Archive for Japon (2011-2012)

Nous on l’aime ce macaque!

8 janvier

Après ce réveillon de foufous, nous sommes restés quelques jours de plus à Tokyo pour nous reposer. Nous en avons profité pour approcher un musée très controversé, le musée Yūshūkan (遊就館) à proximité du sanctuaire Yasukuni (靖国神社). L’histoire du Japon est entachée de nombreuses atrocités, notamment au cours de la seconde guerre mondiale. Le sanctuaire est dédié à la mémoire des soldats morts pour l’Empereur, parmi eux, plusieurs criminels de guerre… Ce qui est le plus révoltant c’est l’attitude habituelle du Japon à réfuter ou minimiser la gravité des crimes commis par ses ressortissants. C’est un sujet extrêmement sensible et je ne m’y attarderais pas trop. On est toutefois mis dans l’ambiance d’entrée de jeux avec une stèle commémorative érigée en 2005 à l’entrée du sanctuaire. Elle fait l’éloge du juge Radhabinod Pal qui fut le seul à n’accuser aucun suspect japonnais de crimes de guerre lors du Tribunal militaire international pour l’Extrême-Orient.

Les enfants de Nankin se sont jetés tous seuls sur les baïonnettes!

Radhabinod est un personnage complexe et ses écrits sont probablement toujours interdits à la vente dans de nombreux pays Alliés. À mon sens pourtant j’ai le sentiment que sa décision d’innocenter les bourreaux japonais venait surtout d’une volonté de critiquer le Tribunal. En y regardant de plus près, ce procès faisait un peu farce… Quoiqu’il en soit il reste un grand malade négationniste dont l’image sert à faire croire aux Japonnais qu’ils n’ont rien à reprocher à leurs ancêtres.
Nous ne sommes pas entrés dans le musée mais avons quand même pu admirer la première locomotive à avoir roulé sur la Voie ferrée de la mort reliant Bangkok à Rangoon. Sa construction par les Japonnais aura coûté la vie à plus de cent mille civils et prisonniers de guerre employés de force à sa construction…

Oh non, pas encore un article historique...

Avant de quitter la capitale nous avons profité une dernière fois des amis de Charles qui furent des guides extraordinaires et des compagnons de beuveries exemplaires. Nous nous sommes réunis dans un karaoké en attendant notre bus de nuit pour Kyoto (京都市).
Kyoto fût la capitale de l’empire japonais pour la plus longue durée. À ce stade là vous l’aurez compris, il va falloir que je vous gonfle avec les grandes lignes de l’histoire du pays.
Tout commence sans que personne ne sache trop comment, mais beaucoup s’accordent à dire que les japonais préhistoriques sont essentiellement arrivés de Corée. Les premières traces de civilisation datent d’il y a quinze mille ans et il fallut attendre le troisième siècle après Brian pour qu’un clan « unifie » tout le pays à la mode coréenne. Il s’agissait des Yamato (大和民族), ancêtres de l’empereur actuel. Bien entendu les frontières du Japon étaient assez différentes de celles d’aujourd’hui mais les Yamato se donnèrent le titre d’empereurs et font par conséquent de bons personnages de début.

Il y a bien longtemps dans un empire lointain, très lointain...

Les érudits du royaume de Paekche (rappelez-vous l’histoire de la Corée!) transmirent aux japonnais le bouddhisme et l’écriture, qu’ils avaient eux-mêmes acquis des chinois. Pour l’écriture ils auraient pu laisser les japonais se débrouiller car maintenant ils utilisent trois alphabets différents tous plus complexes les uns que les autres…
Une tradition Yamato rigolote voulait que la capitale du pays soit déplacée à la mort de chaque souverain. La première entorse à cette règle fût l’établissement d’une capitale stable et centrale à Heijō-kyō (平城京), l’actuelle Nara (奈良市), en 710. Les raisons pour lesquelles l’empereur décida à nouveau de changer de capitale après seulement soixante-quinze ans sont assez floues. Épidémie de variole, pas assez de place pour tout le monde, pouvoir grandissant des monastères bouddhistes, certains prétendent même qu’un moine aurait commencé à séduire l’impératrice!
Bref on installa la nouvelle capitale à Heian-kyō (平安京) en 794.

Une très bonne idée.

La cité s’appelle désormais Kyoto et est magnifique. Elle fût capitale pendant plus de mille ans, assez pour avoir le temps de construire une multitude de sanctuaires et de temples. Aujourd’hui la ville contient dix-sept sites classés à l’UNESCO et plusieurs centaines de temples et sanctuaires. L’ambiance est détendue et on n’y voit quasiment aucun gratte-ciel, les parcs et ruisseaux sont partout et on trouve un site historique à chaque coin de rue. Avec Aurélie et Charles nous avons couru dans tous les sens pendant de longues heures. Il faudra quand même qu’on revienne…
Après que Charles nous ait quitté, Aurélie et moi-même nous sommes offert un break à Nagano (長野市). Cette ville a surtout été rendue célèbre en France par Pierre Fulla. On y trouve pourtant autre chose que du brouillard, les montagnes avoisinantes abritent un animal endémique à l’archipel.

Mini yétis.

Le macaque du Japon est le singe qui vit le plus près d’une région polaire. De plus, son habitat privilégié est la montagne, par conséquent il a du s’adapter à une existence au contact de la neige. Or le Japon se situe sur la ceinture de feu et les sources d’eau chaude sont légion. Alors lorsque l’Homme se fait des piscines d’eau chaude en plein air, il n’y a pas de raisons que les macaques se privent d’en profiter. Au onsen de Jigokudani Yaen-kôen (地獄谷野猿公苑) on distribue même des graines aux singes pour s’assurer leur fidélité, un peu comme avec les oiseaux de nos jardins. Un côté de la vallée est réservé aux macaques et l’autre aux humains, sauf que les singes ne savent pas lire…

Notez la rare variété de macaque blond, exclu du groupe...

Après ce rafraichissement nous sommes retournés reprendre un peu de Kyoto avant de passer notre dernière journée nippone à Nara.
Nara c’est un peu Kyoto à taille humaine, mais ce qui choque c’est la présence quasiment partout de cerfs en liberté… Ils ne sont plus vraiment sauvages et la plupart apprécient les papouilles derrière l’oreille. Comme ils évoluent en totale liberté, les mâles ont les bois sciés à la base. Ça ne les empêches pas de se mettre des coups de boules et ils ont tous de belles cicatrices sur le crane et l’air un peu débile… On trouve un peu partout des bonnes femmes qui vendent des petites galettes de céréales à donner aux cerfs. Ça n’a pas empêché un petit salopiot de venir bouffer quelques unes de mes brochures touristiques!

Pendant que je prenais cette photo.

Sinon ce qui est agréable c’est qu’on peut facilement voir l’essentiel de Nara en une journée. Comme l’histoire de la ville est principalement liée au bouddhisme, on visite surtout des temples. Le plus impressionnant d’entre eux renfermant un immense bouddha de bronze.

Nara Daibutsu (奈良大仏)

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Nippone année!

1er janvier

 

Ah les copains! Quel plaisir de retrouver la vie citadine. Surtout dans la capitale d’un des pays les plus « riches » de la planète. Les rues de Tokyo (東京)sont propres, ordonnées et calmes. D’élégantes japonaises arpentent paisiblement les artères de la cité. Recouvertes de cosmétiques pour une fortune qui suffiraient à rassasier tous les malheureux sans abris qui crèvent de faim à leurs pieds, et à qui elles n’accordent même pas un regard…

FC

Je vous épargne mes jugements hautement subjectifs concernant la société japonaise pour me concentrer sur les petits détails qui suscitent la curiosité du quidam occidental. Et je vais me faire l’écho de la multitude de voyageurs qui ont visité ce pays: le Japon, c’est incroyablement cher. Pour vous donner une idée, un kebab parisien ici se vendrait facilement dix euros (sans frites) et je n’ai pas encore trouvé de canettes de bières à moins de deux euros cinquante… Pour faire bref, mon court séjour ici devrait me coûter aussi cher que mes trois mois en Corée.

Une autre facette remarquable de Tokyo concerne l’environnement sonore. En Chine ou en Corée, le bruit est un compagnon permanent. Au point de légitimement pouvoir se demander si les chinois ou les coréens ne sont pas effrayés par le silence. Ici c’est bien plus agréable et je goûte avec plaisir à un calme qui ne me surprendrai peut-être pas autant si j’étais arrivé directement de Paris.

L’ordre et la propreté sont également déconcertants. Je ne vous fait pas un dessin, la Chine c’est crade et bordélique, et la Corée du Sud est une véritable porcherie. Or un immondice sur le sol de Tokyo ne fait pas long feu. Cela dit je ne peux pas encore me prononcer sur l’état des campagnes.

Un autre monde...

Le respect aveugle de l’autorité et de l’ordre est quant à lui presque effrayant. On a l’impression qu’il existe un code du trottoir au même titre qu’un code de la route et les policiers sont tellement débordés que la seule chose que je les ai vu faire a été de passer le balai devant un commissariat…

L’interdiction de fumer sur les trottoirs est également impressionnante! Les fumeurs se regroupent autour de rares cendriers publics, auxquels manquent juste l’ajout d’un énorme panneau qui stipulerait « Cendrier de la honte! ». Cette interdiction est d’autant plus étrange qu’il est tout à fait possible de fumer au restaurant…

Mais que suis-je donc venu faire dans cette étrange contrée?

Allez savoir...

Vous aurez tous reconnu une suricate qui n’a pas eu sa dose en Corée, mais mon blog voit aussi la première apparition de ce séduisant barbu à ma droite! Et oui, après de nombreuses tentatives qui n’auront jamais abouties, dont celle qui fût à l’origine même de ce voyage, Charles et moi vadrouillons enfin ensemble à l’autre bout du monde. Et le jeu en valait la chandelle! L’anarchie et le chaos n’ont pas mis longtemps à accompagner les déambulations de notre trio. On traverse en dehors de clous (« on s’en fout on est français »), on braille plus fort qu’un chinois dans un karaoke et on s’est fait griller dans le premier bar où nous nous sommes rendus…

Oh bien entendu nous profitons également de notre venue dans ce magnifique pays pour explorer

Les musées

Les parcs

Les temples

Les galeries d'art

etc

Plus sérieusement Tokyo n’est pas vraiment connue pour être une ville historique. Rapport selon eux à d’obscurs bombardements américains dont personne n’a jamais entendu parler en Europe. Ce n’est pas comme si ils s’étaient pris une bombe atomique non plus. Du côté artistique, venir jusqu’ici pour visiter une exposition sur Rembrandt, merci mais non merci. Alors que faire à Tokyo? Cette ville est une remarquable vitrine sur la surprenante culture nippone. Un événement à ne pas rater était par exemple le quatre-vingt unième Comic Market (コミックマーケット). Un événement centré sur le manga (漫画).

Les fans apprécieront.

Pour ceux qui n’ont jamais désactivé le filtre parental de leurs moteurs de recherche, je vous fais un bref topo sur le manga. Les mangas sont un genre de bande-dessinées extraordinairement populaires au Japon. Généralement publiés dans le cadre de séries, ils présentent un style de dessins caractéristiques répondant à des codes assez stricts. Ici tout le monde lit des mangas. Les enfants comme les adultes, les femmes comme les hommes. Du point de vue des thèmes traités on trouve de tout, des romances parfumées à l’eau de rose, de l’heroic-fantasy, des épopées historiques, de l’action, de l’aventure et bien entendu, du cul…

Connu sous le nom de hentai (変態).

La convention était immense et nous nous sommes donc laissés entrainer au hasard par la foule. Nous sommes rapidement arrivés dans un immense hangar remplis de stands où des auteurs exposaient leurs œuvres. Quasiment exclusivement de la pornographie. Le plus perturbant étant que la pornographie japonaise ne connait quasiment pas de limites. Filles hybrides ou zoophilie n’arrivaient même plus à nous choquer devant l’étalage répugnant de pédopornographie… De nombreux articles en vente au tout-venant nous aurait valu un tour en prison en Europe. Mais il n’y a pas qu’au sujet des mœurs sexuelles que la morale japonaise peut-être dérangeante.

On se rappelle dans quel camp ils étaient...

Je vous rassure tout de suite les lecteurs de mangas, tout comme ces jolies demoiselles, ne sont pas des néo-nazis. Il s’agit ici de cosplay (コスプレ), une activité intimement liée à la culture manga. Concrètement, le cosplay désigne le fait de se déguiser en ses héros favoris, en personnages types de la pop culture ou, plus largement, en n’importe qui. Le déguisement doit toujours être lié à l’univers maga. L’érotisme étant omniprésent dans les mangas, les mini-jupes dominaient largement, même en hiver. Ce qui nous à plus surpris ce fût l’identité de ceux qui les portaient. En Europe les images qui nous parviennent des évènements cosplays montrent généralement des jeunes filles magnifiques presque nues. La réalité est assez différente. La moitié des tenues de Sailor Moon sont portées par des geeks obèses et sales…

Mais on trouve quand même de quoi se rincer l'œil.

En tout cas l’ambiance était bonne enfant et très décontractée, ce qui faisait du bien après l’épisode traumatisant des enfants nues mi-humaines mi-renardes attaquées par des tentacules…

Oh et hier à minuit on l’a célébré avant tout le monde!

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