Archive for Terres Australes et Antarctiques Françaises (2012-2013)

On en a fait le tour

18 novembre

 

Avec toutes mes petites otaries parties et les grandes qui attendent un peu avant de se pointer, il vient de m’arriver un truc incroyable, j’ai eu du temps de libre ! Un truc qui ressemblait presque à des vacances en fait. Du coup, j’en ai un peu profité et je me suis offert le tour de l’île en trois jours. Et alors là, derechef, expérience extraordinaire, après un an sur un petit bout de caillou au milieu de l’océan Indien, il me restait encore bien des choses à découvrir.

L’épopée a commencé par une promenade tranquille en direction de la pointe de la Recherche avant d’entamer l’ascension des falaises de la Pearl. Et grand bien m’en fit ! Surplombant des crêtes où je n’avais jamais mis le pied, voilà que je tombe sur un petit groupe d’albatros de l’océan Indien, certains posés nonchalamment sur une terre rouge, les autres paradant avec sérieux.

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Un tableau sublime.

Après ce spectacle inattendu, nous avons continué notre route jusqu’au zénith de notre randonnée, le Mont Fernand. Ce bloc rocheux, posé aux abords du Plateau des Tourbières tel un tepuy mystérieux, me narguait depuis assez longtemps. Il était temps que je me farcisse son ascension et admire la splendeur de ce lieu. Si les falaises d’Entrecasteaux sont le territoire des comiques au bec jaune, la forteresse qui les surplombe est le domaine réservé des acrobates au plumage noir. Les albatros fuligineux à dos sombres y sont littéralement légion. Entouré par le ballet des albatros, les oreilles remplies de leurs longues plaintes incessantes, le sommet du Mont Fernand avait des allures d’île dans l’île, un havre hors d’un monde déjà bien isolé.

Après une nuit sublime à la belle étoile, nous avons repris notre route vers la pointe Del Cano. Là encore une bonne partie du trajet m’était inconnue. Des paysages nouveaux d’où surgissaient par moment les cris des labbes qui couvaient ça et là sur les mousses, tandis que l’image de l’île Saint-Paul se découpait en permanence à l’horizon. Au-delà du magnifique point de vue qu’offre la Pointe Del Cano, ce qui rend le site très attrayant, ce sont aussi les imposantes ravines qui s’enfoncent dans l’île. Et au sein de ces canyons démesurés résonnaient encore en abondance les hurlements de l’albatros le plus mystérieux de l’île. Voir les albatros fuligineux évoluer en vol au sein des canyons donnait pleinement la mesure titanesque du site.

Le retour vers la base en longeant la côte Est se déroula sans encombres en terrain connu, jusqu’à ce qu’apparaisse la petite star de ces derniers jours.

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La glaréole à ailes noires.

Derrière ce nom, qui fait beaucoup rigoler les copains, se cache un oiseau qui s’inscrit dans une longue lignée de visiteurs que nous avons vu débarquer sur Amsterdam depuis quelques semaines. Ils sont peut-être les plus dignes de porter le nom d’hivernants. Si notre petite hirondelle se promène chez nous après s’être reproduit entre la mer Noire et la mer Caspienne, le plus impressionnant de nos migrateurs est le petit bécasseau cocorli qui se promène parfois autour de la Mare aux éléphants. A peine plus gros qu’un merle, ce petit bonhomme se reproduit en Sibérie et vient profiter des beaux jours chez nous, ou même aux îles Kerguelen, et tout ça à la seule force de ses ailes. Alors quand les nouveaux hivernants amstellodamois vont débarquer du Marion Dufresne dans quelques heures, qu’ils n’aillent pas me dire que le voyage a été difficile…

 

 

With all my little pups gone and the soon too be mothers still at sea, something very strange happened to me, I had free time! Something even looking a bit like holydays. So I took advantage of it and went on a three days trip around the island.

And I was pretty amazed by how, after a year stuck here, I could still discover new wonderful things on Amsterdam. We started our trip by climbing up the Pearl cliffs, on the Western side of the island. We even discovered a small group of yellow-nosed albatrosses resting in red dirt, far away from Entrecasteaux. Our goal was to climb up the Mont Fernand and spend the night there. I never had been to this table mountain before, and it would have been sad if I never did so. If the cliffs below are the territory of the yellow-nosed, the rock dominating it is the sooty’s exclusive playground. To see them flying around by pair while shouting loudly is just one of the most extraordinary show someone can see. The night over the Plateau des Tourbières was just fantastic, being there felt a bit like being on an island inside our island.

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Never lost enough.

After this stop over, we walked our way to the Pointe Del Cano. A way I never used before, walking through the island over the mosses, sometimes yelled at by incubating skuas, with saint-PaulIsland stuck at the horizon. Once at Del Cano, we visited the canyons that run into the island. There again were the sooty albatrosses. And watching them flying inside the canyons showed us how incredibly huge they were.

The way back has been a lot quieter but it’s a good thing when you know the Marion Dufresne will be here in few hours. New winterers are to come, and with them my successor! As ever for anyone who wants to come over here, the trip has been a bit rough, but for some winterers the trip is even harder. Since summer is coming up around here, it obviously means it’s leaving the Northern hemisphere. So for some crazy birds around areas like Siberia, it is time to move down before the far North is covered by snow. And some of them even made it to my tiny island, lost in the middle of the Indian Ocean! While us, so called polar heroes, come safely and without any efforts by boat, some little feathery crazy things fly their way to a nice little place far away from home.

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How you know, it’s just a yearly routine…

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Ils sont partis !

28 octobre

Ça a l’air stupide à dire puisque c’était bien censé arriver un jour mais quand même… J’ai passé toutes mes journées depuis mon arrivée avec ces petites boules de poils. Du coup ça fait un peu comme un vide. Et les petits monstres ont attendu que je sois à Entrecasteaux pour fuguer ! Quasiment tous d’un coup, même s’il y en a encore une poignée qui hésitent. Onze mois que je les vois plus souvent que leurs mamans et ils partent comme ça sans rien dire. En même temps quand on voit que les énormes mâles en rut reviennent en force, je les comprends un peu.

Par contre, en contrepartie du départ de mes bébés, j’en ai plein de nouveaux à Entrecasteaux. Les poussins de manchots sont nés ! Au grand plaisir des labbes antarctiques…

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Pédophage.

Ça me fait penser que je ne vous ai jamais parlé de ces habitants permanents de notre île. Il faut dire qu’ils ont une réputation houleuse nos skuas. Le mot « Skua » est le plus souvent utilisé pour parler des labbes, d’ailleurs la plupart des hivernants ne connaissent pas le mot « labbe »… Le skua est tellement populaire ici que c’est le nom de notre bâtiment de vie commune (incluant le bar !). En même temps se faire gentiment appelé « skua », signifie que vous vous jetez avec rapacité sur les miettes. Pourquoi ? Et bien tout simplement parce que c’est ce que font les skuas. Ce sont un peu nos hyènes ailées locales. Comme leurs cousines africaines poilues, les skuas patrouillent l’île à la recherche de charognes ou de proies trop faibles pour se défendre. Ils ont aussi un drôle de comportement social, ils sont très territoriaux mais on les voit se regrouper en différents points de repos appelés « skuats ». Si les plus forts se réservent facilement la part du lion, il n’est pas rare de voir une dizaine de skuas se disputer les restes d’un bébé otarie ou d’un poussin de manchot. La touche finale du tableau c’est le cri tonitruant que lance l’oiseau pour communiquer avec ses semblables, la gorge déployée et les ailes tendues vers le ciel. Il n’y a pas à tergiverser, le skua est vraiment une bestiole qui en tient une sacrée couche.

Et parce que je n’ai pas grand-chose à vous raconter, je vous fais un super cadeau :

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Une carte d’Amsterdam !

Alors allons-y pour la visite guidée :

La zone verte d’abord : Ce sont les falaises d’Entrecasteaux. La pointe d’Entrecasteaux, à l’ouest est matérialisée par la Cathédrale, une presqu’île qui n’est pas loin de couper le cordon. Il est interdit de s’y rendre à moins d’être titulaire d’une autorisation préfectorale. C’est là que se concentrent les plus denses colonies d’oiseaux de l’île, on y trouve essentiellement des gorfous de Moseley, des albatros de l’océan Indien et des albatros fuligineux à dos sombre. Pas là peine d’en faire des tonnes, c’est ma deuxième maison.

La zone bleue : On l’appelle le Plateau des Tourbières par commodité mais le véritable plateau se trouve au Sud de cette zone. C’est sur le plateau véritable que nichent la plupart des labbes de l’île. Le reste de la zone abrite les nids des albatros d’Amsterdam et l’ensemble est interdit d’accès au même titre que les falaises d’Entrecasteaux. Au milieu de cette zone on trouve un superbe cratère, le Vulcain, qui sert de salle à manger lors des sorties à but scientifique.

La zone orange : Ce sont les falaises de la Pearl. On peut librement parcourir leur crête mais pas la peine d’espérer pouvoir atteindre la côte des Galets à leurs pieds, la chute est vertigineuse. Quelques albatros fuligineux y nichent et peut-être aussi quelques puffins à pieds pâles.

Les petits points rouges maintenant :

1 : La base Martin de Viviès, située à la fois sur un des points les plus abrités de l’île et les plus facilement accessibles depuis la mer.

2 : La Mare aux Eléphants, c’est là que je vis alors c’est sur la carte.

3 : La cabane Ribault, celle qui permet d’accueillir le plus de monde hors base. Elle marque la limite Nord d’une « petite » falaise qui se poursuit sans discontinuité jusqu’à la plage d’Entrecasteaux. Si Ribault manque un peu de cachet, elle permet quand même de s’évader à plusieurs et une soirée là-bas est toujours très sympathique. Et puis on peut y entendre des pétrels soyeux la nuit ! Entre Ribault et la base, on trouve les cratères Dumas, les plus récents de l’île. C’est là que la plupart des phylicas de 2013 ont été plantés. On y trouve aussi un ancien concasseur et des grottes où gisent sûrement encore des ossements d’oiseaux disparus depuis l’arrivée de l’homme sur l’île.

4 : La pointe Goodenough qu’on appelle maintenant Pointe Bénédicte du nom des locaux qu’utilisent les chimistes de l’air pour leurs travaux.

5 : La pointe de la Recherche, le site de prédilection pour qui veut passer un peu de temps avec les sternes couronnées. Cette pointe offre des possibilités de balades sympas depuis la base. Plus au sud on trouve une grotte appelée la Grotte du Bib et plus à l’Est, la Chaussée des otaries où les pétrels géants pourraient nicher. A mi-chemin entre le Plateau des Tourbières, la pointe de la Recherche et la base se trouve également le cratère Antonelli. On y trouve un petit bosquet surprenant comptant des pommiers, des cyprès et des phylicas. Une cabane super sympa a été installée au sommet du cratère et on y passe de super soirées.

6 : Les cratères Vénus, reliés à Martin de Viviès par la grande coulée. Je n’y suis jamais allé ! D’une manière générale la spéléologie est interdite sur l’île, pourtant traversée par de très nombreuses cavités laissées par les coulées de lave. Se promener au hasard des cavités est très dangereux mais la grande coulée est bien connue et majoritairement à ciel ouvert, elle est donc libre d’accès.

7 : L’Olympe, un cratère qui donne l’illusion d’être le sommet de l’île lorsqu’on l’observe depuis la base. C’est un objectif de balade régulier.

8 : Le mont de la Dives, le sommet de l’île. Par beau temps c’est le meilleur point d’observation pour pouvoir espérer apercevoir l’île Saint-Paul. La Dives surplombe la magnifique Caldeira qui est strictement interdite d’accès. A l’est du sommet de l’île, on peut faire un crochet pour admirer le ravin Coleridge et l’éperon des Nuées.

9 : Le mont du Fernand, en équilibre entre les falaises et les tourbières, encore un endroit où je ne suis pas allé. Par contre je suis déjà passé plusieurs fois par les Trois Demoiselles, sur le versant sud du Fernand. Un point de vue incomparable sur cette partie de l’île.

10 : Le Chaudron, entre ce cratère et la cabane Ribault, on trouve la cabane BMG. C’est un des seuls endroits de l’île, avec la base, où il est autorisé d’aller se baigner. Ce qui permet de voir les otaries d’un autre d’œil et de pouvoir profiter au maximum de la curiosité des jeunes de l’année. La cabane est de loin la plus rustique de l’île et beaucoup préfèrent encore dormir dehors que dedans, ce qui n’empêche pas chaque soirée passée là bas d’avoir été mémorable.

11 : La pointe Del Cano et ses Grandes ravines. Peut-être le point le plus isolé de l’île. Sur la carte ça n’a pas l’air si terrible mais je peux vous assurer qu’il est bien plus difficile de se déplacer sur Amsterdam qu’il n’y parait. Une caisse en bois fait office d’abri mais tout le monde préfère encore camper autour. Les séjours passés là-bas sont fantastiques et on ne se lasse jamais d’aller se prélasser à l’ombre des ravines au son des cris des albatros fuligineux ou des pétrels gris.

They’re gone! Of course they were supposed to do so at one stage but still… It feels a bit weird here since my little pups are gone. I’ve been visiting them everyday since they’re born; I’ve seen them more than their mothers did! And now they’re gone for several years, no one knows where, out in the ocean… I understand them though, with all the horny males’ seals back I’d better be leaving the island if I was a seal.

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Return of the kings.

But since the kids are gone, the newborns penguins are eaten by skuas and albatrosses sit on their eggs, I don’t have much news for you… So give a look at the map, up in the French part and here is the description:

The green zone: Entrecasteaux cliffs, with the Pointe d’Entrecasteaux to the West. A massive rock called the Cathédrale, which will one day be separated from the rest of the island. If not for scientific purposes, it’s forbidden to go there. There is the highest concentration of birds on the island with northern rockhopper penguins, Indian Ocean yellow-nosed and sooty albatrosses’ colonies.

The blue zone: Called the Plateau des Tourbières even if the real plateau is just the southern part of this area. The true plateau is where most of Amsterdam’s skuas are nesting. The rest of the area is where nest the rare Amsterdam albatrosses. The whole area is off limit except for scientific purposes and a nice crater, called the Vulcain, give a nice shelter for a break during expeditions.

The orange zone: The Pearl cliffs. Everyone is free to go up these cliffs but it’s impossible to go down. Flesh footed shearwaters may breed there and few sooty albatrosses established colonies.

The red dots know:

1: The base Martin de Viviès

2: The Mare aux Eléphants, where I work nearly every day.

3: The hut Ribault, which has the highest capacity to host winterers out the base. It’s the Northern limit of a smaller cliff which runs all along the coast to Entrecasteaux beach. Even if the hut isn’t really special it’s a very nice place to go off from the base for one night. Between the base and Ribault stand the Dumas craters, the youngest of the island. This is where most of 2013 phylicas has been planted.

4. Goodenough point, called Pointe Bénédicte because of the buildings where chemists are working.

5. La Recherche point, with a nice set of trails possible around. To the South the Bib’s cave can be reached and to the East you can visit the Chaussée des Otaries, where giant petrels may nest. Between the Plateau des Tourbières, la Recherche point and Martin de Viviès is Antonelli crater. Filled with several tree species including apple trees, a very nice hut has been built at the top of the crater.

6. The Vénus craters, which can be reached from Martin de Viviès through an half underground lava tube. Usually it’s forbidden to wander around in caves on the island but this one is well known and pretty much safe.

7. The Olympe, a crater which seems to be the summit of the island when you look at it from Martin de Viviès. It’s a regular hike destination.

8. The mount de la Dives, the summit of the island. The best view point of the island to see Saint-PaulIsland, weather permitting… The Dives is just over the off limit Caldeira but the nearby Coleridge rift ant Eperon des nuées can be visited from there.

9. MountFernand, stuck between cliffs and pits. I’ve never been there. I’ve been several time to the Trois Demloiselles though, from where an amazing scenery can be seen.

10. The Chaudron crater, halfway between Martin de Viviès and this crater sits BMG hut. One of the only places, with the base, where we can go swimming. An amazing opportunity to watch seals in their elements and enjoy pups’ curiosity.

11. Del Cano point and the Grandes Ravines. There is a small woody box there that can offer shelter, but we all prefer to camp around. It’s one of the remotest point of the island but it’s always a pleasure to go there.

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Nouveau souffle

14 octobre

Depuis le passage mouvementé du Marion Dufresne, on peut dire que les éléments nous ont gâtés. Les nouveaux venus ont du mal à croire aux rumeurs de climat subtropical qui planent sur notre île. Les opérations portuaires écourtées, c’est au tour de mes diverses manipes de souffrir des violentes conditions météorologiques.

Rien que pour se rendre à Entrecasteaux, ce n’est pas gagné mais une fois là-bas, c’est le festival.

Pour l’instant mon travail là-bas concerne deux oiseaux en particulier. Le plus prenant étant probablement le dénombrement des gorfous. Le comptage des oiseaux en colonie est un véritable casse-tête. Les manchots sont minuscules et les retrouver sous la couverture d’herbes hautes n’est pas une sinécure, même s’ils sont plusieurs milliers. Une fois la colonie trouvée, il faut encore s’assurer que c’est la bonne. Le but de ces suivis est d’évaluer la tendance démographique de l’espèce. On ne cherche pas à compter exactement trois mille nids chaque année, on suit une même colonie et on regarde si le nombre de reproducteurs augmente ou diminue. Et tout ça toujours dans le souci de faire un lien entre ces données et les possibles relations avec l’état écologique de l’océan Indien.

Comme ce n’est vraiment pas évident, on précise la démarche avec la poursuite des comptages sur la plage. Je vous avais déjà expliqué ces longues journées sur la plage à compter le seul gorfou qui passe en un quart d’heure. Et bien ça a un peu changé dernièrement… On se contente à cette saison de quatre comptages par jour, mais chacun dure une demi-heure. Et lors de mon dernier dénombrement, ce ne sont pas moins d’un millier de gorfous qu’on a vu défiler à travers le check point. Le pire étant que, vu l’état de la mer, la plupart d’entre eux le passaient à la nage…

La volonté de fer de ces petites bêtes force un peu le respect, ou passe pour de l’obstination décérébrée… Alors que des blocs de roche de plusieurs centaines de kilos sont brassés par chaque vague, les gorfous continuent inexorablement à remonter vers leurs colonies pour relever leurs partenaires qui couvent patiemment. Partenaires amaigris qui redescendent vers la plage en une procession digne d’une colonne de lemmings suicidaires et que la faim pousse à se jeter en mer même si celle-ci fait le gros dos.

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Il faut vraiment qu’ils aient la dalle…

Les gorfous ne sont pas les seuls à dépendre des ressources marines de l’Indien. Les albatros qui portent son nom ont pondu et eux aussi se relaient entre casse-croûtes pélagiques et couvaisons. Comme pour les manchots, des colonies sont suivies tous les ans pour s’informer des tendances démographiques de cette espèce. Sauf que pour eux, c’est bien plus simple. Au lieu de se cacher sous les touffes de Poa Novarae, les albatros construisent leurs nids bien en évidence sur la plante elle-même. C’est assez chouette à voir. En ce moment ils couvent alors le nid est déjà fonctionnel. Mais quand l’un des deux partenaires vient relever l’autre de sa corvée de couvaison, il trouve encore le moyen de lui filer quelques brins d’herbes arrachés à droite à gauche en cadeau.

Le suivi démographique ne fait pas tout, le petit plus, et ça c’est vraiment LA spécialité de mon labo, c’est de savoir où vont les albatros pendant que leurs compagnes et compagnons font le piquet sur le nid. Tous les ans on équipe quelques albatros avec des GPS pour observer les éventuels changements dans les zones de nourrissage. Une de mes manipes préférées même si sous les orages de grêles on doit un peu s’adapter…

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Surtout fais comme si je n’étais pas là.

Mais si les éléments déchaînés grignotent les falaises, envoient des embruns jusqu’aux sommets de l’île et font trembler le refuge, on n’oublie pas que pour les plus grands lascars de l’île c’est un pain quotidien. Ce n’est pas un petit séisme qui suffira à faire trembler les poussins d’albatros d’Amsterdam. Si les conditions climatiques peuvent parfois être extrêmes sur la côte, elles le sont quasiment systématiquement sur le Plateau des Tourbières. Ce n’est pas non plus pour ça que je ne rends pas visite à mes petits protégés tous les jours. Travailler avec l’un des oiseaux les plus menacés de la planète sur un site unique au monde ça se fait avec parcimonie. Il n’y a pas une sortie au Plateau des Tourbières qui ne soit justifiée et bien réfléchie en amont. Les priorités étant là encore d’étudier l’évolution de la population, mais exceptionnellement aussi de se renseigner sur les trajets en mer des seigneurs de l’île. Non seulement ces informations peuvent renseigner sur l’état de l’Indien mais pour l’albatros d’Amsterdam ça peut aussi servir à sa sauvegarde en envisageant des aires marines protégées par exemple. De mon côté je me suis jusqu’ici contenté de suivre les histoires de cœur des géants et récupérer quelques appareils de géolocalisation déployés par mes prédécesseurs. La prochaine fois que je passe voir mes boules de plumes ce sera la dernière, une petite bague à la patte avant qu’ils ne s’envolent pour l’aventure…

Since the last Marion Dufresne’s stopover, weather has been a bit wild around here…Our new winterers hardly believe everything they heard about subtropical climate. Shipping activities hadn’t been the only operations to suffer from weather; my work has been a bit harder too.

To go to Entrecasteaux is already a bit of a challenge but once there, the show is just starting…

At the moment my work is mainly focusing on two nesting species, the first one being the Northern rockhopper penguin. The lab I’m working for is studying there demography. As top predators of this part of the Ocean, the evolution of their population can hold keys to the understanding of global changes in their ecosystems. But to collect data on their breeding success or colonies status isn’t an easy task. Rockhoppers aren’t big penguins and they nest in dense colonies under tussocks. For the study to make sense we need to focus on the same colonies every year and it really is hard to find back where the birds are nesting.

Since we have so many difficulties to work on nesting penguins we also count them on their way to the colonies. Since I started doing that in winter, things have changed a bit. As I already told you, birds weren’t too many to go through the beach this winter. Well for my last counting more than one thousand birds crossed the beach in half an hour… And with the current raging sea many penguins could nearly reached their nests by swimming…

To see all these birds keeping on coming and going whatever the weather is quite impressive. While their mates are incubating they go feeding at sea, and once full they go back to their nests to take the incubation turn.

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Rush-hour.

Another bird is depending on marine resources from the Indian Ocean, the local yellow-nosed albatross. As such they also can be good indicators of the state of the nearby ecosystem. We also study demography of this specie and their colonies are way easier to work in than penguins ones. Instead of nesting under tussocks they nest on them. In addition to the basic work of counting nests and identifying breeding individuals, I also try to locate their feeding range. This is probably the high speciality of the lab I’m working for. Every year we set GPS on breeding albatrosses to see if their preys are moving through times. This is one of my favourite works here, even if under hay storms it isn’t always easy.

But how can I complain when some deal daily with raging weather conditions. If weather can be rough along the coast, it is nearly a daily routine for those living near the summit of the island. But even earthquakes don’t make Amsterdam albatrosses’ chicks shake. For these little bad boys life so far has been limited to face elements with determination, alone on their basic nests. I don’t visit them often. Studies on this extremely endangered specie are confined to basics. I mainly record their love stories and get back devices that have been set by my predecessors. The next time I’ll visit these fellow gangstas, it will be my last visit. One last check up, one band for each one and off they’ll go. Ruling this Ocean through storms and hurricanes.

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I didn’t choose thug life…

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Les affaires reprennent

15 septembre

 

Après tous ces articles sans nouvelles de mon boulot, vous allez vous imaginer que je ne fais plus rien ici.

Alors du coup je vous donne des news de mes petits protégés pour que vous ne vous fassiez pas de fausses idées. Et pour commencer, mes préférés !

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On ne les voit pas grandir.

Mes petites otaries ressemblent de plus en plus à de vrais loups marins, bien dodus et qui poussent encore des cris ridicules mais quand même. Les allers-retours mensuels de leurs mamans ont transformé mes petits monstres en gros monstres et il est temps de préparer leur grand départ. Après des mois passés sur l’île, ils vont partir pour au moins une année dans l’immensité de l’Indien. Je récupère les géolocalisateurs dont j’avais équipé leurs mamans et change leurs bagues avec un petit pincement à chaque fois. Je ne vais pas les lâcher avant leur départ les petites horreurs.

Du côté des piafs, ça bouge pas mal non plus. Régis et Régine ont pondu leurs œufs et se relaient pour couver. Pendant ce temps, les albatros fuligineux et de l’océan Indien réinvestissent les falaises de l’île. Entre les acrobaties des uns et les nuées interminables des autres, ça sent doucement le printemps. Pour l’instant je me contente de les compter mais il faudra bien que je retourne les embêter bientôt.

En tout cas, s’il y a bien une bestiole ici à qui je ne casse pas trop les pieds, c’est bien le roi de l’île.

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Clafoutis.

Vous n’aviez quand même pas oublié l’albatros d’Amsterdam ? Depuis que je vous les ai présentés, ils ont pondu et les petits ont éclos fin avril. Maintenant les poussins sont de gros tas de duvet perchés sur le plateau des Tourbières qui se font engraisser régulièrement par leurs parents. Je ne vais pas trop les enquiquiner car l’espèce est très menacée et le plateau est un environnement très fragile. Ca ne m’empêche pas de souvent penser à eux et de m’angoisser un peu plus chaque jour en me demandant s’ils seront bien tous au rendez-vous lorsque je repasserai les voir.

En dehors du boulot aussi les choses changent. Le Marion Dufresne se rapproche chaque jour un peu plus et avec lui une flottille de nouveaux. Une bonne partie des hivernants de la soixante-cinquième mission sur Amsterdam. Or l’arrivée de ces joyeux lurons sonne aussi le départ d’une belle part de notre équipe. Après le passage du balafré, il ne restera de la soixante-quatrième mission que les agents de la réserve et les volontaires de l’Institut. De gros changements en perspective…

 

 

Since all these news where I wasn’t talking at all about my job you’ll think I’m not doing anything anymore around here. But even if work has been quite lately a lot of things have changed.

My lovely little pups first! After months of being fed my careful mothers they do look more like seals than pups now. Of course milk is still dripping from their noses and they keep on yelling like babies but soon they’ll be top predators of the area!

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Not convinced?

So I have to prepare them for the big day and change their tags, take back the tracking devices from their mothers and keep on watching their weight closely.

On the feathery side of the island, changes are coming fast! Penguins laid eggs and are shifting incubating times. In the meantime albatrosses are back. The sooty ones fly like crazy at the top of cliffs and yellow-nosed fill again their massive colonies. I don’t bully them yet, for the moment I just count these beautiful birds.

One bird I really don’t annoy often is the Amsterdam albatross. Since I’ve introduced them to you they laid eggs and chicks hatched in April. Now they’re big fluffy balls fed by their parents. They’re too endangered and the plateau des Tourbières is too fragile for me to go there too often. But I keep on worry a bit about them everyday and hope they’re all doing good up there in the clouds.

Lately I also found time to finally work for someone else. Everyone has been helping me here so I felt a bit guilty about not helping the others. So one day I decided to take some time to help Jacques planting his phyllica’s seedlings.

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Working on something which doesn’t bite you or puke on you is so cool!

My help has been nothing compared to those who planted hundreds of trees but it felt really good to do it.

But even if these little changes came, the biggest one is to come quite soon. The Marion Dufresne is finally coming back after five months of isolation on our island. She comes with the first bit of the 65th mission and will take with her everyone who spent winter with me but the Reserve’s staff and the volunteers from the Institute.

The end of an adventure and the beginning of another. Nothing less…

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Le vent de l’Histoire

28 août

 

Boarf, pas grand-chose de nouveaux les copains. Régine est allée rejoindre son Régis et mes poivrons vont bientôt être mûrs, mais je n’ai pas grand-chose de neuf à raconter.

Du coup j’ai eu le temps d’en apprendre un peu plus sur l’histoire de mon district. Et oui ! Vous avez cru y échapper ? Et bien non, vous allez avoir droit à un article historique !

En plus ça commence super bien, par un évènement historique fondamental, le premier tour du monde effectué par l’Homme. S’il ne s’était pas fait bouffer par des Philippins, Magellan aurait été le premier à apercevoir l’île d’Amsterdam. Du coup c’est le reste de son équipage, à bord du Victoria commandé par Juan Sebastián Del Cano, qui découvrit l’île le 18 mars 1522. Quand on sait que même aujourd’hui il n’est pas évident d’accoster sur l’île, ça ne surprendra personne d’apprendre qu’aucun membre de l’équipage du Victoria n’a pu poser le pied sur cette île perdue. Elle ne sera nommée qu’un siècle plus tard par un gouverneur hollandais, Van Diemen, qui se rend à Java à bord du Nieuw-Amsterdam. Mais il faudra encore attendre l’année 1696 pour que Van Vlaming pose le pied sur Amsterdam avant d’accoster à Saint-Paul. Autre prestigieuse expédition à s’être arrêtée en vue d’Amsterdam, celle de l’amiral d’Entrecasteaux, à la recherche de La Pérouse, en 1792. A cette époque, Amsterdam commence à peine à être habitée et n’est toujours pas formellement revendiquée par quelque nation que ce soit. Elle n’offre même pas vraiment une halte sur la route des Indes puisqu’il est quasiment impossible d’y accoster.

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Passage de Vlaming à Amsterdam.

Mais à cette époque l’île attire de plus en plus de baleiniers, de chasseurs d’otaries et de pêcheurs. Des hommes sont déposés sur l’île et peuvent passer plusieurs mois à massacrer les pinnipèdes pour leur graisse et surtout leur fourrure, très prisée à cette époque par la Chine. Les récits de marins stationnant sur Amsterdam sont légions et beaucoup d’habitants de l’île ne seront jamais connus. Les chasseurs de fourrure introduisent volontairement diverses plantes comestibles et animaux domestiques pour permettre aux éventuels naufragés de survivre en attendant le passage de bateaux. Parmi les amstellodamois les plus notables de cette époque, on trouve des marins qui échouèrent à Crozet en 1821, furent secourus en 1823 par un navire qui se rendait à Saint-Paul et Amsterdam et décidèrent de rester sur cette dernière après s’être engueulés avec le capitaine. Au bout de deux mois, le baleinier King George accepta d’embarquer trois des dix naufragés restés sur Amsterdam. Ce qu’il advint des autres reste un mystère mais des pierres gravées en 1825 ont été retrouvées autour de la base.

En ce temps-là, les habitants de l’île sont essentiellement des naufragés, volontaires ou pas, de toutes nationalités. L’île elle-même n’est toujours pas revendiquée par un état. L’île Maurice et ses dépendances étant alors anglaises, un vague décret londonien incluait Amsterdam dans les territoires anglais. C’est au final à un polonais, Adam Mieroslawski, qu’est attribuée la prise de possession de l’île d’Amsterdam. Au milieu du XIXème siècle, l’île de la Réunion et l’île Maurice ont toutes les peines du monde à s’approvisionner en poisson, or les eaux des îles Saint-Paul et Amsterdam regorgent de thons, bleues et surtout fausses morues dont les mascarins sont très friands.

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Et qui continuent à faire la joie des hivernants.

Adam prévoit donc d’installer une pêcherie à Saint-Paul et par la même occasion, revendiquer les deux îles comme françaises. C’est ainsi que le 1er juillet 1843, une baleinière de l’Olympe est envoyée sur l’île pour dresser le pavillon français et prendre possession de l’île. Ils ne restent que trois heures, Amsterdam étant toujours considérée comme trop difficile à accoster pour établir une base permanente. Mais même sur Saint-Paul la vie n’est pas rose et l’entreprise d’Adam échoue lamentablement. A peine un an après la prise de possession des deux îles, le gouvernement français refuse de confirmer l’acte et Amsterdam redevient apatride. A nouveau livrée aux pêcheurs de passage, naufragés et expéditions scientifiques, c’est en 1870 qu’un nouvel ambitieux tentera de s’installer sur l’île de manière permanente. Heurtin, un Réunionnais, a le projet un peu fou d’y installer une ferme. Ce serait d’ailleurs lui qui aurait introduit les bovins sur Amsterdam et tenté les premières cultures. Un échec dramatique qui pourrait même avoir coûté la vie à quelques uns de ses compagnons. A peine quelques mois après leur arrivée, les survivants fuient l’île à bord d’un bateau de passage en laissant les bovidés derrière eux.

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Vestige de la maison Heurtin.

Et c’est reparti pour le train-train des naufrages, saisons de pêches et expéditions scientifiques. L’une d’elle en particulier a marqué l’histoire du district. La mission, transportée par le Fernand, chargée d’observer le passage de Vénus devant le Soleil depuis Saint-Paul en 1874. Après être resté plusieurs mois sur Saint-Paul, un groupe de scientifiques est débarqué sur Amsterdam et ils en font les premiers relevés dans plusieurs domaines tels que la géologie, la flore ou la faune. C’est encore plus tard que le gouvernement français assumera enfin la prise de possession du district. C’est d’abord l’équipage du La Bourdonnais en 1892 qui plantera un pavillon sur l’île Amsterdam, puis l’Eure affirmera cette prise de possession après avoir assuré celle des Kerguelen. Ironiquement ce rattachement au territoire français coïncide avec le début d’une assez longue période d’inactivité pour l’austère île Amsterdam. Les otaries et les baleines ont été décimées depuis longtemps et la pêche ne nécessite plus de base permanente, l’île est abandonnée aux vaches, chats et rongeurs.

Finalement ce sont les besoins en informations météorologiques qui ramèneront l’île d’Amsterdam sur le devant de la scène. Située au beau milieu de l’océan Indien, l’île est le site idéal pour recueillir des données dans la région. Et c’est ainsi que le 1er janvier 1950, quelques membres de la première mission scientifique venue hiverner une année complète sur Amsterdam posent pied à terre. Parmi eux, le premier chef de mission, Paul Martin de Viviès. C’est le début d’une aventure extraordinaire, d’un cycle qui se poursuit encore aujourd’hui, d’une histoire qui continue tous les jours…

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Photo de la première mission hivernant sur Amsterdam.

L’histoire de Saint-Paul est en anglais, à vous de vous débrouiller !

 

 

Not much news to tell, winter is keeping its quite routine. Females’ penguins met the males and a long succession of shifts to raise a new generation of rockhoppers is starting. Pups start to grow quite old now and I’ll soon have to switch their baby’s tags for adult ones. Not much to say about present so I’ll tell you more about the history of my district. I did Amsterdam’s history in French so you’ll have Saint-Paul’s one, deal with it.

The discovery of Saint-PaulIsland isn’t well known, the first mention of this island being its name and location written on an old map from 1559. The name São Paulo being chosen from the boat which discovered the island.

Forty years after its discovery, no one has yet set a foot on the island. The first one to do so is the Dutch sailor Willem Van Vlaming, in 1696, who is looking for the lost Riddersthap Van Holland. He stayed with his crew for several weeks and left a nice description of the island. Since Saint-Paul already had a visitor and didn’t have much interest for sailors on their way through Indian Ocean, it had very few visitors until the end of 18th century. It’s a new market, led by Chinese, which was going to give Saint-Paul its notoriety.

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The seals’ fur trade.

Seals fur could be sold a very high price in Chinese markets and people would be able to live a life of many dangers to collect the precious skins. Saint-Paul was easy to land and full with seals, it’s no surprise it hosted an incredible amount of hunters. And with them an important number of stories. No one know exactly how many people lived on the island but one man left a dramatic witness of what must have been life on Saint-Paul for the crazy hunters, his name was Péron. Péron was a French sailor from Brest, who left his home country on an American boat, l’Emilie, in 1792. While cruising by Saint-Paul, the L’Emilie’s captain, Mr Owen, met Mr Wamsley, the captain of the Noolka, a boat coming back from Canton to take back hunters and the skins they collected. Owen was impressed by the amount of money the fur trade could make. He convinced Péron and three other sailors to stay on the island for fifteen months with a guy from the Noolka, Godwin, to hunt seals and collect skins. The first of September, the five men were left on the island with the guarantee that they’ll have food for fifteen months the day after, and that the L’Emilie was to be back by this time. But the second of September, in the early morning, the only thing Péron could see were the two boats leaving to the East…

Lost on their island, the five men continue the slaughter which had started for several years already and gather hundreds of skins. Saint-Paul being on a trade way between the Cape of Good Hope and South East Asia or Australia, as well as being quite easy to land on, Péron and his companions had some visits from passing boats. One of these visits, in 1793, being crucial for Péron’s fate. Lord Macartney, with his two boats the Lion and the Hindoustan, stops at Saint-Paul and meets Péron. The French sailor tells him about his misfortune and the Emilie. While on a walk with the lord, the crew of the two boats rampage Péron’s installation and steal eight hundred skins. Péron begs lord Macartney to have them return but he just gave him a bit of rice and pork… Two years after they had been abandoned on Saint-Paul a fight starts between the five men. Godwin and the other English sailor attacked Péron who hide with the two French in a cave at the other side of the crater. Two months later, the French manage to win the shelter of the camp again and send the English to their cave. In September 1795, one of the French dies from a disease and by December, forty months after their arrival, the Cérès, a British boat, welcome on board the four survivors. But the boat is too full to carry the 2700 skins the men have collected… Péron will continue to travel after his adventure and learn about the death of Owen, the war catch of the Emilie by the Lion, win back the money from his hard labor and even go back to Saint-Paul to hunt seals!

Saint-Paul will continue to host many hunters after Péron but the number of seals will rapidly decrease until their complete extinction. The island is then left to whale hunters and fishermen. The fish abundance will actually lead to the need of an official possession act of the island. In 1843, no country is officially claiming the possession of Saint-Paul while the demand for fishes in the Mascarene Islands is growing as an important source of incomes. The same year, French traders from La Réunion Island ask their government to claim Saint-Paul and AmsterdamIslands as French territories to start a fishing settlement on Saint-Paul. This settlement is directed by a Polish, Adam Mieroslawsky, but after a year of low success, the French government announces that it doesn’t approve the possession act and only accepts a protection agreement to the settlement. In 1853 the failed project is abandoned and the fishery is closed.

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A stone carved by a soldier witnessing the failed claim of the island.

Saint-Paul is backed to its freedom. Succession of wreckages, fishing or scientific expeditions write the list of the island’s visitors. The most notorious expedition to set sail to Amsterdam is the one led by the commander Mouchez, on La Dives, in 1874. The goal of the expedition was to study Venus passing over the Sun. This rare event offered the opportunity to calculate the distant between the Earth and the Sun. But for this to be accurate the event has to be observed from different point over the globe. One of the points chosen was Saint-PaulIsland. Venus showed up in front of the Sun the 9th of December but the expedition stayed on the island for three months, gathering an important amount of information about it. The island is still not claimed by any country but in 1892 the need to do so grows again. And the 24th of October, the La Bourdonnais sent people on Saint-Paul to erect the French flag and to confirm French sovereignty. Saint-Paul continued then to be rarely visited and most people forgot about this little rock lost in the middle of Indian Ocean. But in 1928 the biggest event in Saint-Paul history was to take place. A French society, La Langouste Française, decided to establish a crayfishes in cans factory on the island. This massive project sees a whole factory being created on the island in a month and more than a hundred of workers during summer. In winter, less than ten people are left on the island to keep an eye on the factory. In March 1930, the summer workers are brought back to Madagascar and seven people are left as winterers, including a pregnant woman. She gave birth to a girl one month after the boat left the island but her daughter died two months later. The first step of a horrible tragedy. When the boat comes back with the new summer crew the 6th of December, with a two months delay, ignorant of what has been happening on the island, the crew discovers only three survivors… Who decide to stay and participate at the summer fishing season… The factory keeps on running but a new tragic disaster will strike it during the 1931-1932 summer season. A disease outbreak kills about twenty workers and the others are brought back to Madagascar leaving no one on the island. The factory is abandoned; Saint-Paul is once again free of habitants. And still remains like this today. I don’t have any clue why Amsterdam has been chosen to host the permanent base. Historically Saint-Paul, a lot easier to access, has seen many more visitors. But when the French decided to start a meteorological station in the middle of the Indian Ocean, they chose Amsterdam Island to host it. Since that, Saint-Paul is part of the district but no project of long term occupation had been created. In the early 21st century, rats and rabbits have been wiped out from the island to clear it from invasive species threatening local wildlife. To avoid reintroduction of these destructive animals, access to Saint-Paul is strictly forbidden to nearly everyone. The only ones who regularly visit the water around the island are the crew of the Austral, to fish crayfishes.

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The main reason why France keeps on claiming Saint-Paul has its own.

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Gros fous

31 juillet

Ne plus peser mes poivrons tous les jours ne veut pas dire que je n’ai plus rien à faire. Il ne manquerait plus que ça. Non, maintenant que je ne suis plus de corvée de Mare aux Eléphants ça veut surtout dire que je peux retrouver ma résidence secondaire, le Refuge des Becs Jaunes, au pied des falaises d’Entrecasteaux.

Les falaises d’Entrecasteaux l’hiver c’est un peu bizarre. Jusqu’ici les seuls sons qu’on pouvait y entendre étaient le bruit des vagues, les beuglements des quelques mères otaries qui rentrent nourrir leurs rejetons entre deux périples en mer et les bêlements de ces derniers qui leur répondent. Mais depuis deux semaines un vacarme diffus en provenance des falaises s’intensifie de jour en jour. Un fond sonore qui semble tout droit surgi de mon premier séjour en ces lieux. On a beau être encore en hiver, certains oiseaux commencent à préparer avec entrain la prochaine saison de reproduction.

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En catimini les gars, il ne manquerait plus qu’on se fasse repérer par l’ornitho !

Le gorfou de Moseley (Eudyptes moseleyi), le seul manchot à nicher sur l’île d’Amsterdam, fait son grand retour ! Mais pas tous, pas pour l’instant. Pour le moment les mâles sont les seuls à accoster. Après s’être bien rempli la panse en mer pendant de long mois ils retrouvent leurs colonies, les premiers arrivés étant les mieux servis en emplacement de nids. C’est là qu’ils attendront patiemment le retour de leurs dulcinées.

Et moi là-dedans ? Moi je les compte. On sait encore assez peu de choses sur le gorfou de Moseley et notamment sur la quantité de ces oiseaux encore présente sur l’île. On sait que leur nombre chute de manière dramatique depuis plusieurs années mais leur dénombrement exact pose quelques difficultés. Ils nichent en colonies denses sous les herbes hautes, au milieu des éboulis, dans la partie basse des falaises de sept cents mètres. Ca fait cliché si je parle d’aiguilles et de bottes de foin ? Par contre des chercheurs ont eu la bonne idée d’exploiter la faille bien connue de tout bon manchot qui se respecte. S’il veut rejoindre sa colonie il va falloir qu’il se serve de ses petites pattes, ses ailes étant aussi utiles pour voler qu’une poêle à frire. Ajoutez à cette faiblesse une topographie bien particulière et vous allez commencer à y voir plus clair. Comme partout autour de l’île d’Amsterdam, les côtes d’Entrecasteaux sont protégées par des falaises d’une dizaine de mètres aux pieds desquelles s’écrasent continuellement les vagues de l’océan Indien. Pas terrible pour pondre un œuf à même le sol. Nos manchots doivent donc franchir cette première étape avant d’arriver au pied des vertes et immenses falaises, celles qu’ils convoitent. Coup de pot pour eux, un éboulement au niveau des falaises côtières, continuellement labouré par les allées et venues des otaries, a créé une sorte de plage, un débarcadère naturel. Tous, et je dis bien tous les gorfous d’Entrecasteaux passent par cette plage, c’est donc ici que je les compte.

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Au boulot !

Compter les gorfous qui passent pendant un quart d’heure toutes les heures sur un bout de plage ce n’est certes pas ce que j’ai fait de plus palpitant sur cette île mais il y a quand même quelques bons côtés. Du fait que le site ne soit actuellement occupé que par des jeunes otaries et des manchots, on se retrouve avec une quantité de matière grise à peine supérieur à ce qu’on peut trouver à un meeting du Front National. Ce qui donne lieu assez régulièrement à des scènes bien comiques. Mais surtout il y a Régis.

Régis est un gorfou. Mais pour que vous compreniez bien à quel point Régis est un con il faut que je vous détaille un quart d’heure de comptage. Pour commencer il vous faut une météo bien pourrie, l’hiver à Entrecasteaux vous devriez pouvoir vous en sortir avec un vent violent, une pluie battante et des températures très faibles. Ca devrait le faire. Passé une certaine heure vous pouvez ajouter un verre de pastis (sec, la pluie se charge de l’eau) et vous êtes prêts à compter. Vous commencez à heures fixes et vous comptez tous les gorfous qui passent un check point défini à l’avance pendant quinze minutes.

Régis se pointe généralement sur la plage au tout début du comptage, à une bonne dizaine de mètres de votre check point. Déboussolé après s’être vautré sur les rochers, il reste sur place pendant une bonne minute le temps de se rappeler comment il s’appelle, où il est et surtout où il va. Une minute c’est généralement le temps qu’il faut pour qu’une vague percute Régis et le re-balance à la mer. Le comptage a débuté depuis cinq minutes et Régis est enfin de retour sur la plage et hors de portée des vagues. Là il entreprend de se sécher. Il lui faut encore deux minutes pour comprendre qu’il aura beau se trémousser autant qu’il veut, les embruns continueront perpétuellement à tremper son plumage. Régis entreprend donc l’ascension des derniers mètres qui le séparent du check point. Et c’est une fois arrivé pile poil sur le check point qu’il a une révélation ! « Mais qu’est ce que cette plume fait de traviole ? Je ne vais pas me pointer comme ça devant les copains !» Et voilà notre Régis parti pour réarranger ses plumes pendant trois minutes. On en est à plus de dix minutes de comptage et Régis passe enfin le check point et est compté comme se rendant à sa colonie. Sauf qu’en fait, allez savoir pourquoi, Régis décide que cette année il n’ira pas se geler les plumes dans sa colonie. Le voilà donc traversant à nouveau le check point, mais ce coup-ci en direction de la mer. Alors que vous vous apprêtez à soustraire Régis à votre comptage voilà que sa conscience le rattrape. Je ne sais si c’est le devoir de perpétuer l’espèce ou le fait qu’il risque de passer à côté de son unique chance de tirer un coup cette année, mais Régis revient sur sa décision et reprend l’ascension en direction des falaises et du check point. Au moment exact où une énorme jeune otarie pleine de lait décide d’aller se baigner. Régis, qui est un con comme je l’ai déjà dit plus haut, est effrayé par cette vision et se sauve en courant vers la mer. Ou plutôt en se vautrant partout comme un gorfou sait si bien le faire. Du coup l’otarie le dépasse aisément sans n’avoir jamais eu conscience d’avoir pourri votre comptage. Mais il vous reste deux minutes pour espérer que Régis soit le seul gorfou que vous compterez au cours de ce quart d’heure palpitant. Tout n’est pas perdu, Régis a recouvré tout son courage. Il se dirige maintenant d’un pas décidé vers le check point. Quatorze minutes et trente-sept secondes depuis le début du comptage. Régis n’est plus qu’à un bond de rentrer dans l’histoire. Votre doigt patiente fébrilement au dessus de la gâchette de votre compteur. Le moment tant attendu va arriver.

Mais non. Finalement un pétrel géant décide que le dernier instant de la misérable vie de Régis est venu et vous le bouffe là, juste devant votre check point. Tant pis, vous pouvez repartir à la cabane avec votre verre vide et un compteur à zéro.

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Mmmmh ! A l’anis, mon préféré !

 

Not having to weigh my pups everyday anymore does not mean I have nothing left to do. Far from that actually. Not being stuck at la Mare aux Eléphants means I can go back to my country house, le refuge des becs jaunes, at the feet of Entrecasteaux’s cliffs.

Entrecastreaux’s cliffs in winter are a bit weird. So far the only noises you could hear were the waves, the seals mums calling for their pups between two trips at sea and their pups answering. Since two weeks a new noise is coming from the cliffs, getting louder and louder. A noise coming from as far as my memories from my first stay there. Even if we’re still in winter, a bird is preparing next breeding season.

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The northern rockhopper penguin.

The only penguin to breed on AmsterdamIsland is coming back! But at the moment only males are arriving. After several long months feeding at sea they’re looking to find a nice nesting place in their colonies. The first ones to arrive getting the best places. This is where they will wait for their females.

Now what do I have to do there? Well I have to count them. We don’t know much about this penguin specie yet and especially few about how many of them are breeding on the island. We know there is less and less of them but their exact number is still a bit of a mystery due to several difficulties. They are nesting under tussocks, in the middle of fallen rocks at the bottom of 700m high cliffs. Know anything about a game involving a needle and a stack? But scientists did found a clever idea to find out how many penguins we have here. They use one famous ability these birds lack, they can’t fly. So to reach their colonies they have to go there by foot, and it’s not that easy. Before reaching the high cliffs of Entrecasteaux you need to pass over ten meters high cliffs right at the coast. Waves are continuously hitting these smaller cliffs so penguins can’t nest there. But on one small area, called the beach, the cliffs collapsed and the passage has been trampled by seals going in and out. An easy way for penguins. Every single penguin nesting at Entrecasteaux has to go through the beach. So I just have to sit there all day.

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A bit like this guy.

Of course it is a bit boring but with a population essentially consisting in pups and penguins, the amount of grey matter here is just above the one you can find in a neo-fascists meeting. So you can witness some funny moments. Especially when Régis is involved.

Régis is a penguin, but a really stupid one. To explain why I’ll have to explain in details how a counting at the beach works. First you need a really crappy weather. In July at Entrecasteaux you should easily find strong winds, heavy and cold rain. That should do it just right. Then you decide of a check point line at about just ten meters from the sea shore. You start your counting every hour and they last for fifteen minutes.

Régis usually comes ashore just when you start counting. Smashed on the rocks, it takes him about one minute to find out who he is, where he is but, mainly, where he needs to go. It’s just when he finally figures it out that a wave comes and takes him back at sea. Your counting has started since five minutes when Régis is back and far enough from the shore. Then he attempts to dry himself. After two minutes he realizes that the rain won’t let him dry and finally continue to go toward the cliffs. It’s when he reaches the exact rock you use as a check point that he has a revelation. “What the fuck is this crazy feather doing here? I must look like shit!” And now you have Régis tiding up all his plumage on your check point for about three minutes. The counting has started since more than ten minutes now and Régis is finally crossing your check point. You can count him. No wait a minute. Finally Régis decided he doesn’t want to get bored in his loud colony this year and go back to the sea. But right when you’re about to delete him from your count Régis is caught back by his conscience. I don’t know if it’s because of his duty for his specie’s survival or because he doesn’t want to miss his yearly opportunity to get laid but he decides to cross your check point again. Right when a big fat full of milk seal’s pup is going to the sea for his daily bath. That’s too much for poor stupid Régis, this monstrosity scares the shit out of him and he crosses your check point running like hell. Well more like running like penguins can do. Falling around. While Régis try to get back on his feet the evil pup passes by him without even paying any attention.

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Don’t go there you stupid! The ornithologist will count you!

Recovering all his courage, Régis is more decided than ever to cross you bloody check point and reach his colony. Fourteen minutes and thirty seven seconds since the beginning of your counting but nothing is over yet. Just one more jump and this dumb penguin can make it. But a giant petrel decides it is over for this annoying bird and kills it right before it cross the line. While the so called scavenger starts a nice meal you can go back to the shelter with your count still scoring zero.

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Repos

18 juillet

 

Ca y est j’arrête de peser mes petits poivrons tous les jours et pour fêter ça je vous présente les derniers membres de la soixante-quatrième mission hivernants sur Amsterdam.

A l’exception du chef de district, ce sont tous des militaires, mais si vous les voyez en uniforme sur les photos n’allez pas vous imaginer qu’ils se baladent tous les jours comme ça. Ces photos ont été prises le huit mai et le quatorze juillet, le reste du temps ils se baladent en calbute. Ils travaillent tous pour le siège des Terres Australes et Antarctiques Françaises et le préfet qui le dirige. On les appelle les Partex, pour partenaires extérieurs.

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Gilles et Priscilla

Ils travaillent tous les deux au bureau des communications radiotéléphoniques. Gilles est notre gérant postal. Ca peut paraître étonnant que quelqu’un occupe ce poste à l’année mais les philatélistes qui commandent des plis en provenance de notre île sont très exigeants. Gilles doit tamponner des lettres à destination du monde entier avec les différents tampons propres à chaque hivernant. L’élection du Onz’Ams ou le passage d’un bateau sont des exemples d’évènements que certains collectionneurs demandent à recevoir sous forme d’une lettre tamponnée le jour même. Tout en sachant que ces lettres ne pourront quitter l’île que quatre fois par an, lors du passage du Marion Dufresne. C’est aussi lors de ces quatre passages que nous recevons le courrier que nous distribue Gilles.

Autre tache de Gilles, je ne sais pas du tout pourquoi elle lui incombe à lui en particulier, établir les plannings de Petite et Grande Marie. Tous les jours, le Skua est nettoyé, la table est mise et la vaisselle faite par un hivernant. L’hivernant en charge de ces tâches est alors de « Petite Marie ». Et deux fois par mois un nettoyage plus poussé est effectué par deux hivernants de « Grande Marie ». Lorsqu’on veut faire bien avant une opération portuaire on lance également des opérations « tornade blanche » auxquelles participe toute la base et où tous les bâtiments d’utilité commune sont nettoyés à fond.

Enfin Gilles est celui qui répond à mes communications radio lorsque je suis en transit ou à Entrecasteaux. Personne ne peut quitter la base sans radio et celle de Gilles est toujours allumée pour pouvoir être joint à tout moment. Mais toutes ces communications ne seraient pas réalisables sans le travail de Priscilla.

Priscilla est notre technicienne en télécommunication. Elle gère le bon fonctionnement et l’entretien de tout ce qui est en réseau. Le téléphone, Internet ou les communications radio, tout tourne grâce à elle. Si un de ces réseaux est en panne et qu’elle ne peut rien y faire, c’est qu’un ouragan frappe la Réunion, elle a ses limites quand même.

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Germain

Germain est notre chef appro. C’est un peu l’épicier du coin, en moins cher. Il a la responsabilité des approvisionnements en matériel divers à destination de tous les hivernants. Bottes, jeux, déguisements, sacs de randonnée, instruments de musique, papier toilette, ballons, produit d’entretien, on trouve de tout à l’appro. Mais on ne peut pas aller s’y servir sans Germain. Il dirige également notre coopérative, seul endroit avec le bar et la gérance postale où l’on puisse acheter quelque chose. Passons sur les bibelots que peuvent s’offrir les touristes, la coopérative c’est surtout là qu’on peut acheter les boissons alcoolisées pour notre usage personnel. En dehors des restrictions par avis médical, c’est Germain qui décide des quotas pour chaque hivernant. Le but étant d’éviter de se retrouver en pénurie de bières au beau milieu de l’hiver.

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Michaël et Franck

Ces deux-là travaillent à la centrale et ont des fonctions qui se recoupent souvent. Franck est notre électricien. Un boulot qui déborde souvent sur les plates bandes de Priscilla. Que ce soit pour changer une ampoule ou réparer un des trois générateurs qui produit l’électricité de la base, c’est à lui qu’on fait appel. Tout ce qui a un moteur électrique ou fonctionne à l’électricité est de son ressort.

Michaël est officiellement notre chef centrale, ce qui veut un peu dire plombier en fait. Machines à laver, canalisations ou radiateurs, il touche à tout ce qui voit passer de la flotte. Mais surtout Franck et lui gèrent notre approvisionnement en eau. Et sur Amsterdam c’est une véritable galère. La seule eau dont nous disposons vient de la pluie, qui se fait de plus en plus rare au fils des ans, surtout à Martin de Viviès. Elle ruisselle sur les toits et est acheminée via des canalisations vers un réservoir au niveau de la mer. De là elle est ensuite remontée périodiquement vers la mosquée. C’est dans ce bâtiment qu’elle subit une première filtration. Une fois filtrée, elle est stockée dans d’immenses bâches à l’extérieur de la mosquée. De là elle repasse par la mosquée pour être traitée, notamment à travers un osmoseur, devenir potable et sortir de nos robinets et pommeaux de douche. Autant dire qu’on évite les batailles d’eau…

Enfin dernière fonction importante de nos deux marins, Michaël est notre chef sécurité et Franck le seconde. Ils effectuent à tour de rôle des rondes quotidiennes pour vérifier que rien ne cloche sur base. Instruits sur la lutte contre le feu, c’est eux qui contrôlent les extincteurs et nous forment aux bases du travail de pompier. Michaël assure également l’entretien des mains courantes et du matériel dont je me sers pour utiliser la via ferrata menant au refuge des becs jaunes. Ce que je trouve le plus dommage dans les responsabilités de Franck et Michaël, c’est qu’ils ne peuvent pas quitter la base ensemble. L’un d’entre eux doit toujours être présent sur base avec les hivernants de sécu.

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Stéphane et José.

Stéphane est notre chef garage. Il n’y a pas de route sur Amsterdam mais plusieurs sentiers sont praticables en tracteur. En plus de ces engins, on trouve sur base un manitou, un tractopelle et une grue. Stéphane les entretient et, s’ils sont trop capricieux, les découpe en morceaux… Plus largement, tout ce qui a un moteur à essence peut, et doit, passer entre ses mains. Du coup c’est lui qui se retrouve responsable des tondeuses à gazon et des rotofils. Et par extension, on a pris l’habitude de le propulser responsable des opérations « base verte ».

José est notre chef infra. Epaulé par deux ouvriers civils, Célestin et Jean-David, il construit et détruit tout ce à quoi les autres ne touchent pas. Ce sont un peu nos Bricol’Girls et je reste constamment stupéfait par ce qu’ils sont capables de bricoler avec le peu de matériel dont on dispose ici. Ils sont un peu hyperactifs et ça reste toujours assez impressionnant de voir qu’ils trouvent toujours un truc à faire, ou défaire. José est aussi celui qui endosse les fonctions du chef de district lorsque ce dernier quitte la base.

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Pierre-Henri

Pierre est notre chef de district. Bon la notion de chef est assez floue ici parce qu’au final tous nos partenaires extérieurs ou presque sont chefs… Le plus important à comprendre au sujet de Pierre, c’est qu’il est le représentant du préfet des Terres Australes et Antarctiques Françaises sur le district. Son poste rappelle un peu celui de Marc en fait. Si tout roule, il n’a pas grand chose à faire. Une de ses plus grandes responsabilités étant peut-être celle de donner son impression quant à l’attitude et au travail fourni par les partenaires extérieurs lors de leur hivernage. Cet avis sera consulté si les Partex veulent ré-effectuer un hivernage dans les terres australes. Sinon en général, la fonction de Pierre lui demande de bien vérifier que tout se passe bien sur base sans aller jusqu’à se mêler de ce qui ne le regarde pas. Essayez un coup et vous verrez que ce n’est pas facile. Par contre s’il y a un souci sur base, là personne n’aimerait être à la place de Pierre. Tout comme Marc, il doit jongler entre son autorité et le fait d’être un hivernant comme nous tous. Arriver à être intégré à la mission socialement tout en étant celui qui peut vous coller une prune, voire même vous expulser de l’île, si vous le méritez ce n’est vraiment pas évident. Quoiqu’il en soit, et bien que la présence d’un chef de district soit indispensable pour parer au pire, il est rare qu’il ait besoin d’aller plus loin que d’être un hivernant comme les autres.

Autre détail amusant, Pierre est plus ou moins le maire de Martin de Viviès, il peut par exemple marier les hivernants qui le souhaitent !

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L’ornitho

J’allais l’oublier celui-là ! Remarquez ça n’aurait probablement pas été un mal. Le pire fainéant de l’île ! C’est simple, il n’en branle pas une. Personne ne le voit au petit déjeuner et quand on l’aperçoit enfin vers midi, il prétend qu’il a pris ses céréales tout seul avant tout le monde. Sauf que quand on voit sa tronche à l’heure du déjeuner, on se doute qu’il vient à peine de quitter son lit. Et puis ne comptez pas sur lui pour filer un coup de main pour ranger la table. Sous prétexte d’avoir des données à saisir, il s’éclipse après avoir rangé trois assiettes. Sauf que pour avoir des données à saisir, il faudrait déjà qu’il ait récolté des données. Le pire c’est que cet associable se sert du même prétexte pour être absent aux apéros ! Les rares fois où cette feignasse va effectivement bosser, il se rappelle soudain qu’il y a d’autres hivernants et pleurniche pour que de bonnes âmes se portent volontaires et viennent lui donner un coup de main. Et du coup, c’est eux qui font tout le boulot. Pendant que monsieur prend son temps à faire des mesures, ce sont les volontaires qui perdent leurs genoux et leurs poignets à contenir des otaries adultes de cinquante kilos. Le seul moment où il est vif, c’est pour se rendre à Entrecasteaux. Ah là pas question de traîner. Si ceux qui l’accompagnent trouvent un moment pour gober une barre de céréales, c’est vraiment qu’ils ont de la chance. Par contre une fois là-bas, ce sont bien entendu ses volontaires qui se tapent toutes les corvées. Non, je vous le dis, s’il y a bien quelqu’un dont on pourrait se passer sur cette île…

 

 

Since I’ve finished weighing my pups every day I’ll introduce to you the rest of the 64th team wintering on Amsterdam. All of these but the district commander are militaries and they work for the government.  On the pictures you see them in uniform but they only wear them for three different days, November the 11th, May the 8th and the 14th of July.

Gilles and Priscilla: Gilles is our postman. Again, it’s hard to believe someone can work here as a postman for a year but he definitely is busy. Philatelists from all over the world ask him to send letters and postcards with the postmarks of the different winterers. Gilles also have to stamp postmarks dated for every unusual events, like the stopover of a boat for example. Letters come and go to Amsterdam on one boat and only one, the Marion Dufresne, four times a year.

Gilles is also the one who answers my radio call when I’m out of the base. It is forbidden to leave the base without a radio and Gilles has to keep its own always on. But radio communication wouldn’t be possible without the work of Priscilla, our radio-communication technician.

She works on every network on the base. Phone, Internet, radios, if one of these is not working and she can’t do anything about it, then it’s because a hurricane is hitting la RéunionIsland…

Germain: Germain is responsible for the stock of any goods given to the winterers. Fruit juices, games, music instruments, toilet paper, we can find everything at the provisioning building. But we can’t go there without Germain. He also works in the only shop on the island, the cooperative. Here tourists can buy souvenirs and clothes but winterers essentially go here to buy alcohol. Anyone can buy alcohol here but Germain determines quotas to avoid beer-shortage in the middle of winter.

Michaël and Franck: Those two are working at the power station. Franck is our electrician. From light bulbs to one of the three electricity generator in Martin de Viviès are under is duty. Anything with an electric motor or just working with electricity can pass through Franck’s hand.

Michaël is the power station chief, but we mainly consider his work as being a plumber. Washing machines or heaters, he works on anything with water in it. With Franck, he his working on our water supply. We don’t have any water spring near the base and the only water we can use is rain water, which is scarcer and scarcer. The rain is collected on the roof of several buildings and the send to a container at sea level. Then it’s pumped from times to times up to the mosque, the highest building above the rest of the base. There it is filtered and stocked in four tanks. Before arriving in our taps it goes again through the mosque to be drinkable.

Franck and Michaël are also in charge of the security on the island, especially against fire. They train us to be firemen and do daily tour of the buildings. Due to these responsibilities they can’t both leave the base at the same time.

Stéphane and José: Stéphane is our mechanic. There are no roads or cars on Amsterdam but we have tractors and a crane. Stéphane checks and repairs them when needed. He also deals with everything running on oil here. Including the tools to cut grass and bushes. So we often consider him as in charge when we have a day cleaning weeds.

José, and two civilians working with him, Célestin and Jean-David, are the infra team. They build and destroy everything that the other can’t touch. They always find something to do and it’s sometimes incredible to see what they can do with the few disposable things here…

Pierre-Henri: Pierre is our district commander. It mainly means that he represent the government here, he is our mayor. When everything goes right he actually has very few things to do. But if something goes wrong, no one here would like to take his place. He has the responsibility to deal with troubles and can decide the expulsion of a winterer. Fortunately the reasons to do so are extremely rare and one of the biggest occupations of a district commander is to socialize as any other winterer.

The ornithologist: I almost forgot to tell you about this lazy bastard! It would probably have been a good thing though… Nobody has ever seen him for breakfast. When you see him at noon he’ll tell you he had it before anyone but when you see his face at lunch you know he just left his bed. And no way would he help clean the dishes. After three plates he goes away, pretending he has data to process. What data? This asocial also uses this pretext to avoid having a drink with his fellow winterers. Only when he has to work would he remember the rest of the team, crying for help. And when some poor guys volunteer they have to fight with adult seal while he takes his time measuring her. You’ll only see him rush when he goes to Entrecasteaux. Good luck then if you want even just a five minutes break. And of course, once there, only the volunteers will help on the common tasks. No, really, if we could get rid of one winterer…

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