Archive for décembre, 2010

Mollusques sans en avoir l’« r ».

27 décembre

Pour Noël j’ai eu droit à la visite plus qu’appréciée de mon pôpa et de mon frérô! Ils m’ont rejoins à Dunedin après avoir atterri à Queenstown et que pôpa ai sauté à l’élastique sur la route. Juste en passant, comme ça. C’est le plus fort mon pôpa. Après d’agréables retrouvailles, un dîner à la brasserie Speight’s et malgré le décalage horaire violent le frangin m’a accompagné à l’appart’ d’Andre et ajouté quelques ranfurly à sa dégustation de bières locales. Le lendemain pôpa a écrasé sans broncher la longue et péniblement ennuyeuse route jusqu’à Christchurch. Sur le chemin on s’est arrêté déjeuner dans le village de Moeraki avec vue sur les albatros et les dauphins d’Hector. Et puisqu’on était dans le coin on en a profité pour admirer le site touristique le plus important du pays.

Sylvain et ses grosses boules.


Arrivés à Christchurch nous nous sommes dirigés vers le His Lordship pour casser la croûte. Derrière le bar se tenait un Tim en pleine forme qui travaille dans ce bistrot lorsqu’il n’abreuve pas les clients du Vespa. Après un excellent repas c’est un frangin au zénith de sa forme qui m’a accompagné à travers la vie nocturne de la plus grande ville de l’Île du Sud. Du parquet incrusté de bris de verre du Yellow Cross à la moquette collante du Malbas, de la téquila au jägerbomb, Sylvain s’est imposé sur tous les dancefloors que nous avons foulé jusqu’à deux heures du matin. Petit rappel, lors de mon deuxième jour en Nouvelle-Zélande j’avais raté un barbecue sur le toit du Frienz d’Auckland car je n’avais pas réussi à rester éveillé jusqu’à sept heure…
Le lendemain c’était l’anniversaire de Minouche, qui tous les ans est célébré dans la joie et la bonne humeur à travers toute la planète, bien que la date soit incertaine.

Joyeux Noël les copains!


On avait ce soir là prévu d’éclater le score de la veille. Mais alors qu’il nous servait un de ses petits cocktails maison, Tim m’a rappelé un détail désagréable de la législation néozélandaise qui m’avait déjà causé du tort à Hastings. La vente d’alcool est totalement interdite les jours fériés. Les bars de la ville ferment donc à minuit et n’ouvriront à nouveau que le vingt six… Un peu découragés nous nous dirigeons vers le Rockpool où une nana tentent un hip-hop peu convaincant sur de la Drum & Bass douteuse. La perspective d’une nuit de Noël qui se finisse à minuit ne nous enchantait pas tant que ça mais le videur du Rockpool avait une excellente nouvelle pour nous. Un établissement résistait encore et toujours à la loi injuste qui menaçait de nous déshydrater et servirait de l’alcool toute la nuit:

Le bordel!


À vrai dire je ne sais pas si il s’agissait vraiment d’une maison de passes puisque le frangin et moi-même ne sommes pas allé plus loin que le stade « bar à strip-tease ». Ce qui était largement suffisant… La prostitution est légale en Nouvelle-Zélande et par conséquent constitue un aspect important de la culture locale que je me devais de découvrir à un moment ou un autre. Avec Cosette nous avions hésité plusieurs fois à nous rendre au Mermaid, le plus célèbre bordel de Wellington mais n’avions jamais eu l’occasion de franchir le pas. Une interdiction de débit de boisson doublée d’une distribution d’entrées gratuites dans la rue étaient les prétextes que j’attendais. À ceux qui se demandaient ce qui se cache derrière les vitres teintées arborant des annonces telles que « Cherche danseuses », « Nu intégral » ou encore « Satisfait ou remboursé », j’ai le plaisir de vous faire partager mon savoir nouveau. Si vous venez pour vous rincer l’œil oubliez ça. Je m’attendais à du vulgaire j’aurais du rester dans ces boites branchées où des gamines se trémoussent dans des tenues qui leur donnent l’aspect plus dénudées que si elles ne portaient rien. Les filles du strip club nous ont plutôt fait pitié. De pauvres nanas qui ne savent pas trop ce qu’elles doivent faire des barres de métal et de leurs bikinis. Après s’être trémoussées en faisant la gueule sur une musique bon marché elles se forcent à sourire en faisant le tour des clients et espèrent en trouver un prêt à se payer une danse privée. Du côté des clients, deux catégories. Ceux qui sont venus se rincer l’œil sont tous des mâles avoisinant la quarantaine au bas mot et présents avant minuit. Les clients arrivés après la messe sont des deux sexes et semblent plus attirés par le billard et l’alcool que par le spectacle. Conclusion: un bar comme un autre avec une très mauvaise programmation musicale, une déco qui ferait passer les canevas de nus des maisons de nos grands parents pour de l’art, une vodka orange au goût de flotte et des filles assez malines pour se faire payer pour se balader à poil.
Le lendemain nous avons pris la route du soleil couchant et en passant par le parc national d’Arthur’s Pass.

Et qui dit Arthur's Pass dit?


Bien entendu tout était fermé sur la route et après plusieurs promenades nos estomacs ont commencé à crier famine. Le salut est venu d’une petite auberge qui ne payait pas de mine dans le village perdu d’Otira. Quelques locaux s’y étaient donnés rendez-vous pour un repas de Noël. Notre présence fut gentiment acceptée et nous avons fait les honneurs de ce bon buffet et de deux bouteilles de mousseux.

Mieux qu'une tour d'argent!


Nous avons passé la nuit dans la ville de Wesport proche d’une colonie d’otaries à fourrure. Notre route nous a ensuite mené au parc national d’Abel Tasman et à la ville de Nelson. Puisque les oiseaux vous gonflent je passerais vite fait sur les râles des genêts et tiklin pour me concentrer sur le barathon. Nelson abrite une bonne quantité de bars et avec le frangin nous avons décidé d’aller boire un coup dans tout ceux de Bridge Street qui étaient ouvert en cette nuit de Boxing Day. Ça nous laissait une bonne dizaine de bars tous différents auxquels nous avons bien sûr ajouté quelques uns des rues avoisinantes pour ne pas faire de jaloux. La tournée fut très sympa mais j’ai particulièrement apprécié l’ambiance conviviale du LiquidNZ.

Cocktails first, questions later.


À la fermeture simultanée de tous les pubs ce qui devait arriver arriva et un groupe de néozélandais ivres s’est sauvagement attaqué à deux de leurs compatriotes… Les bastons à la sortie des bars kiwis sont bien malheureusement monnaie courante dans ce pays. Un des clients du Shooters nous expliquait d’ailleurs en souriant qu’il avait rencontré son meilleur ami après lui avoir cassé la figure à la sortie d’un bistrot. Il n’a cependant pas eu vraiment l’air d’apprécier qu’un ivrogne viennent se servir de sa tête pour nettoyer le dessous de ses chaussures… Après une nuit typique et un dépôt de témoignages auprès de la police locale nous sommes allés nous coucher. Et c’est du coup encore avec une veisalgie que je m’apprête à traverser un détroit, celui de Cook.

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Vroum vroum!

21 décembre

Pfiou… Les copains le retour au monde extérieur après plus d’un mois d’isolement c’est pas facile. Parce que je vous ai un petit peu négligé je reprends mon récit à la soirée de Noël sur Ulva. Cependant je vous préviens mon appareil photo a pris des vacances et vous aurez plus de texte que d’images!

On a quand même été foutu de trouver un sapin sur Ulva...


Ce n’est pas parce que Noël tombe en été de ce coté du globe qu’on ne respecte pas les traditions. Sapins, cadeaux, gros monsieur Coca-Cola et bonne bouffe sont au rendez-vous. Le petit détail qui choque c’est qu’ici le repas traditionnel de Noël c’est plutôt barbecue… L’intérêt du barbecue du bureau du DOC de l’île Stewart c’est que, comme ils sont chargés de la lutte contre les invasifs, la bouffe est spécialement bonne! Mais non on a pas mangé du chat et du rat petits malins! Des cerfs ont également été introduits sur l’île par les premiers colons et Phred était partit en « contrôler » un ou deux la veille. On s’était tous fait des cadeaux surprises qu’on s’est vu distribué à travers un jeu très rigolo. Earl a écopé d’une boite de nourriture pour chat ce qui a bien fait marrer tout le monde…
Une fois les enfants couchés les packs de bières ont pris une sacrée claque. Déjà habituée des lieux, Eva s’est proposée d’aller en éclaireuse au pub du village pour voir si l’ambiance valait qu’on y étanche notre soif. Elle est revenue cinq minutes plus tard avec un petit monsieur dont je ne me souviens plus du nom mais qui avait une clé à son trousseau qui faisait de lui un demi-dieu. Picoler dans une caserne de pompier c’est déjà inhabituel mais lorsque notre nouveau venu a usé de son outil miracle on a compris que la soirée ne faisait que commencer. Un rideau métallique jusqu’ici passé inaperçu s’éleva vers le plafond révélant devant nos yeux ébahis un bar. Je parle ici d’un vrai bar, pas une contrefaçon comme on pouvait en trouver chez le Jean. Un machin plein d’alcool avec une caisse (pas beaucoup servie) et un service à pression (beaucoup servi). Résultat les quelques péquenots qui trainaient au pub du village nous ont rejoins et je me suis réveillé sur un canapé inconnu au bataillon sur la terrasse d’une maison que je ne pourrais pas retrouver aujourd’hui…
Traverser le détroit de Foveaux c’est déjà très rigolo en temps normal mais après une soirée comme celle ci ça relevait du défi débile à la Jackass. J’ai cependant découvert que fixer les albatros qui planent tranquillement au dessus des creux de quatre mètres calme le mal de mer. Avec l’impression de tanguer encore plus sur la terre ferme que sur le bateau j’ai tenté de faire tenir mon pouce plus ou moins en place sur le bord de la route. Ma première voiture abritait quatre jeunes, bières à la main, l’autre main arborant un majeur tendu, qui me regardèrent avec mépris sans s’arrêter. Je me suis alors demandé si c’était si dur que ça de traverser le détroit à la nage… La seconde voiture transportait trois jeunes blondes hystériques qui me firent de grands signes en hurlant mais ne s’arrêtèrent pas. Après que la passagère arrière ait retiré son haut pour me le jeter à la figure je me suis dit que la journée allait être longue… Mais la troisième voiture fût la bonne. Un étudiant écossais espérait justement trouver un autostoppeur pour l’aider à finir toutes les bières que ses potes avaient abandonné dans son appart’. Appart’ qu’il devait rendre le lendemain. Vous savez ce qu’on dit: « Le mal par le mal ».
Puisque j’étais à Dunedin j’ai décidé de passer voir Melanie. Vous vous souvenez? La tripoteuse de manchots? Ce fut très sympa de la revoir mais elle était porteuse d’assez mauvaises nouvelles. Un manchot a été tué au nid par un chien sans laisse et une bonne partie des poussins sont morts car des idiots faisaient courir leur rotweiler sur la plage, empêchant les parents de nourrir leurs progénitures. Le seul nid de gorfous du Fiordland de la région a été abandonné et un des parents retrouvé mort sur une plage. Mais le pire était à venir. Une semaine plus tôt Melanie était partie pour Kaikoura en compagnie de plusieurs autres employés du Department pour capturer et « taguer » quelques otaries à fourrure. Ce qu’ils trouvèrent à la colonie dépasse l’entendement. Vingt-trois animaux, essentiellement des nouveaux nés, avaient été massacrés sauvagement à coups de battes la nuit précédente… Je ne trouverais sûrement jamais les mots pour commenter un acte gratuit aussi cruel. Toutefois une bonne nouvelle est sortie du lot: La femelle d’éléphant de mer de Nugget Point a donné naissance à un « petit » la nuit suivant mon départ.
Un petit peu fatigué j’ai continué mon errance en direction de Kaikoura pour passer voir Ophélie. Manuel ainsi que tous les autres volontaires avaient repris la route de leurs maisons pour les fêtes. Je vous rassure tout de suite, les cachalots vont bien!

Ainsi que les bébés mouettes!


J’ai pu faire la connaissance d’Ikki, le toutou lunatique d’Ophélie, mais pas vraiment de travail étant donné le vent qui rend la visibilité nulle depuis la colline. J’ai donc poursuivi vers Motueka au cœur de la région la plus ensoleillée de Nouvelle-Zélande. J’ai beau avoir été coupé du monde je savais pouvoir poser ma main sur quelques pioupious si je me donnais la peine de me déplacer. Mes contacts étaient toujours aussi impressionnés par mon aptitude au lancer de vers de farine mais le travail de terrain devait attendre la fin des pluies diluviennes qui inondent la région jusqu’à Noël… Je n’en reviens toujours pas. Je passe plus d’un mois au sec sur une île où il est censé pleuvoir deux cent soixante quinze jours par an et je tombe sur l’une des seule semaine où il pleut sur la région de Tasman. Il n’y a plus de saisons, c’est moi qui vous le dit…
Bref ni une ni deux, voilà mon pouce qui reprend du service. Situation cocasse: « Je peux te déposer? Tu vas où? » « Je ne sais pas, vous allez où vous? ». Et c’est partit pour une petite promenade en direction de Christchurch à bord de la voiture de Justin, le maori de Chambéry (ça ne s’invente pas). Après tout une ville c’est certainement le meilleur endroit où se trouver un jour de pluie et Christchurch, même après avoir été à moitié démolie par un séisme, continue à ressembler à une ville. Le seul problème c’est que le camping sauvage ce n’est pas évident quand il faut deux heures de marche pour trouver un bosquet… Du coup Zou! En route pour les montagnes!
Et Paf! Me voici dans le parc national d’Arthur’s Pass. Ballades magnifiques, hyménolaime bleu et même coups de soleil! Je vous met l’hyménolaime en français juste pour que ceux qui se donnent la peine d’aller chercher ce que peu bien cacher un nom aussi chouette soient super déçus. Hé hé! J’ai même réussi à trouver de la neige pour mon Noël!

Il n'y a pas de raisons que vous soyez les seuls à en profiter!


Et puis les montagnes néozélandaises ne seraient pas les mêmes sans les nestors kéas!

Le clown des montagnes!


Le kéa est à la fois un joyau et une plaie. On dirait que pour contrebalancer la diversité d’oiseaux sous évolués qu’abrite le pays on a fait de cet oiseau un génie. Personne ne comprend encore tout à fait comment fonctionne le cerveau d’un kéa mais tout le monde s’accorde à dire que ça tient de la haute technologie. Ces oiseaux sont capables de résoudre des problèmes très complexes et un grand nombre d’expériences très amusantes ont été mises en place pour déceler les limites de ses capacités. Ajouter à cela une curiosité hors du commun et vous allez commencer à entrevoir le piège. Le kéa est le seul perroquet de montagne et pour pouvoir subvenir à ses besoins il a fait de sa curiosité une nécessité. Tout ce qui se trouve dans le village d’Arthur’s Pass est « keaproof ». Et pour cause! Les nestors kéa défoncent tout se qui peut leur passer sous le bec. Juste comme ça, au cas où, des fois qu’il y ait du miam miam. Vous avez vu le film Gremlins? Et bien il y a de ça. Rien n’est épargné et on m’a fortement conseillé de ne monter ma tente que si je restais aux environs pour la défendre…

Et ton 4x4 c'est un évolution?


Je pourrais vous parler de ces petits numéros pendant un bout de temps mais une anecdote mérite d’être retenue. Les employés du DOC ont remarqué au début de l’été qu’un bon nombre de leurs nouveaux pièges à hermines dans les montagnes s’enclenchaient sans qu’aucun animal ne se prenne dedans. Les supers pièges ayant coûté une petite fortune tout le monde cherchait un responsable pour couvrir les frais. Or un jour un employé observa deux kéas s’approcher d’un piège. L’un deux se saisi d’un bâton et enclencha le piège. Selon le témoin le bruit du piège a eu l’air de bien les faire marrer et les oiseaux sont passés au suivant… Mystère résolu, plus qu’à faire des pièges silencieux pour que les kéas les trouvent moins rigolos. Accessoirement ces pièges sont en partie là pour éviter que les hermines ne dévorent les poussins de perroquet. On a beau être l’un des oiseaux les plus doué de la planète on reste un animal néozélandais.

C'est ça cache toi...


Une autre? Allez c’est bien parce que vous insistez! Deux randonneurs exténués après une longue marche s’effondrent sur les lits d’une hutte de montagne. Il ne faut pas longtemps pour que deux nestors kéa commencent à faire des glissades sur le toit en taule. Rapidement excédé par le boucan l’un des randonneurs frappe la taule violemment avec son bâton de marche. Les glissades s’arrêtent et la tête d’un perroquet, suspendu à la gouttière, apparaît à la fenêtre. Soudain l’un des oiseaux reprend les glissades de plus belle et va même jusqu’à jeter des pierres sur le toit tandis que l’autre continu d’inspecter l’intérieur. Un bisou à celui ou celle qui me trouve l’explication de ce comportement.
Bref après deux nuits bercé par le chant des kiwis et le bruit de la pluie sur ma tente je me suis décidé à partir vers la région la plus chaude du pays. Je quittais ma montagne enneigé pour les trente degrés à l’ombre et les glaces au cassis de Dunedin. Encore une fois le voyage a été semé de personnages hauts en couleurs mais l’un d’entre eux était véritablement une perle. Ancien membre des forces spéciales Sud-Africaine il s’est reconverti dans la défense civile en Irak et Afghanistan. Il est venu en vacance en Nouvelle-Zélande pour passer les brevets de parachutisme. Qu’il possède déjà en Grande-Bretagne et aux États-Unis, sa vision des vacances détentes. Détail important, le seul disque dans la voiture de ce type qui a déjà tué quelques uns de ses semblables et sauvé la vie de nombreux autres passait sans broncher de la Macarena à Pavarotti…

Sur la route je me suis réarrêté au plus intéressant site touristique du pays!


À Dunedin je suis hébergé chez Andre, Philip, Simon et son chat (les connaisseurs apprécieront), rencontrés via le site de couchsurfing. J’avais par ailleurs déjà croisé Andre sur la péninsule de Longpoint lorsque je chassais les nids de manchots antipodes. Il fait parti du Yellow-eyed Penguin Trust qui nous avait filé un coup de main ce jour là. Ce pays est décidément très petit… Outre l’ambiance relax dans un appart’ étudiant caché derrière la brasserie Speight’s, les colocs m’ont également initié au « Dump-diving », littéralement « plongée dans la benne » plus connue sous l’appellation « faire les poubelles ». Je parle ici des bennes des supermarchés, pas de n’importes quelles poubelles. On peut en penser ce qu’on veut moi je me contente de relater les faits. Et les faits sont les suivants: Cette pratique illégale est apparemment très répandue chez les étudiants de la ville et chacun leur tour différents appart’ partent en plongée et partagent le butin. Chaque benne est vidée quotidiennement et ce qui est trouvé chaque nuit ne date jamais plus de quelques heures. Le butin de ce soir était considéré comme maigre par mes compagnons mais représentait déjà près de vingt euros de bonne bouffe. Et c’est là que c’est la plus choquant! Seuls quelques produits laitiers avaient dépassé leur date de péremption d’un ou deux jours! Tout le reste du larcin était encore officiellement bon pour les trois ou quatre prochains jours! Et on sait tous que les dates de péremptions sont généralement exagérés! Bref jus de fruit, yaourts, jambons et saucisses apéro, tous empaquetés dans des petits sachets tout neuf et pour pas un rond, effarant… Andre m’a également raconté qu’un de ses pote avait tenté une expérience amusante. Il était allé faire des courses dans un supermarché mais au lieu de passer à la caisse avait saboté son cadis. Il avait effacé la date de péremption sur tous ses articles et abandonné le cadis dans un coin. Le soir même dans la benne du supermarché un sac poubelle tout neuf contenait l’intégralité de son cadis. Cinquante euros de bouffe gratuite… Le pire est que les colocs m’ont raconté avoir déjà trouvé de la bière dans les bennes! Dans quel monde on vit pour que des gens soient près à jeter de la bonne bière aux ordures quand de pauvres touristes crèvent de soif!
Enfin voilà, vous vouliez des nouvelles en voilà et pour ceux qui s’inquiétaient de mon petit relâchement je leur répond ceci:

Parce que vous ça ne vous arrive jamais de glandouiller peut-être?

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Baby boom.

7 décembre

Une nouvelle génération de petits malins volette partout sur l’île: les noir-métal!

On avait pas dit bagues de couleurs?


On atteint une nouvelle dimension du comique avec ces petits rigolos qui ne comprennent rien à rien et tentent de s’infiltrer dans la portée du voisin pour gratter quelques larves de ténébrions. Notre mission consiste essentiellement à les entrainer à venir chercher les vers de farines pour pouvoir espérer les retrouver l’année prochaine. Autant les applaudissements ont l’air de leur plaire autant le concept des vers de farine qui tombent du ciel continue à les dépasser largement… Et puis Ulva ce n’est pas que les miros rubisoles! Avec une pensée toute particulière pour Jenny (et son couillon de mec aussi même si il a fait la partie la plus facile du boulot) voici une petite présentation des petits marmots de l’île que je ne vous avais pas encore présenté. Comme vous êtes maintenant incollables sur les oiseaux de Nouvelle-Zélande je ne vous mets pas le nom des espèces auxquels ils appartiennent et vous laisse vous débrouiller (Cécile tu joues pas!):

Faux amis.


Petit grelot.


Barbar imberbe.


Mini crotte.


Objectif secondaire.


Comme quoi même avec un nid tout pourri...


Celui là il est pas évident.


Bon et puis je vous remet ceux là parce que ce sont les meilleurs!

11 décembre

Mon dernier jour sur Ulva est arrivé! En plus d’un pack de bières, Bryce ma offert de ne pas m’occuper des miros pour aujourd’hui. Et Ulva en a profité pour m’offrir son cadeau le plus précieux. J’avais décidé de passer ma journée à vérifier le contenu de différent nids, notamment celui d’un couple de xéniques.

Ça vient, ça vient!


Or au pied de l’arbre à xéniques se trouvait une énorme femelle kiwi! Un kiwi diurnambule pour mon dernier jour, c’était déjà un super cadeau. J’ai donc passé plusieurs minutes avec la belle jusqu’à ce que, soudainement, elle s’enfuit en courant. Cherchant désespérément à la retrouver voilà que je tombe sur un gros terrier. Il me suffit de me pencher un petit peu pour pouvoir observer mon kiwi et son compagnon roupiller tranquillement au fond de leur nid!

La cerise sur le gâteau!


Pour mon dernier jour Ulva a su me montrer une fois de plus à quel point elle pouvait être imprévisible et largement au dessus de mes espérances les plus folles. Après cela la soirée de Noël du Department Of Conservation a été bien utile pour m’aider à célébrer mon départ. Une caserne de pompier, un barbecue et un bon paquet de bières ont eu raison de mon cerveau mélancolique et de mes capacités rédactionnelles. Ce sera donc tout pour aujourd’hui en attendant de voir ce que demain a prévu pour moi…

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L’homme qui murmurait à l’oreille des miros.

26 novembre

Les kiwis qui marchent sur des manchots ou qui se planquent pile poil sous le mauvais buisson c’était déjà rigolo mais l’abondance de demi-miros sur Ulva rendent les journées aussi amusantes que les nuits. Lorsqu’on se promène on voit de temps en temps surgir des fougères un jeune miro qui, arrivé à cinquante centimètres d’altitude, commence à redescendre mollement malgré ses battements d’ailes frénétiques. Il y a également ceux qui se sont endormis pépère sur une branche pour se remettre d’une ascension qui a bien du leur prendre la journée. Et qui nous tombe à moitié dessus après avoir sursauté au premier claquement de mains… Et puis il n’y a qu’à les regarder:

Quoi ma gueule?


Je me moque mais les parents nous font bien rire aussi. Certaines femelles ont entamé un nouveau nid alors que les derniers oisillons continuent à piailler famine sur le territoire. On se retrouve par conséquent avec des mâles largement dépassés par les événements qui se comportent de manières encore plus incohérentes que d’habitude. J’en ai vu un qui en avait tellement marre des cris des oisillons affamés dans une oreille et de ceux de sa femelle, pressée de retourner couver, dans l’autre, qu’il s’est tout bonnement mis à manger les vers que je lui donnais… Il y a ceux qui n’ont toujours pas compris que les gros miros qui les suivent partout sont leurs rejetons et continuent de tenter le « courtship feeding » à l’adresse de leurs femelles excédées. Et à notre grand désespoir certains violet-métal ont pondu… Leurs nids ne ressemblent à rien, le mâle se goure sur la femelle qu’il doit nourrir et la femelle se plante sur le nid qu’elle doit couver…

Les joies de la vie de famille...


Du côté des célébrités on commence à manquer de noms pour tous les mâles qui se mettent à courtiser plusieurs femelles. Les filles continuent désespérément à chercher une femelle qui ai trouvé le moyen de se faire nourrir par deux mâles différents mais ce n’est pas gagné. Le hasard des affectations à fait que jusqu’ici j’ai été le seul à m’occuper de Long John, bien que tout le monde l’ai vu venir grappiller chez ses voisins. Or aujourd’hui Tracey est passée visiter son nid trouvé tout récemment. Elle ne partage pas mon engouement pour le pirate. Sa femelle a été temporairement baptisée « Ghost » et il m’a fallu une infinie patience pour pouvoir l’observer d’assez près pour lire ses bagues. Elle a construit son nid au sommet d’un totara d’une bonne dizaine de mètre de haut. Elle n’avait jamais été observée depuis son baguage il y a trois ans ce qui donne déjà une bonne idée de sa timidité et aurait presque pu faire d’elle un miro zombie… Une femelle de miro rubisole bien élevée se rue normalement sur son compagnon dès que celui-ci l’appelle. Or celle-ci est tellement timide qu’elle ne quitte pas son nid tant que nous sommes dans les parages. Long John se déplace donc jusqu’à elle pour la nourrir. Le problème c’est qu’en temps normal le mâle ne se rend au nid que pour nourrir des poussins et c’est d’ailleurs le seul moyen que l’on ai de déterminer la date d’éclosion… La situation actuelle de la descendance de Long John est par conséquent pour l’instant inconnue.

Pour corser un peu le tout mademoiselle a construit son nid à proximité du dortoir d'une ninoxe...


Concernant Cosette les choses se présentent un peu mieux. Tracey a finalement trouvé son nid et notre petite misérable gère plutôt bien sa condition de mère célibataire. On a tous un petit peu pitié pour elle alors on force discrètement la dose de vers qu’on lui donne à chaque passage. Tiger se conduit de plus en plus comme un beau salaud. À la découverte du nid il a aidé Cosette à le « défendre », bien que le terme me fasse encore bien rigoler. Ceci prouve qu’il est conscient de sa paternité! Or lorsqu’on offre un ver à notre protégée il l’agresse violemment et apporte le ver à son oisillon légitime.

Il y a des claques qui se perdent...


Avec Bryce et Eva au large pour une conférence à Dunedin on se retrouve à trois pour surveiller les miros de l’île à une cadence atteignant les trois cent vers de farine sacrifiés par jour par personne. Pour éviter de péter les plombs et commencer à donner des noms aux oiseaux ou à rêver d’eux on s’offre quelques extras.
Une étude européenne a montré que la composition chimique d’une substance dont les oiseaux se servent pour se nettoyer change pendant la saison de reproduction. L’odeur de l’oiseau est notamment atténuée pour se protéger du puissant odorat des prédateurs mammaliens. Attendez une seconde! Mais ne serais-je pas dans ce pays où les oiseaux ont évolué loin du danger de ce type de prédateurs? Ian nous a donc demandé de capturer quelques couples de miros et de prélever un peu de cette substance avant, pendant et après qu’ils aient niché. Le but est de comparer le résultat avec des espèces ayant évoluées au contact des mammifères mais pour nous ça nous permet de changer un peu du quotidien.

Test de Q.I.


Phred, un employé du Department Of Conservation de l’île Stewart plus ou moins en charge d’Ulva et plus précisément de nous, a placé sur un îlot quelques pièges à rats juste au cas où. Tama hou ne se situe qu’à une centaine de mètre d’Ulva et a déjà vu un petit groupe de mohoua à têtes jaunes élever avec succès trois oisillons. Cet exploit laisse à penser que quelques miros pourraient très bien s’y être installés et Phred s’est gentiment proposé de nous y conduire lors de sa relève des pièges. Ça nous a fait une petite sortie sympa mais aucun miro n’est venu coloniser ce caillou.

Comme si on avait pas déjà assez de boulot...

2 décembre

Ça pue l’amour sur Ulva! Je passe mes journées à observer des petits oiseaux se faire des papouilles, des cadeaux et des bébés! En ce début d’été les oiseaux sont tous occupés à élever leurs progéniture mais ce sont encore une fois les mêmes qui se font le plus remarquer:

Je vais finir par penser qu'ils le font exprès...


Pour ne pas finir hippy il me fallait quelque chose pour compenser l’overdose de bonheur et de petites fleurs. Je suis donc allé accompagner Earl, ranger du Department Of Conservation, dans sa quête de destruction de petits chats! Je ne vais pas m’attarder sur le débat « tuer des animaux pour en préserver d’autres » les faits sont les suivants. Prenons premièrement un îlot sur lequel rats et chats sont laissés en libertés sans contrôle et voici le résultat: Les rongeurs se multiplient sans retenues et dévorent jusqu’aux derniers œufs, insectes et plantes présents. Ils finissent tous par mourir de faim après une période durant laquelle ils se nourrissent de leurs progénitures. De leur côté les chats achèvent les quelques oiseaux encore présents, mangent les derniers rats morts et tentent de survivre plus d’un an en mangeant leur caca. On se retrouve avec un îlot totalement dénué de vie. Deuxième scénario: on élimine tout ce qui n’est pas parfaitement adapté à cet environnement et le fruit de milliers d’années d’évolutions nous donne un petit bout de paradis dans lequel tout pleins de petits miros peuvent forniquer!

Youpi!


Ces exemples concernent des îlots de tailles modestes mais quand on veut protéger un animal qui ne vit que sur la troisième plus grande île du pays ont doit procéder autrement. Les pluviers roux ne peuvent pas être déplacés vers des îles sanctuaires car ils volent très bien et tiennent particulièrement à continuer à vivre sur Stewart. Ils y sont très vulnérables à la prédation des chats harets et entre les années cinquante et quatre-vingt dix leur population a chuté de trois cents à soixante oiseaux à cause de ce seul nuisible. Le programme du DOC pour contrôler les chats harets ne tue qu’un ou deux animaux par an mais ça a été suffisant pour que la population actuelle de pluvier roux atteigne à nouveau trois cent individus! Mais au fait, c’est quoi un pluvier roux?

Aaaaah ce pluvier roux.


Certains se souviendront que j’ai déjà pu observer cet oiseaux sur les plages du côté d’Auckland. Ceux là peuvent éteindre leur ordinateur, enfiler leur parka et aller se payer une ou deux bières dans le pub d’à côté car ils passent beaucoup trop de temps devant leur ordinateur… Le pluvier roux vit également le long des côtes de l’île du Nord et il en existe plus d’un millier dans cette partie du pays. Les oiseaux du Nord ont beau appartenir à la même espèce que ceux de l’île Stewart, ils sont chacun les représentants de deux sous-espèces bien distinctes. On révise son cours sur la différence entre espèce et sous-espèce les enfants, je vous préviens il y aura interro à la rentrée! Au delà de vagues différences de taille et de plumage les deux sous-espèces sont surtout différenciées par leurs comportements de reproduction. Alors que ceux du Nord passent l’année sur les côtes, ceux du Sud se rendent vers les hauteurs pour nicher chaque été.

Ceux qui viennent de rentrer du pub peuvent chercher la photo du même oiseau au bord de la mer sur mon blog.


Ne vous imaginez cependant pas des sommets faramineux, au quarante septième parallèle il suffit de monter à cinq cent mètres au dessus de la mer pour que les arbres ne puissent plus pousser. La neige a d’ailleurs couté leur première ponte à la plupart des oiseaux. Après quatre bonnes heures de marche dans la boue qui constitue l’essentiel du sol de Stewart nous arrivons à la hutte qui se situe à la limite des derniers buissons. Je vous passes mes habituelles complaintes envers le temps pourris, l’hébergement minable et la vue moche,

ce serait me répéter.


La colline où nous nous sommes rendus s’appelle Table Hill. Cette tourbière qui s’étend entre cinq cent cinquante et sept cent mètres d’altitude est le principale site de reproduction du pluvier roux. Cachées aux pieds des buissons qui entourent l’immense clairière se trouvent deux cents mangeoires contenant des appâts empoisonnés que nous devons renouveler. Les chats sont empoisonnés au sodium fluoroacetate plus connu sous l’appellation « 1080 ». Ce poison est l’outil le plus utilisé par le DOC pour contrôler la présence des nuisibles. Il est également le plus controversé et alimente des débats interminables qui se soldent souvent par « d’accord c’est pas super mais on a pas mieux ». Manipuler ce poison demande l’obtention d’un permis. De mon côté je me contente donc de changer les appâts au bromodialone destinés aux rats. Les rats ne sont pas vraiment une menace pour les pluviers mais ils mangent parfois les appâts destinés aux chats.

Pourquoi, pourquoi j'ai pas pris la pilule bleue?


Il nous faudra une journée et demi pour remplacer tous les appâts. Le spectacle est époustouflant du début à la fin, nous sommes entourés de pluviers et de leurs petits poussins et avons même eu la chance d’observer deux individus d’un animal encore méconnu: le gecko Hoplodactylus rakiurae.

Appelé ici « Harlequin gecko ».


Ce lézard ne vit que dans les régions d’altitude de l’île Stewart où ses magnifiques couleurs sont un parfait camouflage. Je ne vous casserais pas longtemps les pieds avec sa description, il n’a été découvert qu’en soixante-neuf et on ne sait toujours pas grand chose sur lui. À mes yeux cette animal est certainement le plus beau du pays.

Là on me voit plus!

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