Téléréalité

22 janvier

Un mérion en soi ça ne casse pas trois pattes à un canard. Un petit moineau vaguement flashy au dimorphisme sexuel peu prononcé.

La femelle a les plumes de la queue un poil plus courtes que le mâle.

La femelle a les plumes de la queue un poil plus longues que le mâle.

Ce n'est pas évident au début...

Ce n’est pas évident au début…

Non si tant de personnes étudient les mérions ce n’est pas seulement parce que la photo de couverture de la thèse est plus jolie que celle d’une étude sur le comportement nécrophage du babiroussa. Les mérions ont une particularité qui intéresse beaucoup de monde : leur vie sociale. Je vous préviens tout de suite c’est un sacré bordel, dans tous les sens du terme… Les mérions sont sédentaires et vivent en groupe sur des territoires plus ou moins grands. Le groupe ne compte généralement qu’une femelle. Et c’est elle qui porte la culotte. Quelques groupes incluent des femelles subalternes. Ce qu’elles font là a ne pas pondre de mioches reste un peu un mystère. Il est possible qu’elles soient de futures mamans en stage ou bien juste stériles. La femelle dominante gère un peu tout, de la construction du nid au nourrissage des poussins en passant par la quête du partenaire idéale et l’incubation des œufs. Contrairement à la plupart des espèces d’oiseaux elle participe même à la protection du territoire en beuglant un chant très joli aux quatre coins de sa réserve de bouffe ! Du côté des mâles, qui constituent la majorité du groupe, il y a aussi un dominant mais franchement il n’est pas facile à distinguer des autres couillus. Généralement c’est le plus vieux. En temps normal ce n’est pas franchement une information très utile sur le terrain mais en ce moment la différence est plus visible que d’habitude. Le plumage standard de tous les mérions est le marron qu’arborent en permanence les femelles. C’est seulement à l’approche de la saison de la reproduction que les mâles muent et se transforment en petits joyaux. Sauf qu’à la fin de la saison, c’est à dire maintenant, ils perdent progressivement leurs plumes bleues pour passer d’un plumage viril à une parure un peu plus efféminée… Ce qui est intéressant c’est que plus un mérion est âgé et plus il perdra son plumage nuptial tard dans la saison. Certains vieux lascars en arrivent même à muer directement d’un plumage nuptial au suivant sans passer par la case moche. En gros la mue c’est l’acné des mérions, si dans un groupe vous voyez un mâles qui perd ses plumes bleues, vous savez qu’il n’est pas dominant.

Qui est superbe maintenant?

Qui est superbe maintenant?

Personnellement je m’attendais plus à distinguer le mâle dominant en cherchant celui qui porte des cornes dans le groupe. Le concept de domination chez les mérions est assez différent de celui qu’on vous enseigne dans les caves des clubs sado-masochistes de la rue Saint-Denis… En théorie le mâle dominant est censé être celui qui féconde la femelle, le père des futurs petits quoi. Dans les faits monsieur n’est pas très doué quand il s’agit de dominer bobonne. Les chercheurs qui étudient ces charmants petits oiseaux ont découverts que les mâles d’un territoire sont rarement les parents biologiques des petits de la femelle dominante. En observant cette dernière un peu plus attentivement ils se sont rendus compte que, après avoir finit de construire son nid, la belle attend la tombée de la nuit pour aller faire la tournée des buisson des quartiers rouges de Serendip et se fait culbuter joyeusement par le premier bleuâtre qui passe. C’est du propre mais bon, pendant que le soit-disant dominant est en train d’être fait cocu, il est certainement tranquillement en train de trombiner la voisine… Mais une fois les orgies terminé c’est beaucoup plus sage ! Lorsque les œufs sont pondus tout le monde se plie en quatre pour nourrir la femelle puis les poussins, qu’importe la paternité. Lorsque le groupe en est à sa deuxième portée il arrive même que les poussins nés des premiers amours de la saison, âgés à peine d’un mois et demi, viennent aux-aussi en aide à leur petits frères et sœurs en participant au nourrissage. Beaucoup plus mignons d’un coup. Maintenant que vous en savez plus sur la vie trépidante des mérions superbes il est temps que je vous explique en détail ce que nous faisons pour en connaître encore plus sur eux.

Tu aurais mieux fait de te comporter comme un oiseau classique petite dévergondée !

Tu aurais mieux fait de te comporter comme un oiseau classique petite dévergondée !

La première étape, en août et septembre, consiste à baguer autant d’oiseaux que possible sur la zone que nous voulons étudier. La plupart des mérions de la zone sont bagués maintenant mais il arrive quand même que de nouveaux individus s’installent avant la saison de reproduction. Les oiseaux sont bagués avec une bague en métal qui porte un numéro unique mais aussi trois bagues en plastique de couleur. La combinaison de ces bagues permet de reconnaître l’individu sans avoir besoin de le capturer. J’ai déjà détaillé le principe quand je bossais sur des miros en Nouvelle-Zélande alors je ne vais pas me répéter. Une fois que tous les oiseaux sont bagués il faut ensuite établir une carte des territoires et identifier la femelle qui s’y est établie et les mâles qui lui sont soumis. Puis arrive l’étape sur laquelle ont travaillé Alice, Aude et Eva pendant trois mois. Il faut trouver les nids de chaque femelles et suivre leur évolution. Selon la motivation de la femelle la construction du nid peut prendre de deux jours à une semaine, voir deux pour les vraies feignasses. Le nid est visité tous les trois jours pour connaître précisément la date de ponte. Trois jours ça n’a pas l’air très précis comme ça mais dans les faits la femelle pond en moyenne trois œufs, chacun avec un jour d’intervalle. Lorsque les premiers œufs apparaissent dans un nid il suffit de les compter pour avoir une idée assez précise de la date de ponte. Une fois le dernier œuf pondu, la femelle se met à couver. C’est là qu’Ashton intervient. Ashton est une thésarde australienne supervisée par Michelle. Elle cherche à étudier le comportement maternel des femelles mérions. Elle pose donc des caméras près des nids dans lesquels le dernier œuf a été pondu il y a deux jours. Le but est de comparer le temps que chaque femelle passe sur ses œufs. À plus long terme les résultats intéressent aussi beaucoup Michelle. Les femelles issue de femelles qui couvent plus attentivement vont elles reproduire ce comportement avec leurs propres couvées ? Le comportement d’un mérion est il influencé par l’assiduité avec laquelle sa mère l’a couvé ? Si deux femelles pondent en même temps on procède à un échange des œufs entre les deux nids. Le but est d’avoir des petits élevés par des parents adoptifs, c’est essentiel si on veut découvrir des différences entre les caractères innés et acquis. C’est une manipulation que j’avais déjà effectué avec des manchots royaux à Crozet et que je n’aime pas vraiment. Le risque que l’oiseau abandonne ses œufs est assez élevé. Au final j’ai échangé les seuls œufs que m’avait laissé Alice avec ceux d’une femelle suivie par Eva. La manipulation s’est très bien passée et les femelles couvent aujourd’hui leurs nouveaux œufs avec amour.

Tout en douceur.

Tout en douceur.

Non content d’avoir des mœurs très intéressantes, les mérions sont aussi réglés comme des horloges, ce qui les rend d’autant plus facile à étudier. Les œufs vont toujours éclore quatorze jours exactement après que le dernier ait été pondu ! Pas un jour de plus, un jour de moins dans de très rares cas. Du coup même si on a un doute d’un jour ou deux sur la date de ponte on peut se rattraper avec la date d’éclosion. On vérifie donc que tout le monde a bien éclot et parfois on tombe sur une surprise. En partant Alice m’avait laissé trois nids actifs. Je vous ai déjà parlé de l’un d’entre eux, maintenant le suivant. Le nid était placé en hauteur et Alice n’avait jamais pu l’atteindre pour vérifier le nombre d’œufs qui s’y trouvaient. Étant un poil plus grand qu’elle, j’ai tenté ma chance en arrivant, mais je n’ai pu qu’effleurer un minuscule poussin tout chaud du bout des doigts. Quelques jours plus tard j’ai pu me saisir de l’oisillon qui, étrangement, était tout seul dans son nid. Aude était venue me prêter main forte et à la vue du petit elle a su tout de suite m’expliquer ce qu’il était advenu des ses « frères et sœurs ». Le petit n’était pas un poussin de mérion mais celui d’un coucou de Horsfield, un parasite fréquent du mérion superbe. Sa mère l’avait pondu au milieu des œufs légitimes et la femelle mérion l’avait couvé comme l’un des siens. Les petits coucous éclosent en moyenne deux jours avant les petits mérions, ce qui permet à l’intrus, dès sa sortie de l’œuf, de pousser ses concurrents par dessus bord avant même qu’ils ne voient le jour !

Tueur né.

Tueur né.

Au septième jour après l’éclosion on surveille le nid pour voir si les adultes s’occupent bien de leurs petits et leurs apportent tous à manger. Le but est toujours un peu le même. D’un côté ça nous permet de définir encore plus précisément la nature comportementale de chaque individu adulte, et de l’autre on pourra étudier ce qu’il advient du comportement des poussins une fois adultes selon si ils ont été bien nourris ou pas. C’est ce que j’ai fait pour mon troisième et dernier nid, qui lui n’était pas parasité et avait vu naitre trois jolis petits mérions. Si possible on le fait directement depuis un affût qu’on place à proximité du nid. Le nid en question se trouvant au dessus d’un petit étang ce n’était pas vraiment possible. Dans ce cas là on fait appel aux nouvelles technologies. On place une caméra à proximité de l’entrée du nid et on enregistre les allées et venues des adultes. Une fois la caméra récupéré je visionne tranquillement la vidéo à la maison et j’enregistre tous ce qui s’est passé sur mon Iphone.

Mommy, have you ever noticed anything odd about Mr...Mr. Fuzzybear over there?

Mommy, have you ever noticed anything odd about Mr…Mr. Fuzzybear over there?

Oui vous avez bien lu « mon Iphone ». Ça aussi c’est nouveau d’ailleurs. Ici je travaille vraiment avec du matériel qui me dépasse un peu. Finit la saisie de données pendant des heures depuis un carnet de terrain plein de ratures vers une base de données sur un ordinateur. À Serendip j’enregistre instantanément tout ce que je vois directement sur une base de données de l’université de Melbourne via une application créée de toutes pièces pour le projet sur un Iphone qui m’a été confié ! Forcément au début il faut prendre ses marques, surtout pour un handicapé des nouvelles technologies comme moi. Mais très vite on y prend goût et c’est quand ça plante que je me retrouve perdu maintenant. Enfin bref, revenons à nos mérions. Le lendemain de l’espionnage les choses sérieuses commencent pour nos jeunes mérions. Au huitième jour il faut les baguer. Michelle, Ashton ou Timon, un thésard hollandais, nous accompagnent pour cette manipulation. Pas que ce soit particulièrement compliqué de baguer un poussin quand on a l’habitude mais là encore il faut tester le comportement. La réaction de l’oisillon est filmée lorsqu’il est enfermé tout seul dans un compartiment, puis lorsqu’il est maintenu sur le dos et après tout ça le rythme de ses respirations est mesuré. Vu les mœurs de sa mère ont lui prend aussi un peu de sang pour retrouver génétiquement l’identité du vrai père. Et pour finir il se retrouve avec sa propre combinaison de bagues de couleurs qu’on choisit parmi celles qui sont encore disponibles.

J'espère que les miens ne sont pas épileptiques...

J’espère que les miens ne sont pas épileptiques…

Maintenant que mes poussins ont été bagués il ne nous reste qu’à attendre l’éclosion des deux dernières couvées de la zone d’étude. Vous l’aurez compris, le suivi des nids touche à sa fin. Mais pour moi le travail ne fait que commencer ! Chris, un volontaire américain, vient de nous rejoindre alors qu’Aude et Eva vont nous quitter très bientôt. Avec lui nous allons passer à l’étape suivante de l’étude des mérions superbes de Serendip, que je vous détaillerai plus tard.

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2 Réponses so far »

  1. 1

    Co2ette said,

    et du coup, vieux poilu muant, tu es le mâle dominant de laquelle de toutes ces femelles?? mahaha….


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