l’aurez compris, le suivi des nids touche à sa fin. Mais pour moi le travail ne fait que commencer ! Chris, un volontaire américain, vient de nous rejoindre alors qu’Aude et Eva vont nous quitter très bientôt. Avec lui nous allons passer à l’étape suivante de l’étude des mérions superbes de Serendip, que je vous détaillerai plus tard.

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Déchainé

15 janvier

Augustino nous avait abandonné à partir du nouvel an pour retrouver sa copine à Melbourne mais Sophie, que nous avions rencontré chez Don, s’est empressée de venir prendre sa place dans notre chambre. On se retrouvait donc avec une sacrée équipe dans notre sorte de petit appartement que nous louait Tony. Paola et Fransesca, deux Italiennes, partageaient l’autre chambre et Alexandre, un Breton qui bossait tous les jours avec moi, venait souvent nous rendre visite.

Belle brochette de gypsies !

Belle brochette de gypsies !

L’essentiel de mon boulot pour ma dernière semaine à Mildura a consisté à cueillir des pastèques pour Lea. C’est le seul boulot rémunéré à un salaire minimum légal que j’ai eu en Australie, mais ça se mérite. Dans un sens Lea n’est pas la pire des patronnes. Après s’être défoncés à la tâche par quarante-cinq degrés à l’ombre (il n’y a pas d’ombre dans une plantation de pastèques) pendant sept heures durant, nous avons eu droit à une bière fraiche et même été autorisés à changer l’eau limpide de sa piscine en eau boueuse. Oui Lea a une piscine. Quatre quads, deux motos, quatre ou cinq bagnoles mais une seule piscine. Lorsque je parle de fermiers à Mildura il ne faut pas s’imaginer le pauvre type de la Creuse qui ne peut même pas se permettre de se payer ce qu’il fait lui-même pousser. Je ne le répéterai jamais assez mais l’esclavage a clairement encore le vent en poupe dans la région. Une rumeur prétend que si la loi australienne était appliquée autour de Mildura, soixante pour cent des fermiers seraient en prison. Bien entendu c’est faux. Si du jour au lendemain tous les exploitants du coin devaient payer pour leurs crimes, il en resterait bien moins de quarante pour cent à se balader librement dans les rues !

Les vignes seraient bien vides...

Les vignes seraient bien vides…

Quand je parle de fermiers à Mildura il faut plutôt s’imaginer les propriétaires de plantations de coton en Louisiane avant la guerre de sécession, avec le comportement qui va avec. Lorsqu’on cueille des pastèques avec Lea, l’organisation est la suivante. Un tracteur avec une remorque pleine de bennes se positionne entre deux rangées de pieds de pastèques. Deux ou trois personnes sont envoyées en avant pour commencer à cueillir. Leur rôle est de repérer les pastèques les plus évidentes et les plus belles, de les cueillir et de les laisser sur place pour que les cueuilleurs-lanceurs s’en saisissent lorsqu’ils arrivent à leur niveau. Sur la remorque se trouvent deux personnes chargées de placer correctement les pastèques que leur envoient les copains dans les bennes. De chaque côté de la remorque on place trois esclaves cueuilleurs-lanceurs. Ils ont clairement le boulot le plus difficile. Ils doivent se saisir des pastèques déjà cueillies mais aussi repérer celles qui ont été laissées de côté et les acheminer par lancés consécutifs jusqu’aux bennes. Tout ça en suivant l’avancée du tracteur dont la vitesse est régie par Lea qui observe le tout du haut de la remorque en regrettant de manière évidente de ne pas avoir le droit de se servir d’un fouet. Il est strictement interdit de parler, ou même de chanter, pendant qu’on travaille. Tout le monde la ferme, sauf Lea qui y va de ses monologues racistes pleins de haine à l’encontre de ces enfoirés d’aborigènes parasites notamment. Pour mon dernier jour j’ai failli craquer et envoyer une pastèque bien mûre au visage de notre tortionnaire joufflue. L’un de nos nouveaux collègues, David, avait oublié son chapeau et en était à cinq bonnes heures de travail lorsque le thermomètre commençait à attendre les quarante degrés (toujours à l’ombre qu’on n’a pas, surtout sans chapeau). Bien décidée à ramasser autant de fruits que possible pour notre dernier jour, Lea s’efforçait de faire rouler le tracteur à pleine vitesse tout en nous inondant de remontrances si nous manquions la moindre pastèque sur notre passage. Elle se montrait particulièrement cruelle à l’encontre d’un David rougeoyant qui s’approchait dangereusement d’une insolation violente et commençait sérieusement à tourner de l’œil. Malgré plusieurs protestations de plus en plus faiblardes, le tracteur ne s’arrêtera même pas lorsque David s’effondrera et se mettra à vomir sa bile au milieu des pastèques. La réaction de notre patronne bien-aimée ? Une cascade d’éclats de rire, une photo de sa victime pour son Iphone et bien entendu une note dans son carnet pour bien se rappeler de l’heure à laquelle a « fini » David et ne pas le payer plus qu’il ne le mérite…

A ce moment-là ma transpiration a dû se transformer en vapeur car les copains se sont vite interposés entre moi et la grosse baleine qui gloussait sur son attelage. Mes vociférations proférés dans la langue de Molière, ou plutôt celle de JoeyStarr, tandis que je faisais voler rageusement les pastèques ont dû mettre la puce à l’oreille de l’idiote infâme car dix minutes après l’incident le tracteur s’arrêtait. Fuyant mon regard elle nous annonça qu’elle n’avait plus besoin que de trois personnes pour finir ses bennes en un peu moins d’une heure. Je ne me suis pas porté volontaire.

Retrouver les copains à l’hôtel a facilement suffit à me redonner le sourire et j’ai été surpris de ressentir un petit pincement en me dirigeant vers la gare après ma dernière journée à Mildura…

Comme quoi y a du bon partout !

Comme quoi y a du bon partout !

Ma destination était le sanctuaire de Serendip, à une heure de train au sud-ouest de Melbourne. J’y retrouvais Michelle, une chercheuse de l’université de Melbourne que j’avais rencontré peu de temps avant mon arrivée. Ca fait maintenant plusieurs années que Michelle supervise l’étude d’une population de mérions superbes à Serendip. Je vous rassure tout de suite, si cette mission tourne encore autour d’une espèce d’oiseau, il y a quand même du nouveau. L’objet de mon travail ne sert que la recherche fondamentale et je vais même faire mes premiers pas dans l’expérimentation animale ! Modifier le cours naturel des choses pour voir ce que ça donne. En temps normal c’est un domaine qui me rebute pas mal mais en papotant avec Michelle j’ai pu me rendre compte qu’elle prêtait une attention évidente, et peu commune dans ce milieu, à ce que ses recherches n’aient pas un impact trop important sur les oiseaux. Mais que les choses soient quand même claires entre vous et moi. Ce que je fais ici n’a absolument rien à voir avec la protection des mérions, qui ne sont d’ailleurs absolument pas menacés. Certains d’entre-vous m’ont sûrement déjà entendu proférer avec un sourire « je me demande combien de temps il tient sous l’eau ? » lorsque je découvre un nouvel animal, surtout s’il est mignon. Et bien la recherche fondamentale c’est ça. Répondre à des questions inutiles en se donnant des moyens parfois contestables, comme maintenir un bébé koala sous l’eau pour voir le temps qu’il met à agoniser.

A peu près une minute et quinze secondes.

A peu près une minute et quinze secondes.

Alors bien entendu j’ai mon éthique et je ne me compromettrais pas à noyer des bébés mérions. L’autre nouveauté de cette mission c’est que je vais enfin pouvoir participer à une étude comportementale. Celle à laquelle j’apporte mon aide cherche à savoir si le comportement des mérions est obtenu de manière innée ou acquise. Est-ce que les petits de mérions paranoïaques ont tendance à le devenir à leur tour en grandissant ? Pour se faire on dresse un compte-rendu de la nature comportementale de tous les individus étudiés et de leur descendance. Et de temps en temps on échange des œufs entre deux nids pour voir de qui vont tenir les futurs petits.

Concrètement comment ça se passe ? La saison de reproduction a commencé il y a quatre mois. Et ça fait quatre mois que Eva (Pologne), Aude (France) et Alice (Canada) suivent un peu plus d’une centaine de territoires de mérions. Elles identifient les membres des différents groupes, localisent leurs nids, déterminent les dates d’éclosions, échangent les œufs entre deux nids lorsque les dates de pontes correspondent, etc. De mon côté je viens remplacer Alice et donc j’aurai l’occasion dans les jours qui viennent de vous détailler un peu plus le boulot qu’on attend de moi.

Mais en attendant je voudrais bien que vous m’aidiez à répondre à une question qui me turlupine les copains.

Ils n'auraient pas pu trouver un nom un peu plus approprié que « mérion superbe » pour cette horreur ?

Ils n’auraient pas pu trouver un nom un peu plus approprié que « mérion superbe » pour cette horreur ?

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Bonne poire

1er janvier

Ma quinzaine à Melbourne a payé ses fruits et j’ai pu mettre en branle la machine à faire rêver. Je compte bien vous en faire profiter les copains mais pour l’instant c’est plus de cauchemars dont je vais vous parler…

Ayant quelques semaines à tuer avant de traumatiser la faune locale je me suis dirigé vers l’activité privilégiée des détenteurs d’un visa vacance/travail : rechercher un poste dans une ferme.

La destination idéale dans l’état du Victoria pour ce genre de projet est la ville de Mildura, le long de la rivière Murray qui marque la frontière avec l’état de la Nouvelle-Galles du Sud.

Suivez les pélicans.

Suivez les pélicans.

L’Australie c’est grand, mais alors très grand. Pour aller d’un bout de l’état à l’autre il faut facilement se cogner cinq cent bornes. Un trajet qui suffit à vous faire réaliser que ce n’est pas la taille qui compte. En cinq cent kilomètres à travers l’Europe vous en avez pour vos mirettes mais en Australie vous pourriez aussi bien avoir un poster collé sur la fenêtre de votre véhicule. Le paysage est d’une monotonie qui ferait passer la Champagne pour une région aux paysages diversifiés. Des centaines de milliers d’eucalyptus rabougris après Melbourne, je descend du bus à Mildura. Trente-huit degrés à l’ombre. Ça pique un peu… La région où la quasi totalité du pinard australien voit le jour se situe à la limite de l’outback, cette immense zone désertique qui compose l’essentiel du centre du pays.

Quelques minutes après mon arrivée, Serdar Donmez vient me chercher à la gare. Celui qui se fait appeler Don est ce que les australiens appelle un « contractor », ou du moins c’est ce qu’il prétend être… Il ne me faut pas longtemps pour me rendre compte que je viens d’offrir un joli petit paquet de pognon à un escroc de première catégorie. À force de trop m’habituer à la gentillesse maladive des australiens, je me suis fait avoir comme un débutant.

La manne importante que constitue l’abondance de jeunes étrangers à la recherche d’un petit boulot agricole représente un business colossal. Pour se faire une petite part dans cette montagne d’argent, certaines personnes se sont improvisés contractor ou ont créé les work hostel. Leur but et de mettre en relation les fermiers en manque de main d’œuvre avec les voyageurs en mal de travail, le service étant bien évidemment rémunéré. Ce genre de service est indispensable si vous n’avez pas votre propre moyen de transport ou que vous êtes eu peu limite en temps. Et bien entendu, comme à chaque fois que de l’argent est en jeu, il y a les malhonnêtes.

Cachés en pleine lumière.

Cachés en pleine lumière.

La situation à Mildura est la même que celle que j’avais pu observer en Nouvelle-Zélande. Il existe un code du travail très strict mais absolument personne ne l’applique. La situation des jeunes travailleurs étrangers en Australie approche souvent les aspects d’un esclavage moderne… Profitant abondamment du fait que beaucoup de jeunes voyageurs ne parlent pas anglais ou sont désespérément en manque d’argent, des fermiers et des contractors peut scrupuleux les font travailler dans des conditions parfois terribles. Ainsi Don (je ne m’attarderai pas sur ce triste personnage, une rapide recherche sur Internet vous suffira à en savoir plus sur ses méfaits) ne nous fourniras que deux jours de travail dans un verger où nous devrons cueillir des oranges dans des conditions dangereuses pour un salaire largement inférieur au minimum légal. Le tout avec un « service » payés à l’avance pour deux semaines…

Mais alors, si je m’étais déjà fait avoir en Nouvelle-Zélande, comment ai je pu tomber dans ce piège une nouvelle fois ? Et bien comme si l’attrait d’un travail ne nécessitant ni qualifications particulières ni engagement au long terme ne suffisait pas, l’Australie s’est dotée d’une combine efficace pour inciter les jeunes voyageurs à faire le sale boulot. Si vous passez quatre-vingt huit jours dans l’année à travailler dans le secteur agricole, votre visa est prolongé d’un an ! Vu les opportunités bien plus réjouissantes que peut facilement m’offrir ce pays, c’est une option qui m’a rapidement séduit. Mais bien entendu si Don n’est même pas foutu de me trouver un boulot, je ne suis pas prêt de valider ces fameuses journées…

Au final, me faire avoir par Don comme un débile m’aura permis de rencontrer une nouvelle pelletée de gens très sympa dont Paul, un allemand de dix-neuf ans, et Augustino, un chilien de vingt-six ans.

Souriant même dans l'adversité !

Souriant même dans l’adversité !

Avec ces deux joyeux lascars nous avons quitté notre traquenard pour un hôtel bien plus fréquentable. Notre trio international et improbable a vite attiré la sympathie de tous et notre efficacité a su séduire des fermiers plus honnêtes. Nous nous sommes ainsi retrouvés à recouvrir des vignes de bâches pour protéger le raisin des intempéries, désherber autour de pieds de citrouilles et nous passons d’une année à l’autre en cueillant des pastèques.

Dans notre nouveau chez nous la vie d’esclave agricole moderne est plus facile mais les mathématiques continuent à gérer notre vie. Après notre couteuse mésaventure on se retrouve à calculer le prix de la vie en heure de travail. Ainsi un pack de vingt quatre canettes de bière nous coute six heures de cueillette d’oranges, presque trois heures de pose de bâches ou deux de ramassage pastèques. C’est un exercice rigolo et je vais donc entamer l’année en vous offrant un petit problème à l’ancienne :

Sachant que pour le Boxing Day le pack de vingt-quatre est à moins vingt pour cent de son prix habituel et que nos héros ont jusque là cueilli des oranges pendant douze heures, posé des bâches pendant huit, et ramassé des pastèques pendant dix-huit, combien de canettes de bières vont ils pouvoir se payer le lendemain de l’anniversaire de Jean-Claude ? Vous avez un an.

 Bonne année les copains!

Bonne année les copains!

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Migrations

15 décembre

L’hiver se faisant de plus en plus présent de votre côté de l’équateur les copains, je me suis dit qu’il était temps de changer d’hémisphère. Ma seule expérience de l’Australie se limite à cette semaine de pêche à l’ornithorynque autour de Melbourne dont je vous avais parlé il y a maintenant quatre ans. Du coup, puisque je connaissais déjà le coin, je me suis dit que j’allais découvrir un peu le reste du pays. Et en fait non, je suis retourné dans cette même ville que je trouve très agréable et c’est par une belle matinée ensoleillée que je quitte l’aéroport en laissant derrière mois une trentaine d’heures de vol. Et c’est le même jour qu’à la sortie d’un train de banlieue je rencontre Daniel.

23 novembre (6)

Le hippie au milieu des autres.

Daniel est allemand, comme beaucoup de jeunes étrangers ici, et a tellement roulé sa bosse au pays des kangourous qu’il dispose maintenant d’un visa permanent pour le pays. L’Australie est un pays de migrants. Techniquement il n’existe plus une seule population humaine sur la planète qui ne soit issue de migrations mais ce que je veux dire c’est qu’ici il y a bien plus de chance que je passe ma soirée à m’envoyer des canettes de bière avec la moitié de la jeunesse européenne qu’à jouer du didgeridoo avec un Aborigène. Plusieurs raisons font que ce pays attire pléthore de jeunes en mal d’exotisme. Déjà c’est grand et varié donc il y a de fortes chances que vous trouviez un endroit à votre goût. Ensuite il y a beaucoup de boulot pour ceux qui n’ont pas un poil de mammouth dans la main, le nombre d’heures légales de travail est limité au maximum à vingt-quatre heures par jour et la paie est plus qu’honnête. Ajoutez à ça le fait que, même s’il est assez facile de se procurer légalement un permis de travail d’un an, la plupart des patrons ne rechignent pas à vous payer directement en liquide et vous comprendrez pourquoi beaucoup de voyageurs en Asie retournent en Australie plutôt que chez eux pour recharger leurs porte-monnaie.

Mais revenons à ma rencontre avec Daniel. Comment ce fait il que ce joyeux drille, nu pieds et le sourire jusqu’aux oreilles m’ait apostrophé à la sortie de mon train ? Et d’ailleurs qu’est ce que je foutais dans cette banlieue paumée ? La réponse se retrouve là encore quatre ans en arrière avec la découverte d’un site Internet qui a littéralement changé ma vie : Couchsurfing. Ce site permet non seulement de trouver des gens sympas partout sur la planète près à vous héberger pour pas un rond mais sert en plus de réseau social privilégié pour les voyageurs en mal de sociabilisation. Et comme je viens de vous dire que l’Australie regorge de voyageurs vous vous doutez bien que ce site est très sollicité ici. C’est donc via ce site que des expatriés de tous bords lancent des rendez-vous divers et variés pour des évènements tout aussi divers et variés. Il se trouvait justement que le jour de mon arrivée à Melbourne près de quatre cents joyeux fêtards s’étaient donné rendez-vous dans un vieil entrepôt désaffecté pour jongler, danser, jouer, papoter et déguster une large sélection de pinards australiens. Daniel était de ces rigolos mais quand nous sommes arrivés sur les lieux en début d’après-midi nous n’étions pas encore très nombreux. Cependant au fur et à mesure que la journée, et la dégustation, avançaient, l’entrepôt se remplissait.

Faites comme chez nous.

Faites comme chez nous.

La nuit venait de tomber quand je quittais les lieux en titubant, laissant derrière moi Daniel à la tête d’un gang de tatoués que nous venions de fonder. Je contemplais avec admiration le panneau des horaires de bus qui m’annonçait impassible que j’avais raté le mien lorsque je fus abordé par des Autochtones (autant que peuvent l’être des Australiens). Après m’avoir convaincu que leur motivation n’était pas de me kidnapper (même à deux je ne suis pas sûr qu’ils fissent mon poids), le charmant couple de quinquagénaires m’offrit de me déposer à ma prochaine destination. La seule condition était de faire un détour par chez eux pour qu’ils m’offrent une bière… C’est donc avec une bière entamée à la main que je débarquais fièrement à la House of Sin. Là encore c’est via le site couchsurfing que j’ai pu m’incruster dans cette soirée improvisée par une bande de colocataires habitués à ce genre d’évènements. Une soirée typique des banlieues résidentielles australiennes, j’avais enfin l’impression d’avoir traversé la moitié de la planète. J’étais un des rare à ne connaître personne et l’organisateur de la soirée ne doit même pas se souvenir de ma tête vu que des petits bonbons de toutes les couleurs l’avaient déjà transporté sur une autre planète. J’en profite pour vous signaler que la passion des jeunes australiens pour les substances psychotropes est presque supérieure à celle des britanniques ! La plupart des jeunes australiens que j’ai rencontré ici n’envisagent pas de faire la fête sans avoir ingurgité au moins une petite pilule.

Finalement le décalage horaire a fini par me ratraper et ni l’ambiance survoltée de la soirée ni le passage surprise de Daniel accompagné par une poignée de nos gangsters n’ont réussi à me tenir éveillé jusqu’au petit matin.

Mais le lendemain j'étais de nouveau en forme!

Mais le lendemain j’étais de nouveau en forme!

Après un week-end riche en émotion j’ai passé la semaine chez Pedro. Pedro vit dans une colocation et enchaine les séjours en Australie dans le but d’amasser assez d’argent pour accomplir son rêve, se rendre de Melbourne à Lisbonne en moto. Très vite la colocation est devenu mon point de chute mais j’ai aussi profité de mes premières semaines à Melbourne pour tester un nouveau mode d’hébergement alternatif. Sur le modèle du WOOF, le site helpx permet de se faire héberger en échange d’une participation sous forme de travail. Le procédé est plutôt sympa et contrairement au WOOF il n’est pas limité aux fermes. Mon hôte, d’origine ukrainienne, s’appelait Emilia et était un peu atypique. J’étais hébergé dans une sorte d’auberge de jeunesse informelle gérée chaotiquement par Emilia. Il n’y avait aucun employé et en gros c’était un joyeux petit Bronx peuplé par une vingtaine de voyageurs très sympas. Aucun d’entre eux n’avait travaillé pour Emilia plus longtemps que les trois jours minimums nécessaires à couvrir la semaine d’hébergement. J’allais vite découvrir pourquoi…

Le travail exigé par Emilia consiste à l’aider à rénover une vieille maison dont elle est propriétaire. Non contente d’être située à une heure de marche de l’auberge, la bâtisse est hideuse et en ruine. Le travail était à la fois dangereux et complètement dénué de sens. J’ai passé trois jours à réparer un meuble avant de le fixer à un mur percé de trous et recouvert d’une couche de plâtre miteus.Ni le parquet, ni l’électricité, ni la plomberie, ne sont en état mais Emilia demande à ses volontaires de fixer des décorations en platre d’un mauvais goût repoussant un peu partout dans la baraque. Cela fait maintenant dix ans qu’elle travaille à cette fausse rénovation et je suis persuadé qu’elle s’applique sans se l’avouer à tout faire pour que le travail ne soit jamais fini. Après tout que lui resterait il à faire de ses journées si la maison n’avait plus besoin de rénovation ?

On a quand même bien rigolé !

On a quand même bien rigolé !

Pour me changer les idées j’ai décidé de retourner chez mes tout premiers hôtes rencontrés via le site couchsurfing, Penny et Rhys. Alors qu’une chance outrageante m’avait permis d’observer un nombre élevé d’espèces animales emblématiques de l’Australie, ce couple de végétariens accros à la bière s’était moqué de moi en insistant sur le fait qu’il me restait à observer un échidné. Me suggérant même de repasser en Australie pour remédier à cela. Qu’est ce que ça pouvait bien me faire de ne pas savoir exactement à quoi ressemble ce porc-épic raté alors que j’ai tripoté des ornithorynques ? Et bien l’échidné c’est quand même une créature assez hallucinante, l’exemple même de ce qu’on appelle la convergence évolutive. Je m’explique. Pour commencer il faut savoir que malgré les innombrables différences physiques, le parent le plus proche des échidnés est l’ornithorynque. Les deux familles sont les derniers représentants des monotrèmes, ces mammifères primitifs qui continuent tant bien que mal à pondre des œufs. Maintenant la convergence évolutive. Habituellement, via une succession de mutations, l’évolution tend à transformer une sorte de rat avec un seul trou dans le derrière en des espèces aussi différentes qu’un canard poilu et un hérisson à trompe. Là on parle de divergence. On parle de convergence lorsque des espèces ayant divergé depuis des millions de générations affichent au final des caractères physiques très proches. Prenons l’exemple de l’échidné et d’un de ses parents très lointain, le porc-épic. Le porc-épic diverge de l’échidné depuis des millénaires, étant le fruit de mutations qui ont donné naissance aux marsupiaux, puis aux placentaires, jusqu’à une sorte de ragondin épineux. La convergence évolutive c’est la mutation qui a amené ces deux créatures si distantes l’une de l’autre à transformer leurs épis de poils en piquants.

La similitude est encore plus frappante de près.

La similitude est encore plus frappante de près.

Ah ben oui, parce qu’à peine arrivé chez mes hôtes, Rhys et moi sommes allés nous balader en forêt. Il ne nous a pas fallu très longtemps pour repérer un échidné à bec court au milieu des dizaines de kangourous. Vous m’excuserez pour la photo de qualité assez médiocre mais j’étais trop excité pour en prendre plus.

Après avoir passé la journée à me balader en short et sandales dans des hautes herbes infestées de serpents qui vous transportent de vie en trépas en moins de temps qu’il n’en faut pour expliquer le principe de convergence évolutive, je me suis dit qu’il fallait que je trouve un autre moyen de mettre ma vie en danger à la mode australienne. J’ai donc accompagné Rhys pendant une de ses plongées dans cette mer réputée pour son abondance de grands requins blancs. Nous n’avons pas vu le moindre aileron mais avons été gratifiés par la présence d’une pastenague aux dimensions titanesques et celle de plusieurs dizaines de dragons de mer.

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Напасашок !

7 septembre

 

Il a fallu quasiment deux semaines à Nikolaï pour réapparaitre à la station. Du coup il nous a été impossible d’aller nous balader de notre côté. Ce qui n’était pas si gênant que ça non plus vu l’évolution de la météo. On est passé en quelques jours des tee-shirts aux pulls, la première tournée des filets de la journée se fait en marchant sur le givre et les baignades dans le lac ne consistent plus qu’en un rapide rinçage de la sueur du banya. Les oiseaux sentent eux aussi l’hiver venir et c’est maintenant par centaines que nous observons les mésanges, pouillots et compagnie dévorer toutes les chenilles qu’ils peuvent trouver sur leur route vers le Sud. Une mésange noire est même rentrée toute seule dans le wagon pour venir chercher sa bague ! Mais si la quantité d’oiseaux qui nous entourent augmente le nombre de capture reste stable. On ne s’en plaint pas trop et les oiseaux rares comme les énigmatiques bouscarles de David et de Taczanoswcki remplissent facilement nos journées.

Et j'ai enfin capturé mon pouillot de Pallas !

Et j’ai enfin capturé mon pouillot de Pallas !

Au final notre attente tranquille au wagon de Mishiha aura largement été récompensé par Yuri. Il est venu nous y chercher pour nous emmener au delta de la Selenga (Селенга), une des perles du lac. La Selenga prend sa source en Mongolie et pour vous donner une idée du bestiau sachez que l’eau qui coule de sa source doit parcourir plus de cinq mille kilomètres avant d’atteindre l’Océan. On est encore loin de l’Amazone ou du Nil mais quand même. Et le delta qui se forme à l’arrivée de cette eau au niveau du lac Baïkal couvre une surface tout aussi respectable, même si elle a réduit de moitié depuis la construction d’un barrage. Comme souvent avec une zone humide aussi importante, le delta constitue l’habitat permanent comme provisoire de nombreuses espèces animales. Immanquablement ce site a été classé d’intérêt prioritaire par la convention RAMSAR qui vise à protéger les zones humides à travers la planète.

Généralement des endroits super moches.

Généralement des endroits super moches.

Au beau milieu du delta on trouve la zakaznik (Заказник) de Kabansk. Ne me demandez pas ce qu’est une zakaznik, je n’ai toujours pas bien saisi. En tout cas elle est en grande partie administrée par la réserve naturelle où nous travaillons. Yuri devait d’ailleurs s’y rendre pour récupérer des appareils photo automatiques qu’il avait placés à proximité de nids de pygargues à queues blanches. Se balader dans le labyrinthe de canaux et de roselières sous le vol des aigles, des busards d’Orient et de milliers d’oies, de cygnes et de canards est tout simplement extraordinaire. Chaque recoin d’eau stagnante abrite des dizaines d’anatidés qui s’envolent à notre approche. Et les buissons ne sont pas en reste, grouillant de bruants et des magnifiques mésanges azurées.

Pour se déplacer plus simplement entre les bras morts, les tapis de nénuphars et les barrières de roseaux, on emprunte un moyen de transport que je n’avais encore jamais testé.

L'aéroglisseur !

L’aéroglisseur !

Une bonne journée à s’en mettre plein la vue en attendant le départ vers d’autres contrées.

 

 

 

 

 

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Disneyland

24 aout

 

Comme on a bien bossé ces dernières semaines il était assez légitime que nous nous offrions des vacances. Yuri en prend justement en ce moment avec sa famille dans le superbe parc national de Tunkinsky (Тункинский).

Je n'ai pas plus dégeu comme photo...

Je n’ai pas plus dégeu comme photo…

Avec Thomas nous avons donc vivement accepté l’invitation qu’il nous avait faite de l’y rejoindre. Et pour se rendre à la frontière avec la Mongolie il n’y a pas trente-six solutions, nous avons sorti nos pouces de nos poches. Faire du stop en Sibérie n’est ni bien compliqué ni inhabituel. Vous imaginez bien qu’avec le service de transports publics disponible ici tendre le pouce est une pratique courante. Par contre dans une région où le concept de licence de taxi en ferait rigoler plus d’un il est important de se mettre d’accord avec votre chauffeur avant de monter dans son véhicule. Certains vous offrent le trajet à un prix exorbitant car ils se tapent l’aller-retour, d’autres vous demandent une participation qui revient souvent moins cher qu’une place à bord d’une marshroutka mais la plupart ne vous demandent rien. Le plus frustrant pour moi reste que l’intérêt de l’autostop vient des discussions imprévisibles échangées avec des chauffeurs issus de la région. Or même si notre niveau de russe commence à être respectable on est loin de pouvoir refaire l’Ukraine avec les locaux…

Le trajet fut malgré tout bien sympathique et c’était quand même super agréable de reprendre un peu la route. Arrivés à Kuren (Курен) nous avons retrouvé Yuri chez son ami Alekseï. Alekseï travaille pour le parc national et nous a fait faire une petite visite du bureau pour nous apprendre tout plein de trucs super intéressant, notamment sur le fonctionnement du parc.

On essaie de ne pas se laisser distraire par la sitelle qui fait son intéressante.

On essaie de ne pas se laisser distraire par la sitelle qui fait son intéressante.

Contrairement à chez nous les parcs nationaux russes sont habités. Il y est autorisé tout plein d’activités diverses y compris la chasse ou la pêche. En gros ils ressemblent plus aux parcs naturels régionaux de chez nous, les habitants étant contraint de respecter certaines mesures pour préserver l’environnement. Mais à part le fait qu’il y est interdit d’ouvrir une centrale nucléaire ou une fabrique de pneus la législation est assez légère.

Le camping sauvage y est largement toléré et pratiqué à outrance. D’ailleurs Thomas et moi nous sommes installés sur les berges sablonneuses d’une magnifique rivière pour camper. Avec Yuri et son père nous avons aussi essayé d’y pêcher mais il est possible que l’absence complète de gestion piscicole ait eu raison des poissons du coin. N’en déplaise au jeune cormoran qui avait quand même l’air bien repu sur son caillou, l’abondance de pêcheurs était assez sidérante.

Mais l’activité principale reste la randonnée. Le parc accueille un bon paquet de touristes et plusieurs sentiers permettent de le parcourir à pied, à cheval ou même en canoë. Pour notre part nous avions prévu de gravir les montagnes à la frontière nord du parc. Les sommets hantés par les panthères des neiges culminent autour de trois mille mètres tandis que des sources d’eau minérale aux vertus diverses jaillissent un peu partout.

De quoi nous donner toute la motivation nécessaire pour nous lever aux aurores et entamer la longue marche sous une pluie battante. Tellement battante qu’après quelques heures à se faire tremper notre motivation s’est facilement envolée… Nous avons donc décidé de nous réfugier sous un abri au pied des montagnes en espérant une accalmie.

Allumer un feu sous la pluie est un très bon moyen de passer le temps.

Allumer un feu sous la pluie est un très bon moyen de passer le temps.

Au final la pluie ne s’est pas calmée et l’état des randonneurs qui redescendaient des montagnes n’auguraient rien de bon. Thomas nous en a déniché deux qui partaient justement en direction de Mishiha et nous les avons donc raccompagné jusqu’à leur voiture. Un trajet contre une nuit tranquille dans une tente chauffée au bord du lac Baïkal et nous voici de retour bien au chaud à la maison.

Nikolaï en a profité pour rentrer chez lui en nous laissant les clés et le soin de faire tourner la boutique. Ce qu’on fait tranquillement entre réparations des filets et baignades dans le lac.Chez les oiseaux la quantité n’est toujours pas là mais la diversité est au rendez-vous, le Big Trap piégeant son lot quotidien de pipits de Richard, pipits des arbres ou hirondelles rustiques.

Et plus une seule pie-grièche !

Et plus une seule pie-grièche !

 

 

 

 

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Les naufragés du Baïkal

17 aout

 

Nikolaï a frôlé l’overdose de sociabilisation ces derniers jours et il découche. Il s’est installé dans une grande tente à l’écart dans notre jardin. Il faut dire que nos deux auto-stoppeuses étaient déjà assez présentes mais quand une colonie de vacances est venue s’installer elle aussi sur notre gazon ça devenait sacrément bondé dans notre petit campement.

The place to be.

The place to be.

Quand on sait à quel point il a été dur pour moi de pouvoir finalement venir travailler ici c’est assez déroutant de voir avec quelle facilité deux touristes russes peuvent squatter tranquilou pendant une semaine. Je sais pour avoir un peu initié leurs candidatures qu’une flopée de gens très qualifiés venant d’un peu partout ne demandent qu’à venir tricoter dans les filets mais les soucis administratifs ajoutés à ceux de communications font qu’au final on ne voit venir que des étudiantes en design…

Mais toutes les bonnes volontés sont bonnes à prendre quand on constate l’intensification de la migration. La toundra est en train de se vider de son avifaune et ça pépie à tout va autour de Mishiha. On ne trouve plus un arbuste sans au moins une pie-grièche perchée dessus, impossible de faire un pas sans soulever des dizaines de bergeronnettes et pipits, les buissons voient défiler quantité de bruants, pouillots, locustelles et rousserolles de toutes plumes.

Il est plus que temps que notre Big Trap soit fonctionnel et aujourd’hui ce n’est pas loin d’être le cas. À vrai dire on l’a déjà ouvert et, même s’il reste quelques fignolages à effectuer pour améliorer nos chances de capture, tous les jours nous retrouvons quelques volatiles dans nos volières.

Même si pour l'essentiel ce sont des pie-grièches.

Même si pour l’essentiel ce sont des pie-grièches.

Beaucoup d’entre vous ne connaissent pas le séduisant barbu à ma gauche mais je pense que vous vous doutez tous qu’il n’est ni une autostoppeuse ni un écolier. Ce séduisant barbu s’appelle Thomas et je l’ai rencontré il y a presque deux ans lors d’un séminaire qui allait nous amener à nous retrouver sur le même bateau, celui qui s’est frotté d’un peu trop près à un caillou de l’archipel Crozet. Thomas a hiverné aux Kerguelen où il a occupé le même poste qu’un autre séduisant barbu, François, occupait sur Amsterdam, celui assez flou de Gener. Mais alors que vient-il faire dans un traquenard d’ornithologues ravis de trouver de nouveaux doigts pour nourrir leurs pie-grièches ? Et bien à force de détermination même un logisticien peut venir filer un petit coup de main par ici. Et de la détermination, quand il s’agit d’aller tremper son popotin tous les jours dans le lac Baïkal, Thomas en a. Malgré les oiseaux un peu caractériels et les coutumes locales parfois déroutantes, j’ai désormais un compagnon de séjour avec qui la communication n’est pas un calvaire.

S’il n’est pas encore capable de différencier un pouillot d’une locustelle, notre nouveau colocataire sait se rendre utile. Entre couture et démaillage, on trouve même le temps de bricoler un peu et on s’est fixé l’objectif de créer de toutes pièces des embarcations de fortune. Thomas dans le but de pêcher au large, moi dans celui de pouvoir enfin me baigner avec les phoques.

Ah oui j'ai oublié de vous parler des phoques...

Ah oui j’ai oublié de vous parler des phoques…

Si je vous mets une photo du nerpa miteux du musée de Kabansk (Кабанск, définitivement dans mon top dix des musées à visiter au moins une fois dans sa vie) c’est parce qu’il n’est pas franchement évident de les prendre en photo depuis la rive. On ne les aperçoit généralement que loin au large ou morts sur la berge. Dès que la surface du lac est calme je ne manque jamais une occasion d’emmener mes jumelles au bord de l’eau et de regarder les phoques faire surface. J’ai même tenté de les approcher à la nage mais les pinnipèdes ne s’approchent pas des côtes et j’ai réalisé que je n’étais pas encore assez inconscient pour trop m’en éloigner.

Mais au fait, qu’est-ce qu’ils foutent là ces phoques ? Et bien personne n’est vraiment sûr… Certains prétendent que les seuls phoques de la planète vivant exclusivement en eau douce se seraient retrouvés coincés dans le lac après le retrait de la banquise qui a suivi la dernière glaciation. Mais d’autres envisagent que les animaux seraient arrivés après avoir remonté le cours d’eau qui quitte le lac. Quoi qu’il en soit ils sont là et bien là et ne courent à priori aucun risque d’extinction immédiat, même si les filets dérivants, la pollution et la chasse légale ou non continuent à en éliminer chaque année. Et puis moi ça me fait du bien après l’année que j’ai passée avec mes otaries, d’avoir des phoques dans les parages. Allez et puisque c’est vous je vous fais une petite piqure de rappel sur la différence entre les phoques et les otaries.

Exemple typique d'une otarie dans toute sa fière splendeur.

Exemple typique d’une otarie dans toute sa fière splendeur.

Pour commencer il y a les différences physiques, et je vais essayer de faire mieux que de vous dire qu’une otarie c’est superbe alors que les phoques sont laids comme des poux. La différence la plus connue se situe au niveau des oreilles. Elles sont visibles chez les otaries et invisibles chez les phoques. Ce qui peut se comprendre lorsqu’on entend le vacarme dans une colonie d’otaries et qu’on sait que la mère utilise une reconnaissance auditive pour son rejeton. Autre caractère physique très visible, les paluches. Les otaries ont des pattes avant très développées, ce qui leur permet de se mouvoir plus facilement au sol, alors que chez les phoques les pattes avant sont souvent ridiculement petites et ils se déplacent au sol par reptation. Le fait que les otaries passent plus de temps à terre que les phoques est d’ailleurs un critère assez constant de distinction entre les deux familles. Les phoques ne restent généralement à terre que pour la mise-bas et le nourrissage du petit qui se fait le plus fréquemment d’une traite sans que la mère ne le quitte, elle l’accompagne même souvent pour son premier bain. Les otaries vivent principalement en colonies denses où des individus sont présents quasiment toute l’année. La mère part régulièrement s’alimenter entre deux nourrissages du petit, qui part en mer tout seul comme un grand lorsqu’il est sevré.

Enfin on trouve le plus souvent les otaries moins loin des pôles que les phoques mais là il y a des exceptions. Ainsi il existait des otaries qui fréquentaient les eaux du détroit de Béring tandis qu’on trouve des phoques (de plus en plus rarement) sur les plages d’Hawaï, et même dans un lac perdu a milieu de la Sibérie…

Ceux qui ont bien suivi doivent pouvoir me dire si l'éléphant de mer est un phoque ou une otarie.

Ceux qui ont bien suivi doivent pouvoir me dire si l’éléphant de mer est un phoque ou une otarie.

 

 

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