Archive for août, 2013

Le vent de l’Histoire

28 août

 

Boarf, pas grand-chose de nouveaux les copains. Régine est allée rejoindre son Régis et mes poivrons vont bientôt être mûrs, mais je n’ai pas grand-chose de neuf à raconter.

Du coup j’ai eu le temps d’en apprendre un peu plus sur l’histoire de mon district. Et oui ! Vous avez cru y échapper ? Et bien non, vous allez avoir droit à un article historique !

En plus ça commence super bien, par un évènement historique fondamental, le premier tour du monde effectué par l’Homme. S’il ne s’était pas fait bouffer par des Philippins, Magellan aurait été le premier à apercevoir l’île d’Amsterdam. Du coup c’est le reste de son équipage, à bord du Victoria commandé par Juan Sebastián Del Cano, qui découvrit l’île le 18 mars 1522. Quand on sait que même aujourd’hui il n’est pas évident d’accoster sur l’île, ça ne surprendra personne d’apprendre qu’aucun membre de l’équipage du Victoria n’a pu poser le pied sur cette île perdue. Elle ne sera nommée qu’un siècle plus tard par un gouverneur hollandais, Van Diemen, qui se rend à Java à bord du Nieuw-Amsterdam. Mais il faudra encore attendre l’année 1696 pour que Van Vlaming pose le pied sur Amsterdam avant d’accoster à Saint-Paul. Autre prestigieuse expédition à s’être arrêtée en vue d’Amsterdam, celle de l’amiral d’Entrecasteaux, à la recherche de La Pérouse, en 1792. A cette époque, Amsterdam commence à peine à être habitée et n’est toujours pas formellement revendiquée par quelque nation que ce soit. Elle n’offre même pas vraiment une halte sur la route des Indes puisqu’il est quasiment impossible d’y accoster.

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Passage de Vlaming à Amsterdam.

Mais à cette époque l’île attire de plus en plus de baleiniers, de chasseurs d’otaries et de pêcheurs. Des hommes sont déposés sur l’île et peuvent passer plusieurs mois à massacrer les pinnipèdes pour leur graisse et surtout leur fourrure, très prisée à cette époque par la Chine. Les récits de marins stationnant sur Amsterdam sont légions et beaucoup d’habitants de l’île ne seront jamais connus. Les chasseurs de fourrure introduisent volontairement diverses plantes comestibles et animaux domestiques pour permettre aux éventuels naufragés de survivre en attendant le passage de bateaux. Parmi les amstellodamois les plus notables de cette époque, on trouve des marins qui échouèrent à Crozet en 1821, furent secourus en 1823 par un navire qui se rendait à Saint-Paul et Amsterdam et décidèrent de rester sur cette dernière après s’être engueulés avec le capitaine. Au bout de deux mois, le baleinier King George accepta d’embarquer trois des dix naufragés restés sur Amsterdam. Ce qu’il advint des autres reste un mystère mais des pierres gravées en 1825 ont été retrouvées autour de la base.

En ce temps-là, les habitants de l’île sont essentiellement des naufragés, volontaires ou pas, de toutes nationalités. L’île elle-même n’est toujours pas revendiquée par un état. L’île Maurice et ses dépendances étant alors anglaises, un vague décret londonien incluait Amsterdam dans les territoires anglais. C’est au final à un polonais, Adam Mieroslawski, qu’est attribuée la prise de possession de l’île d’Amsterdam. Au milieu du XIXème siècle, l’île de la Réunion et l’île Maurice ont toutes les peines du monde à s’approvisionner en poisson, or les eaux des îles Saint-Paul et Amsterdam regorgent de thons, bleues et surtout fausses morues dont les mascarins sont très friands.

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Et qui continuent à faire la joie des hivernants.

Adam prévoit donc d’installer une pêcherie à Saint-Paul et par la même occasion, revendiquer les deux îles comme françaises. C’est ainsi que le 1er juillet 1843, une baleinière de l’Olympe est envoyée sur l’île pour dresser le pavillon français et prendre possession de l’île. Ils ne restent que trois heures, Amsterdam étant toujours considérée comme trop difficile à accoster pour établir une base permanente. Mais même sur Saint-Paul la vie n’est pas rose et l’entreprise d’Adam échoue lamentablement. A peine un an après la prise de possession des deux îles, le gouvernement français refuse de confirmer l’acte et Amsterdam redevient apatride. A nouveau livrée aux pêcheurs de passage, naufragés et expéditions scientifiques, c’est en 1870 qu’un nouvel ambitieux tentera de s’installer sur l’île de manière permanente. Heurtin, un Réunionnais, a le projet un peu fou d’y installer une ferme. Ce serait d’ailleurs lui qui aurait introduit les bovins sur Amsterdam et tenté les premières cultures. Un échec dramatique qui pourrait même avoir coûté la vie à quelques uns de ses compagnons. A peine quelques mois après leur arrivée, les survivants fuient l’île à bord d’un bateau de passage en laissant les bovidés derrière eux.

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Vestige de la maison Heurtin.

Et c’est reparti pour le train-train des naufrages, saisons de pêches et expéditions scientifiques. L’une d’elle en particulier a marqué l’histoire du district. La mission, transportée par le Fernand, chargée d’observer le passage de Vénus devant le Soleil depuis Saint-Paul en 1874. Après être resté plusieurs mois sur Saint-Paul, un groupe de scientifiques est débarqué sur Amsterdam et ils en font les premiers relevés dans plusieurs domaines tels que la géologie, la flore ou la faune. C’est encore plus tard que le gouvernement français assumera enfin la prise de possession du district. C’est d’abord l’équipage du La Bourdonnais en 1892 qui plantera un pavillon sur l’île Amsterdam, puis l’Eure affirmera cette prise de possession après avoir assuré celle des Kerguelen. Ironiquement ce rattachement au territoire français coïncide avec le début d’une assez longue période d’inactivité pour l’austère île Amsterdam. Les otaries et les baleines ont été décimées depuis longtemps et la pêche ne nécessite plus de base permanente, l’île est abandonnée aux vaches, chats et rongeurs.

Finalement ce sont les besoins en informations météorologiques qui ramèneront l’île d’Amsterdam sur le devant de la scène. Située au beau milieu de l’océan Indien, l’île est le site idéal pour recueillir des données dans la région. Et c’est ainsi que le 1er janvier 1950, quelques membres de la première mission scientifique venue hiverner une année complète sur Amsterdam posent pied à terre. Parmi eux, le premier chef de mission, Paul Martin de Viviès. C’est le début d’une aventure extraordinaire, d’un cycle qui se poursuit encore aujourd’hui, d’une histoire qui continue tous les jours…

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Photo de la première mission hivernant sur Amsterdam.

L’histoire de Saint-Paul est en anglais, à vous de vous débrouiller !

 

 

Not much news to tell, winter is keeping its quite routine. Females’ penguins met the males and a long succession of shifts to raise a new generation of rockhoppers is starting. Pups start to grow quite old now and I’ll soon have to switch their baby’s tags for adult ones. Not much to say about present so I’ll tell you more about the history of my district. I did Amsterdam’s history in French so you’ll have Saint-Paul’s one, deal with it.

The discovery of Saint-PaulIsland isn’t well known, the first mention of this island being its name and location written on an old map from 1559. The name São Paulo being chosen from the boat which discovered the island.

Forty years after its discovery, no one has yet set a foot on the island. The first one to do so is the Dutch sailor Willem Van Vlaming, in 1696, who is looking for the lost Riddersthap Van Holland. He stayed with his crew for several weeks and left a nice description of the island. Since Saint-Paul already had a visitor and didn’t have much interest for sailors on their way through Indian Ocean, it had very few visitors until the end of 18th century. It’s a new market, led by Chinese, which was going to give Saint-Paul its notoriety.

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The seals’ fur trade.

Seals fur could be sold a very high price in Chinese markets and people would be able to live a life of many dangers to collect the precious skins. Saint-Paul was easy to land and full with seals, it’s no surprise it hosted an incredible amount of hunters. And with them an important number of stories. No one know exactly how many people lived on the island but one man left a dramatic witness of what must have been life on Saint-Paul for the crazy hunters, his name was Péron. Péron was a French sailor from Brest, who left his home country on an American boat, l’Emilie, in 1792. While cruising by Saint-Paul, the L’Emilie’s captain, Mr Owen, met Mr Wamsley, the captain of the Noolka, a boat coming back from Canton to take back hunters and the skins they collected. Owen was impressed by the amount of money the fur trade could make. He convinced Péron and three other sailors to stay on the island for fifteen months with a guy from the Noolka, Godwin, to hunt seals and collect skins. The first of September, the five men were left on the island with the guarantee that they’ll have food for fifteen months the day after, and that the L’Emilie was to be back by this time. But the second of September, in the early morning, the only thing Péron could see were the two boats leaving to the East…

Lost on their island, the five men continue the slaughter which had started for several years already and gather hundreds of skins. Saint-Paul being on a trade way between the Cape of Good Hope and South East Asia or Australia, as well as being quite easy to land on, Péron and his companions had some visits from passing boats. One of these visits, in 1793, being crucial for Péron’s fate. Lord Macartney, with his two boats the Lion and the Hindoustan, stops at Saint-Paul and meets Péron. The French sailor tells him about his misfortune and the Emilie. While on a walk with the lord, the crew of the two boats rampage Péron’s installation and steal eight hundred skins. Péron begs lord Macartney to have them return but he just gave him a bit of rice and pork… Two years after they had been abandoned on Saint-Paul a fight starts between the five men. Godwin and the other English sailor attacked Péron who hide with the two French in a cave at the other side of the crater. Two months later, the French manage to win the shelter of the camp again and send the English to their cave. In September 1795, one of the French dies from a disease and by December, forty months after their arrival, the Cérès, a British boat, welcome on board the four survivors. But the boat is too full to carry the 2700 skins the men have collected… Péron will continue to travel after his adventure and learn about the death of Owen, the war catch of the Emilie by the Lion, win back the money from his hard labor and even go back to Saint-Paul to hunt seals!

Saint-Paul will continue to host many hunters after Péron but the number of seals will rapidly decrease until their complete extinction. The island is then left to whale hunters and fishermen. The fish abundance will actually lead to the need of an official possession act of the island. In 1843, no country is officially claiming the possession of Saint-Paul while the demand for fishes in the Mascarene Islands is growing as an important source of incomes. The same year, French traders from La Réunion Island ask their government to claim Saint-Paul and AmsterdamIslands as French territories to start a fishing settlement on Saint-Paul. This settlement is directed by a Polish, Adam Mieroslawsky, but after a year of low success, the French government announces that it doesn’t approve the possession act and only accepts a protection agreement to the settlement. In 1853 the failed project is abandoned and the fishery is closed.

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A stone carved by a soldier witnessing the failed claim of the island.

Saint-Paul is backed to its freedom. Succession of wreckages, fishing or scientific expeditions write the list of the island’s visitors. The most notorious expedition to set sail to Amsterdam is the one led by the commander Mouchez, on La Dives, in 1874. The goal of the expedition was to study Venus passing over the Sun. This rare event offered the opportunity to calculate the distant between the Earth and the Sun. But for this to be accurate the event has to be observed from different point over the globe. One of the points chosen was Saint-PaulIsland. Venus showed up in front of the Sun the 9th of December but the expedition stayed on the island for three months, gathering an important amount of information about it. The island is still not claimed by any country but in 1892 the need to do so grows again. And the 24th of October, the La Bourdonnais sent people on Saint-Paul to erect the French flag and to confirm French sovereignty. Saint-Paul continued then to be rarely visited and most people forgot about this little rock lost in the middle of Indian Ocean. But in 1928 the biggest event in Saint-Paul history was to take place. A French society, La Langouste Française, decided to establish a crayfishes in cans factory on the island. This massive project sees a whole factory being created on the island in a month and more than a hundred of workers during summer. In winter, less than ten people are left on the island to keep an eye on the factory. In March 1930, the summer workers are brought back to Madagascar and seven people are left as winterers, including a pregnant woman. She gave birth to a girl one month after the boat left the island but her daughter died two months later. The first step of a horrible tragedy. When the boat comes back with the new summer crew the 6th of December, with a two months delay, ignorant of what has been happening on the island, the crew discovers only three survivors… Who decide to stay and participate at the summer fishing season… The factory keeps on running but a new tragic disaster will strike it during the 1931-1932 summer season. A disease outbreak kills about twenty workers and the others are brought back to Madagascar leaving no one on the island. The factory is abandoned; Saint-Paul is once again free of habitants. And still remains like this today. I don’t have any clue why Amsterdam has been chosen to host the permanent base. Historically Saint-Paul, a lot easier to access, has seen many more visitors. But when the French decided to start a meteorological station in the middle of the Indian Ocean, they chose Amsterdam Island to host it. Since that, Saint-Paul is part of the district but no project of long term occupation had been created. In the early 21st century, rats and rabbits have been wiped out from the island to clear it from invasive species threatening local wildlife. To avoid reintroduction of these destructive animals, access to Saint-Paul is strictly forbidden to nearly everyone. The only ones who regularly visit the water around the island are the crew of the Austral, to fish crayfishes.

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The main reason why France keeps on claiming Saint-Paul has its own.

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Gros fous

31 juillet

Ne plus peser mes poivrons tous les jours ne veut pas dire que je n’ai plus rien à faire. Il ne manquerait plus que ça. Non, maintenant que je ne suis plus de corvée de Mare aux Eléphants ça veut surtout dire que je peux retrouver ma résidence secondaire, le Refuge des Becs Jaunes, au pied des falaises d’Entrecasteaux.

Les falaises d’Entrecasteaux l’hiver c’est un peu bizarre. Jusqu’ici les seuls sons qu’on pouvait y entendre étaient le bruit des vagues, les beuglements des quelques mères otaries qui rentrent nourrir leurs rejetons entre deux périples en mer et les bêlements de ces derniers qui leur répondent. Mais depuis deux semaines un vacarme diffus en provenance des falaises s’intensifie de jour en jour. Un fond sonore qui semble tout droit surgi de mon premier séjour en ces lieux. On a beau être encore en hiver, certains oiseaux commencent à préparer avec entrain la prochaine saison de reproduction.

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En catimini les gars, il ne manquerait plus qu’on se fasse repérer par l’ornitho !

Le gorfou de Moseley (Eudyptes moseleyi), le seul manchot à nicher sur l’île d’Amsterdam, fait son grand retour ! Mais pas tous, pas pour l’instant. Pour le moment les mâles sont les seuls à accoster. Après s’être bien rempli la panse en mer pendant de long mois ils retrouvent leurs colonies, les premiers arrivés étant les mieux servis en emplacement de nids. C’est là qu’ils attendront patiemment le retour de leurs dulcinées.

Et moi là-dedans ? Moi je les compte. On sait encore assez peu de choses sur le gorfou de Moseley et notamment sur la quantité de ces oiseaux encore présente sur l’île. On sait que leur nombre chute de manière dramatique depuis plusieurs années mais leur dénombrement exact pose quelques difficultés. Ils nichent en colonies denses sous les herbes hautes, au milieu des éboulis, dans la partie basse des falaises de sept cents mètres. Ca fait cliché si je parle d’aiguilles et de bottes de foin ? Par contre des chercheurs ont eu la bonne idée d’exploiter la faille bien connue de tout bon manchot qui se respecte. S’il veut rejoindre sa colonie il va falloir qu’il se serve de ses petites pattes, ses ailes étant aussi utiles pour voler qu’une poêle à frire. Ajoutez à cette faiblesse une topographie bien particulière et vous allez commencer à y voir plus clair. Comme partout autour de l’île d’Amsterdam, les côtes d’Entrecasteaux sont protégées par des falaises d’une dizaine de mètres aux pieds desquelles s’écrasent continuellement les vagues de l’océan Indien. Pas terrible pour pondre un œuf à même le sol. Nos manchots doivent donc franchir cette première étape avant d’arriver au pied des vertes et immenses falaises, celles qu’ils convoitent. Coup de pot pour eux, un éboulement au niveau des falaises côtières, continuellement labouré par les allées et venues des otaries, a créé une sorte de plage, un débarcadère naturel. Tous, et je dis bien tous les gorfous d’Entrecasteaux passent par cette plage, c’est donc ici que je les compte.

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Au boulot !

Compter les gorfous qui passent pendant un quart d’heure toutes les heures sur un bout de plage ce n’est certes pas ce que j’ai fait de plus palpitant sur cette île mais il y a quand même quelques bons côtés. Du fait que le site ne soit actuellement occupé que par des jeunes otaries et des manchots, on se retrouve avec une quantité de matière grise à peine supérieur à ce qu’on peut trouver à un meeting du Front National. Ce qui donne lieu assez régulièrement à des scènes bien comiques. Mais surtout il y a Régis.

Régis est un gorfou. Mais pour que vous compreniez bien à quel point Régis est un con il faut que je vous détaille un quart d’heure de comptage. Pour commencer il vous faut une météo bien pourrie, l’hiver à Entrecasteaux vous devriez pouvoir vous en sortir avec un vent violent, une pluie battante et des températures très faibles. Ca devrait le faire. Passé une certaine heure vous pouvez ajouter un verre de pastis (sec, la pluie se charge de l’eau) et vous êtes prêts à compter. Vous commencez à heures fixes et vous comptez tous les gorfous qui passent un check point défini à l’avance pendant quinze minutes.

Régis se pointe généralement sur la plage au tout début du comptage, à une bonne dizaine de mètres de votre check point. Déboussolé après s’être vautré sur les rochers, il reste sur place pendant une bonne minute le temps de se rappeler comment il s’appelle, où il est et surtout où il va. Une minute c’est généralement le temps qu’il faut pour qu’une vague percute Régis et le re-balance à la mer. Le comptage a débuté depuis cinq minutes et Régis est enfin de retour sur la plage et hors de portée des vagues. Là il entreprend de se sécher. Il lui faut encore deux minutes pour comprendre qu’il aura beau se trémousser autant qu’il veut, les embruns continueront perpétuellement à tremper son plumage. Régis entreprend donc l’ascension des derniers mètres qui le séparent du check point. Et c’est une fois arrivé pile poil sur le check point qu’il a une révélation ! « Mais qu’est ce que cette plume fait de traviole ? Je ne vais pas me pointer comme ça devant les copains !» Et voilà notre Régis parti pour réarranger ses plumes pendant trois minutes. On en est à plus de dix minutes de comptage et Régis passe enfin le check point et est compté comme se rendant à sa colonie. Sauf qu’en fait, allez savoir pourquoi, Régis décide que cette année il n’ira pas se geler les plumes dans sa colonie. Le voilà donc traversant à nouveau le check point, mais ce coup-ci en direction de la mer. Alors que vous vous apprêtez à soustraire Régis à votre comptage voilà que sa conscience le rattrape. Je ne sais si c’est le devoir de perpétuer l’espèce ou le fait qu’il risque de passer à côté de son unique chance de tirer un coup cette année, mais Régis revient sur sa décision et reprend l’ascension en direction des falaises et du check point. Au moment exact où une énorme jeune otarie pleine de lait décide d’aller se baigner. Régis, qui est un con comme je l’ai déjà dit plus haut, est effrayé par cette vision et se sauve en courant vers la mer. Ou plutôt en se vautrant partout comme un gorfou sait si bien le faire. Du coup l’otarie le dépasse aisément sans n’avoir jamais eu conscience d’avoir pourri votre comptage. Mais il vous reste deux minutes pour espérer que Régis soit le seul gorfou que vous compterez au cours de ce quart d’heure palpitant. Tout n’est pas perdu, Régis a recouvré tout son courage. Il se dirige maintenant d’un pas décidé vers le check point. Quatorze minutes et trente-sept secondes depuis le début du comptage. Régis n’est plus qu’à un bond de rentrer dans l’histoire. Votre doigt patiente fébrilement au dessus de la gâchette de votre compteur. Le moment tant attendu va arriver.

Mais non. Finalement un pétrel géant décide que le dernier instant de la misérable vie de Régis est venu et vous le bouffe là, juste devant votre check point. Tant pis, vous pouvez repartir à la cabane avec votre verre vide et un compteur à zéro.

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Mmmmh ! A l’anis, mon préféré !

 

Not having to weigh my pups everyday anymore does not mean I have nothing left to do. Far from that actually. Not being stuck at la Mare aux Eléphants means I can go back to my country house, le refuge des becs jaunes, at the feet of Entrecasteaux’s cliffs.

Entrecastreaux’s cliffs in winter are a bit weird. So far the only noises you could hear were the waves, the seals mums calling for their pups between two trips at sea and their pups answering. Since two weeks a new noise is coming from the cliffs, getting louder and louder. A noise coming from as far as my memories from my first stay there. Even if we’re still in winter, a bird is preparing next breeding season.

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The northern rockhopper penguin.

The only penguin to breed on AmsterdamIsland is coming back! But at the moment only males are arriving. After several long months feeding at sea they’re looking to find a nice nesting place in their colonies. The first ones to arrive getting the best places. This is where they will wait for their females.

Now what do I have to do there? Well I have to count them. We don’t know much about this penguin specie yet and especially few about how many of them are breeding on the island. We know there is less and less of them but their exact number is still a bit of a mystery due to several difficulties. They are nesting under tussocks, in the middle of fallen rocks at the bottom of 700m high cliffs. Know anything about a game involving a needle and a stack? But scientists did found a clever idea to find out how many penguins we have here. They use one famous ability these birds lack, they can’t fly. So to reach their colonies they have to go there by foot, and it’s not that easy. Before reaching the high cliffs of Entrecasteaux you need to pass over ten meters high cliffs right at the coast. Waves are continuously hitting these smaller cliffs so penguins can’t nest there. But on one small area, called the beach, the cliffs collapsed and the passage has been trampled by seals going in and out. An easy way for penguins. Every single penguin nesting at Entrecasteaux has to go through the beach. So I just have to sit there all day.

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A bit like this guy.

Of course it is a bit boring but with a population essentially consisting in pups and penguins, the amount of grey matter here is just above the one you can find in a neo-fascists meeting. So you can witness some funny moments. Especially when Régis is involved.

Régis is a penguin, but a really stupid one. To explain why I’ll have to explain in details how a counting at the beach works. First you need a really crappy weather. In July at Entrecasteaux you should easily find strong winds, heavy and cold rain. That should do it just right. Then you decide of a check point line at about just ten meters from the sea shore. You start your counting every hour and they last for fifteen minutes.

Régis usually comes ashore just when you start counting. Smashed on the rocks, it takes him about one minute to find out who he is, where he is but, mainly, where he needs to go. It’s just when he finally figures it out that a wave comes and takes him back at sea. Your counting has started since five minutes when Régis is back and far enough from the shore. Then he attempts to dry himself. After two minutes he realizes that the rain won’t let him dry and finally continue to go toward the cliffs. It’s when he reaches the exact rock you use as a check point that he has a revelation. “What the fuck is this crazy feather doing here? I must look like shit!” And now you have Régis tiding up all his plumage on your check point for about three minutes. The counting has started since more than ten minutes now and Régis is finally crossing your check point. You can count him. No wait a minute. Finally Régis decided he doesn’t want to get bored in his loud colony this year and go back to the sea. But right when you’re about to delete him from your count Régis is caught back by his conscience. I don’t know if it’s because of his duty for his specie’s survival or because he doesn’t want to miss his yearly opportunity to get laid but he decides to cross your check point again. Right when a big fat full of milk seal’s pup is going to the sea for his daily bath. That’s too much for poor stupid Régis, this monstrosity scares the shit out of him and he crosses your check point running like hell. Well more like running like penguins can do. Falling around. While Régis try to get back on his feet the evil pup passes by him without even paying any attention.

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Don’t go there you stupid! The ornithologist will count you!

Recovering all his courage, Régis is more decided than ever to cross you bloody check point and reach his colony. Fourteen minutes and thirty seven seconds since the beginning of your counting but nothing is over yet. Just one more jump and this dumb penguin can make it. But a giant petrel decides it is over for this annoying bird and kills it right before it cross the line. While the so called scavenger starts a nice meal you can go back to the shelter with your count still scoring zero.

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